PIÈCES EXCEPTIONNELLES
Par cette expression : pièces exceptionnelles , nous ne voulons pas dire que les objets de prothèse qu’elle nous sert à désigner sortent complètement des règles générales que nous avons établies pour la confection et l’ajustement des pièces qui , rencontrant la plus fréquente occasion d’être employées , forment ce que nous avons appelé pièces ordinaires. Pour celles-là en effet, comme pour celles-ci , il faut, avant tout, prendre l’empreinte des parties, les obtenir en relief, confectionner les bases , y tîxer les dents et pourvoir aux moyens de maintenir le tout en place ; mais les pièces dont nous allons maintenant nous occuper, s’écartant assez des princi-
pes généraux pour exiger chacune quelques importantes modifications particulières de détail à apporter à l’application des règles, nous croyons convenable d’en faire une description particulière.
Des dentiers complets , vulgairement appelés
râteliers (1).
Dans tout ce que nous avons dit jusqu’à présent, tant sur les moyens de prendre les empreintes que sur la manière de se servir de ces empreintes comme de guides fidèles pour la confection des diverses pièces de denture artificielle, nous avons toujours admis que les mâchoires n’étaient pas complètement dégarnies de leurs dents et que le peu qu’il en restait suffisaient toujours néanmoins , ne fùt-ce qu’une, pourvu qu’elle eût sa longueur normale (2), pour apprécier le degré naturel d’écartement des deux mâchoires, et par suite la longueur à donner aux dents artificielles dont on veut les pourvoir. Il existe des cas , malheureusement bien communs, où les bords alvéolaires sont complètement dégarnis.
Dans ces cas , faut-il se contenter de prendre les empreintes des deux mâchoires , et estamper d’après ces empreintes des plaques sur lesquelles on montera des dents posées comme elles le sont dans l’état naturel et d’une
(1) Nous engageons les jeunes praticiens à se servir le moins possible de cette expression vraiment triviale de râtelier , afin de la voir insensiblement rayer du vocabulaire de notre art.
(2) Ce qui ne serait pas si elle était cariée à la partie supérieure de sa couronne , parce qu’alors elle serait trop courte ; et ce qui pour-
rait ne pas être si elle était restée longtemps sans antagoniste, parce qu’alors elle aurait pu s’allonger en s'avançant hors de son alvéole.
hauteur partout égale à celle qu’ont généralement les dents? Non pas précisément ; parce que les mâchoires, 1 inférieure surtout, ont éprouvé, par le fait même de la perte totale des organes qui garnissaient leur bord , des changements dont il est de la plus haute importance de tenir compte.
Ces changements portent, pour toutes deux, sur le retrait ou l’affaissement de leurs alvéoles; pour l’inférieure , sur l’ouverture de son angle qui , comme nous l’avons vu à la partie anatomique , reprend chez le vieillard la forme qu’il avait dans l’enfance, où le corps et la branche de l’os se réunissent à angle tellement obtus qu’ils semblent se faire suite.
Le premier de ces deux changements , celui qui porte sur le retrait des alvéoles, a pour résultat d’intervertir l’emboîtement de la mâchoire inférieure par la supérieure, parce que ce retrait se fait de dehors en dedans pour cette dernière dont il rétrécit alors un peu les diamètres , et de dedans en dehors au contraire pour la première dont il augmente alors relativement l’étendue. L’autre changement , celui qui résulte de l’ouverture de l’angle de la mâchoire inférieure, a pour effet inévitable : 1° de déjeter le corps de l’os en avant, car le condyle articulaire reste invariablement fixé ; 2° de rapprocher les deux mâchoires l’une de l’autre, au point d’effacer dans toute la longueur de leur corps l’espace qui les séparait quand elles étaient garnies de dents.
Si vous prenez alors un dentier complet le plus habilement exécuté , mais copié sur des mâchoires d’adultes garnies de leurs dents , en un mot, composé de bases parfaitement horizontales sur lesquelles seront implantées des dents perpendiculaires, et que vous placiez ce den-
lier sur des mâchoires qui ont subi la transformation que nous venons de signaler, il arrivera deux choses : d’abord que le dentier inférieur glissera en avant du supérieur; ensuite que 1 ecartement des mâchoires pai les dents molaires , dont la place avait disparu , ne s’obtiendra que par le tiraillement douloureux des muscles masséter et autres élévateurs de la mâchoire. .
Et qu’on ne croie pas que le changement de lorine de la mâchoire inférieure soit le résultat de la vieillesse , car il est bien plutôt la suite inévitable de la perte totale des dents. Aussi voit-on des vieillards , les ayant toutes conservées, avoir l’angle de la mâchoire presque aigu et le menton peu saillant; tandis qu’on rencontre beaucoup d’adultes qui les ont toutes perdues à un âge peu avancé , et qui ont néanmoins entièrement la physionomie des vieillards (1).
De là découle, pour les personnes qui veulent conserver l’expression habituelle de leur physionomie et porter le plus tard possible les signes de la décrépitude, la nécessité de pourvoir au remplacement de leurs dents à mesure qu elles tombent.
Averti de ces données , le dentiste qui aura à confectionner un dentier complet, non pour le mettre en évidence comme un objet d’art, mais pour être appliqué utilement sur une personne depuis longtemps complètement édentée, commencera par prendre une empreinte rigoureuse, mais isolée de chaque mâchoire: moyen préférable à l’habitude qu’ont quelques dentistes
(1) M. Delabarre, qui a reconnu ce fait, s’est donc mis en désaccord avec lui-même en disant : « Il ne suffit pas d’enlever toutes les dents pour donner à la face d’un adulte la ressemblance de la vieillesse; de fait elle n’en prend que Y aspect. »
de faire mordre par les deux mâchoires ensemble dans la cire, et dont le résultat est rarement de donner les véritables rapports des maxillaires entre eux. Il confectionnera ensuite ces moules ; mais il se gardera d’en articuler de suite les deux parties, parce qu’aucune dent n’existant, il ignore absolument jusque là à quel degré d’écartement il devra les tenir l’une de l’autre : c’est la longueur à donner à l’ensemble des deux rangées dentaires qui réglera seule cet écartement.
Les moules de plâtre étant faits , il obtiendra ceux de plomb ou de toute autre substance métallique, puisque c’est particulièrement pour les grandes pièces que nous en avons établi la nécessité; il estampera ses plaques, puis les ajustera sur les gencives, d’après les règles que nous avons établies aux pages 634 et 637. C’est alors qu’il s’occupera de ses dents. Mais quelle longueur leur donnera-t-il, et comment établir cette longueur d'une manière satisfaisante? C’est en cela que réside la difficulté, pour plusieurs raisons : la première, parce que l’acte qui consiste à mordre dans un morceau de cire, pour la refouler, est assez douloureux pour certaines personnes; la deuxième, parce qu’en pressant avec assez de force, les gencives doivent s’aplatir, et le moule n’est plus aussi exact; la troisième, parce qu’en mordant ainsi, la mâchoire inférieure s’avance en glissant sous la supérieure et doit donner une surface trop large.
Quelques dentistes, croyant pouvoir résoudre cette difficulté par la détermination de la hauteur moyenne des deux arcades dentaires dans leurs divers points chez un adulte, ont estimé que l’écartement des mâchoires devait être, toul-à fait en avant, de trente-huit millimètres( dix-
neuf lignes), et, tout-à-fait en arrière, (Je vingt-quatre millimètres (douze lignes) ; tandis que d’autres n’ont accordé que trente-quatre et même trente millimètres en avant, et dix-huit ou même quinze millimètres en arrière (de dix sept à quinze lignes dans le premier sens, et de neuf à huit dans le second) , voulant par là ne pas changer tout-à-coup d’une manière trop marquée la phy* sionomie des personnes.
Nous pensons, nous, qu’il est absolument impossible d’établir a priori , et même d’une manière purement générale , le degré précis de cet écartement; parce qu’au lieu qui répond aux incisives, ce degré doit être réglé par le coup d’œil qui saisit mieux que toutes les mesures que l’on peut prendre ce qui convient à la ligure de la personne; et, vers les molaires postérieures, par l’ouverture de l’angle de la mâchoire. Cette ouverture sera d’autant plus prononcée que l’absence complète de dents sera plus ancienne, comme nous venons de le démontrer, et aussi quelles seront tombées à des intervalles plus rapprochés les uns des autres; car il suffirait nécessairement que quelques unes restassent, surtout en arrière, pour que la transformation que nous signalons ne s'effectuât pas.
Voici donc comment font la plupartdes praticiens, et ce queM. Lefoulon donne à tort comme une chose nouvelle dont il croit pouvoir s’attribuer l’invention (1). Quand
(1) Ouvrage cité, pages /i08 et suivantes. Cet auteur semble d’ailleurs n’avoir aucune idée de la transformation que subit l’angle de la mâchoire inférieure par le fait même de l’absence des dents , et , par suite , de la différence qui doit exister entre la longueur des dents à placer et des dents perdues, puisqu’il s’exprime ainsi en parlant des dentiers complets : « Nous n’avons pas besoin d’ajouter que les dents doivent être semblables aux dents qu’elles remplacent. >
les deux plaques , ou mieux les deux bases , sont parfaitement ajustées , ils soucient ou ils fixent provisoirement à la partie moyenne de la plaque inférieure, directement sur la ligne médiane, une petite tige métallique de trentesix à trente-huit millimètres de longueur (dix-huit ou dixneuf lignes) , dirigée verticalement, de manière à toucher par son extrémité supérieure le milieu de la plaque opposée ;puis ils en soudent deux autres semblables sur les parties latérales, une de chaque côté. Ils les diminuent insensiblement avec la lime jusqu’à ce qu’ils aient saisi le point précis de hauteur le plus approprié à la figure; ils garnissent ensuite ses côtés, jusqu’au bout de la base , d'un rouleau de cire disposé comme la rangée dentaire, mais dépassant de quatre ou cinq millimètres (deux lignes à deux lignes et demie) la tige en hauteur.
Les deux bases étant alors en place, ils engagent la personne à serrer les mâchoires l’une contre l’autre jusqu’à ce que l’occlusion de la bouche se trouve arrêtée par le pivot fixé sur la base d’en bas. Dans cet effort , la cire a nécessairement été refoulée , et le point où s’arrête ce refoulement donne, dans toute l’étendue du cercle alvéolaire, la mesure, mais la mesure totale de la hauteur que doivent avoir les dents du haut et celles du bas réunies , hauteur que l’on divise ensuite aussi convenablement que possible entre chacune d’elles, en mesurant , comme ils le disent, la longueur de ces dents , d’après le milieu de la distance qui existe entre les deux cuvettes.
Ils continuent ainsi : « Ces précautions étant prises, il s’agit de retirer l’une et l’autre pièce, ce qu’il faut faire avec un soin extrême pour n’apporter aucun dérangement dans les dents de cire. » Dieu de mieux as-
sûrement ; mais ils ajoutent : « Lorsque le tout est sorti sans encombre, on détache les ressorts et on pose la cuvette inférieure sur le moule en plâtre qui a servi à l’ajuster; mais préalablement on pratique des encoches assez profondes à la partie postérieure de ce même moule, et on a soin de l'humecter. Quand il est ainsi préparé, on forme derrière lui une espèce de très petite auge avec une feuille de plomb assez mince pour être pliée aisément. Dans cette auge on coule du plâtre qui prolonge le moule en y formant un talon, à chaque angle duquel on pratique deux Irous ou repères, pour recevoir les tenons qui seront ajustés au moule supérieur. »
« Celui-ci s’obtient de la manière suivante : on pose la cuvette supérieure sur l'inférieure en réappliquant l’extrémité des trois pivots dans les petits trous qui sont empreints dans la cire et qui font ofüce de repères. Sur cette cuvette on pose le moule qui lui appartient, et de peur qu’il ne bouge, ce qui ne manque pas d’arriver quand le plâtre travaille en se desséchant, on le fixe assez solidement avec plusieurs tours d’un fil de fer très fin et recuit. Enfin on huile toute la partie nouvellement ajoutée au moule inférieur, et on couledu plâtre liquide sur l’un et l’autre moule en même temps. Bien entendu que le moule supérieur a subi les mêmes préparations que l’autre moule pour faciliter l’adhérence du nouveau plâtre. »
lié bien, quoi que pense de cette manière le praticien que nous venons de nommer, et qui la donne comme le fruit d’un effort d’imagination entièrement neuf , dont il croit devoir s’empresser de gratifier ses confrères, elle est défectueuse d’un bout à l’autre; c’est ce que nous
allons facilement prouver. D’abord le pivot central, destiné à soutenir les cuvettes entre lesquelles doit être placée la cire devant représenter les dents , est complètement inutile si on met en même temps que lui deux pivots sur les côtés , parce que c'est latéralement et non sur le devant que l’écartement des mâchoires doit surtout être apprécié. D’un autre côté, si on met ce pivot seul , il est bien évident qu’il ne soutiendra pas convenablement les plaques en place pour que la personne puisse faire tous les mouvements d’essais susceptibles de conduire au but qu’on se propose, parce que les cuvettes quitteront en arrière les bords alvéolaires, où rien ne les soutient.
Ensuite , en ne se servant, pour représenter les deux rangées dentaires, que d’un seul morceau de cire, on doit être fort embarrassé d’introduire les doigts dans la bouche pour malaxer et ajuster cette cire aussi bien en haut qu’en bas, etonestdans l’impossibilité absolue dedonner à chaque rangée dentaire l’inclinaison qui lui est propre. Comment d’ailleurs la divisera-t-on également dans le sens de sa hauteur sans altérer la forme qu’on est parvenu à lui donner? Enfin en ne faisant qu’un seul moule articulé pour les deux pièces , on éprouvera les plus grandes difficultés à monter les dents de celle des rangées par laquelle on commencera, parce qu’on n’aura en sens opposé aucune ligne fixe sur laquelle on puisse faire porter ces dents par leur bord tranchant.
Or , voici comment nous agissons : nous soudons sur chaque plaque ou base, aux parties correspondant aux petites molaires , de chaque côté , une petite lame de platine de douze à quinze millimètres d’étendue, sur
quatre ou six de haut (six à huit lignes sur deux ou trois), uniquement pour soutenir la cire; puis nous remplissons de deux rouleaux de cette substance l’espace que laissent entre elles les bases, en tenant toutefois ces rouleaux plus haut que les lames métalliques. Nous engageons alors la personne à appuyer légèrement sur la cire; puis nous la réduisons dans le sens de sa hauteur au degré voulu , en la coupant avec un couteau mouillé qui l’enlève par tranches. On dispose ensuite celte cire pour soutenir les joues ; on donne en avant aux deux rouleaux quelle forme, et qu’on a eu le soin d’aplatir avec les doigts, la direction que doit avoir la masse totale des dents, cl on s’assure de l’entière exactitude du tout, jusqu’à ce que la personne ait elle-même retrouvé sa physionomie, qu elle puisse faire exécuter à ses mâchoires tous les mouvements qui leur sont propres, enfin mordre carrément dans tous les sens.
Quand ce simulacre de dentier complet est parfaitement fait, que les deux parties de cire qui représentent chacune une arcade dentaire portent bien dans tous les points l’une sur l’autre, nous faisons un trait sur leur partie antérieure pour reconnaître leur point central, qui représente la séparation des deux grandes incisives, tant du haut que du bas; nous en faisons autant sur leurs parties latérales , afin qu’elles soient toujours replacées dans le même rapport qu elles avaient dans la bouche. Cette seconde marque latérale doit être répétée sur la base et faite, autant que possible, sur la place qu’on destine à être occupée par les ressorts.
Ensuite, comme les bases sont métalliques, nous les chauffons légèrement par la partie concave à la lampe à alcool, pour en retirer soigneusement les deux cercles
de cire qui les recouvrent , et nous y fixons une petite plaque destinée à recevoir le porte-ressort. Nous remettons de nouveau avec précaution les cires en place, dans la bouche, sur leurs plaques, et y accolons provisoirement les ressorts afin de bien s’assurer de la régularité de leur jeu. Quant à la détermination bien précise du point sur lequel ils doivent porter , nous nous en sommes trop occupés, en parlant des moyens généraux de tenir en place les diverses pièces de denture artificielle , et particulièrement en étudiant tout ce qui a trait aux ressorts, pour que nous soyons obligés d’y revenir ici.
Une fois toutes ces précautions prises , et la hauteur des deux rangées dentaires obtenue par celle des deux morceaux de cire qui les représentent, nous faisons un moule articulé à part pour chaque mâchoire. Pour cela, les ressorts étant enlevés, nous plaçons chaque plaque garnie de sa cire sur le moule qui lui est propre; puis nous pratiquons sur la partie interne du moule, dans les trois quarts postérieurs environ de son étendue d’avant en arrière, une profonde entaille triangulaire; nous enduisons tout cet intérieur et la face postérieure de la cire d’un peu d’huile. Nous enveloppons ensuite le moule dans tout son pourtour, comme pour avoir un moule de plâtre ordinaire , d’un bandeau de plomb laminé très mince ou simplement de carton, d’une hauteur double de celle du moule ; puis nous versons du plâtre délayé qui, remplissant toute la concavité de ce dernier, le touche partout, moins nécessairement par la place qu’occupe dans tout son pourtour le bandeau de cire. Le contre-moule étant sec, on le sépare, on enlève la cire et on trouve, en mettant le contre-moule dans le
moule, la place l rès exacte en hauteur que doivent occuper les dents.
Quant à la manière de fixer les dents (qui , soit dit en passant, ne sont jamais qu’au nombre de vingt-huit), il y a trois choses à considérer à leur égard : la direction qu’il faut leur donner, l’ordre suivant lequel il faut les placer, et leur fixation à la base qui doit les supporter. Ce que nous avons dit du mode de retrait sur euxmêmes des alvéoles , suivant les mâchoires , apprend assez que celles du bas doivent être un peu dirigées en dedans pour corriger les effets de ce retrait qui s’est opéré en dehors, et celles du haut en dehors par la raison opposée. Nous pensons aussi qu’il est toujours mieux de ne donner aux dents garnissant un double dentier qu’une hauteur un peu moindre que celles qu'avaient les dents naturelles, par celte raison fort simple que la pièce sera nécessairement d’autant moins apparente qu elle sera moins épaisse.
Pour ce qui a trait à l’ordre suivant lequel elles se placent, ce que nous. avons dit aussi de l'effacement assez général de l’angle par lequel les branches de la mâchoire inférieure s’unissent au corps, devrait faire pressentir que c’est d’abord de ce côté-là, c’est à dire par les molaires, qu’il serait bon de commencer, puisque c’est l’écartement que laisseront entre elles les mâchoires au fond de la bouche qui réglera la longueur que devront avoir les dents antérieures. Mais comme cet écartement est déjà rigoureusement obtenu par les rouleaux de cire, ce sont encore les incisives centrales qu’il faudra placer les premières, et ainsi de suite jusqu’aux molaires, sauf à ne les fixer définitivement qu’après
hl
avoir vérifié leur position, non seulement sur le moule* mais sur la bouche même de la personne.
Enfin c’est particulièrement pour les dents faisant partie de dentier^ complets qu’on fait très bien de les soutenir en arrière, quand elles sont minérales , par un large bandeau qui les maintiendra solidement unies ensemble et en même temps à la base; mais il est alors utile de les rapprocher le plus possible les unes des autres , afin que ce bandeau ne puisse pas être aperçu.
Tout ce que nous venons de dire ne s’applique, comme on le reconnaît aisément , qu’aux dentiers à bases métalliques ; mais quand on en a à confectionner à bases et à dents animales, ou, pour parler plus positivement, en hippopotame, on doit suivre cette marche. On prend toujours l’empreinte isolée de chaque mâchoire, pour avoir. les moules en relief de l’une et de l’autre ( moules de plâtre seulement et non de métal qui deviennent inutiles, puisqu’on n’a rien à estamper) ; ces deux mou-, les obtenus , on prend une seconde empreinte au moyen de deux rouleaux de cire appliqués sur chaque arcade alvéolaire; mais alors pour avoir tout à la fois le creux du bcrd alvéolaire , comme pour celle qui a servi à fournir les moules en plâtre, et la hauteur des dents, comme on l’a fait pour les cuvettes métalliques. C’est sans doute ce que Maury veut dire par cette phrase (1) par laquelle il débute dans la description d'un dentier à base de cheval marin : « On commence d’abord par prendre séparément deux fois l’empreinte de chaque mâchoire, etc.»
Quoi qu’il en soit, on doit faire arriver cette cire de
(t) Ouvrage cité , page 376.
chaque côté sur le bord alvéolaire , précisément au niveau auquel devra parvenir la base, et faire en sorte qu elle emboîte les gencives exactement comme le fera cette dernière. Enfin on obtient, comme pour les bases métalliques, un contre-moule pour avoir toujours un moyen d’apprécier la véritable hauteur de chaque denture, en le tenant néanmoins un peu plus dégagé vers la face interne des dents, afin de répondre à la plus grande épaisseur qu’a inévitablement la base dans ce cas.
Ceci étant fait , on prend la tranche d hippopotame qu’on destine à chaque dentier; on la découpe exactement sur le morceau de cire représentant les dents, en la laissant toutefois de deux millimètres environ (une ligne) plus haute, afin de parer à la légère déperdition qu’elle éprouvera dans ce sens par l'entrecroisement des dents quand elles seront régulièrement taillées -, on la présente sur le moule de plâtre, et on incruste sa base qui doit porter sur le bord alvéolaire, par les moyens que nous avons indiqués à notre page 566 ; puis on présente sur la bouche de la personne d’abord chaque pièce isolément, ensuite toutes deux ensemble, afin d’établir leurs véritables rapports ; on marque sur chaque pièce, par un trait vertical , la ligne qui doit séparer les incisives centrales, et on les sort de la bouche pour tracer au crayon la portion qui doit être dévolue à chaque dent qu’on se met alors à ébaucher.
On fait même très bien de ne pas aller plus loin sans essayer de nouveau le dentier , afin d enlever par quelques coups de râpe ou d’échoppe ce qu il pourrait avoir de trop en certains points. Comme tout ce qui est relatif à chaque pièce, sauf les dents, est obtenu et qu’il ne s’agit surtout alors que des rapports à établir entre
«lies, on peut les maintenir accolées par un peu de cire interposée sur différents points de la surface par laquelle elles se touchent et les sortir dans cette position, pour les déposer sur leurs moules primitifs. On peut alors faire de ceux-ci un moule articulé , c’est à dire que par l’addition d’une certaine quantité de plâtre ajoutée à chaque moule et disposée pour l’un en saillie, ■ pour l’autre en cavité, comme nous l’avons dit à la page 629, on place ces deux pièces dans des rapports semblables à ceux dans lesquels ont été mis le moule et le contremoule qui ont servi à donner à chaque rangée dentaire la hauteur convenable. Il ne reste qu’à achever les dents en les disposant de telle sorte qu’en avant les inférieures croisent sous les supérieures et que, sur les côtés et en arrière , les tubercules pratiqués sur la face triturante tombent juste dans les dépressionsménagées sur leursantagonistes ; ce qui réduira le dentier de l’excédant de hauteur qu’on a ménagé à chaque partie réservée aux dents.
Enfin , quand on veut monter des dents humaines ou des dents minérales sur des bases d’hippopotame réservées à un dentier complet , on se comporte exactement comme nous venons de le dire pour les pièces dont la base et les dents sont en hippopotame ; seulement, quand la pièce est convenablement assise et répond exactement à l’autre pièce, on marque de chaque côté la place réservée aux deux grosses molaires , puis on enlève toute lapartie in termédiaire destinée aux dix dents qu’on se propose de rapporter. On sculpte les molaires de manière que leurs tubercules s’engrènènt bien, et on monte à la hauteur obtenue les dents humaines ou minérales, d’après les règles que nous avons tracées à l’occasion de chacune d’elles.
On fait très bien aussi, nous le répétons contre l’opinion ordinaire, de ne pas fixer d’une manière définitive les ressorts aux bases des dentiers avant d’y avoir placé irrévocablement les dents : le jeu régulier de ces ressorts étant un des points les plus importants dans l’emploi de la pièce qui nous occupe, tout doit, pour ainsi dire, lui être sacrifié ; de telle sorte que si , le point sur lequel doivent porter ces ressorts étant bien arrêté, ceux qui ont servi aux essais, avant que la pièce fût garnie de ses dents, ne semblaient plus assez forts après, on pùt leur en substituer de parfaitement égaux en longueur, mais plus résistants.
Quanta la question sérieusement agitée par quelques dentistes (1) de savoir si les ressorts provisoires doivent être d’or, de cuivre ou de fer, il faut en vérité être bien pessimiste pour supposer qu’il se trouvera des praticiens assez dépourvus des choses indispensables à l’exercice de leur profession , et assez prodigues de leur temps, pour s’amuser à calculer avec des ressorts de cuivre ou de fer les résultats que devront leur donner ceux qui seront faits en or.
A part ce que nous venons de dire , tous les détails relatifs à la confection d’un dentier complet rentrent dans les considérations générales auxquelles nous nous sommes précédemment livrés, et dont un nouveau développement formerait ici une répétition pour le moins inutile. Établissons toutefois à son sujet, sous forme de propositions, les cinq règles générales qui suivent :
1° Dans la confection d’un dentier complet, tout doit
(\ ) lÆFOULON ; ouvrage cité , page /i()6.
être disposé pour que , s’avançant le plus avant possible dans la bouche , les deux pièces dont il se compose garnissent tout le bord alvéolaire qu’elles emboîteront (1) exactement ; et que , touchant partout les parties molles au milieu desquelles elles devront habituellement rester, elles leur soient plus intimement unies et suivent leurs divers mouvements sans éprouver de secousses inattendues.
2° L'action des ressorts est d’autant plus facile et leur jeu plus régulier que la pièce supérieure est plus légère , et que l’inférieure a plus de poids. Aussi c’est pour les pièces du haut que les cuvettes d’or sont préférables à celles de platine, et même que le palladium pourrait trouver une utile application ; tandis que c’est pour celles du bas que les bases d’hippopotame ou les cuvettes de platine conviennent particulièrement : les premières quand les bords alvéolaires ont éprouvé un grand affaissement, auquel on a dû chercher à remédier le plus qu’il a été possible, les secondes quand cet affaissement n’est pas très prononcé.
3° La pièce supérieure sera d’autant plus solidement maintenue et facile à supporter, qu’elle montera plus haut sur le côté interne du bord alvéolaire et qu elle s’approchera davantage de la voûte palatine, sans toutefois s’avancer sur cette dernière , parce qu elle masquerait en pure perte le sens du goût, et qu elle gênerait les mouvements de la langue.
4° L’expérience nous a appris qu’il ne faut pas atta-
(1) Ceci ne détruit pas ce que nous avons dit de la faculté qu’on a de ne mettre que vingt-huit dents aux dentiers complets , les deux dernières molaires étant généralement formées d’un seul morceau,
cher une trop grande importance à l’avantage que les auteurs croient pouvoir reconnaître aux hases d’hippopotame d’être d’un contact plus doux sur le bord alvéolaire et sur les gencives. Les personnes qui font usage de dentiers complets s’accoutument en général si promptement aux cuvettes métalliques, qu on a souvent tort de se priver de l’inappréciable mérite qu'ont ces dernières d’être inaltérables. Aussi n’hésitons-nous pas à garnir la plupart de nos bases d’hippopotame d’une feuille métallique très mince, sorte de cuvette qui, n’augmentant que de très peu de chose le poids de la pièce, lui donne une solidité et par suite une durée qu’elle n’a jamais sans cela.
5° C’est particulièrement à l’occasion de la confection et de 1’ajustement de ces pièces dans la bouche qu’il faut savoir que quelques unes des personnes auxquelles elles sont destinées espèrent dans bien des cas pouvoir , par quelques mouvements imprimés à leurs mâchoires, corriger certaines conformations vicieuses auxquelles la nature les ramène bientôt , mais presque toujours ajors au détriment des rapports dans lesquels le dentiste avait placé les deux pièces dont se compose le dentier.
De là surgissent souvent de graves difficultés que l’on évite en refusant net de condescendre aux goûts des personnes , ou en avertissant bien du mauvais résultat qui sera nécessairement obtenu. Nous avons souvent été nommés judiciairement arbitres , dans de semblables contestations, et nous nous sommes vus plus d’une fois obligés de juger contrairement aux prétentions de confrères dont les pièces étaient parfaitement faites, mais qui, par un excès de complaisance ou un défaut d’attention, avaient ajusté ces pièces dans des conditions
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qui les mettaient bientôt dans l’impossibilité d’être supportées, et les rendaient complètement inutiles pour ceux auxquels elles étaient destinées. La crainte d’un pareil désagrément ne doit cependant pas empêcher de con- * descendre quelquefois aux désirs des clients quand les rectifications qu’ils demandent sont bien reconnues ne devoir porter aucune atteinte à l’ajustement de la pièce et à la possibilité de son emploi journalier".
Obtura teuvs m axillaires .
Dans la description des diverses espèces de pièces que nous avons examinées, nous avons toujours supposé ou que les parties osseuses sur lesquelles les dents étaient naturellement implantées, existaient, ou que ces parties n’avaient subi qu’un affaissement auquel il était facile de remédier en donnant aux bases osseuses ou métalliques une épaisseur suffisante. Mais il existe des circonstances dans lesquelles des dents et la portion de l’un ou l’autre maxillaire qui les reçoit manquent à la fois. Notre ministère, comme on le pense bien, ne reste pas impuissant contre les accidents de cegenre, que les temps de guerre rendent malheureusement très communs, et qui , bien que cachés par les parties molles, à la lésion desquelles on s’est d’abord empressé de parer, n’en constituent pas moins dans bien des cas des difformités fort incommodes, par la gêne surtout qu’elles apportent soit au travail préparatoire que les aliments doivent recevoir dans la bouche, soit, ce qui n’est pas moins
ijrave, à l’articulation des sons.
Fauchard avait déjà songé à remédier à ces pertes de substance, et quoique les pièces qu’il employait à cet
effet n’eussent ni la précision ni la légèreté <lc celles que nous fabriquons aujourd'hui , elles atteignaient cependant assez bien le but. Si M. Delabarre avait lu avec plus d’attention ce que ce maître de l’art a écrit à ce sujet, il aurait vu que toutes les pièces qu’il a employées dans les cas dont nous nous occupons n’étàient pas soutenues par des ailes nasales ; témoin cette citation littéralement extraite (1) :
« Quelques années auparavant, je fus consulté par une dame de province, laquelle avait perdu les quatre dents incisives de la mâchoire supérieure, par une carie négligée dont les suites avoient aussi détruit une partie des os maxillaires supérieurs Ce fut en cette oc-
casion que je conçus les premières idées de construire une pièce qui fut en même temps un dentier et un obturateur. Je composai cet obturateur d’une plaque d’ivoire ; la dent de cheval marin , si l’on en pouvoil trouver de convenable, seroit cependant préférable à l’ivoire ; mais la scissure ou fente qui divise en deux cette dent dans toute sa longueur (2), fait que son épaisseur n’est pas ordinairement suffisante pour faire une plaque d’un seul morceau et composée de plusieurs dents artificielles. A cette plaque, que j’accommodai à la figure du palais , je lai ssai à sa partie convexe une petite éminence percée à son extrémité pour y attacher une éponge. J’y pratiquai quatre dents artificielles , que j'attachai si bien aux dents canines , que la plaque se trouva par ce moyen parfaitement bien assujélie, et en état de bou-
(1) Tome il , pages 318 et suivantes.
(2) Cette observation de Fauchard prouve sans réplique, comme nous l’avons fait remarquer, qu’il connaissait parfaitement et qu’il utilisait déjà la véritable dent de cheval marin.
cher exactement le trou du palais , tandis que les dents artificielles qui lui étoient contiguës réparoient si bien la brèche des dents naturelles, qu elles les imitoient parfaitement et suppléoient à leurs fonctions , etc. »
L’obturateur-dentier fabriqué par Touchard pour un homme qui avait perdu les deux incisives moyennes, l’incisive latérale, la canine et la première molaire droites, avec toute la partie du maxillaire supérieur dans laquelle ces dents étaient implantées, une portion de l’apophyse montante , et près de la moitié antérieure de la lame osseuse qui forme la voûte palatine , pièce décrite dans le Journal général de Médecine (1), était donc plutôt une copie qu’un perfectionnement de celui de Fauchard, que nous venons de décrire. En effet, au lieu de se fixer simplement comme ce dernier aux dents voisines, cet obturateur avait l’immense inconvénient de ne se maintenir que par des agents réacteurs qui exerçaient sur les dents latérales de chaque côté un effort de répulsion plus propre à les ébranler que les ligatures de Fauchard; et cela, de l’aveu de M. Duval chargé de faire le rapport sur cet obturateur , et de M. Delabarre qui l’a fait représenter dans son ouvrage.
Quoi qu’il en soit des premières pièces qui ont été construites en ce genre, la facilité avec laquelle on peut aujourd’hui prendre les empreintes permet de les faire avec une exactitude qui ne laisse rien à désirer. Lorsqu’elles ne doivent que remédier à la perte de substance d’une portion de l’arcade alvéolaire et de la partie voisine du maxillaire, sans être en rapport avec les fosses
(1) Tome L, page 386.
nasales, si c’est en haut, comme cela arrive le plus souvent, l’hippopotame est la substance qu’il faut choisir de préférence, parce qu’elle est d’un contact plus doux et d’un travail plus facile, sauf à mettre des dents minérales ou des dents naturelles. Quant aux moyens de maintenir ces pièces, les crochets faisant office de ressort et s’appuyant, sans aucuns efforts, sur le plus grand nombre de dents possible, sont les meilleurs, ou, pour mieux dire , les seuls qu’il faille employer.
M. Delestre, chirurgien-dentiste de Paris, a présenté à l’Académie royale de Médecine , il y a deux ans environ, une pièce de ce genre, destinée à remplacer, sur un invalide, la table externe seulement d’une portion du maxillaire supérieur, dont la chute avait entraîné celle de plusieurs dents antérieures qui lui étaient inhérentes. Maintenue comme nous venons de le dire , elle remplissait parfaitement l’indication pour laquelle elle avait été construite. Cette pièce avait, ainsi qu’on peut le voir, une assez grande analogie avec celle dont nous avons parlé à notre page 529, avec cette différence néanmoins,
partie de la table antérieure du maxillaire, qui n’allait guère au delà delà portion alvéolaire , tandis que nous avions , outre une plus grande perte de substance à combler, une autre indication à remplir : boucher l’ouverture du sinus maxillaire.
Si les pertes de substance sont plus communes à la mâchoire supérieure qu’à l’inférieure, il ne faudrait cependant pas s’attendre dans la pratique à n’avoir jamais à faire que des machines propres à remédier aux premières ; il est en effet facile de concevoir qu’une foule de
circonstances pouvant, comme une plaie (l’arme à l'eu, une affection cancéreuse, une nécrose, emporter une portion du maxillaire inférieur, on peut être dans la nécessité de boucher le vide qui pourrait en résulter , soit pour rendre l’affaissement des parties molles moins apparent, soit pour donner à l’os plus de solidité, soit tout simplement pour suppléer à la partie de la denture qui aura disparu avec la portion d’os enlevée, soit enfin pour empêcher l’accumulation dans la cavité qui en serait le résultat des matières alimentaires et autres qui s’y introduiraient incessamment.
Les auteurs ne rapportent cependant aucun exemple de ce genre de pièce de prothèse. M. Delabarre n’a sans doute jamais eu occasion d’en construire, car dans les quelques lignes qu’il consacre à ce sujet (t) , il ne dit rien qui lui soit propre. Bien plus, nous pensons qu’il se trompe complètement, lorsqu’il avance que Jourdain s’est trouvé dans la nécessité d’en appliquer une pour un cas de spina-ventosa. Nous avons lu, avec toute l’attention désirable , ce que dit Jourdain du spina-ventosa du maxillaire inférieur , et nous n’avons rien vu qui autorisât à admettre qu’il avait eu cette idée.
En effet , des deux observations que cet auteur rapporte, dans son traité des maladies de la bouche, il fermine la première en disant qu’après avoir enlevé la tumeur ainsi que l’os devenu, pour ainsi dire, cartilagineux, il crut devoir éviter toute action violente, «le corps de l’os n’étant plus alors qu’une coquille. » Le deuxième cas est celui d’une demoiselle de vingt-sept ans qu’il opéra à peu près de la même manière que dans
(1) Ouvrage cité, page 31 12.
le cas précédent, mais sur laquelle il ne put appliquer aucune espèce d’obturateur, puisqu’elle disparut immédiatement après l’opération , sans qu’il lui fut possible desavoir ce qu’avaient été les sui ( es de la maladie, qu'il avait d’ailleurs jugée mortelle (1).
Plus heureux en cela que nos devanciers , nous pouvons suppléer à leur silence par l’exposé d’un fait assez remarquable en ce genre, qui s’est présenté il y a quelques années à notre observation. Ce fait nous a été fourni par un homme de quarante-cinq à cinquante ans qui, à la suite d’un violent coup reçu sur le côté gauche de la mâchoire inférieure, vit cet os éprouver une tuméfaction progressive accompagnée de douleurs lentes. Les cinq dents molaires de ce côté s’ébranlèrent, furent successivement enlevées, et bientôt toute la table antérieure du bord alvéolaire, se détachant du corps môme de l’os, laissa à découvert une vaste cavité, coupée çà et là d’aspérités et de lamelles osseuses noirâtres formant des loges remplies de matières fétides.
Envoyé de sa ville natale à Paris, pour y consulter plusieurs de nos célébrités chirurgicales, il ne put se décider, sur l’avis de son médecin ordinaire, à laisser pratiquer la résection de la portion d’os malade, qui lui fut conseillée. Il retourna alors chez lui, se contentant de remplir plusieurs fois par jour d’un énorme tampon de charpie aromatisée la cavité dont sa mâchoire était creusée. Son médecin se décida cependant à niveler la plaie en en détruisant avec une rugine toutes les inégalités et toutes les parties ramollies; cette plaie prit
(1) Édition de 1778, tome II. La première observation est à la page 128, et la deuxième à la page 131.
dès lors un aspect plus favorable, et il revint à Paris non plus pour y prendre une consultation chirurgicale, mais pour savoir tout simplement s’il n’y aurait pas un moyen de boucher artificiellement la cavité de sa mâchoire, qui non seulement gênait sa prononciation, mais qui formait un repaire dans lequel les matières alimentaires s’accumulaient et infectaient la bouche par leur prompte décomposition. C’est alors qu’il nous fut adressé, et qu’il nous donna , sur la nature et l’origine de sa maladie, les renseignements qui précèdent.
Cette cavité, s’étendant d’arrière en avant, depuis l’union de la branche du maxillaire à son corps jusqu’à la canine, et suivant de haut en bas la ligne qui continue, sur la face externe du maxillaire , le bord antérieur de l’apophyse coronoïde, jusqu’au trou mentonnier, était assez profonde pour recevoir la moitié environ d’un œuf
de pigeon. Nous commençâmes par la remplir d’un morceau de cire molle pour la mettre à peu près au niveau des parties voisines, et replacer les choses, autant que possible , dans leur état naturel ; puis , ayant pris l’empreinte de la totalité de la mâchoire, nous obtînmes un moule de plâtre sur lequel nous ajustâmes une plaque de platine formant une espèce de voûte qui s’adaptait exactement au contour de l’ouverture. Nous soudâmes alors à ses parties antérieure et postérieure deux bandeaux de même métal , se réunissant pour former sur chaque molaire du côté opposé un grillage métallique qui, les emboîtant parfaitement „ donnait à tout l’appareil une grande solidité.
Cette indication fondamentale, essentielle, boucher l'ouverture , étant remplie , nous cherchâmes à remplir celle qui n’était que secondaire, accessoire, restituer à