‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 3 sur 32 · UK LA CAUTÉRISATION DES DENTS · texte numérisé non relu

UK LA CAUTÉRISATION DES DENTS

Appliquée à la chirurgie dentaire, la cautérisation est une opération qui a pour but de détruire le nerf et la pulpe pour apaiser des douleurs opiniâtres, de dessécher momentanément une carie sanieuse plus ou moins profonde, d’arrêter une hémorrhagie alvéolaire et de s’opposer à la reproduction de certaines tumeurs fongueuses enlevées du fond de l’alvéole ou sur la surface des gencives.

Cette opération s’exécute ordinairement de deux manières : avec le feu ou avec les caustiques; le feu, qui constitue le cautère actuel , est le moyen le plus généralement employé ; dans quelques cas cependant son application ne suffit pas pour détruire une douleur , caron la vu quelquefois l’augmenter, quand il n’est pas ou ne peut pas être appliqué d’une manière convenable. Il en est de même quand on l’emploie contre la carie : si très souvent il en borne les progrès et la dessèche , d’autres fois, par son action désorganisatrice , il rend les dents qui en sont affectées plus faciles à se briser et leur enlève par conséquent des chances de durée. Néanmoins la promptitude et 1 énergie de son action compensent en

général ses inconvénients et le font regarder avec raison comme un moyen qui, clans certaines circonstances, rend les plus grands services.

Appliqué à la guérison de Yodontalgie , le cautère actuel était déjà conseillé par Hippocrate ; mais , comme le remarque avec raison M. Duval, ce qu’il en dit ne permet pas de savoir positivement si , à l imitation des Égyptiens, il voulait qu’on l’appliquât sur la dent même, ou sur les gencives ou sur les tempes , ainsi que le rapporte Prosper Alpin (1); ou bien s'il l’employait comme les Japonais qui, suivant Ten-Rhyne (2) , cautérisent le trou du menton.

Quoi qu’il en soit de l’opinion d’Hippocrate, à ce sujet, pour détruire le nerf dentaire au moyen du cautère actuel, on se sert ordinairement d’un stylet en acier chauffé au rouge blanc, long de sept à huit centimètres environ, monté sur un manche et enveloppé , à seize ou vingt millimètres de son extrémité, d’une olive de même métal, espèce de rendement ovoïde, du volume d’un gros pois , destiné à retenir le calorique nécessaire pour que la tige du stylet ne se refroidisse pas tout de suite. Quelques dentistes veulent que cette olive soit mobile, afin qu’on puisse la descendre ou la monter suivant le besoin ; mais nous pensons qu’il est mieux qu elle fasse corps avec la tige à laquelle elle communiquera plus aisément son calorique : on la place alors à deux ou trois centimètres, afin d’avoir au besoin la plus grande longueur nécessaire, celle par exemple qu’exige la cautérisation d’une artériole qui fournirait abondamment du sang du

(1 ) De rnedicinâ Ægyptiorum, lib. 3, chap. 12.

(2) Disscrtcitio decirthride et mantissa schematica de acupuncturd.

fond d’un alvéole. Pour nous, nous préférons un simple fil de fer replié sur lui-môme en forme d’anneau et qui, par sa souplesse, n’est pas exposé à se briser dans le canal dentaire par suite des mouvements brusques que la douleur fait exécuter aux malades. Quant à l’olive, nous la croyons inutile : l’opération devant ôlre très douloureuse et se faire par cela même instantanément , l’instrument chauffé au degré convenable contient toujours assez de calorique.

Veut-on cautériser les incisives et les canines de la mâchoire inférieure, on se place au côte droit du sujet , sur le plan antérieur ; on écarte ses lèvres avec l’index et le médius de la main gauche appliqués, le premier sur l’inférieure, le second sur la supérieure, un point d’appui étant pris sous le menton par le pouce ; et, tenant de la main droite l’instrument recourbé et chauffé convenablement, on l’introduit avec rapidité et profondément dans le canal dentaire, on lui fait exécuter quelques mouvements de rotation, et on le retire ensuite. Si on veut agir sur les petites molaires, on se place à droite pour les dents de ce côté, les lèvres étant toujours écartées par l’index et le médius gauches, mais le pouce prenant le point d’appui sur l’angle de la mâchoire; pour les dents du côté gauche, on se place de ce côté pour avoir plus de facilité à tenir les lèvres éloignées, et on cautérise. Quelques dentistes, pour préserver la langue et les dents dans ce cas, ont un petit instrument spécial qui a quelques rapports avec une large spatule; mais il nous semble inutile, et dans tous les cas le petit miroir à bouche pourrait très bien le remplacer.

Nous ferons toutefois observer que pour les petites

molaires qui oui deux racines et par conséquent deux nerfs, il est indispensable d’agir sur chacun d’eux. Quant aux grosses molaires, comme elles ne sont jamais destinées à recevoir des pivots et qu’elles sont pourvues de trois ou quatre racines, qui toutes contiennent un nerf, il est difficile de parvenir dans chacune d’elles ; on les cautérise avec un fer à cautère terminé par un renflement d’une grosseur suffisante.

Quant à l’application du cautère actuel aux dents de la mâchoire supérieure, le procédé dillere peu de celui que nous venons de décrire. On se place toujours sur le plan antérieur un peu de côté, la lèvre supérieure étant relevée avec l’indicateur de la main gauche et le pouce prenant son point d’appui sur le bord tranchant des dents voisines , le médius de la main droite abaissant la lèvre inférieure; l’instrument est conduit par l’index et le pouce , mais, au lieu d’être recourbé comme pour la mâchoire inférieure, il doit être droit.

Nous n’avons jusqu’ici considéré la cautérisation que dans son application à la destruction du cordon dentaire; mais, quand on a recours à ce moyen extrême pour arrêter les.progrès d’une carie profonde, les choses sepassentautrement. On enlèved’abord avec la lime ou la pince coupante toutes les aspérités qui bordent la cavité de la carie; on ôte ensuite soit avec un instrument légèrement recourbé et coupant à son extrémité , ou mieux un grattoir cintré, toutes les parties molles contenues dans cette cavité que l’on dessèche avec du coton, et l’on porte avec précaution le cautère sur la partie malade , pour brûler jusqu’à une profondeur convenable, une, deux et même trois fois, suivant l’étendue de la carie et

la sensibilité de la dent. Lorsque la cavité cariée contient des couches minces et ramollies de substance éburnée, comme nous l’avons dit à l’article Carie , il faut alors appliquer le cautère avec une certaine force, afin de rompre les parties qui pourraient empêcher de pénétrer jusqu’à la pulpe elle-même et lui faire ressentir l’action désorganisatrice du calorique.

Les instruments qui servent à cet effet ne sont pas comme dans le cas précédent, c’est à dire comme lorsqu'il s’agit de détruire le nerf dans son canal, des stylets, mais des espèces de fouloirs composés d’une tige métallique plus ou moins recourbée à celle de ses extrémités qui doit cautériser et qui a généralement une forme ovoïde, et terminée à l’autre bout par une surface plane qui permet de la saisir et fournit aux doigts le point d appui nécessaire pour presser avec force. C’est ce genre de cautère qu’il est utile de garnir, vers le cinquième environ de sa tige, d’un rendement propre à conserver le calorique, disposition que nous avons blâmée pour les stylets à cautériser le nerf; caron a besoin, dans le cas qui nous occupe, d’une chaleur plus continue. H va sans dire (pie la main (pii tient l’instrument doit être enveloppée d’un linge.

La préférence que nous donnons à ce cautère sur ceux montés sur manche est basée sur ce que ces derniers sont moins solides, le calorique faisant aisément fondre le ciment qui unit la tige au manche. Ces cautères sont aussi quelquefois employés pour arrêter certaines érosions humides (pii ressemblent à une efflorescence de 1 émail ; mais ils agissent dans ce cas uniquement en desséchant et non en cautérisant la partie malade : pour cela on approche le fer rouge de la dent érodée sans

l’appliquer immédiatement , à moins qu’il ne soit que chaud, et l’on recommence cette manoeuvre autant de fois qu’il est nécessaire, en agissant toujours avec prudence, pour ne pas faire fendre l’émail.

On fait généralement chauffer les fers à cautériser soit dans un réchaud quandils sont gros,soità la flamme d’une bougie , ou mieux encore d’une lampe à alcool , quand ils sont d’un petit calibre. Mais, quelque soin que l’on prenne d’en cacher les apprêts, bien des personnes, les femmes surtout, ne peuvent se décider à laisser appliquer sur leurs dents un fer chauffé à blanc. Dans cette circonstance on a recours à la cautérisation par les caustiques (cautère potentiel); ces caustiques sont solides ou liquides. Le nitrate d’argent (pierre infernale) uni à l’acétate de plomb en proportions égales, la potasse caustique, forment les premiers : on en met dans la cavité de la dent cariée un très petit morceau, qu’on prend avèc une petite brucelle effilée, puis on le recouvre d’un peu de coton, et on le retire aussitôt que l’effet qu’on désire est produit. Les caustiques liquides sont en général l’ammoniaque et les acides nitrique ou sulfurique, et même le beurre ou chlorure d’antimoine qui , par sa nature oléagineuse, appartient plus aux corps liquides qu’aux substances solides : on en imbibe un morceau de coton que l’on introduit avec un stylet aussi, et qu’on recouvre également d’un autre morceau de coton ou d’un peu de cire.

Un dentiste de Nancy, M. Turck, a proposé, pour l’application des acides concentrés à la cautérisation des dents , un moyen fort ingénieux. C’est un tube de verre à parois minces, de deux centimètres environ de diamètre, renflé en boule à une de ses extrémités et se

terminant à l’autre par un tube d’une finesse capillaire. En saisissant avec le creux de la main la boule, on dilate, en l’échauffant, l’air quelle contient; on plonge alors l’extrémité capillaire dans l’acide dontonveutse servir : aussitôt que l’air, en se refroidissant, se resserre, il laisse un vide que l’acide vient occuper. Quand l’instrument est ainsi chargé, on en applique l’extrémité sur le point qu’on veut cautériser, on presse de nouveau la boule avec le creux de la main pour réchauffer ; l’air intérieur se dilate une seconde fois- par le calorique et chasse à l’instant môme le liquide.

Cet instrument est fort ingénieux, nous le répétons; mais il a deux graves inconvénients : le premier, c’est d’être excessivement fragile et de pouvoir, en conséquence, se briser dans la bouche du malade à la suite d’un de ces mouvements brusques auxquels porte instinctivement la douleur; le second, c’est que la quantité d’acide absorbée ou chassée n’est pas aussi facile à calculer qu’on pourrait le croire. Aussi, loin de partager l’opinion de M. Malgaigne (1), qui le signale comme le moyen le plus sûr de cautériser les dents de la mâchoire inférieure, nous le regardons plutôt comme un objet de physique amusante que comme un instrument capable d'occuper un rang sérieux parmi ceux dont nous devons rationnellement invoquer le secours.

Les dangers auxquels exposent ces caustiques, par la facilité avec laquelle ils peuvent attaquer non seulement le tissu osseux de la dent sur laquelle ils sont déposés, mais les parties voisines qu’il est difficile de garantir, doivent rendre très circonspect dans leur emploi ; peut-

(1) Manuel de Médecine opératoire , page 108.

êlre même ferait-on bien d’y renoncer tout-à-fait ; il est d’ailleurs peu commode de les appliquer sur les dents de la mâchoire supérieure, d'où ils tendent toujours à s’échapper par leur propre poids, pour peu que la cavité de la carie soit évasée. Un autre inconvénient que nous avons aussi reconnu à l’emploi des caustiques, c’est que, lorsqu’ils ne cautérisent pas complètement la pulpe dentaire, ils la forcent à pulluler et à devenir le siège de végétations qui peuvent acquérir d’assez forts volumes et dégénérer en épulies carcinomateuses.

Nous pensons donc qu’en général la cautérisation des dents, exécutée soit avec le feu, soit avec les caustiques, est un moyen extrême, surtout quand il est employé pour détruire la sensibilité d’une dent malade. Bien des dentistes soutiennent avec raison que très souvent on doit , avant tout, chercher à atteindre ce but par l'usage des huiles essentielles ou des teintures alcooliques concentrées, comme celles de cannelle, de menthe, de gérotle, auxquelles on peut associer l’éther, le baume de tolu, l’ extrait d’opium, la myrrhe, l’encens et plusieurs autres substances dont nous avons déjà fait ressortir l’efficacité, expliqué la manière d’agir et développé les divers modes d’emploi dans la partie pathologique, surtout à l’occasion de la carie.

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