SI
la partie malade ses formes ordinaires. Pour cela nous fixâmes tout simplement sur la placjue , à datei de 1 endroit qui correspondait au bord alvéolaire, un morceau d’hippopotame sur lequel se trouvaient sculptées les cinq dents molaires absentes. Tout était disposé pour que la pièce pùt être enlevée à volonté, son poids et la précision de son ajustement lui donnant une solidité qu on n’obtient malheureusement, à la mâchoire supérieure, qu’en prenant des points d’appui au moyen de crochets dont Tenlèvement journalier doit infailliblement nuire à la solidité des dents auxquelles ils s’appliquent.
• Nous avons eu occasion de revoir le sujet de cette observation , sept ou huit mois après l’application de l obturateur que nous venons de décrire , et nous avons vu avec satisfaction que non seulement il atteignait complètement le but qui nous avait été assigné, mais encore que la cavité qu’il recouvrait se remplissait insensiblement de bourgeons charnus qui devaient tôt ou tard la combler complètement ou en grande partie.
Obturateurs palatins.
L’idée de boucher les ouvertures que peuvent occasionner à la voûte palatine soit une division congéniale des os du palais, soit une plaie ou une maladie quelconque du système osseux , comme celles qui résultent si souvent, quant aux plaies, des armes à feu, quant aux maladies, de la syphilis, est une idée assurément fort ancienne. La confection des appareils mécaniques au moyen desquels on remédie à ces ouvertures accidentelles a depuis longtemps été abandonnée aux chirur-
giens-dentistes ; leur conformation et les rapports qu'ils ont avec les dents , soit par les irrégularités que la difformité produit dans l’ordre de celles-ci , soit par les appuis que ces appareils prennent sur elles, les font rentrer aujourd’hui plus que jamais dans le domaine de notre art ; aussi allons-nous entrer, à leur égard , dans des détails capables de bien faire comprendre l’esprit de leur fabrication et les règles de leur emploi.
Les auteurs s’accordent assez généralement à regarder Ambroise Paré, non pas comme le chirurgien qui chercha le premier à remédier aux incommodités sans nombre qui résultent de cette communication delà bouche et des fosses nasales , mais seulement comme celui qui donna à cet égard les préceptes les plus précis. Ils ont raison; car, comme le fait observer Cullerier(l) , Alexandre Pétronius écrivait quinze ans environ avant Ambroise Paré (2) : « Si l'os du palais carié tombe de lui-même, ou si l’on en fait P extraction , la prononciation est altérée au point que le malade ne peut plus se faire entendre. Mais il est possible, dans certaines circonstances , de réparer cette perte : par exemple, quand il n’y a qu’un trou au palais , on peut le boucher avec du coton , avec de la cire, avec une plaque d’or ou de toute autre manière que le génie suggérera à l’artiste, ayant soin de donner à ces instruments la même forme concave qu’à la voûte palatine. »
Cependant le moyen que conseille Ambroise Paré est aujourd’hui avec raison tout-à-fait abandonné. Il con-
(1) Dictionn. des Sciences médicales, t. XXX VII, art. Obturateur.
(2) De Morbo G allie o ; imprimé en 1563.
sis lui t tout simplement à «appliquer contre le trou une plaque d’or ou d’argent, maintenue par une éponge embrochée, comme il le dit, à une tige et retenue par un écrou. L’éponge étant sèche, lorsqu’on la rapportait sur la plaque, se gonllait par l’humidité des cavités nasales, et empêchait l’instrument de tomber. »
Ce moyen de prothèse avait, comme on le voit, deux graves inconvénients. L’un consistait en ce que l’éponge , en s’imprégnant des mucosités nasales , ne tardait pas à répandre une odeur infecte; l’autre en ce que la présence d’un corps étranger dans l’ouverture accidentelle, surtout d’un corps continuellement susceptible de se dilater, devait non seulement s’opposer à son occlusion, mais favoriser sans cesse au contraire son agrandissement. Dans tous les cas, ou l’éponge n’avait qu’une grosseur qui lui permettait d’entrer aisément dans l’ouverture, et alors l’appareil était exposé à tomber; ou bien elle était assez grosse pour former, étant humide, un bourrelet capable de supporter cet appareil, et alors elle exerçait sur les bords de l’ouverture une compression douloureuse.
Fauchard obvia au premier de ces deux inconvénients par un obturateur d’un mécanisme fort ingénieux, auquel on a depuis donné le nom ü obturateur à ailes. « Il est composé d’une plaque, d’une tige, de deux ailes, de deux goupilles, d’une vis, d’un écrou et d’une clef (1). » La plaque est destinée à boucher l’ouverture par le côté de la bouche, les deux ailes à s’abattre sur la face supérieure des parois de cette ouverture pour la boucher du côté des fosses nasales, la vis à faire des-
(1) Voyez tome II de son ouvrage, pages 293 et suivantes.
cendre les ailes abattues jusqu a ce qu elles tiennent les bords de l’ouverture serrés entre elles et la plaque qu elles surmontent , l’écrou à tenir la vis fixée au point nécessaire; enfin, la clef à faire marcher la vis. « Avant que de mettre cet obturateur en place, dit son inventeur, il faut relever suffisamment les ailes, pour qu’elles s’approchent l’une de l’autre, et qu’elles occupent ainsi moins de volume : ce qui facilitera leur introduction dans le trou ou dans la brèche du palais. Une fois introduit, il ne s'agit que de l’assujétir au moyen de la clef. »
• Quelqu’ingénieux que fut cet appareil , il n’obviait cependant, comme nous venons de le dire, qu’à un des inconvénients attachés aux obturateurs à éponges simples, celui de prévenir l’odeur infecte que déterminait l’accumulation des mucosités nasales dans l’éponge, qui était leur pièce principale; mais, comme eux, il formait un obstacle incessant à l’occlusion de l’ouverture par la compression que les bords de cette solution de continuité éprouvaient de la part des ailes et de la plaque, entre lesquelles ils se trouvaient appliqués.
Les praticiens furent longtemps à s’apercevoir de cet inconvénient et s’occupèrent surtout à simplifier le travail de Fauchard ; de là l’obturateur à verrou , l’obturateur à branches , l’obturateur à bouton, et plusieurs autres plus ou moins ingénieusement combinés , mais se résumant toujours en deux plaques, ou mieux, deux surfaces métalliques superposées , entre lesquelles se trouvaient serrés les bords de l’ouverture. Enfin vint, en dernier lieu, l’obturateur « chapeau, qui, s’il avait l’inconvénient de remplir en tout ou en partie l’ouverture comme les précédents, n’exerçait du moins aucune compression sur ses bords; il en fut de même de la plaque d’or conseillée par
Jourdain (1), et qui, appliquée sur l’ouverture du palais qu’elle débordait un peu de chaque côté, s’y trouvait maintenue au moyen d’une tige de môme métal « refendue-bifurquée , de façon à passer par chaque narine, et sortir extérieurement pour se reployer de chaque côté des joues , etc. »
Mais dès le moment, par malheur trop rapproché de nous, où les dentistes , entrevoyant toute l’importance et l’étendue de leur art, s’éclairèrent au (lambeau de la physiologie, et, s’élevant à la hauteur des progrès de la pathologie générale, en appliquèrent les principes à leur spécialité, ils reconnurent que si , dans l’application des obturateurs palatins, l’occlusion de l’ouverture par laquelle communiquent la bouche et les fosses nasales était une indication importante à remplir, elle ne devait cependant jamais l'être au préjudice de la tendance qu'a sans cesse la nature à réparer les pertes que nos organes ont accidentellement éprouvées. Il fut dès lors établi en principe pour nous que, quelqu’importante que semblât en cette occurrence la question mécanique, elle n’était cependant qu’une chose secondaire complètement subordonnée «à la question pathologique ou médicale.
De cette idée éminemment rationnelle, de laisser les ouvertures des os palatins libres pour ne pas gêner la tendance qu’elles peuvent avoir à se boucher, sont nés les obturateurs juxta-posés, c’est i\ dire simplement appliqués contre l’ouverture du côté de la voûte palatine , les seuls dont on doive se servir aujourd'hui. Nous devons.
(1) Ouvrage cité, tome l, page M9.
à l’honneur de notre art, faire remarquer que cette utile réforme appartient en propre aux dentistes. Lisez, en effet, le mot obturateur dans la plupart des dictionnaires de médecine les plus modernes , et vous verrez avec étonnement que presque pas un des praticiens qui ont écrit ce mot n’a pressenti même la nécessité de s’écarter de la voie ouverte par Fauchard, puisque tous conseillent indistinctement des obturateurs introduits , mais non appliqués .
Et cependant, « avant de regarder, dit avec raison M. Delabarre (1), les perforations cicatrisées du palais comme étant de nature à ne pouvoir diminuer de diamètre, les praticiens se sont-ils bien assurés s’il en était ainsi? Je ne le pense pas, car des faits positifs attestent le contraire; et de même que les trous faits au crâne avec le trépan se ferment presque toujours avec le temps , de même ceux du palais vont sans cesse en décroissant. Bourdet l’a observé sur plusieurs individus; et si mon assertion pouvait ajouter quelque poids à la sienne, j’assurerais que je l’ai constamment reconnu : donc il faut bien se garder d’appliquer une machine dont la vicieuse construction s’opposerait à une cure vers laquelle tend la nature, pendant toute la vie, au moins dans le plus grand nombre de cas. »
En effet, aurait dû ajouter M. Delabarre, Cullerier , dans le grand Dictionnaire des Sciences médicales , ne décrit que l’obturateur à ailes de Fauchard, et ne parle des obturateurs prenant leur appui sur les dents qu’à l’occasion de ceux que nécessitent les pertes de substance qui intéressent à la fois la voûte palatine et
(1) Ouvrage cité, tome J , page 302.
les arcades alvéolaires. Mais la phrase suivante montre clairement que cet auteur admettait que les obturateurs maintenus par des ailes étaient les soûls à employer dans les cas ordinaires, et que ceux à crochets appuyés sur les dents ne s’appliquaient qu’à des cas exceptionnels : « Comme la maladie qui perce le palais attaque aussi une portion plus ou moins considérable des arcades alvéolaires et dentaires, on a ajouté à l’obturateur dont nous venons de parler un râtelier qui se fixe par le même mécanisme et qui peut, pour plus de solidité, être fixé aux dents voisines. »
Les auteurs du Dictionnaire abrégé des Sciences médicales, au nombre desquels étaient Sanson et M. Bégin, après avoir développé les inconvénients qu’on reproche à juste titre aux obturateurs à éponge, s’expriment aussi de la sorte : « Ces motifs ont fait depuis longtemps préférer les obturateurs mécaniques. Les instruments de ce genre que l’on fabrique aujourd’hui sont composés , comme les autres, d’une plaque plus ou moins large susceptible de s’appliquer très exactement au contour de l’ouverture qu’elle ferme, et disposée de telle sorti; qu’elle continue le plan général qui la supporte. De la surface de cette plaque, qui correspond à l’ouverture naso-buccale , s’élèvent deux ou un plus grand nombre d'ailes qu’un mécanisme assez simple tient relevées, et qui, s’abaissant ensuite au moyen d’une tige à écrou qu une clef de montre fait mouvoir , s’appliquentdu côté des fosses nasales sur les bords de la solution de continuité. »
M. Lagneau , dans le Dictionnaire de Médecine î
(1) Tome XV, article Obturateur.
un des derniers publiés, et à la rédaction duquel ont participé un grand nombre des praticiens les plus distingués de notre époque , après avoir parlé des obturateurs à éponges, dont l'emploi est aujourd’hui non pas généralement , comme le pense cet honorable praticien, mais complètement abandonné, M. Lagneau, disonsnous , propose comme le meilleur, le plus convenable et celui qu’il croit être le plus ordinairement appliqué, un obturateur mécanique , qu’il décrit minutieusement et qui n’est en définitive autre chose que l’obturateur à ailes que nous connaissons.
Nous venons de voir avec plaisir, par une discussion qui vient d’avoir lieu au sein de l’Académie de médecine, que les chirurgiens les plus distingués commencent à s’écarter de cette voie et à partager l'avis que les chirurgiens-dentistes ont depuis longtemps émis et qui , pour notre compte personnel, a toujours été notre règle de conduite (1).
La circonstance qui a provoqué cette discussion est la présentation , faite par M. Blandin, d’un jeune homme que cet honorable professeur avait opéré d’une division très étendue du voile du palais et de la voûte palatine. Celle-ci (la voûte palatine) était divisée au moins dans les quatre cinquièmes de son étendue. Opéré par le procédé de M. Roux (2), légèrement modifié, le malade ne
(1) Voyez le compte-rendu de la séance du 20 septembre 1842 de l’Académie royale de médecine (discussion entre MM. les professeurs Blandin, Velpeau et Gerdy).
(2) Voyez son Mémoire sur ta Staphyloraphie , ou Suture du voile du palais; in-8°, Paris, 1825 , avec figures. — L’opération qui fait le sujet de ce mémoire a remporté , dans son temps , le grand prix de chirurgie décerné par l’Institut , et forme sans contredit un des plus beaux titres scientifiques du chirurgien en chef actuel de l’Hôtel-Dieu.
présentait plus alors qu’un trou vers le milieu du palais, et un obturateur, dit M. Blandin, suffisait pour régulariser sa parole.
M. Velpeau, après avoir examiné avec attention ce malade et applaudi au succès de M. Blandin , pensa que le trou de la voûte palatine pourrait encore s’oblitérer, et demanda en conséquence à son savant collègue s’il ne croyait pas que l’obturateur fût un obstacle au rétrécissement de cette ouverture. Ce dernier trouva l’observation fort juste et déclara en avoir prévenu le malade. M. Gerdy fut même d’avis qu’en pareille circonstance on ne devait pas seulement se borner à cesser l’usage de l’obturateur, mais qu’il serait encore de la plus grande utilité d aider le rapprochement des bords de l’ouverture palatine par un bandage ou une machine appropriée.
Nous venons de dire que le malade dont il est ici question avait été opéré par le procédé de M. Houx. Nous ne prétendons point par là , comme on l’a cru jusqu’à présent, que M. Roux soit le premier qui ait pratiqué la suture du voile du palais en France. M. Roux , comme tout le monde doit le savoir aujourd’hui (1), n’a que le mérite d’avoir donné à cette opération rang parmi les faits chirurgicaux admis comme préceptes et éléments de l’art. Mais nous la revendiquons directement pour notre spécialité, puisqu’elle a été pratiquée avec tout le succès possible, dans le milieu du siècle dernier, par un dentiste nommé Le Monnier (2).
(1) Voyez les ouvrages de MM. Velpeau, Vidal de Cassis , etc.
(2) Ce praticien a publié plusieurs écrits sur notre art , entre autres une Dissertation sur les maladies des dents , imprimée en 1753 et réimprimée en 1783; puis une Lettre à M. Mouton , en 178&.
C’est ce qu atteste ce passage si explicite contenu dans un recueil publié en 1764 par Robert, sous le titre de : Traité des principaux Objets de médecine :
« Un enfant avait le palais fendu depuis le voile jusqu’aux dents incisives. M. Le Monnier, très habile dentiste, essaya avec succès de réunir les deux bords de la fente, fît d’abord plusieurs points de suture pour les tenir rapprochés , et les rafraîchit ensuite avec l’instrument tranchant. Il survint une inflammation qui se termina par suppuration et fut suivie de la réunion des deux lèvres de la plaie artificielle. L’enfant se trouva parfaitement guéri.» Cette citation doit suffire, il nous semble, pour mettre parfaitement d’accord M. Roux et M. Grœfe, de Rerlin , qui se sont disputé la priorité sur cette belle opération.
Le principe d’après lequel doivent être construits les obturateurs palatins une fois admis, quelle forme convient-il de donner à la plaque obturante? C’est une question que nous n’aurions même pas faite, tant il est naturel de penser que cette forme doit être celle de la voûte palatine même, si nous ne l’avions vue posée dans une brochure publiée il y a environ deux ans (1).
L’auteur de cette brochure, ayant un obturateur à placer, se disposait à faire sa plaque légèrement arrondie en voûte, lorsque le docteur P. , qui lui avait adressé le malade, imbu, avec excès même, de la nécessité de ne gêner en rien les bords de l’ouverture naso-palatine, lui fit faire cette plaque déprimée. L’ouverture se cicatrisa en effet assez promptement ; mais, comme le remarque avec
(1) Précis sur te redressement, etc. , suivi de quelques ré flexions sur les obturateurs du palais , par J. M. A. Schange. Brochure in-8°.
raison notre jeune confrère, est-ce au défaut absolu de contact de la plaque et des bords de cette ouverture qu’il est raisonnable d’attribuer ce résultat avantageux? Non, répondrons-nous avec lui, parce que toutes les perforations accidentelles qui se rétrécissent et se ferment affectent la forme d’un entonnoir. D’où il résulte qu’en donnant à la plaque obturante une forme déprimée, même simplement horizontale, on augmente la facilité qu’ont les mucosités nasales à s’accumuler entre elle et la voûte palatine, et on gêne les mouvements de la langue; et cela sans aucune compensation quant à l' occlusion de l’ouverture.
Quoi qu’il en soit, on maintint d'abord les obturateurs juxtaposés par des ligatures qui se rendaient de chaque côté aux dents les plus voisines par des prolongements d’une longueur proportionnée à l’étendue de la plaque obturante; mais on renonça bientôt à ce moyen, parce que les ligatures, remontant incessamment entre le collet de la dent et sa gencive, occasionnaient tout à la fois le déchaussement et l’ébranlement de cette dent et des douleurs que le plus grand courage ne pouvait faire supporter. On eut alors recours aux crochets formant ressort; et comme les premiers qu’on employa à cet effet eurent une tendance à remonter, ainsi que les ligatures on souda à un et souvent à deux points de leur bord inférieur un autre petit crochet , sorte d’épine-d’arrêt qui, en se recourbant en bas , arcboute sur la couronne de la dent, et empêche par là le crochet principal de remonter, ainsi que nous l’avons déjà plusieurs fois dit.
Comme toutes les dents n offrent pas une prise suffisante pour tenir cette épine-d’arrêt en respect , quelques auteurs, en 1 1 “autres M. Delabarre, el M. Le-
foulon après lui , on t donné le conseil delà loger dans une rainure pratiquée à cet effet avec la lime sous la couronne. Nous pensons , nous , qu’il vaudrait mieux souder le crocheta un petit grillage enveloppant la dent, comme nous l’avons déjà indiqué en plusieurs circonstances : les dents, dans tous les cas, et particulièrement dans celui qui nous occupe, sont d’un trop grand prix pour qu’on s’expose à compromettre leur solidité par un moyen quelconque , et à plus forte raison par des pertes de substance dont rien ne justifie la nécessité. Nous avons appliqué plusieurs obturateurs construits de cette sorte, et nous n’avons eu qu’à nous louer de leur ajustement et de leur solidité.
Si les obturateurs juxta-posés ont sur les obturateurs introduits l’immense avantage de ne former aucun obstacle à l’occlusion de la division des os palatins, il faut aussi reconnaître qu’ils ne favorisent ou n’aident cependant en rien cette occlusion. Il devait en être ainsi dans les cas où la division , résultant d’une maladie quelconque qui n’aurait agi que sur un point des os palatins , les aurait laissés en rapport sur quelques autres points et les aurait ainsi mis dans l’impossibilité absolue de se réunir autrement que par le rapprochement des bords de l’ouverture. Mais, comme nous l’avons dit au commencement de cet article, la division des os palatins ne résulte pas toujours d’un accident qui se serait borné à les perforer ; ces os sont très souvent tout-àfait séparés l’un de l’autre, et cette séparation, généralement congéniale , coïncide souvent, ainsi que nous le savons, avec une division soit des lèvres, soit du voile du palais, comme dans le cas du malade qui est
devenu le sujet de l’intéressante discussion survenue entre MM. Blandin, Velpeau etGerdy, et dont nous avons fait ressortir, il y a quelques instants, les points les plus importants. C’est dans ce cas que les obturateurs ne devraient pas seulement se borner à boucher l’ouverture, sans mettre aucun obstacle à son occlusion; mais qu’ils devraient directement favoriser cette occlusion. Malheureusement la science en est à regretter l’absence d’un moyen capable de remplir cette dernière indication; car, comme le fait avec raison observer M. Blandin (1) « ce qui s’oppose au succès de la staphyloraphie , dans le cas de division palatine , c’est cette division elle-même et l’état d’écartement dans lequel elle tient les parties molles. »
« Aussi, ajoute ce praticien, rendrait-on un service signalé aux malheureux affectés de ce vice de conformation , en proposant un moyen qui put de bonne heure rétrécir et oblitérer la fente de la voûte palatine. On changerait ainsi les cas compliqués en des cas tout-àfait simples pour lesquels l’opération réussit le plus souvent. Levret , Jourdain , Autenrieth, ont songé à remplir cette indication; M. Roux a tenté la compression des arcades dentaires de dehors en dedans. » A ces noms M. Blandin aurait pu ajouter ceux de Le Blanc (2), de Quesnay (3), de l)esault(4) et même de Dupuytren (5).
Quels moyens ces auteurs ont-ils employés pour exercer cette compression? Tout ce que nos recherches
(1) Dictionnaire de médecine et chirurgie pratùj.; tome XV, p. 17.
(2) Précis d* opérations de chirurgie y tome Ier , page 25.
(3) Journal de Médecine y année 1773, tomes XXXIX et XL.
(4) Œuvres chirurgicales y tome II, page 205.
(5) Leçons orales , publiées par MM. Marx et Brière de Boismont.
nous ont appris à cet égard , c’est que Levret et Autenrieth ont exercé la compression sur les parties latérales de la mâchoire ; que Jourdain exerçait une double traction en sens contraire sur les deux rangées des dents molaires; que M. Roux, après s’en être entretenu avec Miel et fait avec lui divers essais , avait confié à un mécanicien, dont il ne dit pas le nom, le soin de fabriquer un appareil approprié à cet usage , mais dont il ne donne aucune description.
Enfin M. Vidai de Cassis (t) s’exprime tout simplement ainsi à cet égard : « On peut aider la nature par un bandage compressif agissant sous les deux pommettes, ou par des fils de métal qui traversent la voûte palatine et lient les molaires d’un côté opposé. Si ces moyens sont bien supportés , ils pourront abréger de beaucoup le temps nécessaire à la réunion des deux maxillaires. » Ce qui n’est absolument autre chose que le procédé de Jourdain, qui écrivait il y a déjà soixante-cinq ans, avec cette différence néanmoins , toute à l’avantage de ce maître en notre art, qu’il se servait de liens en soie et non d’un fil métallique, par ces raisons si plausibles qui ont cependant échappé à l’attention de M. Vidal de Cassis : « 1° qu’à la longue ce fil couperait les dents ; 2° s’il est d’or fin , il se relâchera trop en s’étendant ; 3° ce corps dur, venant à toucher la langue ou à se porter sur les gencives, pourra les blesser (2). »
Jaloux de répondre à cet honorable appel fait par M. Blandin à notre art, nous avons imaginé à cet effet plusieurs appareils , dégagés surtout de l'action
(1) Ouvrage cité , tome IV, page 195.
(2) Ouvrage cité , tome I , page 451.
nuisible de loutes les ligatures appliquées sur les dents qu’elles ne larderaient pas à ébranler. Le premier est une tige de platine ou de palladium , qui est encore plus dur, portant une plaque obturatrice, puis contournée pour s’adapter exactement à la voûte palatine dans une direction transversale et venant de chaque côté se recourber sur les dents jusqu’au niveau des arcades alvéolaires; mais de telle sorte que les branches descendantes, résultant de cette courbure, loin d’être appliquées sur la portion de la voûte palatine et du bord alvéolaire auxquels elles correspondent, en sont séparées d’une distance proportionnée à l’écartement des os que l’on veut rapprocher. Là, ses extrémités sont percées d’un trou destiné à recevoir une vis qui, mise en rotation, pousse devant elle, ou mieux de dehors en dedans, une plaque posée sur cette arcade et pressant sur elle dans une assez grande étendue.
Cet appareil nous sembla d’abord avoir l’ inconvénient de gêner la partie interne des joues par la saillie inévitable de la vis chargée d’exécuter la pression. Nous lui en substituâmes un autre qui agissait, au contraire, non plus en comprimant les arcades dentaires, mais en tendant à les rapprocher. Pourcela, l’appareil était placé intérieurement et se composait d’une plaque obturatrice au milieu de laquelle était fixé un pivot à cliquet qui , tourné au moyen d’une clef, attirait à lui deux pièces allant de chaque côté embrasser extérieurement l’arcade dentaire comme la plaque sur laquelle les vis du premier appareil faisaient leur pression.
Ces deux appareils, comme on voit, exerçant un effort qui , n’augmentant que chaque fois qu on faisait tourner d’un pas la vis dans le premier, et le pivot dans le
second , agissaient par saccades, et non pas, comme il est à désirer dans tous les cas où l’on veut forcer un organe à dévier de sa place , par une tension graduelle , mais lente et continue (l). Nous pénétrant alors des raisons qui font que très souvent la division des os palatins qui accompagne fréquemment le bec-de-lièvre congénial, s’efface par la simple compression qu’exercent sur le pourtour de la partie antérieure du maxillaire les lèvres maintenues réunies par les aiguilles d’abflrd et par leur cicatrisation ensuite, nous cherchâmes un moyen qui imitât autant que possible la nature dans cette action. Voici deux manières par lesquelles nous pensons qu’on pourrait y parvenir :
La première consiste tout simplement à envelopper toute l’arcade alvéolaire supérieure d’une bande d’acier élastique dont les deux branches , garnies de peau ou mieux d’une couche de caoutchouc, agiront par leur réaction continue à peu près comme le faisait Dupuytren qui aidait l'action des lèvres au moyen de deux coussinets compresseurs des joues , soutenus par deux ressorts métalliques qui prenaient leur point d’appui autour du crâne. Mais l’introduction de ce bandage est pénible, parce que la difficulté de vaincre son élasticité pour le faire pénétrer jusqu’au fond de la bouche, augmentant de toute nécessité à mesure que ses extrémités avancent, sa progression devient douloureuse et même insupportable avant d’avoir exactement embrassé le pourtour du bord alvéolaire sur la totalité duquel il doit porter. Il a d'ailleurs l’inconvénient de comprimer
(1) Voyez ce que nous avons dit à ce sujet dans notre chapitre consacré à l’orthopédie dentaire.
les gencives, au point de faire craindre leur mortification. Nous cherchâmes donc un moyen plus facile, dont voici la description :
Nous construisîmes un obturateur palatin remplissant exactement toute la voûte palatine et venant se fixer aux dents par trois crochets soudés de chaque côté pour emboîter les canines, les deuxièmes petites molaires et aussi les deuxièmes grosses, puis venant se recourber sur le bord alvéolaire qui devait en supporter tout l’effort. Cette plaque palatine étant bien ajustée , nous la divisâmes en deux d’avant en arrière, et nous en enlevâmes à chaque côté une assez grande portion pour qu’elles restassent séparées d’un travers de doigt environ. Nous remplaçâmes alors ce que nous avions enlevé aux deux moitiés de plaque par une bande de caoutchouc épaisse et résistante, un peu moins grande que l’espace qui séparait les deux moitiés et auxquelles nous la rivâmes solidement. L’appareil, ne faisant alors comme avant qu’une seule plaque obturatrice, n’était plus assez large, comme on le prévoit, pour que les crochets vinssent embrasser les dents auxquelles ils devaient se rendre.
Mais au moyen de deux tiges recourbées et allant transversalement d’une demi-plaque où ils étaient rivés à charnière, à l’autre où ils étaient reçus dans un petit piton, la plaque recouvrait la largeur nécessaire par la tension delà bande de caoutchouc. L’appareil était alors mis en place. Une fois bien ajusté , on faisait sortir les deux tiges à crochets de leurs pitons, et on les enlevait au moyen d’un tourne-vis; le caoutchouc, cessant d’être distendu, tendait alors à revenir sur lui-même, et, dans cette réaction, entraînait nécessairement du de-
hors en dedans les arcades alvéolaires par une action en tout semblable à celle que les lèvres , dans la guérison de leur division congéniale, exercent sur les os palatins contre lesquels elles font longtemps un violent effort de compression. Nous sommes d’autant plus fondés à croire au résultat de cette action , que M. Roux (1) va jusqu’à penser que la réunion du voile du palais, par l’opération de la staphyloraphie, pourrait seule opérer le rapprochement de ces os.
L’action principale de cet appareil résidant dans la tension du caoutchouc, on pourrait remplacer les pitons extenseurs, qui n’offriraient jamais une grande solidité, à moins que la plaque ne fût renforcée dans le lieu où ils seraient vissés, on pourrait les remplacer, disonsnous, par un bandeau métallique qui, un peu plus large que le caoutchouc, serait reçu en coulisse au dessus de ce dernier pour donner à la plaque la largeur nécessaire. Une fois cette plaque mise en place et convenablement fixée, on retirerait le bandeau, ce qui laisserait le bandeau élastique revenir sur lui-même et atteindre le but qu’on se propose. On pourrait encore à la rigueur fixer cet appareil en entrant d’abord un de ses côtés sur les dents, puis en étendant fortement ce bandeau au degré nécessaire pour faire entrer l’autre côté. Enfin, comme le bandeau de caoutchouc ainsi distendu et plongé dans une atmosphère constamment chaude, perdrait assez promptement son élasticité, on serait obligé de le remplacer en temps opportun par un autre.
Néanmoins, en somme totale, de ces divers appareils le premier est encore celui sur faction duquel nous
(1) Voyez , de son Mémoire déjà cité , la page 76.
compterions le plus, d’abord parce qu’il est assez sim pie, ensuite parce qu’il a une grande force. C'est aussi l’opinion de M. le professeur Lisfranc, auquel nous les avons soumis et qui a bien voulu nous promettre d’en faire l’essai à la première occasion. Quoi qu’il en soit, ce qu’il importe surtout, c’est que l’action de 1 instrument se fasse sentir sur le bord alvéolaire, et non sur les dents qui ne manqueraient pas d’être ébranlées et même complètement entraînées.
Obturateurs maxillo-pa latins .
En combinant ce que nous avons dit précédemment des obturateurs maxillaires avec ce que nous venons de dire des obturateurs palatins, on peut construire ce qu’on appelle des palais ou parties de palais portant dentier. Nous nous contenterions d’indiquer ces pièces, laissant à l’esprit du dentiste le soin de se conformer à la multiplicité des cas de cette nature qui peuvent se présenter à son observation, et qui demanderaient chacun une description particulière, si nous n’en avions pas sous les yeux dans ce moment un exemple assez curieux, que nous croyons devoir rapporter.
11 s’agit d’un jeune homme aujourd’hui marchand de vins, à Paris, qui, étant militaire dans un régiment alors en Afrique, avait été fait prisonnier par les Arabes et avait eu tout le côté gauche de la mâchoire supérieure fracturé à coups de crosses de fusils. Toute la partie de l’os à laquelle tenaient les grosses molaires était tombée, entraînant avec elle colle de ses parties supérieures qui se prolonge en avant sous l’os de la pommette et
celle qui , eu se courbant en dedans, forme lout à la fois la voûte palatine et le plancher des fosses nasales.
La pièce que nous fîmes pour ce jeune homme, soutenue par plusieurs crochets , embrassant largement les dents auxquelles ils se rendaient et dont quelques éperons recourbés sur la face triturante les empêchaient de gagner trop profondément le collet, était formée d'une seule plaque métallique divisée en deux parties : une, active , véritablement obturatrice, très convexe, allait s’appliquer à gauche sur la perforation palatine qu’elle bouchait hermétiquement , pour venir se recourber sur le bord alvéolaire qu’elle embrassait à l’extérieur; l’autre partie, passive , ou simple support, longeait la face postérieure de toute la rangée dentaire droite, aux molaires de laquelle elle s’unissait intimement par des crochets.
Au lieu correspondant à la perte de substance était appliqué un morceau d’hippopotame, sur lequel étaient figurées les dents absentes garnies de leurs gencives; ce morceau était maintenu par deux goupilles soudées à la plaque et rivées sur la face triturante des dents. Les deux parties de la pièce laissaient libre, par la courbure qu’offrait leur ensemble, un intervalle assez grand au milieu du palais , pour que le sens du goût pût encore s’exercer ; précaution importante qu’il est toujours prudent de prendre en considération dans rajustement des pièces de cette nature.
On pourrait , comme on le prévoit bien , supprimer de cet appareil la partie antérieure de la plaque qui se contourne derrière les dents de droite, et réunir simplement sa partie obturatrice par une bande transversale à une cage qui embrasserait les molaires opposées ; ce qui
serait peut-être plus facile à exécuter , mais moins solide , parce qu’on se priverait nécessairement de l’appui que fournissent les dents antérieures.
Il est encore un cas qui mérite d’être mentionné, c’est celui où une ouverture palatine , réclamant un obturateur, se rencontrerait sur une personne dont la mâchoire supérieure se trouverait complètement dépourvue de dents. Comment le maintenir en place? C’est une question que résoudra tout de suite celui qui se rappellera ce que nous avons dit des dentiers doubles ou complets, dont la portion supérieure est maintenue par de simples ressorts partant de l’inférieure. Or, aux obturateurs de l’espèce qui nous occupe , seront fixés deux ressorts à boudin, tels que nous les avons décrits, et ils iront s'attacher à une pièce à bandeau ou à grillage métallique enveloppant les dents postérieures de la mâchoire inférieure, à moins toutefois que la personne ne préfère porter un dentier supérieur complet , auquel sera fixée une plaque obturatrice. Ce dentier
devra toujours, autant que possible, être monté sur
une base métallique qui s’harmonisera mieux, sous tous les rapports, avec cette plaque. Par un de ces moyens, toute indication rationnelle pourra se trouver remplie.
La forme bizarre que peuvent offrir les ouvertures accidentelles par lesquelles la bouche peut communiquer avec les fosses nasales ; les complications variées qui peuvent les accompagner, quant aux désordres survenus en même temps ou à toute époque dans l’appareil dentaire; la nature variée des causes sous l’influence desquelles elles se sont déclarées, font suffisamment pressentir que les moyens mécaniques appropriés à leur
occlusion sont ceux dont la confection offre le plus de difficultés et exige de nous le plus de précautions et d’adresse.
S vin.
RÉSUMÉ DES PRINCIPES ET DES RÈGLES QUI DOIVENT EN TOUT TEMPS SERVIR DE GUIDE DANS LA COMBINAISON ET L’AJUSTEMENT