‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 4 sur 32 · DE L’OBLITÉRATION OU PLOMBAGE DES DENTS · texte numérisé non relu

DE L’OBLITÉRATION OU PLOMBAGE DES DENTS

Nous avons vu que si le limage et la cautérisation avaient des avantages particuliers propres à chacun

d’eux , ils avaient aussi pour résultat commun d arrêter assez sûrement les progrès de la carie. Mais pour peu qu’on réfléchisse à leur manière dagir, on reconnaît que, loin de détruire les suites de cette altération, ils en rendent au contraire l’effet plus apparent, puisque ,

quelque habilement exécutés qu’ils soient, ils augmentent toujours , en somme totale , la perte de substance de la dent malade. Il n’est donc pas étonnant qu on ait songé depuis long-temps à oblitérer la cavité qui n a pu être effacée, autant pour la soustraire au séjour des aliments, delà salive et à l’action de l'air , que pour rendre la dent à ses usages naturels.

On désigne sous l’expression générique de plombage l’opération ayant pour but cette obturation , qui se pratiquait autrefois particulièrement avec des feuilles de plomb, auquel on a substitué l’étain, l’argent, l’or, le platine, qui s’emploient comme le plomb en feuilles, et dans ces derniers temps un alliage connu sous le nom de M. Darcet qui en a donné le premier la composition, et sur lequel nous reviendrons bientôt. Nous parlerons aussi des divers essais qu’on a faits tout récemment pour atteindre plus convenablement encore le but qu’on se propose dans cette opération.

Il est impossible de connaître l’époque à laquelle remonte le plombage et par conséquent le nom de celui qui, le premier, le pratiqua. Quelques érudits en font honneur à Gelse; mais ce que cet auteur en dit prouverait seulement qu’il conseillait de remplir une dent de plomb pour lui donner la force de supporter la pression nécessaire à son extraction, et non dans le but qu’on se propose généralement aujourd’hui. Voici la traduction littérale de ses propres expressions : « Mais,

si la dent est rongée, il faut , avant tout, en remplir la cavité de charpie ou de plomb bien disposé , afin qu elle ne soit pas cassée sous la pince (1). »

S^a meilleure des conditions dans lesquelles doit se trouver une dent accidentellement creusée qu’on veut plomber, c’est, non seulement de n’être pas douloureuse, mais même d’être insensible à l’action du froid et du chaud, au contact des corps durs et au séjour des aliments; elle doit ensuite, autant que possible, n’être le siège d’aucune espèce de suintement et offrir une cavité assez anfractueuse pour retenir le métal qui s’échapperait bientôt d’un méat en forme d’entonnoir dont la base serait du côté delà couronne de la dent, surtout à la mâchoire supérieure. Ces trois conditions fondamentales: insensibilité de la dent, absence de suintement, anfractuosité de la cavité, pour être très utiles, ne sont cependant pas d’une nécessité absolue, car tous les jours on ne parvient souvent h faire cesser certaines odontalgies que par l’oblitération de la cavité qui est le siège du mal, de même que ce n'est qu’en soustrayant une carie au contact de l’air, de la salive et des aliments, qu’on arrête le travail de désorganisation et, par suite, le suintement qui en résulte; et enfin que dans le cas où la cavité n’est pas bien excavée pour retenir le métal , on la dispose en conséquence.

Maury commet donc une très grave erreur en donnant comme précepte général (2), qu’on peut plomber une dent « toutes les fois qu’elle est cariée ou douloureuse; »

(1 ) Ac si exesus est ( de ns ) ante ici foramen vet iinamento vel bene accummodüto plornbo replendum est , ne sub forcipe confringatnr. ( De re medicâ , liber VII , caput III , scclio V. )

(2) Ouvrage cité , page 2^9.

car il est des cas où le client ne pourrait môme pas supporter la plus légère pression, et, à plus forte raison , l’introduction d'un corps étranger dans une dent. Si Maury commet une erreur en émettant ce précepte, M. Malgai gne n’est pas plus dans le vrai quand il donne cet avis tout-à-fait opposé (1) : « II ne faut pas plomber les dents douloureuses. » L un et 1 autre ont eu tort de ne pas établir tout à la fois la règle et l’exception, et se sont exposés, en s’exprimant en termes absolus, à conduire les débutants à une pratique vicieuse. M. Malgaigne s’appuierait en vain sur l’opinion de M. Duval qui s’exprime ainsi à ce su jet (2) : « C/est une règle générale de ne plomber une dent que quand elle est sans douleur et absolument insensible à toute près sion; » il n’en reste pas moins démontré qu’un grand nombre de personnes ne cessent de souffrir de dents cariées que lorsqu’on en a soustrait la cavité à l’action de l’air, des aliments, etc.

Le denliste doit donc faire précéder toute tentative de plombage d’une exploration qui lui permette de connaître parfaitement la position vitale et l’état physique de la dent sur laquelle il se propose d’agir. Il se sert à cet effet d’une sonde, espèce de tige métallique ordinairement droite, mais quelquefois courbe, mousse à son extrémité. Quand , par cette exploration, il s’est assuré que rien ne contre-indique l’opération, c’est à dire, répétons-le, que la dent excavée n’est pas sensible au point de faire présumer qu elle ne pourra supporter la présence d’un corps étranger et la pression (pie ne-

(1) Manuel de Médecine opératoire , page 109.

(2) Dernier ouvrage cité, page \k.

cessitera son introduction, et que l’excavation a une entrée moins large que son fond ou est susceptible de prendre la forme convenable , il la nettoie d’après les règles que nous avons établies et la dessèche par de petits tamponnets de coton successivement introduits et retirés, et il tâche d’y former quelques aspérités capables de retenir aisément le métal.

Nous ferons encore observer que, quand on opère sur la mâchoire inférieure, il est des individus chez lesquels la salive afflue avec tant d’abondance qu elle envahit la cavité aussitôt qu’on enlève le coton , et empêche par conséquent de plomber, car, quel que soit le métal à employer, le dessèchement de la cavité cariée est la première condition. Dans les cas où l’on croirait ne pas pouvoir opérer assez vite pour s’opposer à celte irruption de la salive, on pourrait garnir les lèvres et les gencives d’une couche de coton qui absorberait ce liquide à mesure qu’il se présenterait.

Ces dispositions préliminaires étant prises, admettons qu’on veuille se servir d’un des métaux qui s’emploient en feuilles : l’opérateur en déchire une partie, la roule entre ses doigts proportionnellement au trou qui doit la recevoir, mais toujours plus grosse. Placé convenablement , il la présente de la main gauche au pourtour de cette cavité, tandis que de la main droite, armée d’un fouloir mousse mais délié , il l’entasse pour la faire pénétrer. Prenant alors un instrument plus fort, il presse de nouveau le métal, pique pour le faire porter sur tous le? points, de manière à en remplir parfaitement la cavité, sans toutefois le larder , comme Fauchard en donne à tort le conseil; enfin il le polit avec un

brunissoir, après avoir enlevé loutcs les inégalités <pi il aurait pu laisser au pourtour de l'excavation.

Une chose de pur détail, mais cependant importante à noter, c’est qu’il vaut mieux mettre plus de métal que moins, afin de ne pas être obligé d’en ajouter de nouvelles portions qui s’uniraient toujours difficilement aux premières. Enfin on fait quelquefois très bien de percer entièrement le métal dans son centre, afin d’en introduire de nouveau une petite portion qui, pressée à son tour, agitsur celle qui a été primitivement déposée à la manière d’un coin. Quant au conseil donné comme un précepte rigoureux par la plupart des auteurs de faire en sorte, quand l’excavation de la carie s’ouvre sur le sommet de la couronne, que le métal en dépasse un peu le niveau, pour qu’il s’égalise dans l’acte de la mastication , nous le désapprouvons formellement, parce que toute l’opération du plombage doit être faite par le dentiste lui-même et qu’il est ridicule de compter , pour la compléter , sur une pression toujours inégale et qui 11e s’exécutera souvent qu’au détriment de la dent correspondante sur laquelle on se sera reposé de ce soin.

Le simple bon sens indique assez qu’il est difficile

d’avoir recours au plombage lorsque la carie est placée entre des dents serrées, que ces trous sont à la face postérieure des grosses molaires tout près d’une autre dent, et que la commissure des lèvres s'oppose au libre accès des instruments; néanmoins, avec de l’adresse, de la patience, et souvent en y revenant plusieurs fois, on en vient à bout, surtout en isolant la dent avec la lime. La crainte d’exercer sur le nerf dentaire une compression qui pût devenir douloureuse a engagé M. Delabarre à conseiller de déposer au fond de la

cavité, avant l'introduction des feuilles du métal à plomber, une petite plaque en or, concave comme un œil de couteau , sur laquelle reposeraient ces feuilles comme sur un plancher. Cette précaution nous semble être une complication pour le moins superflue, car si la petite plaque est épaisse, elle remplit trop la cavité et s'accommode mal à son fond ; si elle est mince, elle cède à la pression du métal superposé et manque le but qu’on avait en vue.

Le manuel opératoire que nous venons de décrire est applicable à tous les métaux qui s’emploient en feuilles; mais il n’est pas indifférent d’employer l’un ou l’autre de ces métaux. Le plomb dont se servaient presque d’une manière exclusive les anciens dentistes est en général abandonné aujourd’hui pour cette raison qu’il ne tarde pasàs’oxider, etpar conséquent que, noircissant très vite, il communique sa teinte à la dent; l’argent a aussi ce dernier inconvénient. On se sert de préférence de feuilles d’étain, de platine, mais bien mieux encore d’or (1) qui convient surtout pour boucher des excavations affectant les dents antérieures, parce que non seulement il ne s’oxide pas , mais encore parce qu’il est de tous les métaux celui dont la teinte s’harmonise le mieux avec celle des dents. Mais, de tous, il n’en est point aujourd’hui qui soit plus généralement usité que le métal de Darcct , qui est composé de huit parties de bismuth , cinq de plomb et trois d'étain, alliage qu’on

(1) C’est complètement à tort que quelques dentistes modernes s’attribuent le mérite d’avoir les premiers employé l’or pour l’obturation des dents. Fauchard désigne formellement ce métal. Voyez sa 3e édition de 4785, tome 2, page 68.

a rendu plus fusible en lui ajoutant un dixième de mercure; addition que nous regardons pour le moins comme inutile, d’abord parce que ce métal est assez fusible pour être employé tel que l’a donné M. Darcet, ensuite parce que le mercure peut nuire aux pièces artificielles que pourrait contenir la bouche, ainsi qu’aux dents qui auraient été orifiées.

Ce métal, qui a l’immense avantage de se fondre à une température au dessous de cent degrés (centigrade) , ne s’emploie pas en feuilles comme les précédents, mais en petits lingots. Après avoir nettoyé et desséché avec du coton la cavité de la dent que l’on veut boucher, de manière à n’y laisser aucune humidité qui, en se dilatant sous l’influence du calorique, pourrait s’opposer à ce que le métal coulât dans toutes les anfractuosités de la cavité, on y en fait entrer un ou plusieurs morceaux d’une grosseur plus que suflisante ; on présente ensuite le fer à cautère un instant à la flamme de la lampe ou de la bougie, et quand il est assez chaud pour que le doigt placé très près en ressente la chaleur, on l’appuie sur le métal qui se fond de suite et se répand dans toutes les sinuosités de l’excavation, où on le dirige d’ailleurs en l’étendant et en le pressant légèrement en tous sens avec le doigt jusqu’à ce qu’il soit durci ; puis on le polit avec le fer qui a servi à le faire fondre, en profitant du moment où il est encore un peu chaud.

f-ette substance, on le voit, s’accommode mieux par sa tusion aux d i 11 éren tes formes des cavités dentaires; il est seulement à regretter qu’elle ait un aspect grismétallique qui contraste avec la couleur naturelle des dents et qu elle ne puisse bien être employée que pour celles du bas et surtout pour la face triturante des

grosses molaires ; ensuite bien des personnes, ne pouvant pas se rendre un compte exact de son mode de fusion, sont effrayées des préparatifs nécessaires pour chauffer l’instrument, et craignent d’être brûlées ou de ressentir une douleur, douleur qui , soit dit en passant, est quelquefois assez vive.

Il reste donc à trouver un mastic qui joigne l’avantage de la couleur à la dureté et à la solidité des métaux jusqu’alors mis en usage. Les anciens connaissaient-ils une substance réunissant ces diverses conditions? Nous l’ignorons absolument ; et, malgré toutes nos recherches, rien n’a pu nous montrer sur quoi se fondait Laforgue pour affirmer (1) que cette substance existe dans plusieurs colonies insulaires de la mer Pacifique, chez les sauvages du Canada et chez les Bédouins a fricains. Les espèces de ciments à base d’alumine, récemment proposés par quelques confrères, nous semblent loin d’atteindre le but, comme nous l’avons déjà fait observer ; aussi ne pourraiton guère les employer que dans les cas où l’on voudrait s’assurer, par un plombage préparatoire, que la présence d’un corps étranger ne déterminera pas de douleur dans la dent cariée, ou ne renouvellera pas celle qui semblait avoir été détruite.

C’est pour arriver à ce but que M. Taveau (2) a proposé de tamponner provisoirement la dent avec un peu de coton imbibé d’une solution de résine du pistacia lentiscus , ou simplement de benjoin dissous dans l’alcool à 42 degrés. Cette substance, ainsi préparée, pourrait

(1) Séméiologie buccale et buccamancie , page 83.

(2) Voyez la Gazette des Hôpitaux des 2 cl 5 mai 1 860.

également servir de moyen contentif pour tous les agents médicamenteux qu’on voudrait maintenir un certain temps en contact avec le fond d’une carie dentaire, comme l’opium, le camphre, la myrrhe, etc.; on peut l’enlever dès qu’on le juge convenable. Il en est à peu près de même d’un autre ciment conseillé par M. O. Henry, et qui se prépare de la manière suivante : Saturez de l’éther sulfurique par du mastic en larmes, et décantez après quelques jours de macération; on s’en sert en en imbibant une petite boule de coton d’un volume égal à la cavité de la dent cariée, et on agglutine le tout de manière à remplir cette cavité (1).

Nous avons eu longtemps l’espoir de trouver une substance qui eût plus de durée que celles dont nous venons de parler. C’est particulièrement sur les fluates qui , comme on le sait , ont la propriété de durcir à l’humidité, qu’ont porté nos recherches; mais elles n’ont point, jusqu’à présent, répondu à notre attente: b écueil est surtout dans la nature si variable des fluides salivaires et buccaux qui, d’alcalins, deviennent si promptement acides et vice versà. Cependant la composition suivante nous a prouvé par sa durée que nous étions sur la voie: siliçate ou fluatede chaux et alumine desséchée et pulvérisée, égales parties, eau quantité suffisante; on fait du tout une pâte homogène qu’on introduit dans la dent cariée, et dont on favorise la dessiccation par l’approche d’un fouloir chaud.

M.Taveau a aussi proposé, comme un moyen de plombage ou d obturation définitive des dents, une substance qu il nomme pâle d'argent et qu’un autre dentiste

(1) frov; Formulaire med . pral. , W édition, page 18â.

a voulu répandre dans le public sous le nom d’ailleurs fort insignifiant de minéral succédané. On prépare cette pâte en saturant d’argent vierge réduit en poudre très fine et bien épuré une quantité donnée de mercure; on broie le tout dans un mortier jusqu’à ce que les métaux s’incorporent bien , et l’on passe, ou pour mieux dire on exprime fortement le tout dans une peau de chevreau dépourvue de son épiderme, afin d’en extraire le plus de mercure que l’on peut et qui passe sous forme de gouttelettes. Le résidu qu’on obtient ainsi est une pâte assez compacte, mais cependant encore malléable, qu’on tient renfermée dans un bocal bouché à l’émeri pour l’utiliser au besoin.

« On emploie, dit M. Taveau, cette préparation à froid en la faisant pénétrer avec un fouloir dans l’excavation de la carie , et en se conduisant exactement comme pour les substances en feuilles. Le mercure venant à se volatiliser par la seule chaleur de la bouche, et cela dans le court espace de trois ou quatre jours , l’argent reste en une seule pièce qui remplit toutes les anfractuosités de la dent et y devient aussi compacte que s’il avait été fondu sur elles...)) Ce nouveau mode de plombage a, suivant son inventeur, une grande supériorité sur a plupart de ceux qu’on emploie communément aujourd’hui , parce qu’il ne nécessite pas l’emploi du feu, comme le métal fusible de Darcet, qu’il se tasse mieux que les métaux en feuilles , enfin qu’il ne se durcit que dans un temps qui permet de l’enlever dans les cas où l’expérience prouverait que la dent n’était pas dans une condition requise pour un plombage définitif.

Réduite à sa valeur réelle et jugée sans prévention, cette substance a S inconvénient d'être d’un gris terne

qui est très choquant à l’œil et communique à la dent une teinte noirâtre qui empêche de l’employer pour les dents antérieures, et de pouvoir, par l’évaporation du mercure qu'elle contient toujours jusqu’à ce qu’elle ait acquis toute sa dureté, agir d’une manière défavorable sur les dents et sur les diverses pièces de prothèse dentaire que la bouche pourrait contenir, ainsi que nous l’avons dit pour le métal de Darcet. Cette crainte nous semble d’autant mieux fondée que nous avons très souvent vu des personnes, occupées à la fabrication d’objets pour lesquels le mercure était utile, ne pouvoir porter ces pièces sans de fréquentes réparations. Ces deux inconvénients se rencontrent, il est vrai, dans le métal fusible, tel qu’on l’emploie assez généralement : mais celui qui est inhérent à la pâte d’argent et qui doit, sinon la faire proscrire, du moins engagera être circonspect dans son emploi, c’est que si la dent redevenait douloureuse, passé l’époque à laquelle elle (la pâte, bien entendu) a acquis toute sa dureté, son extraction exigerait des efforts douloureux et souvent inutiles.

Quand une dent est bien plombée, il est absolument impossible que l’air et la salive y pénètrent ; aussi peutelle se conserver fort longtemps dans cet état. Mais les

pas une garantie certaine contre le retour des douleurs qui ont accompagné la formation de la cavité : il s’en déclare quelquefois de très vives qui peuvent être suivies de fluxions et môme d’abcès. On parvient dans bien des cas a combattre ces accidents et à les faire disparaître pour toujours, mais très souvent aussi on est forcé de déplomber la dent, et de la laisser libre jus-

qu’à ce que tout signe d’irritation ait cessé et qu’aucun suintement n’ait lieu. Alors on peut essayer de plomber une seconde fois, ayant la précaution d’appuyer assez légèrement sur le métal pour qu’il puisse au besoin être facilement enlevé , ce qu’on exécute au moyen d’une rugine du genre de celles qui servent à gratter le fond des caries, si elle est plombée avec le métal en feuilles, et avec le cautère chauffé si elle est plombée avec le métal de Darcet.

La crainte des accidents qui suivent quelquefois l’obturation des dents a engagé quelques praticiens à conseiller de ne jamais les plomber, dès le début, d’une manière définitive. Pour cela ils veulent qu’on ne foule d’abord le métal qu’autant qu’il est utile pour fermer tout accès aux aliments et même à l’air et à l’humidité, et que, quelques jours après, on presse de nouveau, et ainsi de suite jusqu’à ce que la dent ait perdu toute sa sensibilité, pour la vider et la plomber de nouveau complètement en une seule fois. Cette précaution peut avoir des avantages pour les débutants; mais les praticiens expérimentés sauront en générai assez bien reconnaître les cas où il pourrait y avoir des inconvénients à obturer définitivement une dent, pour ne pas se faire une règle d’un plombage provisoire.

Enfin , dans les cas où la dent excavée par la carie ne pourrait pas , par un excès de sensibilité , admettre un corps dur, et cependant recevrait une atteinte défavorable du contact habituel de l’air, des aliments, on doit se contenter de conseiller de l’obturer tous les jours avec du coton qu’on pourra même imbiber d’une eau aromatique , si la sensibilité de la dent ne s’y oppose pas ; sauf plus tard à recourir à un moyen définitif.

Page 1