‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 6 sur 32 · DE LA RÉSECTION DES DENTS · texte numérisé non relu

DE LA RÉSECTION DES DENTS

La résection, l’excision ou l’amputation des dents est la section complète de leur couronne. On a recours à cette opération quand une dent, une canine ou une incisive particulièrement , étant altérée dans sa partie qui est en dehors de l’alvéole , on veut conserver sa racine, soit pour maintenir les dents collatérales assez écartées l’une de l’autre pour que le bord alvéolaire, par leur rapprochement, ne perde rien de son étendue , comme cela arrive toujours, ainsi que nous l’avons déjà dit plusieurs fois , soit pour recevoir le pivot d’une dent artificielle , soit enfin pour supporter une plaque sur laquelle serait montée une pièce quelconque. Cette opération s’exécute quelquefois, pour ainsi dire, d’ellemême , c’est à dire par l’effort des mâchoires agissant par l’entremise de quelque corps dur sur une dent largement excavée par la carie. Dans cette circonstance on n’a plus qu’à limer ce qui reste du corps de cette dent jusqu’à sa racine, de manière que les gencives puissent recouvrir le talon des dents artificielles.

La résection ne doit jamais être tentée avant 1 âge

de dix-huit à vingt ans , parce que ce n’est guère qu’à ce moment que le canal dentaire est assez rétréci pour ne laisser qu’un très léger accès à l’air et aux matières alimentaires , dont le contact pourrait initei le neif et la pulpe centrale. Pour la pratiquer, on se sert de la scie, de la lime ou d’une forte pince coupante. La scie et la lime ont l’inconvénient commun de produire un ébranlement et un agacement pénibles. Quoi qu’il en soit, les scies dont nous nous servons à cet effet sont montées sur un porte-scie coudé auquel elles tiennent par leurs deux extrémités, mais de manière à pouvoir agir en ligne droite ou sur champ. On en a de tellement fines que, n’ayant guère que l’épaisseur d’unefeuille de papier et deux millimètres (une ligne) de largeur, elles peuvent pénétrer dans des interstices dentaires très étroits.

Lorsque les scies peuvent parvenir directement, c’est à dire parcourir toute la longueur de l’espace danslequel elles doiventagir, on les insinue, si l’on peut, la lame étant de suite montée sur champ , ou , dans le cas contraire, droite, pour la tourner quand elle est parvenue au collet de la dent où l’espace est toujours plus grand, surtout en avant. S’il était impossible (pie cette lame pénétrât ainsi, on la démonterait pour la faire arriver par une de ses extrémités, sa dentelure regardant le côté opposé à la gencive, puis on la tournerait et on la monterait ainsi dans la bouche. Mais il est rare qu’on en vienne là, parce que la dent que l’on veut déchapeler , suivant 1 expression des anciens , devant être sacrifiée, on ne craint pas de frayer avec la lime à ses dépens une voie par laquelle la scie pénétrera jusqu’à son collet.

Quant à la lime employée à la résection des dents, elle ne sert guère, comme nous l'avons dit dans l’article

qui lui est consacré, qu’à tracer Ja rainure horizontale dans laquelle doit agir l’instrument chargé de cette résection. Cet instrument est en général une forte pince, espèce de cisailles coupantes tantôt droites, tantôt courbes, dont les mors sont concaves pour embrasser exactement la dent à son collet, et dont les branches sont assez longues et assez fortes pour exercer une violente pression capable d’emporter la partie saisie sans occasionner d’éclats. Une chose que démontre d’ailleurs à chaque instant l’observation , c’est qu’une dent vivante se coupe plus aisément sans éclater qu’une dent morte : les sucs dont elle se trouve alors abreuvée rendent son tissu plus élastique, et par conséquent beaucoup moins cassant ou moins friable.

La facilitéavec laquelle s’exécute cette résection, quand ces pinces sontbien confectionnées, a engagé, il y aquelques années, plusieurs dentistes, entre autres un praticien anglais (1), à la substituer dans presque tous les cas à l’extraction , comme moyen de faire cesser toutes les douleurs dentaires. La raison sur laquelle ils fondent leur opinion à cet égard, c’est que sur cent cas de ces douleurs , quatre-vingt-dix au moins ont leur siège non pas à la racine , mais à la couronne ; et l’avantage qu’ils trouvent à pratiquer cette opération de préférence à l’extraction , c’est qu’elle est moins douloureuse, et que non seulement les racines peuvent servir de base à des pièces artificielles , mais que leur présence empêche

(1) Ce praticien est M. Fay, américain d’origine. La brochure dans laquelle il a développé les avantages de cette méthode , comparativement aux résultats de l'extraction, a été imprimée à Londres, en 1827, sous le titre de : A description of the mode of using the forceps inv enlcd, for tlie extraction and excision of teetli.

les alvéoles (le revenir sur eux-mêmes, cl par conséquent les dents voisines de se renverser en se déjelant , et d'excaver ainsi les joues.

Cette résection, pratiquée dans la première de ces deux intentions, est loin d’avoir obtenu l’assentiment

général, parce que, disent les opposants, le nerf n’étant

pas entièrement détruit, l’impression de l’air , la plus légère sensation du froid et du chaud, le contact d’un corps quelconque suffisent quelquefois pour produire les plus vives douleurs; ce à quoi nous répondrons qu’il serait très facile d’éviter cet inconvénient, en posant en principe que la résection doit presque toujours être suivie de la cautérisation, surtout, comme nous l avons déjà dit , chez les sujets (pii n’ont pas dépassé leur trentième année. Notre expérience personnelle nous a plus d’une fois mis à même de reconnaître que si quelques praticiens anglais avaient exagéré les avantages de ce moyen, les dentistes français l’avaient trop négligé, et que, mieux étudié dans son application, il peut être appelé à rendre d’importants services.

Il est cependant une autre objection qu’on pourrait faire à la résection érigée en règle générale, c’est que, quand on n’atteint pas le luit qu’on se propose, on s’enlève nécessairement un des principaux moyens d’extraclion; car il ne faut pas se dissimuler, quoi qu’en puissent dire quelques praticiens, que l’enlèvement d’une racine ne soit, dans la communauté des cas, plus difficile que celui d’une dent garnie de sa couronne. De là découle, pour ceux qui voudraient substituer la résection a 1 extraction, la nécessité de bien distinguer les cas où la maladie pour laquelle on veut enlever la couronne ne s’est pas propagée jusqu a la racine. On doit avoir cette

crainte tontes les fois que les douleurs dentaires occasionnées par la carie ont souvent été accompagnées de lluxions et surtout d’abcès des gencives , parce qu’alors il est probable que la racine ou son enveloppe sont malades; ou quand les douleurs dentaires ne sont pas en rapport avec la carie , parce qu’il peut très bien se Taire, dans ce cas, que leur cause se trouve dans une exostose de la racine ou de son alvéole, etc.

Enfin , s’il est des personnes pour lesquelles la résection peut être plus avantageusement que pour d’autres substituée à l’extraction , ce sont celles surtout qu'on serait en droit de soupçonner, par l’examen de quelquesdentsqui leur auraient déjà été extraites ou par tout autre signe, d’avoir des dents garnies de racines qui, par leur divergence ou leur convergence, seraient d’une extraction difficile et dangereuse.

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