‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 7 sur 32 · DE L EXTRACTION DES DENTS · texte numérisé non relu

DE L EXTRACTION DES DENTS

De tous les moyens que nous opposons aujourd’hui aux maladies des dents , il n’en est aucun dont la connaissance remonte à une époque plus reculée que leur extraction ; car non seulement Hippocrate en parle en termes formels, et cherchait même déjà à prévenir l’abus qu’on pourrait en faire, mais encore un passage de Cicéron désigne Esculape , troisième du nom, comme celui qui l’aurait le premier proposée (1).

(t) Tertius ( Æsculapius )... qui primus purgationem aivi clentis que evulsionem , ut ferunt, invertit. De Naturâ deoruin , lib. 3.

Dans un des chapitres précédents nous avons, en décrivant les causes , les caiactèies dilléionlicls et le traitement des maladies des dénis, indiqué la plupart des cas pathologiques qui autorisent , qui nécessitent cette opération ; mais elle est encore soumise à des conditions de temps et a d autres circonstan-

ces dont la désignation a pu échapper ou ne pas trouver place, et dont l’appréciation importe cependant au dentiste qui veut faire de son art un état de conscience. Se borner à dire, avec un auteur moderne (1), qu on doit pratiquer l’extraction d’une dent « toutes les fois » que la carie a pénétré jusqu'à son canal , quelle est » sensible aux impressions du froid ou du chaud et que » la mastication lui fait éprouver des douleurs. . . » n’est' ce pas d’un coté trop généraliser les cas, mettre en doute l’utilité des opérations que nous avons décrites dans les paragraphes précédents: partant, s’exposera exercer sur les dents un vandalisme destructeur; et d’un autre coté, n’est-ce pas aussi méconnaître la nécessité dans laquelle on est quelquefois d’extraire des dents parfaitementsaines, maisdontlaprésenceenlretientl’étatmaladil dont pourraient se trouver affectées les parties environnantes, comme nous en avons donné des exemples à la page 363, en traitant de l’absorption des alvéoles 2)?

(1) Maury ; ouvrage cité , page 260.

(2) Bunon est, de tous les auteurs qui ont écrit sur notre art, celui qui a le mieux établi cette nécessité dans laquelle on est quelquefois d’extraire une dent saine. Il la démontre par un grand nombre de faits. Le plus remarquable de ces faits est celui du maréchal de Saxe, qu’il ne parvint à débarrasser d’une tuméfaction habituelle de la joue qu’en lui enlevant, contre l’opinion des praticiens les plus en renom de l’époque , une deuxième grosse molaire, dent bonne et sans cane , mais dont les alvéoles étaient détruits à un point que. le ride ré-

En effet, il peut arriver non seulement que chacune des circonstances qui font la base de ce précepte ne motive pas l’extraction , ce qui se présente le plus ordinairement , mais encore que leur réunion ne l'autorise pas toujours. Ainsi , pour conserver une dent profondément excavée, il suffit très souvent de la cautériser ou de la ruginer; pour arrêter les progrès de la carie, de la plomber afin de la soustraire à l’impression du froid et du chaud ; enfin d’enlever avec une lime les saillies ou les aspérités qui pourraient gêner la mastication. Que de fois même, l’indication de l’extraction existant, ne doit-on pas différer de l’exécuter : quand la dent malade, par exemple, se trouve ensevelie dans des tissus lluxionnés, quand la personne est en proie à une autre maladie sur laquelle l’ébranlement de l’opération pourrait venir se répercuter, ou quand les sujets sont tellement irritables que les apprêts seuls de l’opération détermineraient des accidents nerveux redoutables, comme cela arrive très souvent chez les femmes et les enfin ts appartenant aux classes élevées?

L’extraction d’une dent, qui constitue malheureusement pour bien des personnes un fait indifférent, doit donc être, pour le dentiste jaloux du bien public autant que de sa propre réputation , une opération qu’il ne doit pratiquer qu’à la dernière extrémité, c’est à dire quand il y a nécessité absolue; et, en dehors des cas où la crainte qu’une dent ne devienne une cause de difformité commande son évulsion , les raisons sur

sultant de cette dégradation formait extérieurement une poche qui permettait d'y introduire une sonde mousse. Voyez son ouvrage intitulé : Expériences et démonstrations pour servir de suite et de preuves à l'Essai sur les maladies des dents ; 1 vol. in-12, 17/46,*

lesquelles s’établit cette nécessité se déduisent en général bien moins de l’altération physique et de l’intensitédela douleur qui l’accompagne que de la persistance môme de cette douleur.

Dans cette circonstance impérieuse encore que de prudence et d’attention ne faut-il pas pour ne pas commettre d'erreurs! Aussi ne doit-on jamais extraire une dent qu’on ne soit positivement assuré que c’est en elle qu’est le mal et que c’est elle qui le cause, quoiqu’elle soit indiquée par le malade et (pie son altération soit apparente, parce qu’il arrive très souvent que le siège du mal est ailleurs. Deux dents également cariées et voisines peuvent faire souffrir à la fois, comme il se peut aussi qu’une seule soit véritablement douloureuse et que le mal soit à la dent dont la carie est cachée aussi bien qu’à celle dont elle est apparente. Bien plus , on a vu l’extraction d’une dent saine faire cesser pour un certain temps la douleur qui avait son point de départ dans sa voisine : cela est arrivé à Garangeot 1).

Souventmême les malades ne savent point où est ce mal, ou il esta la mâchoire opposée à celle qu’ils indiquent, fout dernièrement encore une jeune dame est venue nous demander de lui extraire une première petite molaire gauche de la mâchoire inférieure, tandis qu’il était évident pour nous, par la couleur du gonllement qui environnait la pareille dent du haut, que celle-ci était le véritable siège du mal. Nous eûmes de la peine à la persuader par des raisonnements, et nous ne parvînmes à la convaincre qu’en introduisant dans celle dent un stylet qui réveilla toutes les douleurs un instant assou-

(1) Nouveau imité des instruments tir rhir., tome II , (i(i.

pies. Enfin il n’est pas rare que la douleur soit si uniformément répandue dans toute la bouche et sur toutes les parties qu’animent les nerfs dentaires, qu’il soit toutà— lait impossible de la rapporter à une dent plutôt qu’à une autre. Nous rappellerons aussi à cette occasion ce que nous avons dit des névralgies dentaires (t) dans lesquelles la douleur, bien que ressentie dans la dent, dépend néanmoins d’une altération du nerf dentaire , qui résisterait nécessairement à toute extraction.

La détermination précise du siège du mal est donc la précaution indispensable qui doit précéder tou te extraction; aussi, pour peu qu’il y ait du doute, rien ne doit être négligé pour le dissiper. Les présomptions étant d’abord établies par la désignation du malade et par l’aspect de la carie dont on mesure l’étendue, soit à l’œil, soit à l’aide d’un petit miroir dentaire, on cherchera d’abord à ébranler légèrement la dent avec les doigts; si par là on ne parvient pas à exciter de la douleur, on la frappera avec un corps dur, comme un fouloir ; on la fera mettre en contact avec de l’eau froide; ou bien , ce qui est encore plus sûr, mais plus douloureux, on introduira dans sa cavité une sonde exploratrice dont le contact suffit ordinairement, comme dans le cas que nous venons de rapporter, pour fournir une indication certaine.

C’est beaucoup assurément d’avoir reconnu la dent malade et d’avoir établi la nécessité de son extraction, mais il faut encore être bien convaincu que , quelque prudence ou adresse qu’on y apporte, et quels que soient les instruments dont on se serve, cette opération

(1) Voyez pages 268 et suivantes.

est toujours douloureuse. Un dentiste habile doit môme, à la première inspection, prévoir les difficultés cju il rencontrera et 1 intensité de la douleur qu il sera forcé d'occasionner. Les dents sont-elles tellement excavées ou détruites par la carie qu'elles ne doivent présenter aucune résistance à l’instrument; le peu de développement de leur couronne fait-il supposer des racines longues ou divergentes; le sujet ollre-l-il les caractères d’une constitution nerveuse; a-t-on à opérer au milieu de tissus enflammés et douloureux? ce sont là autant de circonstances défavorables qui doivent servir de guide à cet égard, et dont il faut avec ménagement avertir le malade, afin que, dans les cas d’échec absolu ou de succès incomplet, il ne puisse ni vous faire le reproche d’imprévoyance, ni vous accuser d’inhabileté.

Comme tout d’ailleurs, aux yeux de celui qui ne se fait point illusion, se réduit, dans cette opération, à une affaire de dextérité manuelle, il ne faut pas croire non plus que les connaissances pathologiques et anatomiques puissent, dans la généralité des cas, suppléer à l’habitude : le contraire est tous les jours démontré par les succès qu’obtiennent, même dans les cas difficiles, les empiriques ou les dentistes les plus ignorants. Aussi faut-il s’exercer de bonne heure au maniement de tous les instruments , se rendre un compte exact de leur mode d’action, se familiariser avec leurs formes variées , et s’habituer à distinguer promptement les cas qui exigent l'application de l’un d eux à l’exclusion des autres.

C est surtout à l’égard des enfants que cette promptitude de jugement est nécessaire ; car toute tentative qui n’a pas de résultat les effraie et les empêche de se soumettre à un nouvel essai : aussi faut- il user envers eux

de toute l’adresse possible et ne rien laisser apercevoir qui puisse leur inspirer de la crainte. Les sollicitations des parents produisent très souvent un effet opposé à celui qu’on en attendait. « Ce qu’il y a de mieux à faire, dit avec raison Fox, c’est de ne pas parler à un enfant de l’intention que l’on a de lui faire cette opération; il faut qu’il se rende au moment même : en voulant les préparer, on ne faitque tourmenter leur imagination , et au moment décisif ils ont perdu courage. »

De l’exposé minutieux, mais indispensable, que nous venons de faire des précautions qui doivent précéder l'extraction des dents, passons à l’examen des instruments au moyen desquels s’exécute cette extraction, .en attachant toutefois beaucoup moins d’importance à leur conformation qu’à leur véritable moyen d’agir et aux précautions qu’exige leur emploi.

Des instruments généralement employés à /’ extraction

des dents.

Si nous avons été obligés de reconnaître que la carie dentaire était une des maladies contre lesquelles on avait proposé le plus de médicaments , nous sommes contraints aussi de déclarer qu’il n'est point d’opération chirurgicale pour laquelle on ait imaginé autant d’instruments que celle qui nous occupe dans ce moment. Depuis les pinces qu’on voyait , suivant le rapport d’Erasistrate , dans le temple d’Apollon , jusqu’à celles dont Hippocrate conseille l’emploi, et depuis ces dernières jusqu’à celles dont nous nous servons aujourd’hui, la forme de ces instruments a subi les variations les plus singulières ; aussi, bien que leur nombre

ait été considérablement restreint, dans ces derniers temps surtout, il est encore assez grand de nos jours pour former une curieuse collection.

Quelle que soit leur conformation , ils n’agissent que comme des leviers , au moyen desquels on cherche à séparer les dents des mâchoires en employant un effort qui surpasse la résistance que ces organes opposent sur les bords alvéolaires, ou, pour mieux dire, la force d’adhésion qui les maintient unis à la totalité des alvéoles. Mais qu’est-ce qu’un levier? C’est ce qu’il importe de bien savoir pour apprécier convenablement la manière d’agir des instruments dont nous allons nous occuper , et tirer de chacun d’eux le parti le plus favorable. Cette connaissance servira aussi pour apprécier l’esprit des diverses combinaisons sur lesquelles repose le manuel de la prothèse dentaire.

On appelle levier une tige, une barre inflexible, droite ou courbe, au moyen de laquelle une puissance, aidée d un point d’appui, cherche à équilibrer, à soutenir ou à vaincre une résistance placée sur un troisième point de sa longueur. Il y a donc quatre choses bien distinctes a observer dans toute espèce de levier : 1° la résistance qui est le fardeau qu’on veut soulever, ou le corps qu’on veut arracher; 2° la puissance ou la force que 1 on emploie pour vaincre la résistance; 3° le point d appui qui est le point solide et fixe sur lequel se meut le levier; 4° les bras du levier qui sont les portions égales ou inégales de la fige comprises entre le point d appui et la résistance ou la puissance, ou bien entre les deux dernières. La disposition différente et relative de ces quatre parties constitue trois genres bien distincts de leviers :

Celui du premier genre , dans lequel le point d’appui est placé entre la résistance et la puissance , et qu’à cause de cela on a nommé inter-mobile . comme la balance , les ciseaux; celui du deuxième genre , où la résistance se trouve entre le point d’appui et la puissance, nommé inter-résistant , comme la pince du tailleur de pierre; celui du troisième genre , dans lequel la puissance existe entre la résistance et le point d’appui , inter-puissant , comme l’étau.

La force de la puissance et de la résistance, aussi bien que l’espace que parcourt dans un temps donné le point où elles sont appliquées, ou si l’on veut leur vitesse, sont en proportion directe de la longueur de leur bras de levier. Ainsi, lorsque les bras sont égaux, et qu’en même temps des forces égales sont appliquées à leur extrémité, la puissance et la résistance sont égales, c’est à dire se font réciproquement équilibre. Si ces forces sont inégales, l’équilibre est rompu; mais le mouvement qui résulte de cette inégalité est absolument le même pour les points de la résistance et de la puissance. Enfin lorsque les bras du levier sont inégaux , la puissance agit avec d’autant plus d’énergie, et parcourt, proportionnellement à la résistance, un espace d’autant plus grand que son bras de levier est plus long que celui de la résistance , et vice versa. Par exemple, le bras delà puissance est il deux fois plus long que celui de la résistance; les forces étant égales, la puissance agira avec deux fois plus d’énergie, et exigera, pour être neutralisée ou qu’il y ait équilibre , que la résistance soit deux fois plus considérable.

Terminons en disant que des trois genres de levier, le second ou inter-résistant est le plus favorable de

tous pour vaincre de grandes résistances; \i(int ensuite celui du premier genre ou inter-mobile ; quant au troisième genre , il est le plus défavorable , la puissance étant placée entre le point d appui et la résistance, ce qui l’empêche de pouvoir être employé avantageusement lorsque la résistance est plus grande que la puissance. Appliquons maintenant ces lois de physique à la description et à l’emploi des instruments appropriés de nos jours à l’extraction des dents.

Le nombre de ces instruments, avons-nous dit, immense autrefois , se trouve réduit aujourd hui a sept ou huit. Quelques praticiens même, dont nous nous llattons de partager les opinions à cet égard, ou auxquels nous avons peut-être depuis longtemps donné nous-mêmes lexemple, ont le bon esprit non seulement d accorder la préférence à ceux dont le mécanisme est le plus simple, mais de n’en adopter que trois ou quatre, qu ils s’exercent à appliquera propos et à manier habilement.

Ainsi le lirtoir , sorte de davier dont le mors inférieur qui fait suite au manche appuie par une surface aplatie sur la gencive, tandis que le supérieur monté sur le premier par une vis, et pressé par le pouce, va remplir derrière la dent à extraire l’office du crochet de la clef; le pélican , espèce de clef qui avait tous les inconvénients de celle de Garangeot, sans avoir les avantages qu’on croit reconnaître à cette dernière; le poussoir et sa masse de plomb , etc., sont généralement et à juste titre abandonnés. 11 ne reste guère aujourd’hui que la clef de Garangeot , \e levier simple , le pied-de-biche , la langue de carpe , la pince , le davier droit ou courbe , et enfin le

pélican dont quelques praticiens persistent à se servir. Décrivons-les, mais sommairement, afin d’éviter des détails qui sont absolument inutiles pour ceux qui ne les ont jamais vus ni touchés , et qui seraient superflus pour les élèves qui ont fréquenté le cabinet d’un dentiste : seul moyen de se former à la pratique de l’art.

1° La clef de Garangeot est un instrument compliqué , composé d’un crochet mobile articulé transversalement par une vis sur une surface plane et à peu près quadrilatère , appelée panneton , lequel est placé à l’extrémité d’une tige d’acier, terminée à l’autre extrémité par un manche qui lui est transversal , et que l’on saisit dans la paume de la main quand on veut opérer. Comme on le voit de suite , cet instrument forme un levier de premier genre : le crochet serre la dent qui est la résistance , le panneton forme le point d’appui qui est pris sur l’alvéole opposé au point de contact du crochet, et à l’extrémité de la tige, où se trouve le manche, s’adapte la puissance, qui est la main de l’opérateur.

Cet instrument , le plus usité de tous , est assurément d’une construction très ingénieuse; car, à bien considérer, il n est pas à la rigueur de dent ou de racine qu’il ne puisse enlever. Mais est-il aussi favorable à l’opéré qu’il est commode pour l’opérateur? le simple bon sens force de suite à répondre par la négative. En effet , quelle que soit sa conformation , il agit toujours d’abord en comprimant fortement entre son crochet et le panneton la dent et l’alvéole opposé recouvert de sa gencive ; ensuite, en faisant exécuter à la dent un mouvement de bascule dans le sens de celui qu’on imprime à son manche, et dont l’étendue est proportionnée à la longueur de la racine, il

tend nécessairement a écarter les parois de l alvéole. Or , dans le premier cas, de deux choses l’une : ou le crochet et le panneton sont placés tout-à-fait sur le collet de la dent et sur le bord alvéolaire, et alors l’évulsion est manquée ou la dent se casse; ou bien ils sont appliqués plus profondément, et alors la dent est solidement saisie, mais avec un commencement d’écrasement de 1 alvéole et de déchirure de la gencive. Dans le second temps, la racine, en basculant, fait presque toujours éclater l’alvéole, et emporte avec elle des lambeaux de gencive, comme on le voit tous les jours.

Bien des personnes s’imaginent pouvoir enlever à la clef une partie de ses dangers en la faisant agir plutôt par un mouvement d’élévation que par un mouvement circulaire : c'est une erreur que démontre le plus simple examen; en effet, il faut nécessairement qu elle soit avant tout solidement lixée , et elle ne peut l’être que par le renversement du manche, en vertu duquel le crochet est rapproché du panneton. Si, quand les parties à enlever sont ainsi prises, vous cherchez à les extraire par élévation , vous réduisez alors 1 action de la clef à celle d’une pince, moins d’abord la force qui se perd infailliblement aux deux angles qui séparent, vers la main , le manche de la tige, et, vers la dent, la tige du crochet; moins ensuite la commodité, puisqu’avec la clef vous agissez dans une direction horizontale, tandis qu’avec la pince on agit en ligne directe.

Nous savons bien qu’on nous répondra que quand il s’agit d’une racine à enlever, la clef en fait facilement justice pour peu qu’on applique l’extrémité du crochet à quelques lignes au dessous ou au dessus de celte racine, suivant (pi on opère en bas ou en haut; mais alors

il est évident, quoi qu’on fasse, que cette portion d’alvéole comprise entre le crochet et la dent sautera avec cette dernière. Cet inconvénient ne garantira en aucune façon, bien entendu, la compression du panneton sur le côté opposé de l’alvéole qui pourra, comme nous l’avons dit, être fracturé; et encore nous admettons qu’on aura la précaution de séparer les alvéoles de la portion des gencives qui les recouvrait; car, sans cette précaution, cette gencive aurait infailliblement suivi le sort de l’alvéole et eût été déchirée avec lui.

Les inconvénients de la clef sont tellement évidents qu’il n’est pas un praticien en réputation , depuis Jourdain (1760) jusqu’à MM. Delabarre et Maury , qui n’ait senti le besoin de la modifier. Les uns, et c’est là à peu

près ce qu’on a fait de plus important, ont coudé la tige

à son union avec le porte-crochet; les autres ont porté le point d’appui en avant ou en arrière de la direction du crochet, ce qui expose à ébranler une dent voisine de celle sur laquelle on veut agir; d’autres enfin ont cru qu’en substituant des crochets à angle presque droit aux crochets demi-circulaires généralement employés, ils saisiraient mieux la dent sur la couronne de laquelle ces derniers sont en effet susceptibles de remonter.

Mais deux choses nous étonnent : la première, c’est que personne, avant nous, n’ait songé à débarrasser l’extrémité de la tige de la vis qui en augmente la longueur , et à placer le crochet directement à fleur de cette tige, afin que rien ne l’empêche de porter directement sur la troisième grosse molaire, à l’extraction de laquelle la clef semble être surtout appropriée; la seconde , c’est que les praticiens qui se servent habituellement de la clef aient été si longtemps à fixer ses cro-

cliets sur un panneton disposé en noix , sur lequel ils pussent les tourner dans telle direction qu’on juge convenable.

Maury s’est très évidemment fait illusion quand il a cru que le perfectionnement de la clef, qui consistait à porter le point d'appui en avant de la dent à extraire pour cette troisième molaire , lui appartenait. 11 est dû à un praticien anglais, comme le prouve si clairement la phrase suivante de Fox : « M. Spence, en plaçant le crochet plus loin que le chevet ou panneton, a obvié à toutes ces difficultés, parce quen faisant porter ce chevet sur la mâchoire* au côté externe de la seconde molaire , et en fixant le crochet sur la partie interne de la troisième , on peut opérer en dehors sans courir le moindre risque (1). Dans tous les cas, nous n’appelons cette modification un perfectionnement que relativement à la difficulté qu’on éprouve souvent à faire porter le panneton sur la face externe de la dent de sagesse; autrement nous regardons toujours comme dangereux de prendre le pointd’appui sur une dent autre que celle qu’on veut extraire, parce que, l’effort propre au point d appui et celui qui est inhérent à la puissance ne se contrebalançant plus , la dent qui fournit le premier peut être chassée en dedans , aussi bien que celle qui représente la seconde peut l’être en dehors : il n’y aura de différence à cet égard que celle qui dépend de la solidité relative de chacune d’elles, qu’il est difficile de calculer à priori , et celle qui résulte du degré d éloignement qui les séparera de la puissance, qui, dans tous les cas , sera fort { eu de chose.

(1) Ouvrage cité, page 253.

- Mk -

La plupart de ces corrections et de ces modifications nont rien changé, nous le répétons, aux vices qui découlent naturellement du mode d’action de la clef , et ont été proposées , nous sommes forcés de le dire, bien plus peut-être dans des vues d’amour-propre que dans la conviction d’un véritable perfectionnement. Notre manière de voir est telle, à cet égard , que nous avons depuis fort longtemps presqu’entièrement renoncé à son emploi, et que nous l’avons restreint à certains cas assez rares d’extraction de molaires présumées avoir de fortes racines, et offrant une prise convenable,, mais simplement pour les luxer; et si quelque chose nous étonne, c'est de voir un auteur moderne soutenir que « la clef de Garangeol est sans contredit l’instrument qui l’emporte sur tous les autres (1) ; » surtout quand cet auteur a la prétention d’extraire les dents non seulement sans effort et sans douleur , mais sûrement et avec plaisir (tutô et jucundè) ; ce sont ses expressions !

M. Duval est loin départager cetteprédilection pour cet instrument, car il y a déjà bien des années qu’il disait à son sujet : « Qu'on ne croie pas que je suis partisan de la clef de Garangeot, je ne m’en sers pas deux fois sur deux cents opérations (2). » Et cependant M. Duval peut se flatter de lui avoir fait subir une des plus heureuses modifications en rendant le panneton mobile, de telle sorte qu’en vertu d’une articulation qui l’unit à la tige, il porte sur les gencives par une surface dont la pression est uniformément répartie dans tous les temps de l’opération. Il est juste toutefois de reconnaître que

(1) Lefoulon; ouvrage cité, page 303.

(2) Journal de méd. dur. et phann . de Sédillot , janvier 1 81 Z».

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parmi les chirurgiens, autres que les dentistes cjui, faute peut-être de savoir se servir d’instruments meilleurs, croient pouvoir recommander l’emploi de la clef, ceux qui se sont donné la peine de se rendre un compte exact de son vrai mode d’action n’en sont plus à contester quelle doit d’ordinaire briser l'alvéole , mais se bornent à déclarer que « l’habileté consiste seulement à en Indser le moins possible (1). »

Voici, au reste, pour les personnes qui voudraient attendre que l’expérience leur eût démontré comme à nous les inconvénients de la clef , les règles suivant lesquelles elle doit être appliquée. L’opérateur fait placer le malade, comme pour toutes les opérations qui se pratiquent dans la bouche, dans un lieu suffisamment éclairé; ayant choisi un crochet proportionné par l’étendue. de sa courbure au volume de la dent qu’il veut extraire, c’est à dire un crochet qui ne soit pas trop grand parce qu'il enlèverait des parties d’alvéole, et pas trop petit parce qu il n’agirait que sur la couronne qu’il fracturerait, il l'adapte, au moyen de la vis, de telle sorte que la clef étant placée horizontalement devant lui, le manche répondant à sa poitrine et le panneton regardant en haut, ce crochet vienne, en pivotant sur la vis, embrasser de gauche à droite la partie saillante de ce panneton, s’il veut opérer sur le côté droit d’en bas et gauche d’en haut, et en sens inverse pour le côté gauche d’en bas et droit d’en haut.

Il enveloppe ensuite le panneton de plusieurs tours d une bandelette de toile fine, ou il place sur l’endroit où cette partie doit poser soit un tampon de coton, soit un

(1) iVIalgaigne; ouvrage cilé, page 1 12.

morceau d’éponge ou de caou tchouc assez épais ; il se place alors derrière la personne s’il a à opérer sur la mâchoire supérieure, en lui faisant fortement renverser la tête en arrière, et sur le devant , si c’est pour la mâchoire inférieure, en lui faisant tenir la tête droite. Puis, tenant le manche de l’instrument embrassé dans la paume de la main droite, il allonge l’index de cette main jusqu’au crochet qu’il maintient ainsi ouvert et immobile; il applique alors ce crochet au dessous du collet de la dent, presque toujours en dedans, et aussi près possible de l’alvéole, mais jamais sur la gencive, au niveau de la partie moyenne de la racine, comme M. Bégin le conseille à tort (1), et le fixe dans cette position avec l’index de la main gauche ; faisant alors exécuter à l’instrument un léger mouvement de rotation en dehors, il embrasse la dent de manière à ce que toute sa couronne se trouve logée dans la courbure du crochet et que le panneton réponde, au côté opposé, à la hauteur à peu près de l’extrémité de la racine, de telle sorte que le bord inférieur de ce panneton porte toujours plus bas que le crochet.

Quand, à la résistance qu'il éprouve, il reconnaît que la dent est solidement saisie, il fait exécuter à la clef un mouvement de rotation et d’élévation , et enlève la dent de dedans en dehors , par deux temps consécutifs et prompts , le premier pour la soulever, et le second pour

(1) Voici comment s’exprime à cet égard M. Bégin (Dictionn. et mot cités, page 209 ) : « On peut se servir aussi de crochets terminés par une seule pointe, laquelle est placée sur la gencive au niveau de la partie moyenne de la racine. Lorsque la clef, armée de cette manière, agit, ce crochet incise le tissu de la gencive et vient saisir la racine qu’il soulève et emporte avec lui. »

la renverser; il résulte de là que la dent dans sa sortie suit la direction d une ligne qui s’échappe obliquement en dehors du bord alvéolaire sous un angle d’environ cinquante-cinq à cinquante degrés.

Quelques praticiens, craignant que rabaissement de la dent à ce degré ne fît constamment éclater l’alvéole, et voulant imiter autant que possible pour la clef les mouvements de diduclion qui rendent l’évulsion plus facile avec les instruments armés de mors , comme le davier et la pince, donnent le conseil de n’abaisser la dent que sous un angle de soixante-cinq à soixante degrés, puis de lui faire exécuter un mouvement tout-à-fait semblable du côté opposé, c’est à dire en dedans, en retournant, bien entendu , la clef, pour en placer le crochet en dehors, en un mot, de la luxer des deux côtés.

Cette idée est certainement très rationnelle, et son application à la pratique pourrait avoir, nous lavouons , de grands avantages, si le temps que nécessite l’application de la clef en sens opposé à sa première position n’était pas tou jours trop long pour l’opéré qui souffre, et si la supériorité d’épaisseur qu’offrent les dents en dehors ne rendait pas leur renversement plus difficile en dedans. Néanmoins, comme ce dernier inconvénient est peu de chose, il resterait à désirer qu’on trouvât le moyen de disposer la clef de telle sorte quelle put luxer la dent en dedans et en dehors sans être déplacée, ou , en d autres termes , par deux simples mouvements opposés du poignet. Si à cet avantage on pouvait joindre celui qui résulterait de l’application directe de son appui et de son crochet sur la dent elle-même , on lui aurait certainement enlevé la plus grande partie de ses

inconvénients, et il ne lui resterait que ceux qui sont inhérents à tous les moyens d’extraction connus, sur lesquels elle aurait toutefois l'avantage d’une force immense. Nous appelons sur ces perfectionnements l’attention des jeunes praticiens.

Presque toujours on extrait la dent avec la clef seule ; quelquefois cependant, et nous recommandons ce précepte comme un palliatif des inconvénients que nous avons reprochés à cet instrument, après avoir opéré la luxation de la dent, on suspend l’effort au moment où l’on sent qu’on va faire éclater l’alvéole et déchirer la gencive, et on achève l’opération en enlevant la dent avec une pince droite ou courbe, à laquelle on imprime un mouvement de rotation assez léger pour ne pas déterminer les accidents dont l’imminence avait arrêté dans l’emploi de la clef.

Enfin , que ceux qui , malgré nos observations , voudraient faire un usage habituel de cet instrument, n’oublient pas qu’il faut que le panneton soit assez large et assez épais pour fournir un point d’appui solide et direct, sans blesser trop gravement la muqueuse buccale et les gencives qu’elle recouvre ; que la tige décrive dans son milieu une assez grande courbe fuyant le panneton, pour que les arcades dentaires ne gênent point; que cette tige soit longue pour permettre à l’œil de suivre l’opération, et surtout pour augmenter la force de la puissance, comme nous l’avons démontré en développant la théorie générale des leviers.

Ce qu’il est encore important de savoir, c’est que si le crochet n’est pas bien fixé, soit qu’il ait été mal appliqué , soit que, par un mouvement du malade, il se soit déplacé, il peut porter moitié sur la dent à extraire et

moitié sur sa voisine, et les enlever toutes deux. Ensuite, dès qu’on sent que la dent est extraite, il faut lâcher de suite, pour éviter que le malade, content d’être débarrassé, ne lasse à l’instant même un mouvement qui déchirera la portion des gencives attenant à la dent qu’on vient d’extraire.

2° Le davier est, après laclefdeGarangeot, un des instruments qu’on emploie le plus souvent pour l’extraction des dents; c’est une espèce de pince dont les mors, courbés dans le sens de leur articulation , se comportent l’un à l’égard de l’autre comme les deux mandibules d’un bec de perroquet, c’est à dire que le supérieur, ((ui est la continuation de la branche femelle, plus étendu, se recourbe de haut en bas, pour former la moitié d’un cercle, et l’inférieur de bas en haut, pour n en former tout au plus qu’un quart ; le premier a douze à quinze millimètres (six ou huit lignes) environ de longueur, mesuré du point où ils se quittent à leur sommet; l’inférieur deux à trois millimètres ( une ligne ou une ligne et demie) de moins, et l’extrémité de chacun n’a guère que trois millimètres (une ligne et demie) d’épaisseur. La longueur totale de l’instrument est généralement de dix-lmit centimètres (six pouces); mais il y en a de plus petits, ceux par exemple (pii servent à l’extraction des dents de lait.

Cet instrument est particulièrement employé pour extraire les petites et les grosses molaires de la mâchoire inférieure , ainsi que les mêmes du côté droit d’en haut. Pour qu il soit bien fait, ses mors doivent presque se joindre par leurs becs, afin de saisir les parties les plus minces, et présenter une concavité parfaitement pro-

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portionnée à la convexité du corps de la dent sur laquelle ils doivent agir; ses branches, légèrement ciselées en losanges ou autrement à leur surface extérieure, comme dans la plupart des instruments de ce genre, pour ne pas glisser dans la main , ne doivent pas être trop écartées ni trop épaisses , afin que l’opérateur puisse les contenir facilement et les mouvoir à son aise. Ces branches sont courbées ou droites : la première forme est celle quelles ont eue primitivement; mais quelques praticiens préfèrent que la supérieure soit droite, parce qu’elle permet de faire plus aisément ce qu’on nomme vulgairement la pesée , et que les doigts en apprécient mieux l'abaissement que si elle offrait une ligne convexe sur laquelle ils pourraient glisser.

Quand on veut se servir du davier, on le prend à pleine main , la convexité du mors le plus développé regardant en haut, le pouce appuyant cependant sur la face qui répond à la rivure du clou au moyen duquel sont unies les deux branches, la seconde phalange de l’index sur la face opposée, et le petit doigt étant placé entre les branches pour les écarter et les diriger à volonté. Ainsi tenu, on l’introduit dans l’intérieur de la bouche et on applique le crochet du mors le plus court sur la partie externe du collet de la dent ; puis, appuyant fortement, on soulève le poignet pour faire pénétrer le mors courbe le plus bas possible sur la partie interne de ce collet, en refoulant la gencive. Quand onestcertain que la dent est bien saisie, on la presse davantage, et on la relire de dedans en dehors par un effort modéré et progressif, en même temps qu’on la soulève et qu’on lui fait éprouver quelques mouvements de diduction.

Le davier agit alors évidemment comme un levier du

premier genre : le point d appui sur lequel presse la dent, dans le moment de son enlèvement, est le mors court ou droit de l’instrument qui porte sur le collet externe; il est placé entre la résistance qui est la partie de la dent sur laquelle agit le mors long ou recourbé, et la puissance qui est dans ki main de l’opérateur, à l’autre extrémité du levier. Il y a, par cela même, une grande analogie, sinon entre la conformation, du moins entre l’action du davier et celle de la clef de Garangeot : le mors le plus courbé du premier répond au crochet de la seconde, le mors presque droit à son panneton, et les deux branches réunies à la tige à laquelle tient son manche. Mais il y a cependant entre eux cette différence, tout à l’avantage du davier : 1° Que son mors le plus court, qui forme le point d’appui sur lequel bascule la dent, pour sortir obliquement de la bouche de dedans en dehors, porte sur la dentelle-même, el non sur l’alvéole el la gencive qui le recouvre; 2° que la puissance agit en ligne droite, el non, comme pour la clef, dans une direction oblique qui empêche d’en apprécier toute la portée.

Quand on a l’habitude de se servir du davier , on l'applique très avantageusement à l’extraction des pet i les et même des deux premières grosses molaires , mais jamais , comme Fournier, dans le Dictionnaire des sciences mêdicales (1), etMaury, dans son traité (2), en donnent à tort le conseil, pour les incisives elles canines, dont il serait trop sujet à faire éclater les alvéoles en avant. Aussi ne pouvons-nous expliquer comment un praticien aussi expérimenté que devait l’être Laforgue a pu émettre une

(1) Article IJavicr ; tome vin , page 88.

(2) Ouvrage cité, page 276.

opinion aussi erronée que celle-ci : « Il faut employer le davier pour toutes les dents qu’il peut saisir et que la commissure des lèvres permet de prendre ; lui seul est

préférable à tous les autres pour ces cas (1) » Enfin

une précaution qu’il est très important de prendre dans l'emploi du davier, c’est de bien saisir les dents , de faire en sorte que la tète de l’opéré ne suive pas la main de l’opérateur, et d’éviter d’écraser la couronne en la serrant trop, ou de rompre la racine en ne la tirant pas suivant sa direction.

3° La pince , par l’ancienneté de son usage dans les arts mécaniques , est très probablement le premier instrument qu’on a dû employer à l’extraction des dents. Elle est droite ou courbe; la pince droite dont nous nous servons habituellement aujourd’hui a de vingt à vingtquatre centimètres ( sept ou huit pouces) de long; ses mors, légèrement arrondis , n’ont guère que douze à quinze millimètres (six à sept lignes) , sont disposés de telle sorte qu’ils paraissent se toucher par leur rapprochement, et ont leur surface intérieure creusée et évidée dans le sens de leur longueur pour loger facilement la dent dont on veut faire l’extraction ; leur forme et leur grosseur sont d’ailleurs excessivement variables. Quant à leurs branches , elles sont cintrées ou droites ; ces dernières, surtout quand elles sont cannelées et un peu élargies à leur extrémité, sont infiniment moins susceptibles de glisser à la main dans l’effort qu’exige l’opération pour laquelle on les emploie.

C'est principalement pour extraire les incisives, les

(t) Séméiologie buccale , ou Traité des signes , etc. , page 86.

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canines et même les petites molaires de la mâchoire supérieure, mais seulement pour les incisives et les canines inférieures, qu’on emploie les pinces droites. Quand on veut opérer, on tient la lèvre soulevée avec l’index et le pouce de la main gauche, directement si c’est à droite, mais le plus ordinairement en passant le bras autour de la tête de la personne si c’est à gauche. On saisit ensuite la dent le plus haut possible de son collet et en dessous de la gencive , qu’on doit avoir le soin de repousser fortement pour ne pas être exposé à la pincer ; puis on la serre, comme avec le davier , de manière à ne pas l'écraser, mais suffisamment cependant pour qu elle n’échappe pas , et on opère son évulsion en l’ébranlant par des mouvements variés de supination et de demi-votation, comme le dit Laforgue, en tirant obliquement à soi dans la direction de la dent, avec assez de force, mais sans violence; nous disons des mouvements de supination, parce que la main , armée de la pince présentée à la dent, doit être en pronation ; ce qui est le contraire pour l’emploi du davier, qu’on est forcé de tenir en supination ou les ongles en haut, quand on veut 1 appliquer à 1 extraction des dents de la mâchoire supérieure.

Lorsque 1 examen attentil de la dent à extraire fait présumer qu’elle est solidement implantée et quelle est excavée par la carie, il y aurait sans aucun doute de 1 inconvénient à chercher à 1 ébranler trop vite avec les pinces, parce quelle pourrait se rompre sous la pression qu’exigerait cet ébranlement. Aussi fait-on bien de chercher, après chaque secousse, à remonter les mors de la pince, c est à dire de les rapprocher de plus en plus de la racine.

La pince courbe diffère de la pince droite parce que ses mors sont courbés, et du davier parce que cette courbure s’effectue dans le sens contraire de leur articulation et se prolonge le long de ses branches, mais dans une direction opposée; ces mors qui marchent ensemble sont, comme ceux de la pince droite, creusés d’une gouttière concave plus ou moins profonde, suivant la grosseur de la dent à enlever. Les pinces dont nous nous occupons ont infiniment moins de force que le davier, parce que ce dernier, bien appliqué, agit autant en faisant basculer la dent qu’en l’attirant en dehors de l’alvéole; aussi ne sont-elles employées que pour achever l’évulsion de dents déjà luxées ou que quelque accident a rendues chancelantes, ou bien pour aller saisir au fond de la bouche , soit des dents à moitié extraites qui offrent peu de résistance, soit des fragments osseux provenant de dents fracturées ou d’alvéoles éclatés, déduites dans leur proportion, ces pinces servent le plus souvent à extraire les dents de lait : il y en a de plusieurs modèles qui les rendent parfaitement appropriées à cet usage.

Il existe encore un autre genre de pinces, dont les branches sont coudées dans le court espace qui sépare les mors proprement dits de la vis qui les réunit. Cette disposition permet d’aller plus profondément dans la bouche, ou de tenir la commissure des lèvres écartée, suivant qu’on place les mors sur un plan postérieur ou antérieur aux branches.

4° Le levier est le plus simple de tous les instruments dont nous nous servons pour l’extraction des dents ; ainsi que l’indique son nom, c’est une tige inflexible destinée

à les soulever; elle est à demi trempée, presqu arrondie et droite, mais un peu aplatie et légèrement recourbée à son extrémité. On s’en sert dans deux circonstances principales : quand on veut enlever les racines vulgairement appelées chicots , et pour renverser les dernières grosses molaires, particulièrement les dents de sagesse qui n’ont le plus souvent qu’un groupe de racines réunies en forme de pivot, et qui quelquefois même ne sont pas entièrement développées. Cet instrument n’a guère que quinze centimètres (cinq pouces) de longueur; il est emmanché parallèlement à sâ lige.

Quand on se sert du levier pour enlever les racines , on le fait pénétrer aussi profondément qu’on le peut entre le rebord de la paroi alvéolaire et la racine qu’on veut extraire; puis, avec un des cotés de la surface plane qui termine son extrémité, on soulève cette racine dans le sens de son alvéole, par un mouvement du poignet qui tend à porter la main delà pronation a la supination. Il n’agit pas alors, comme le disent tous les auteurs, à la manière d’un levier du premier genre, mais de celui du troisième. La résistance est à la partie de racine sur laquelle appuie la pointe de l’instrument , le point d’appui est à l’extrémité du manche qui bulle sur la paume de la main , et la puissance à la partie de la tige saisie entre les doigts , mais particulièrement entre le pouce et l’index. L’erreur de la plupart des auteurs sur le mode d’action de cet instrument est importante à redresser; car, pour le faire agir, dans la position dont il est question , comme un levier de premier genre ou levier inlermobile, il faudrait nécessairement qu’il prît tout son point d appui sur le bord de la paroi interne de l’alvéole, ce qui pourrait écraser ce bord osseux, et

qu’il se renversât dans la bouche , ce qui est impossible.

Quand, au contraire, on emploie le levier simple pour renverser les dents de sagesse , une de ses extrémités est placée entre les deux dernières molaires, de manière à trouver un point d’appui sur la face externe de celle qui est en avant, et, par un mouvement presqu’horizontal de bascule de gauche à droite pour le côté gauche , et de droite à gauche pour le côté droit , on pousse la dent de sagesse en dehors et on la soulève de manière à lui faire quitter son alvéole en la renversant. Comme il est rare, dans ce cas, qu’elle ne tienne pas encore un peu , on achève son enlèvement de la bouche au moyen d’une pince courbe pour le bas et droite pour le haut. La langue-de-carpe nous paraît infiniment préférable pour le renversement des dents de sagesse.

5° Le pied-de-biche , dont plusieurs auteurs ont tort de ne pas reconnaître les avantages et de proscrire complètement l’emploi (1), est une légère modification du levier que nous venons de décrire : c’est, comme lui, une tige métallique montée sur un manche dans le sens de sa longueur ; mais elle est coudée à six ou huit millimètres (trois ou quatre lignes) de son extrémité et bifurquée à son sommet ; au talon du coude se trouve fixée une espèce de saillie également bifurquée.

On se sert du pied-de-biche pour extraire des racines; pour cela, on en appuie la partie tranchante ou, pour mieux dire, l’extrémité le plus bas possible entre la gencive et le collet de la dent détruite ou la racine,

(1) M. IVlalgaigne est de ce nombre ; voyez de son 'ouvrage déjà cité la page 1 09.

en refoulant la gencive; puis on soulève celte racine eu la repoussant du dehors au dedans de la bouche, et en plaçant le sommet de l’instrument entre elle et son alvéole , et en prenant un point d’appui sur la mâchoire tout près de la saillie que nous avons dit exister sur la tige. On ne peut pas se dissimuler que cet instrument agit comme un levier du premier genre, puisque son point d’appui se prend sur le bord alvéolaire en faisant en arrière la bascule que permet son coude; mais on modère autant que possible la pression qui en résulte, en soutenant en avant, ou mieux en attirantà soi, l instrument, c’est à dire, pour parler le langage de la physique, en cherchant à le transformer en un levier du troisième genre dont la puissance ne serait plus la paume de la main , mais les doigts , comme nous venons de prouver qu’agissait le levier simple dans b extraction des racines.

Avant de se servir de cet instrument, ii est très im-

portant de se rendre compte , aussi exactement que possible, du degré de force qu’il est nécessaire d’employer. Car si celte force est insuffisante , on ne retirera point la racine, tandis que si elle est de beaucoup supérieure à celle qui est strictement nécessaire, on s’exposera à briser l’alvéole ou la racine et à blesser les parties voisines d’une manière plus ou moins grave; car, malgré la précaution qu’on aura pu prendre d’arcbouler l’instrument avec soin, soit avec le pouce, soit avec plusieurs doigts de la main opposée, la secousse, ou mieux 1 impulsion qu on est forcé de lui imprimer, peut aisément le faire dévier.

Indépendamment de ce pied-de-biche simple , nous nous sommes souvent servis avec succès d’un instrument

qui agit absolument à sa manière, mais qui a sur le premier le léger avantage de saisir la dent en même temps qu’il tend à la soulever. C’est, comme le premier, un levier coudé, mais composé de deux parties absolument semblables accolées l’une à l’autre, et pouvant se séparer pour recevoir une portion du collet de la dent et être rapprochées au moyen d’un coulant passé dans la tige qu elles forment par leur réunion. Vu sommairement, cet instrument a la forme d’un T, dont la tige verticale est solidement emmanchée et dont l’horizontale se recourbe un peu en sens contraire à ses deux extrémités.

6° La langue-de-carpe est encore un levier coudé , mais qui se termine en forme de baïonnette. La partie, qui , près du sommet, s’échappe de la tige, est aplatie, triangulaire et un peu pointue; aussi quelques auteurs, entre autres Laforgue, l’appellent-ils levier pyramidal; on le nomme encore levier de Lécluse ou trivelin.

Cet instrument, dont plusieurs praticiens modernes ne semblent pas non plus reconnaître les avantages , est le plus ordinairement employé pour Y exfraction des dernières dents molaires, tant du haut que du bas, lorsqu’elles sont précédées ou à peu de distance d’une ou de plusieurs autres dents. Ainsi, la langue-de-carpe est un instrument parfait pour extraire soit la dent de sagesse en pénétrant entre cette dent et la seconde grosse molaire, soit celle-ci, en se plaçant entre elle et la première, et ainsi de suite jusqu’à la première petite mo- • laire quand la seconde manque , parce que la canine , arc-boutée aussi sur les incisives, fournitun point d’appui plus que suffisant. Mais il n’en serait plus de même

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pour la canine, parce que les incisives n auraient point assez de force pour donner un point d appui.

La saillie que fait sa partie triangulaire permet aussi d’aller chercher profondément les racines des dents molaires, et la solidité du point d’appui quefournit aux doigts allongés le coude qui réunit cette partie à la tige , donne une grande force à la puissance, en môme temps que les doigts sont là pour empêcher que , si la résistance cédait tout-à-coup à l’insu de l’opérateur, l’instrument n’allât pas blesser le fond de la bouche. La langue-decarpe diffère encore du levier simple et du pied-debiche, en ce que le plus ordinairement son manche est placé transversalement comme celui de la clef de Garangeot; nous disons le plus ordinairement, parce que cet instrument est quelquefois aussi emmanché longitudinalement, disposition qui ne nous semble avoir aucun avantage.

La forme aplatie du sommet de la partie triangulaire de cet instrument rend son introduction très facile entre les deux dents sur lesquelles on veut agir. On essaie d’abord de la pousser en dedans, afin que sa partie la plus épaisse agisse, et qu’on soit ainsi moins exposé à enlever la dent saine qui doit servir d'appui, ce qui n’arrive jamais à un praticien habitué à son emploi, parce qu’il a toujours la précaution d’appuyer avec le pouce ou l’indicateur sur la dent saine, afin de s’assurer par lui-même et d’une manière certaine si elle n’éprouve pas quelque ébranlement pendant l’opération. Dans ce dernier cas, il doit s’arrêter et se servir d’un autre instrument. Si l’on voulait extraire la dent de sagesse, et que celle qui vient avant elle fût privée, par l’absence de la première grosse molaire, de l’appui, et, par suite, de la

solidité que celle-ci lui donne, on peut y suppléer en remplissant l’espace vide d’un morceau de cheval marin enveloppé d’une bande de linge fin et que l’on fait entrer avec un peu de force : de cette manière, on évite l’ébranlement de la dent isolée, sur laquelle on serait forcé de s’appuyer.

Remarquons aussi que le point d’appui que prend la langue-de-carpe sur la dent voisine de celle qu’on veut enlever n’est pas, en définitive, aussi défavorable à la première qu’on pourrait le croire; car, dans les mouvements qui n’ont pour but que d’extraire directement la dent, l’instrument, pressant sur cette dent delà racine à la couronne, agit nécessairement en sens opposé sur sa voisine, c’est à dire de la couronne à la racine : ce qui serait plus propre à la faire rentrer dans son alvéole qu’à l’en faire sortir.

7° Levier à crochet et à plaque. Indépendamment des trois espèces de leviers que nous venons de décrire, on s’est servi, et on se sert encore pour extraire certaines racines et même quelques dents , d’un instrument qu’on nomme levier à crochet et à plaque. C’est une. tige d’acier fixée dans un manche assez gros de forme olivaire, et terminée par un crochet qui a la plus grande analogie avec celui de la clef. Cette tige , cannelée dans le sens de sa longueur, est reçue dans la coulisse d’une plaque articulée garnie d’un morceau de liège ou de peau , d’un centimètre et demi carré (un demi-pouce) environ, et percée latéralement d’un trou taraudé recevant une vis de pression qui sert à la fixer où l’on veut sur la cannelure de la tige.

Quand on se sert de cet instrument,* on introduit

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l’extrémité du crochet le plus profondément possible en dedans du niveau de la racine, et on prend un point d’appui avec la plaque articulée sur une dent voisine ou sur un petit tasseau de bois appliqué sur elle. On imprime ensuite à l’instrument un mouvement demi-circulaire d’arrière en avant ou d’avant en arrière, pour faire sortir les dents saisies. Cette espèce de levier, comme on le voit , tient à la fois du pélican et de la clef, mais il est moins sûr , parce que son point d’appui est moins fixe. La modification que Maury lui a fait subir, en rendant le crochet mobile comme la plaque, est loin d’étre à nos yeux un perfectionnement, car elle en diminue nécessairement la solidité. Nous ne l’employons jamais.

8° Le pélican , avons-nous dit, est généralement abandonné aujourd’hui ; mais comme plusieurs praticiens persistent à s’en servir, nous croyons devoir en dire quelques mots, moins, bien entendu, pour le réhabiliter que pour en démontrer les inconvénients.

Cet instrument, tel que l’employaient les anciens, comme Fauchard , par exemple, et tel qu’on l’emploie encore dans une grande partie du nord de l’Europe, se compose d’un manche autrefois simplement en bois dur, aujourd’hui en ivoire, aplati sur deux de ses faces, terminé d’un côté par une extrémité arrondie, large et dentelée, mais généralement garnie de peau ou de drap, qui sert de point d’appui , et de l’autre, par une extrémité olivaire, destinée à être reçue dans la main. Au milieu est vissé un crochet allongé dont l’extrémité, recourbée à la manière du bec de l’oiseau dont l’instrument porte le nom, va se rabattre au devant de la portion du manche qui doit fournir au point d’appui.

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(Je pélican est toujours pourvu de crochets de plusieurs longueurs, afin de tomber en avant de cette portion du manche à une distance proportionnée à l’épaisseur de la dent qu’elle doit recevoir : l’extrémité libre de ces crochets est, ainsi que ceux de la clef, mince et garnie sur ses côtés de deux saillies aiguës séparées par des dentelures destinées à les empêcher de glisser.

Le pélican qu’on a substitué à celui que nous venons de décrire en diffère par ces deux choses : d’abord que le point d’appui est fourni par une plaque de métal légèrement concave, ovalaire, longue de trois centimètres (un pouce), large de seize à vingt millimètres (huit à dix lignes), garnie de peau et articulée avec le manche à l’aide d’une charnière; ensuite, que les crochets, au lieu d’être changés , peuvent être simplement avancés ou reculés à volonté, à l’aide d’une vis de rappel. Ce perfectionnement est dû, en grande partie, à un dentiste anglais nommé Bueking et à Dubois-Foucou.

Quand on veut se servir du pélican, on fixe son crochet, comme celui de la clef, contre la face interne du collet de la dent qu’on veut extraire ; l’extrémité du manche , destinée à faire appui, est appliquée à quinze ou vingt millimètres (huit ou dix lignes) environ en avant du crochet, mais seulement sur les dents si on se sert du pélican ancien , et sur les dents ainsi que sur les gencives si on emploie le pélican perfectionné; puis, par un mouvement qui ramène l’instrument vers la ligne médiane et par lequel le crochet est tiré en dehors , la dent saisie est renversée sur le côté externe du rebord alvéolaire. Si son extraction n’est pas complète, elle est achevée avec les pinces.

Il résulte donc bien évidemment de cette description

que nous avons dit vrai on avançant que lo pélican avait tous les inconvénients (le la ciel sans en avoir les avantages. Comme elle, en effet, il agit en renversant les dents qu’il cherche à extraire et leur fait courir toutes les chances attachées à ce mouvement; mais , ne prenant

pas comme elle son point d’appui sur la dent a enlever, il ébranle celles sur lesquelles il porte, et occasionne si souvent leur chute qu’il n’est pas un des praticiens auxquels il est familier qui n’ait à regretter quelque grand accident, comme nous en rapporterons bientôt plusieurs exemples, et comme le reconnaît M. Bégin qui, après avoir décrit le pélican avec un soin capable d en autoriser l’emploi, déclare néanmoins que rien n est plus facile que la luxation de plusieurs dents lorsqu on fait usage de cet instrument (1).

9° Enfin les inconvénients du pélican, par l’effort de répulsion latérale qu’il exerce sur les dents voisines de celle qu’on veut extraire; la clef, par le renversement qu’elle fait exécuter à cette dernière, nous avaient tellement frappés dans le début de notre carrière, qu’il \ a quarante ans environ que nous fîmes construire un instrument qui est dépouillé des inconvénients inséparables de leur action. Cet instrument est disposé de telle sorte que l’extraction de la dent se fait en ligne droite, et qu’en même temps qu elle est soulevée il se fait une pression verticale sur la surface triturante des deux dents au milieu desquelles elle est située. Il esl en conséquence composé de trois pièces : deux articulées à leur partie moyenne, dont la supérieure est 1er-

(i) Dictionnaire cl moi cités, page 21 1

- Ublx —

minée d’un côté par un crochet semblable à celui du pélican, et de l’autre par une branche de pince ou de davier, et dont l’inférieure offre, par son extrémité qui correspond au crochet de la première, deux aillettes au milieu desquelles passe ce crochet; la troisième pièce est un autre crochet qui , pour saisir la dent , vient faire l’office du mors inférieur du davier, et qui se rapproche d’autant plus du crochet supérieur que les deux branches de l’instrument sont plus serrées dans la paume de la main. Cette progression du mors inférieur se fait au moyen d’une lame de fer qui, fixée à la tige du mors supérieur, s’engage dans une coulisse dont est creusé le premier, et le force, par sa forme pyramidale , à s’avancer en même temps qu’elle s’élève.

Mais comme, d’après cette disposition, si les aillettes étaient primitivement fixées sur les dents latérales, elles empêcheraient qu’on ne fît exécuter à la dent les mouvements latéraux qui doivent précéder toute extraction , nous avons rendu ces aillettes mobiles, de telle sorte que, cachées dans l’épaisseur de l’instrument, elles viennent à volonté porter sur les dents destinées à leur fournir un appui, pour opérer ce qu’on pourrait appeler la contre-extension, que lorsque l’instrument a fait les fonctions primitives d’un simple davier. Enfin , comme très souvent la dent à extraire est isolée , nous avons substitué pour ce cas aux aillettes, au milieu desquelles les mors viennent se placer, d’autres aillettes fixées latéralement et se repliant aussi sous les premières pour aller chercher un point d’appui sur les dents placées plus ou moins loin.

Cet instrument n’est donc, à proprement parler, qu’une espèce de davier dont il diffère peu pour la

grosseur ; mais il a sur lui cel avantage qu une lois que la dent a été ébranlée, elle se trouve enlevée en ligne droite par une simple pression de la main; picssion qui, bornée par le rapprochement des deux branches de l’instrument, ne peut jamais dépasser le point voulu et n’expose pas, comme le davier, à venir heurter la mâchoire opposée si la dent cédait trop vite.

Manuel opératoire applicable à l'extraction (le chaque espèce de dents.

Les neuf instruments que nous venons de décrire sont à peu près les seuls dont les dentistes se servent aujourd'hui pour L extraction des dents; l’expérience apprendra même à plusieurs d’entre eux, comme elle la démontré à nous-mêmes, qu’avec un davier, une pince et un levier coudé, et à la rigueur le nôtre qui en réunit tous les avantages, sans en offrir les inconvénients, on peut se tirer honorablement de presque tous les cas. Si maintenant nous résumions les préceptes émis dans le cours de celte description, et que nous indiquions par ordre de dents les instruments et les procédés opératoires appropriés à l’extraction de chacune d’elles, nous arriverions aux préceptes suivants :

t° Incisives et canines. — Pour extraire les incisives et les canines , on doit généralement employer pour les deux mâchoires la pince, mais jamais ni la clef, ni le davier, ni aucun des instruments qui agissent à leur manière, c’est à dire en les faisant basculer, parce que les racines de ces dents sont longues, que leurs alvéoles ont peu d épaisseur, et que tout accident qui survient, sur-

tout sur le devant de la bouche , mécontente les opérés , par les brèches énormes qui peuvent en être la suite.

Pour extraire convenablement ces dents avec les pinces à la mâchoire supérieure, on se place en général en avant sur le côté droit de la personne, pour lui faire pencher la tête dans le sens le plus favorable au côté sur lequel on veut opérer ; mais souvent aussi , pour le côté gauche, on se place derrière, comme nous l’avons dit plus haut. Pour la mâchoire inférieure on se place toujours derrière , mais sur le côté droit. Dans cette position, les dents antérieures, excepté la canine droite, sont très accessibles à la pince. On doit les saisir aussi avant que possible sous la gencive , pour que la pince ne glisse pas sur le talon qu’offre leur face postérieure au collet, tenir l’instrument avec assez de force pour les serrer sans les briser, et par des mouvements variés du poignet faits sans violence, mais d’une manière soutenue, séparer le périoste des parois de l’alvéole. La dent ainsi ébranlée, on la tire dans une direction presque perpendiculaire. Quelquefois on ne produit cet ébranlement qu après plusieurs efforts; car il faut remarquer, comme le dit avec raison Fox, qu’un homme avec toute sa force ne parviendra qu’avec peine à terminer l’opération , s’il agissait toujours dans une direction verticale; mais quand une dent a été d’abord ébranlée par un mouvement oblique de droite à gauche, on la tire alors sans difficulté. Les dents des enfants sont toujours faciles à extraire de celte manière, quand il n’a pas semblé possible, ou qu’on n’a pas jugé convenable de les enlever avec les doigts.

2° Petites molaires. — C’est encore presque toujours

avec le davier et la pince que nous enlevons les huit petites molaires, surtout quand elles offrent assez de prise pour être bien saisies , et que la carie ne les a pas excavées au point de faire craindre qu elles n’éclatent sous la pression nécessaire à leur extraction ; mais chacun de ces deux instruments a son application spéciale : ainsi la pince convient exclusivement pour celles du haut, et le davier pour celles du bas, à l’extraction desquelles il est plus approprié qu’aucun autre instrument. Pour se servir, dans ce cas, du davier, on se place en avant du malade, mais un peu à sa gauche pour opérer de ce côté, et en arrière et un peu à droite pour agir sur le côté droit, la manière de saisir la dent et de faire mouvoir le poignet étant absolument la môme dans les deux circonstances. Les personnes qui auraient une grande habitude de manier le davier pourraient aussi l’employer à l’extraction des petites molaires du haut : la position serait la meme que pour les dents du bas, en avant et à gauche pour celles de gauche, en arrière et à droite pour celles de l’autre côté; mais dans l’un ou l’autre cas, l’instrument serait tenu la main étant en supination et attirerait la dent de dedans en dehors et de haut en bas. Nous opérons très souvent ainsi , mais seulement pour le côté droit.

3° Première grosse molaire. — Quant aux deux premières grosses molaires, le levier simple ou la langue-decarpe les font assez facilement sortir à la mâchoire inférieure, en les prenant profondément de bas en haut, l’opérateur se plaçant non pas comme le prescrit Gariot, du côté opposé à celui sur lequel il opère, mais bien de ce côté môme; sans quoi on serait obligé d’introduire

l’instrument entre les dents du côté de la langue, ce qui serait fort incommode et exposerait l’intérieur des joues à être blessé; mais le davier, employé comme nous venons de l’indiquer pour les petites molaires, est, dans bien des cas, préférable pour la première, qui est assez peu profondément placée pour être bien saisie. Les personnes qui ne seraient pas habituées à enlever avec des pinces ces dents à la mâchoire supérieure, peuvent à la rigueur se servir de la clef en se plaçant en face du malade , mais du côté sur lequel on veut opérer et en les faisant basculer de dedans en dehors , d’abord parce que c’est le sens suivant lequel elles penchent un peu, ensuite parce que leur surface interne, plus plane que l’extérieure, permet au crochet de se fixer solidement, et que, plus épaisses en dehors qu’en dedans, comme nous l’avons décrit ailleurs, elles écarteraient leurs voisines si elles étaient violemment renversées dans ce dernier sens.

Malheureusement les premières grosses molaires , comme nous l’avons vu en les étudiant anatomiquement, varient beaucoup par leurs racines. Tantôt ces racines s’écartent tellement à leur extrémité qu’il leur est physiquement impossible de sortir par l’entrée des alvéoles ; aussi, dans l’extraction, faut-il presque inévitablement, dans ce cas, ou qu’elles cassent, ou que l’alvéole éclate; tantôt une de ces racines, très allongée et recourbée, se porte en arrière ou sur les côtés , et pénètre profondément dans la mâchoire; d’autres fois elles sont tortillées et embrassent une portion de l’os maxillaire qui doit inévitablement venir avec elles. Toutes ces circonstances, et bien d’autres, forment des obstacles très difficiles à surmonter; malheureusement, nous le répétons, rien n’annonce dans la couronne la multiplicité

des racines, leur forme bizarre et leur divergence, ou l'état contraire.

4° Dents de sagesse. — Les dents de sagesse sont généralement celles dont l'extraction présente le plus de difficultés, non pas parce qu elles sont plus solidement implantées que les autres, puisque nous savons que leurs racines se réunissent souvent pour n’en former qu une . seule (1); mais d’abord parce que, situées plus profon-

dément dans la bouche, elles sont moins accessibles à nos instruments, et qu’elles sont en général moins déve- » loppées que les autres ; ensuite, parce que chacune d’el-

les a des inconvénients de position qui lui sont propres. Celle delà mâchoire supérieure, terminant l'arcade dentaire, n’appuie sur rien en arrière, et permet ainsi aux différents crochets employés à son extraction de glisser aisément sur sa surface arrondie ; celle de la mâchoire inférieure est placée précisément à l’endroit où le corps de cet os commence à s’élever sur le côté externe pour former l’apophyse coronoïde qui, quelquefois, est à sa naissance presqu’aussi élevée que la dent.

Ce qui augmente encore très souvent la difficulté qu’on éprouve à extraire ces dents, c’est que les personnes affectées de violentes douleurs dentaires, qu’occasionne si fréquemment leur sortie , se font longtemps illusion sur la véritable cause de ces douleurs, et atten-

(1) Laforgue a tort, dans le dernier ouvrage que nous avons cité de lui , de soutenir, page lül , que cette disposition ne se rencontre que sur un très petit nombre de sujets. Tous les anatomistes la signalent avec raison comme très commune. L’extraction de ces dents est bien assez pénible par elle-même, sans qu’on lui reconnaisse encore des difficultés imaginaires.

déni quelquefois, pour avoir recours à nous, que des complications accidentelles aient rendu les obstacles encore plus difficiles à vaincre. L’observation suivante, prise au hasard parmi un grand nombre d’autres que nous avons recueillies sur ce sujet, ne laisse aucun doute à cet égard (1).

En 1822, le docteur Olmade, notre ami, fut atteint d’une odontalgie qui le tourmenta pendant plus de trois mois , et dont la violence était telle que sa bouche se resserrait spasmodiquement, et qu’il était obligé de ne se nourrir que d’aliments liquides. L’un de nous, ayant eu occasion de le voir au commencement de ses souffrances, s’était aperçu que la dent de sagesse était sur le point de sortir à la mâchoire inférieure. Il attribua dès lors les douleurs à cette unique cause et engagea le malade à se faire extraire la dent. Le docteur Olmade tarda à se soumettre à celte opération; mais bientôt les gencives s’enflammèrent, il se forma un abcès et un trajet fistuleux qui s’ouvrit au dehors, au bas de la joue, sous le favori. Il y eut en même temps une portion de l’os maxillaire nécrosée, puisque quelques esquilles sortirent avec le pus.

Voyant alors que tous les secours de l'art ne lui apportaient aucun soulagement, M. Olmade se décida à suivre notre conseil ; mais l'opération , malheureusement , ne pouvait plus être pratiquée qu’avec beaucoup de difficulté. On parvint cependant, au moyen de deux tasseaux de bois triangulaires , à ouvrir la bouche graduellement et sans secousse, et une fois qu’on eut ob-

(1) Celte observation est extraite de celles que l’un de nous a publiées dans sa Thcse inaugurale sur les dents de sagesse.

tenu une ouverture seulement d’un ou deux centimètres (un demi-pouce) environ, on se servit du petit forceps à branches arrêtées, dont nous avons donné la description à la page 379, pour augmenter l’écartement des mâchoires et les maintenir au même point.

Ayant pu alors introduire le doigt dans la bouche, nous reconnûmes (pie la dent de sagesse n’était pas complètement sortie ; mais l’ouverture de la bouche n’était pas suffisante pour qu’on pût procéder à son extraction : aussi, avant de remplir cette indication principale, nous vîmes-nous dans la nécessité d’extraire d’abord la deuxième grosse molaire, dont la couronne était presque entièrement détruite. Les racines de cette dent adhéraient dans toute leur longueur aux parois alvéolaires, quoiqu’elles fussent très courtes. C’est à cette disposition anatomique qu’il faut attribuer les souffrances que le malade éprouvait. La dent de sagesse, en effet, n’ayant pas assez de place pour se loger entre l’angle de la mâchoire et la deuxième grosse molaire, et ne pouvant pas déplacer celle-ci, s’était dirigée d’arrière en avant et presque horizontalement, de manière que la face postérieure de sa couronne était devenue la supérieure. Peu de temps après on pratiqua l’extraction indiquée ; la (istule et les abcès se fermèrent; et la guérison complète n eut lieu qu’au bout de deux mois.

Celte observation , rapprochée de celles que nous avons extraites des leçons cliniques de M. Velpeau , dont l’une est consignée à notre page 146, et dont

l’autre le sera dans le paragraphe suivant , donnent tout a la fois la mesure des difficultés qu’ont les dents de sagesse a sortir, de la gravité des opérations que peut, dans quelques circonstances, nécessiter

leur extraction, et (les soins que cette opération exige.

Extraction des racines.

Toutes les difficultés qu’offre l’extraction des dents, et elles ne sont que trop nombreuses , comme nous venons de le voir, se présentent nécessairement aussi , mais à un degré plus élevé, dans celle des racines. L’aveuglement de la plupart des dentistes en faveur de la clef de Garangeot est tel qu’un grand nombre d’entre eux ne craignent pas d’appliquer cet instrument aussi fréquemment à cette dernière opération qu’à l’extraction des dents elles-mêmes. Et cependant, pour quiconque se donne la peine de réfléchir, il est clair, comme nous l’avons démontré en parlant de la clef elle-même, que le crochet , ne pouvant agir qu’autant qu’il porte sur la partie qu’il est chargé de soulever, doit être sans effet sur un corps qui ne fait que peu ou le plus souvent même point de saillie, à moins qu’on ne le fasse pénétrer dans la cavité qui recèle ce corps, ce qui est difficile dans l’espèce, ou qu’on arrive à lui en perçant la paroi de la cavité, ce qui est un grand inconvénient..

L’absence de saillie hors de l’alvéole n’est pas la seule raison qui rend difficile l’extraction des racines. Cette difficulté vient très souvent de ce qu’elles ont été ramollies aux environs du collet. Ce ramollissement s’étend même quelquefois jusqu’à la moitié, aux deux tiers de leur longueur ; ce qui est intact est situé profondément au fond des alvéoles, où il se trouve intimement fixé par le périoste alvéolaire; ou bien la carie, ayant commencé par le canal dentaire, a consumé tout l’intérieur des racines, et n’a laissé extérieurement qu’un très

mince feuillet de matière osseuse lout-à-fait insuffisant pour supporter l’action des instruments appropriés à leur évulsion. Il n’est pas rare même que la partie des racines qui se montre au bord alvéolaire soit couverte de brides ou de végétations de la membrane muqueuse gengivale, suite de l’inflammation qui a succédé à la déchirure de cette membrane lors delà fracture de la dent. Enfin c’est aussi en général à l’occasion des racines que se forment les fistules dentaires dont la présence complique nécessairement leur extraction.

Le compte exact que nous nous sommes rendu du mécanisme et du mode d’action des différents instruments employés pour extraire les dents , nous fait de suite prévoir que ceux qui doivent le mieux convenir pour enlever les racines sont ceux qui agissent à la manière du levier. On enfonce la pointe d un de ces instruments entre le pourtour de l’alvéole et la racine; un léger effort d’élévation du côté où il y a moins de résistance suffit souvent pour la faire sortir ; si elle est très adhérente on emploie le même procédé des deux côtés, et on réussit dans la plupart des cas. Mais il arrive souvent que ces corps, quoique ébranlés, tiennent encore assez pour ne pas céder, soi t que le périoste ou le cordon dentaire épaissis les retiennent, soit qu’une conformation vicieuse les empêche de suivre la filière tracée par l’axe de l’alvéole.

Dans la première de ces deux circonstances, on vient à bout de vaincre la résistance en enfonçant l’instrument assez profondément pour attaquer la racine le plus près possible de son extrémité, et, par un retrait forcé, on l’attire à soi. Mais, dans le second cas, que par malheur il est difficile de prévoir, ce procédé ne suffit pas : on peut alors , si c’est une racine de grosse

molaire, chercher à en séparer les diverses portions afin de les ôter l’une après l’autre; pour cela on perfore le collet de la dent avec un foret ou de toute autre manière, on équarrit le trou, puis on y introduit une vis tranchante assez forte et solidement emmanchée , pour faire éclater ce collet et rendre chaque portion indépendante. On les extrait alors isolément. Enfin , si ce moyen ne réussissait pas , et qu’il y eut nécessité absolue à enlever la racine , il faudrait , après avoir enfoncé le levier entre elle et l’alvéole, faire éclater ce dernier à l’extérieur, ,et achever l’extraction avec une pince courbe plus ou moins aiguë, suivant la profondeur à laquelle il faudra la faire pénétrer. Cette pénible nécessité existe surtout quand la présence de la racine qu’on cherche à extraire est la cause bien évidente de quelque grave désordre, comme d’une fistule s’ouvrant à E extérieur à travers l’ épaisseur de la joue, d’une carie de l’os maxillaire , etc., etc. Nous l’avons éprouvée dans plusieurs occasions, dont voici la plus remarquable :

Le fils d’un riche négociant de Bordeaux avait été obligé, par suite de douleurs dentaires très intenses, de se faire extraire la première grosse molaire droite du bas, qu’une carie fort ancienne avait profondément excavée. Le dentiste qui se chargea de l’extraction de cette dent la cassa tout juste au collet, et laissa par conséquent toute la racine dans l’alvéole. Deux ans se passèrent sans que ce jeune homme éprouvât rien de ce côté ; mais à cette époque ( il avait alors vingt-deux ans) un sentiment habituel de tension se fit sentir, non seulement vers la racine enlevée, mais dans les parties environnantes et surtout en arrière. Cette tension ne tarda pas à dégénérer en douleur véritable, et cette douleur

acquit en assez peu de temps un caractère fort inquiétant. Le dentiste qui avait enlevé la couronne de la dent fut de nouveau consulté. Ne doutant pas que la présence de la racine ne fut la cause des douleurs, il essaya son extraction; mais tous ses efforts furent inutiles; il conseilla alors de sacrifier la dent suivante, qui le gênait et venait rétrécir en avant l’orifice de l’alvéole par lequel devait sortir la racine. Le père du jeune homme, ne concevant pas que, pour extraire une racine, il fallût sacrifier une dent bonne, et craignant pour cette dernière le sort de la première, refusa de laisser pratiquer cette opération conseillée, et engagea son fils à attendre leur arrivée à Paris où les appelaient des affaires importantes, pour prendre à cet égard l’avis d’une de nos célébrités chirurgicales.

Ce fut Dupuytren qui fut consulté. L’illustre praticien eut à peine examiné la bouche du jeune homme, qu’à la déviation de la dent qui était venue recouvrir la racine il reconnut que celle de sagesse , gênée dans sa sortie, avait repoussé tout ce qui était au devant d’elle, et que, sous sa pression, la seconde grosse molaire avait été forcée de venir appuyer sur la racine qui la précédait, au point d’enfoncer celle-ci dans le tissu alvéolaire, et de la rendre cause des douleurs incessantes que le malade éprouvait. Il conseilla alors, comme l’unique moyen , l’extraction de la dent renversée, ainsi que l’avait fait le dentiste de Bordeaux, et désigna MM. Delabarre, Miel, ou nous, pour pratiquer l’opération. On nous donna la préférence. Nous constatâmes de suite la réalité du diagnostic porté par le célèbre professeur de l’Hôtel-Dieu; mais nous ne partageâmes pas entièrement son opinion sur la facilité avec laquelle

il pensait qu'on pourrait extraire la racine après l enlèvement de la dent dont la perte avait été décidée. Celte dent, en effet , une fois ébranlée avec la langue-de-carpe, et extraite avec le davier, nous cherchâmes en vain, avec plusieurs espèces de leviers, à soulever la racine. Elle s’était portée d’avant en arrière dans l’épaisseur de l’alvéole. Dans cette pénible occurrence, nous fûmes obligés de détacher la gencive le plus bas possible, et de faire sauter avec une petite gouge la table extérieure de l’alvéole. Quand la racine fut ainsi mise à découvert, son évulsion fut facile à opérer avec des pinces. L’opération fut immédiatement suivie d’une hémorrhagie, qui fut arrêtée par le tamponnement. Des fomentations émollientes secondées par plusieurs bains de pieds sinapisés et quelques purgatifs dérivatifs arrêtèrent les suites de l’inflammation , et suffirent pour amener une guérison aussi complète qu elle fut prompte.

Lorsqu’on veut enlever plusieurs racines se faisant suite, comme on n’a pas autant de ménagements à garder que si elles étaient placées à côté de dents saines , on fait bien de les ébranler en introduisant entre chacune d’elles une langue-de-carpe à laquelle on fait éprouver plusieurs mouvements de demi-rotation.

Quant aux racines creusées par la carie au point d’être transformées en une véritable coquille, comme sont quelquefois les incisives et les canines supérieures, il y aurait de la présomption à espérer les extraire intactes, et de l’imprudence à le promettre au malade ; aussitôt qu’on fait pénétrer un levier, même très mince, entre elles et l’alvéole, ou même dans leur intérieur, elles se divisent en éclats qu’on enlève facilement avec une pince

d’horloeer. Les racines des dernières molaires doivent

particulièrement être attaquées par la langue-de-carpe qui , par sa forme coudée , peut pénétrer plus profondément que tout autre.

Enfin nous terminerons tout ce qui a trait à l’extraction des racines, en disant que le dentiste éclairé par une longue expérience se rend assez facilement compte de la résistance qu elles doivent faire éprouver à l’instrument. Leur longueur présumée, l’épaisseur de l'alvéole l’état constaté par le toucher non seulement de la dent correspondante, mais encore des racines, le gonflement de l’os maxillaire, l’âge, la constitution générale du sujet, sont autant de signes qui mettent à même dé juger par avance des difficultés qu’on éprouvera. Quand on présume que la résistance sera très forte, on doit dans beaucoup de cas, comme nous venons de le dire, ébranler la racine/ en se servant d’abord de la langue-de-carpe, sauf, quand on est parvenu à lui donner un peu de prise , à employer soit une pince courbe, soit un davier. En un mot, on doit se diriger suivant les indications du bon sens , car on ne peut formuler tous les cas en préceptes généraux. Nous ne connaissons qu’un seul précepte, qui doit être bien compris, et qu’on doit toujours avoir présent à l’esprit : c’est celui de ne jamais entreprendre l’extraction d’une racine avec le pied-de-biche , à moins d’être physiquement sur de réussir ; car, dans les cas d’insuccès et d’essais réitérés, on peut, malgré toutes les précautions et l adresse possibles, causer des ébranlements et d’autres graves désordres , et rendre craintive la personne la mieux disposée.

Extraction des dents placées en dehors du bord alvéolaire, et des dents cachées.

Dans tout ce que nous venons de dire sur 1* extraction des dents, nous n'avons eu en vue que les cas habituels, c'est à dire ceux dans lesquels les dents occupaient sur le bord alvéolaire le rang qui leur est naturellement assigné ; mais il est des cas exceptionnels qui exigent certaines précautions, ou mieux, certaines règles particulières. Tels sont ceux, par exemple, où une dent placée hors ligne demanderait à être enlevée, et même ceux où, cachée dans l’épaisseur des tissus , inaccessible à la vue, elle occasionnerait des désordres que son extraction seule pourrait faire cesser. Examinons la conduite à tenir dans l’un et l’autre cas.

1° Dents hors ligne. — Quelle que soit la place qu’occupent les dents situées hors ligne, mais exposées à la vue, leur extraction, nous l’avons déjà dit à la page 197, exige toujours les plus grandes précautions; car, nous le répétons, si elles sont placées immédiatement derrière ou devant la rangée dentaire , on peut , en les en- * levant, porter atteinte en quelque point à la solidité de cette dernière, et, si elles sont placées dans un lieu éloigné de cette rangée, on est exposé ou à les voir échapper à l’instrument par la difficulté qu’on aura de les saisir , ou à produire, en les extrayant, de grands désordres dans les parties au milieu desquelles elles se sont développées, ainsi que nous en avons rapporté un exemple tiré de notre pratique personnelle.

De là découle nécessairement ce précepte que, poulies dents placées hors ligne , mais tout près du bord

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alvéolaire, et jugées devoir être extraites , les seuls instruments appropriés à leur extraction sont ceux qui peuvent les enlever directement, c’est à dire sans leur faire éprouver aucun mouvement de bascule en vertu duquel on pourrait compromettre la solidité de celles qui sont régulièrement situées en avant ou en arrière d’elles.

Quand elles offrent une prise suffisante, les pinces conviennent seules; les droites, quand il faut opérer en avant, et les courbes quand il s’agit d’une dent à saisir en dedans , ou mieux en arrière de la rangée dentaire , surtout pour le bas ; mais en ayant la précaution de soutenir les voisines et d’en surveiller les mouvements par l’ application des doigts sur leur couronne.

Mais quand ces dents sont réduites à l’état de tubercules, comme cela arrive en général pour les dents véritablement surnuméraires, les pinces auraient bien de la peine à les saisir ; aussi faut-il les enlever avec un levier placé entre elles et les dents formant la rangée dentaire si elles en sont rapprochées , ou introduit dans la loge qui les contient si elles sont trop éloignées des dents régulières pour qu’il soit possible de prendre sur ces dernières un appui solide. Dans cette dernière circonstance, mieux vaut quelquefois, nous le répétons, les exciser que les extraire.

Des exemples feront mieux saisir que des raisonnements la conduite à tenir dans les cas de cette espèce. Nous ne rapporterons que les deux suivants qui ont trait, le premier à une dent canine placée tout-à-fait en dehors du bord alvéolaire, et le second à trois dents surnuméraires situées toutes trois en dedans de ce bord.

Premier exemple. Dans les premiers jours de mars 1840, sur la recommandation d’une jeune dame an-

glaise, à laquelle nous avions ramené en ligne une incisive latérale d’en haut, mademoiselle Mess., âgée de dix-sept ans, nous fut amenée par sa mère pour savoir s’il ne serait pas possible de lui rendre le même service pour la canine gauche de la mâchoire supérieure, qui s’était tenue en tout temps, c’est à dire depuis son apparition, qui avait été fort tardive, complètement en dehors du bord alvéolaire , mais immédiatement devant la place qu elle aurait dû occuper. Cette dent , se dirigeant de plus en plus dans une direction oblique en avant , avait déterminé une induration de la portion de la lèvre sur laquelle portait son sommet, et qu elle tenait assez élevée pour que la bouche perdît de sa régularité. Le plus léger examen nous permit de reconnaître que toute espérance de faire rentrer cette dent en ligne était illusoire.

Mais comme la mère s’était bercée d’un espoir contraire, nous la priâmes d’abord de nous permettre de lever le moule de la bouche de sa fille, et il nous fut très facile, par l’exposé de ce moule, de lui prouver qu’il était complètement impossible de ramener la dent déviée à sa place naturelle, d’abord parce que l’incisive latérale et la première petite molaire, entre lesquelles elle aurait du se trouver, se touchaient directement, ensuite parce que, la place nécessaire à son retour en ligne existant, la portion du bord alvéolaire située au devant d'elle eût été trop épaisse pour jamais céder à une pression rationnelle exercée sur elle ; enfin parce que cette pression, eût-elle été suffisante, la dent n’eût jamais présenté que le sommet de sa couronne dans l’espace vers lequel on l’eût conduite, étant implantée beaucoup au dessus du bord alv/ Jaire. •

Celte démonstration était trop claire pour que madame Mess., ne se rendît pas à notre avis : aussi l’extraction fut-elle immédiatement décidée. Mais deux choses étaient à craindre dans cette extraction : ou que la pince ne put pas pénétrer assez avant vers le collet de la dent pour ne pas glisser sur la couronne, ou que 1 action du levier employé pour l’ébranler ne fît éclater une portion de la table antérieure des alvéoles des deux dents derrière lesquelles elle était placée. Nous nous déterminâmes en conséquence à la saisir avec des pinces, mais à ne chercher à établir sur elle aucune traction

avant de lui avoir fait éprouver des mouvements qui nous permissent de faire pénétrer les mors de cet instrument jusqu’à son collet. Une fois que nous fumes certains qu’elle était bien saisie, son évulsion fut assez facile. Mais, craignant que l’absence du support que cette dent offrait aux deux qui étaient situées en avant d’elle ne fût, pendant les premiers jours, préjudiciable à la solidité de ces dernières, nous fîmes porter à la jeune opérée pendant quelques temps un bandeau métallique qui, placé au devant de ces dents, les empêcha de céder à la tendance qu elles auraient pu avoir de se déjeter en avant. Au bout d’un mois, l’alvéole de la dent enlevée étant revenu complètement sur lui-même, nous enlevâmes l’appareil, et il ne restait pas plus de trace de l’opération que de la difformité. Nous avons pris les moules de plus de cent cas semblables en tous points.

Deuxième exemple. Il y a trois mois qu’on nous amena un jeune homme de quatorze ans, portant en arrière du bord alvéolaire de la mâchoire supérieure trois dents surnuméraires, placées de telle sorte «pie 1 une.

plus petite, répondait directement à la ligne médiane, et les deux autres, à l’espace qui sépare de chaque côté les incisives moyennes des latérales, mais un peu plus en arrière que la première, avec laquelle elles formaient un triangle. Ces dents n’avaient paru qu’à l’âge de huit ans; leur présence avait donné à la partie antérieure du bord alvéolaire une épaisseur extraordinaire; la dilatation qu’elles lui avaient fait éprouver tenait les incisives centrales écartées de sept ou huit millimètres (quatre lignes) l’une de l’autre; et, chose assez étrange, elles semblaient s’être accrues aux dépens des canines qui existaient, mais étaient à peine apparentes. Nous prîmes d’abord l’empreinte de cette bouche curieuse ; ce que nous conseillons toujours de faire dans les cas exceptionnels, autant dans l'intérêt de la science, qui gagne toujours à leur étude, que pour se rendre compte de l’indication thérapeutique qui en ressort.

Cette opération faite, nous annonçâmes aux parents de ce jeune homme que, non seulement l’enlèvement de ces dents aurait pour résultat de le débarrasser de la gêne parfois douloureuse que leur présence occasionnait, mais que l’espace qui séparait les incisives centrales disparaîtrait par l’affaissement du bord alvéolaire. Nous enlevâmes d’abord les deux dents placées en arrière, au moyen de pinces droites dont nous eûmes le soin de faire pénétrer les mors le plus avant qu’il nous fut possible, afin qu’elles n’échappassent pas à leur action. Elles ne cédèrent que difficilement, parce que leur racine se recourbait fortement en arrière, suivant la courbe que décrit la voûte palatine vers laquelle elles se dirigeaient. Nous n’enlevâmes la troisième qu’un mois après ; mais comme elle offrait beaucoup moins de

prise que les précédentes, nous commençâmes par l'ébranler avec un levier passé dans l’espace que la canine droite laissait libre par son peu de développement, et nous achevâmes de l’enlever avec des pinces. 11 y a deux mois au plus que ces dents sont enlevées, et déjà l’intervalle qui séparait les incisives centrales a diminué de plus de la moitié; et comme le bord alvéolaire n’est pas encore réduit à son épaisseur ordinaire, nous avons la conviction qu’elles finiront par se toucher. Comme elles ont un peu obliqué en avant, il serait possible que nous en vinssions à favoriser leur retrait en les attirant en arrière au moyen d’un des appareils que nous avons décrits dans la partie de ce traité consacrée à l’orthopédie dentaire. Mais nous sommes disposés à croire que la nature nous dispensera de ce soin.

2° Dents cachées. — Dans la partie que nous avons consacrée à l’anatomie et à la physiologie, nous avons vu que les dents sont susceptibles de se développer ailleurs que sur le bord alvéolaire et de rester longtemps ensevelies dans les parties qui avoisinent la place qu'elles devaient naturellement occuper. Ces dents finissent presque toujours, néanmoins, par sortir; mais d’un coté le travail en vertu duquel elles sont expulsées est souvent assez pénible pour constituer un état de maladie, et d’un autre côté leur présence donne fréquemment lieu à des phénomènes morbides dont le caractère véritable et la cause peuvent être complètement méconnus, ainsi que Albinus (1) , Dessault (2) , Gavard (3) , Saba-

(1) De scclcto kumano.

(2) Journal de chirurgie.

(3) Traité d'anatomie.

lier (1) et Laforgue en rapportent des exemples. Ces exemples sont sans doute inconnus des auteurs qui ont écrit les traités élémentaires les plus récents sur notre art , puisqu’ils n’en disent pas un mot.

Comme les signes qui indiquent la présence de ces dents sont en général subordonnés au lieu qu’elles occupent , qui est infiniment variable, et que c’est de ce dernier point que doit découler le choix des moyens appropriés à leur extraction, nous nous contenterons d’en rapporter ici quatre cas qui , par leur dissemblance, donnent une idée générale tout à la fois des désordres que ces dents peuvent occasionner, du diagnostic qui leur est propre, et des procédés opératoires auxquels on est obligé d’avoir recours. De ces quatre cas, le premier est tiré de notre pratique particulière, le second est emprunté à Laforgue, le troisième est extrait des leçons cliniques de M. Velpeau, et le quatrième de l’ouvrage de Fauchard. Dans ce dernier càs, la dent n’avait été enfoncée dans les tissus que par la maladresse de l'opérateur.

Première observation. En 1828, une dame de trente à trente-deux ans vint nous consulter pour des' douleurs parfois très intenses qu elle ressentait dans tout le côté gauche de la mâchoire supérieure, et dont la continuité, depuis près de six ans , la maintenait dans un état d’irritabilité que la plus légère émotion transformait en crise nerveuse. Des médecins qu elle avait visités , les uns n’avaient vu dans cette douleur que le résultat d’une affection rhumatismale , ancre de salut qu’invo-

(1) Médecine opératoire.

qucnt bien des praticiens dans les cas douteux ; les autres l’expliquaient par une lésion des nerfs de la cinquième paire, contre laquelle il était difficile, à leur avis, de diriger un traitement bien rationnel. Ce qui donnait quelque probabilité à cette dernière opinion, c’est que dans le moment où la douleur prenait un caractère d’exacerbation très marquée, l’ouïe devenait obtuse et que toute la face s’animait.

Fatiguée de «ette divergence d’opinions , et surtout de l’insuccès des moyens conseillés, cette dame avait consulté trois ou quatre des dentistes qui jouissaient à cette époque du plus grand crédit. Aucun d’eux n’avait osé se prononcer sur la cause delà douleur, et tous, après mûr examen , avaient eu le bon esprit de se refuser à l’extraction d’une et môme de plusieurs dents, dont la malade sollicitait vivement l’extraction , mais dont rien, aux yeux d’hommes sages, n’autorisait le sacrifice. Nous fûmes en tout point de ce dernier avis, et la * malade nous quitta, bien entendu, aussi peu satisfaite de nous que de ceux qu’elle avait visités avant.

Deux ans environ se passèrent sans que nous eûmes occasion de la revoir ; mais , en 1830 , nous la reconnûmes accompagnant une jeune fille de dix à douze ans, pour laquelle on venait réclamer nos conseils à l’occasion des deux incisives centrales supérieures , qui menaçaient de prendre une mauvaise direction. Nous crûmes pouvoir nous permettre de lui demander ce qu’il était résulté des douleurs qui nous avaient procuré l’honneur de la voir une première fois. Elle répondit que ces douleurs avaient toujours été en augmentant, et qu elle était tou t-à -fai t décidée ;ï invoquer le secours d’un de ces dentistes qui ne se permettent pus de raison-

ner et arrachent complaisamment toutes les dents qu’on leur désigne. Nous la priâmes alors de nous permettre un second examen. Ayant percuté toutes les dents de la rangée supérieure gauche, nous reconnûmes que cette rangée ne contenait qu’une seule petite molaire, ce qui nous avait primitivement échappé , et ce qui prouve qu’on ne saurait prendre trop de précaution dans ces sortes d’explorations, quand on veut s’éviter toute méprise fâcheuse.

Touchant alors avec beaucoup d’attention le bord alvéolaire, nous découvrîmes non seulement plus d’épaisseur, mais une tuméfaction circonscrite et dure au point qui correspondait à la seule petite molaire existante et à la première des trois grosses. Nous ne doutâmes plus dès ce moment que cette partie du bord alvéolaire ne contînt la petite molaire dont nous venions de constater l’absence, et nous fîmes part de cette opinion à la personne qui voulut qu’on s’assurât, séance tenante, du fait présumé. Un léger coup de bistouri fut donné sur la partie saillante de la tumeur ; la résistance que l’instrument éprouva avant qu’il fût possible de supposer qu’il avait atteint l’os maxillaire lui-même ne nous laissa plus aucun doute et nous autorisa à pousser plus loin nos recherches. Elles nous conduisirent à mettre à nu une petite molaire couchée transversalement, la couronne en avant , et qu’il nous fut très aisé d’abord de rendre chancelante par un levier courbe introduit entre elle et la face postérieure des dents placées en avant, et ensuite d’extraire au moyen d’une pince courbe. La plaie suppura huit ou dix jours , se ferma complètement après cette époque, et les douleurs disparurent pour toujours.

Deuxième observation. En 1813, un homme de quarante ans, ayant une tumeur fibreuse au milieu du palais , vint consulter Laforgue (1). De temps à autre il sortait à côté de cette tumeur, grosse comme un noyau de cerise ordinaire, une matière blanchâtre et sans odeur. Plusieurs chirurgiens qui avaient vu ce malade pensaient que les racines des incisives (qui étaient en place) causaient ou entretenaient ce mal. Les couronnes n’existaient plus ; la désorganisation par ramollissement et carie les avait détruites. Laforgue ôta trois de ces racines et en laissa une à droite qui était ferme et point douloureuse. Aucune des racines ne fit soupçonner, soit de leur part, soit du tissu alvéolaire environnant, aucune correspondance avec l’affection du palais. Laforgue en fit part au malade. Le mal recommença à produire de la suppuration à côté du bouton. Boyer le brûla deux fois dans l’espace de dix jours. Pelletan crut qu’il y avait carie à la mâchoire, et Dubois , que la racine qui restait entretenait le mal, qu’il fallait en conséquence la faire arracher. Dupuytren pensa de môme.

Cependant, avant de quitter le malade, qui avait grande peur que le palais ne s’ouvrît davantage, Dupuytren observa que tout le bord alvéolaire était sans aucune trace de maladie, mais plus gros qu’il h est quand on a perdu les dents. Il donna un coup de bistouri sur ce qui lui paraissait le plus saillant : c’était à

la gencive de l’alvéole de la petite incisive du côté droit ; il ny trouva ni fluide, ni rien qui put diriger son attention sur la cause du mal. Laforgue arracha la racine

(1) Dernier ouvrage cité, pages 74 et suivantes.

de la dent, qu’il trouva être celle d’une petite molaire. On n’aurait pu la distinguer avant l’arrachement, parce qu elle était presque couverte par les gencives. L'état du périoste alvéolaire et de la racine fit juger à Laforgue quelle ne causait pas le mal du palais. Comme il avait fait arracher anciennement plusieurs racines, et que celle de la canine n’y était pas ni ne donnait aucun signe d’existence , et que le malade soutenait n’en avoir fait arracher que par Laforgue , ce dernier soupçonna que la canine était placée le long du bord alvéolaire. Il en fit part au malade qui le pria de se trouver chez lui avec Dupuytren ; ce qui eut lieu.

Les motifs qui lui faisaient soupçonner l’existence de cette dent étaient que, malgré la perte des dents et des racines incisives, le bord alvéolaire n’avait point diminué; qu’au contraire il était assez renflé pour faire présumer un corps contenu. Le malade était courageux, il se confia et laissa faire les recherches nécessaires. Elles eurent pour résultat la découverte de la dent placée dans le lieu même où étaient les racines, mais un peu en arrière. La couronne était à gauche; la pointe arrivait contre l’avéole de la canine de ce côté ; la racine était à droite et derrière la racine de la petite molaire qui avait été arrachée le matin ; la face externe était tournée vers le bord alvéolaire. La dent était incrustée et sertie aux deux tiers , dans toute sa longueur, par le maxillaire avec adhérence avec la racine. L’extraction fut faite par le levier pyramidal (1), la pointe en étant placée sur la face postérieure de la dent ; le point d’appui fut pris sur la face triturante de la couronne de la petite

(1) L’instrument que Laforgue nomme ainsi est celui qui est généralement connu sous le nom de langue-de-carpe.

molaire du côté gauche, que Dupuylren soutint dans le cours de l’opération. L’extraction fut faite avec lenteur et douceur, et sans beaucoup de souffrances. Toutes les suites en guérirent promptement, sans autres remèdes qu’un gargarisme émollient les deux premiers jours, et du vin miellé ensuite.

Troisième observation (1). M. M*'\ ancien officier d’artillerie » âgé de quarante-cinq ans, habitant la province depuis 1815, vint à Paris dans 1 intention de se faire traiter de la maladie syphilitique, affection qu’il avait contractée dans ses campagnes , et dont il se croyait mal guéri. Depuis plusieurs mois, il lui était survenu, à la base de la langue , du côté gauche, une ulcération qui rendait fort pénibles tous les mouvements de cet organe. La mastication surtout était quelquefois tellement douloureuse qu’il était obligé de se lever de table sans pouvoir manger. Le traitement mercuriel auquel il fut soumis par un des praticiens les plus distingués de la capitale, loin de guérir le mal, en augmenta l’intensité : la langue , après quinze ou vingt jours de ce traitement , se tuméfia au point de remplir toute la bouche. Les gencives étaient gorgées de sang, l’haleine fétide et les dents chancelantes ; on suspendit entièrement l’administration du mercure, et la bouche, au bout de quelque temps, se trouva à peu près dans l’état où elle était lorsque M. M*** quitta sa province.

C’est à cette époque qu’il se présenta chez M. Toirac, pour se faire nettoyer les dents qui étaient surchargées de tartre; il lui parla de son mal et lui raconta ce que

(t) l.eçons cliniques de M. VELPEAU ; tome IN , page 385.

nous venons de rapporter. Ce praticien, après avoir fortement déprimé la langue à gauche au moyen d’une spatule , aperçut effectivement à sa base un ulcère simulant assez bien ceux qu’on attribue en général à la syphilis ; le pourtour en était gonflé, comme taillé à pic et d’une couleur gris sale. Les nausées qu’avait continuellement le malade obligeaient souvent de suspendre les explorations qui devenaient, pour cette raison, très imparfaites ; aussi ne fut-ce qu’après avoir recommencé ces tentatives un grand nombre de fois, et en laissant reposer de temps en temps M. M***, qu’il fut possible de parvenir , après un long examen , à découvrir sur la portion carrée de l’os maxillaire, à 12millim. (six lignes) environ de l’ouverture postérieure du canal dentaire, un corps dur, recouvert par une portion de gencive flottante qui le dérobait aux regards.

M. Toirac souleva cette espèce d’excroissance, et reconnut un morceau de tartre qui s’enleva très facilement au moyen d’un grattoir recourbé. Au dessous était un autre corps blanc : c’était une partie de la couronne d’une dent de sagesse mal conformée. Cette dent , poussée dans une direction anormale , et se trouvant en contact avec la base de la langue, avait seule déterminé la maladie en question. Gêné par la langue et les nausées répétées qu’éprouvait le malade, M. Toirac essaya vainement à plusieurs reprises de faire l’extraction de cette dent ; elle se brisa sous sa pince , seul instrument dont il s'était cru permis de faire usage dans ce cas ; mais elle se brisa heureusement de manière à ce que la portion de la racine qui restait ne pouvait plus se trouver en rapport avec la langue. Le malade n’en fut pas moins très promptement guéri.

Nous pensons, nous , qu’une fois la dent mise à découvert , il eût été prudent de l’ébranler soit avec un levier simple, soit avec la langue-de-carpe, qui eût assurément pénétré jusqu’à elle, puisque la pince, infiniment plus volumineuse, y était bien parvenue. Par cette précaution préliminaire, on en eût peut-être rendu l’extraction plus facile, et on eût évité de laisser une racine dont la présence a pu devenir par la suite pour le malade un nouveau sujet de douleurs.

Quatrième observation (1). « Pour faire sentir combien il est important de ne se fier, dans des cas de conséquence , qu’à des personnes expérimentées, je rapporterai ici l’état fâcheux dans lequel se trouva , en 1720, M. Henri Amariton, fils de M. Àmariton, écuyer, seigneur de Beaurecœuil , paroisse de Nonette, etc., pour s’être mis entre les mains d’un charlatan. 11 s’agissait d’une dent canine qui l’incommodait beaucoup par son volume et par sa situation : elle était placée vers la face intérieure de la première petite molaire du côté droit de la mâchoire supérieure, et elle inclinait considérablement vers le palais. L’embarras et la peine que cette dent causait à ce monsieur le déterminèrent à se la faire ôter, et , dans cette résolution , il se mit entre les mains d’un opérateur qui le plaça de la manière qu’il jugea la plus convenable : ensuite il appliqua une clef percée sur l’extrémité de la couronne de la dent, puis il frappa à grands coups avec une pierre sur cette clef; par cette manœuvre, il enfonça la dent presque de travers dans le sinus maxil-

(1) tAUCHARD; ouvrage cité, tome I, pages 391 et suivantes.

iaire supérieur, de manière qu'on ne la voyait plus*

» Lorsque cette dent eut ainsi disparu , cet empyrique assura les assistants que le malade l’avait avalée. Cela paraissait assez vraisemblable , puisqu’on avait cherché cette dent sans la pouvoir trouver. Quelque temps après le malade sentit une douleur assez grande en cet endroit , ce qui l’obligea d’envoyer chercher son médecin, lequel trouva une petite tumeur dure, sans inflammation , qui s’était manifestée sur la joue, près du nez ; et , ayant examiné le dedans de sa bouche, il y aperçut trois trous fistuleux très petits qui donnaient passage à une humeur séreuse très fétide. Quelque temps après il se fit deux autres trous listuleux sur la tumeur ; plusieurs consultations furent faites à ce sujet par les chirurgiens de Clermont où le malade s’était transporté, et à Paris, par MM. Arnault et Petit.

» Ces derniers, ayant examiné le mémoire qui contenait le détail de sa maladie, reconnurent qu’elle était assez considérable pour être traitée dans les formes. Ils donnèrent leur sentiment , lequel fut envoyé à Clermont : les chirurgiens de cette ville n’ayant pas entrepris la cure, soit que le cas leur parût trop difficile ou qu’on n’eût pas assez de confiance en eux, le malade vint à Paris , il y eut recours aux mêmes MM. Arnault et Petit. Ces deux chirurgiens tirèrent bientôt le malade d’affaire : au bout de dix à douze jours de pansement, M. Petit enleva la dent heureusement, ce qu’il exécuta par une incision qu’il avait été obligé de faire à la tumeur qu’il jugea occasionnée par l’extrémité de la racine de la dent. Ayant découvert cette racine, il la saisit avec les pincettes droites et tira la dent entière. Enfin, peu de jours après , le malade fut guéri par les remèdes

ordinaires, sans qu’il ait eu le visage difforme en aucune manière, et à peine a-t-on pu connaître qu’on lui ait fait une incision. »

Résumé des règles générales applicables à la pluralité

des cas d’extraction.

Quels que soient la dent ou la racine qu’on ait l’intention d’extraire, le lieu qu elles occupent, l’instrument qu’on ait choisi à cet effet, le succès de l’opération n’est bien assuré qu’autant que l’opérateur a la précaution d’abord de bien saisir le corps à enlever, ensuite de donner un point d’appui solide à son instrument. C’est surtout quand on se sert d’un levier qu’il est nécessaire d’étrc solidement appuyé, car sans cela il peut échapper du point sur lequel il agit, et venir blesser par sa pointe les parties voisines; aussi l’index doit-il être très près de cette pointe, afin d’en surveiller, pour ainsi dire, la marche et les mouvements.

Nous avons dit qu’il fallait saisir les dents le plus près possible de la racine; mais faut-il préliminairement les déchausser, c’est à dire décoller la gencive qui leur est adhérente et l’écarter pour placer l’instrument ? Les anciens ne manquaient jamais de prendre cette précaution, qu’ils regardaient comme le premier temps de l’opération (1). Ils se servaient à cet effet d’uu instrument qu’ils appelaient et qu’on nomme encore déckaussoir , espèce de tige d’acier solidement emmanchée, portant une lame plate de dix à douze millimètres (cinq à six lignes), recourbée en forme de croissant ,

(1) Voyez Fauchai*]); ouvrage cité, 2' vol. , page 130.

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