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CHAPITRE PREMIER

DES ARTÈRES EN GÉNÉRAL

Les artères sont des canaux membraneux élastiques et contractiles destinés à conduire à la périphérie le sang expulsé par les ventricules. A chaque ventricule correspond un tronc artériel : à droite , Y artère pulmonaire chargée de porter aux poumons le sang veineux revenu des extrémités; à gauche, Y artère aorte qui retourne à nos tissus le liquide nourricier oxygéné dans l’appareil respiratoire. Ces deux troncs vasculaires se continuent par quelques-unes de leurs parties constituantes avec les membranes propres du cœur. Ils présentent tous deux à leur origine des replis valvulaires, connus sous le nom de valvules sigmoïdes , qui s’opposent au reflux du liquide vers la cavité ventriculaire. Nous avons déjà étudié ces valvules en parlant de la conformation intérieure des ventricules. Nous n’y reviendrons pas. La complète analogie que présentent les deux systèmes artériels aortique et pulmonaire nous permet de ne pas les séparer dans ces considérations préliminaires. Nous ferons remarquer seulement que si le système aortique est très-prédisposé aux altérations pathologiques , séniles surtout , il n’en est pas de même du système pulmonaire. La raison de cette différence nous échappe jusqu’ici , il suffit de l’indiquer.

Le trajet à parcourir du ventricule droit au poumon est incomparablement moins grand que celui du ventricule gauche à la périphérie de l’organisme, ce qui explique facilement la différence d’épaisseur, de force par conséquent des deux ventricules.

Nous pouvons dire , par abstraction , qu’il n’y a réellement dans le corps humain que deux troncs artériels : l’un, Y artère pulmonaire ; l’autre, Y artère aorte , d’où partent des branches se divisant à l’infini. Mais pour la simplification du langage anatomique , on est convenu de donner le nom de troncs aux principales divisions qui s’en détachent. Des troncs partent des branches, des branches des rameaux, des rameaux des ramuscules. Il est aisé de comprendre qu’en continuant ces divisions nous arriverions aux capillaires , terme final du système artériel. Ce mode de distribution rappelle à l’esprit l’idée d’un arbre étendu du cœur à la périphérie.

En comparant le calibre d’un tronc artériel à celui des deux branches de bifurcation qu’il émet, on trouve que toujours la somme de ces deux derniers l’emporte sur le premier. Il en est ainsi jusqu’à la terminaison de l’arbre artériel. Si nous réunissions par la pensée toutes ces divisions vasculaires , si nous les étalions en surface , nous obtiendrions un cône dont le sommet serait représenté par la surface de section de l’aorte à son point de départ , et la base par la surface de section idéale des ramuscules artériels les plus ultimes au moment où ils se continuent avec les capillaires.

C’est en général au niveau des grandes segmentations du corps que se font les principales divisions artérielles. A la base du cou, l’aorte fournit les branches de la tête et des membres supérieurs; à l’angle sacro-vertébral naissent les iliaques ; au coude, Y humérale fournit les radiale et cubitale ; au genou, la poplitée se divise en tibiale antérieure et tronc tibio-péronier . On peut dire d’une manière générale que chez l’homme et les animaux supérieurs les grosses divisions artérielles correspondent, ou à peu près, aux différentes articulations. Mais à cette règle les exceptions sont nombreuses , et il importe au chirurgien de connaître toutes les variétés que peut présenter l’origine des grosses divisions artérielles.

DES ARTÈRES EN GÉNÉRAL

Pour les rameaux et les ramuscules, la régularité dé origine, de direction et de volume est encore beaucoup moins grande; non-seulement ces divisions secondaires et tertiaires ne se correspondent pas toujours chez deux individus, mais elles diffèrent quelquefois chez le même sujet d’un côté du corps à l’autre.

Les divisions artérielles ne sont pas régulièrement dichotomiques ; en effet, chaque tronc générateur fournit des branches collatérales et des branches terminales. Les premières , d’ordinaire beaucoup plus grêles , sont destinées à nourrir les organes voisins ; les secondes , plus volumineuses , continuent la direction du tronc et vont au loin jouer le même rôle par rapport à d’autres organes.

Les artères partent du tronc suivant des angles différents; tantôt l’angle est aigu, c’est la disposition la plus habituelle et la plus favorable à la circulation ; tantôt l’angle est droit, comme pour les artères rénales , par exemple; d’autres fois même l’angle est obtus , et alors le cours du sang est récurrent , comme dans les intercostales aortiques.

Si l’on vient à ouvrir une artère , comme V iliaque primitive par exemple , au niveau de la bifurcation du tronc aortique, on trouve dans son intérieur, au point de division , un repli en forme de croissant , auquel a été donné le nom dé éperon. La concavité du croissant est dirigée vers le cœur quand l’angle de séparation est aigu , et vers les extrémités quand cet angle est obtus. Inséré par sa base sur le point de bifurcation du vaisseau , l’épéron s’avance en s’amincissant dans l’intérieur du tronc générateur et joue le même rôle que les doubles plans inclinés placés au devant des arches d’un pont et destinés à rompre le courant.

Sur le vivant , les artères sont cylindriques. Sur le cadavre, au contraire, alors qu’elles sont intactes , elles sont aplaties : mais dès qu’on vient à les inciser et à permettre l’introduction de l’air dans leur intérieur, on les voit aussitôt reprendre la forme cylindrique.

Les vaisseaux artériels sont très-régulièrement calibrés , de telle sorte que jamais dans l’état physiologique elles ne présentent ni dilatation ni étranglement. Cette règle ne subit qu’une seule exception : c’est pour la carotide primitive , qui présente au niveau de sa bifurcation un renflement assez prononcé , connu sous le nom de sinus de la carotide. Sappey croit que cette dilatation est toujours due à une altération sénile; je l’ai trouvée chez des jeunes sujets, dont les vaisseaux artériels ne présentaient aucune dégénérescence pathologique. Béclard a dit que les vertébrales , les rénales et les spléniques s’élargissent en s’éloignant du cœur. Richet n’a jamais pu retrouver cette disposition qui, si j’en crois mes propres recherches, doit être tout à fait anormale.

En général, les artères affectent une direction droite et rectiligne; mais si l’organe auquel elles se rendent est d’une structure délicate, si le choc trop énergique de la colonne liquide peut lui être nuisible, elles s’incurvent et deviennent flexueuses. Les artères présentent encore cette disposition lorsqu’elles se trouvent dans des parties dont les mouvements sont nombreux et étendus, ou dont le volume est sujet à des variations considérables , comme les labiales, les utérines. Quand un petit nombre de troncs artériels doivent fournir des vaisseaux à des organes trèsétendus, soit en volume soit en superficie, on les voit affecter des directions particulières; elles s’incurvent, leurs branches se réunissent, se divisent de nouveau , se réunissent encore et finissent ainsi par fournir un grand nombre de rameaux qui atteignent les limites les plus extrêmes des organes. C’est ainsi que se distribuent la plupart des artères des viscères abdominaux et en particulier les artères mésentériques.

Beaucoup d’artères , qui normalement sont rectilignes , présentent chez les vieillards un très-grand nombre de flexuosités; elles sont dues à l’altération des parois et à la perte de l’élasticité des vaisseaux.

ANGÉ10L0GIE.

Par leur situation profonde , les artères sont en général protégées contre les causes vulnérantes. Malgaigne a fait remarquer qu’aux membres on trouve cependant des vaisseaux artériels très-superficiels. Il insiste surtout sur la fémorale qui, au pli de l’aine, n’est recouverte que par la peau et les aponévroses. Je ferai observer que chez les quadrupèdes la crurale est très-efficacement protégée par toute l’épaisseur du membre postérieur. Il en serait de même chez l’homme s’il marchait à quatre pattes. La nature a fait de lui un bipède ; mais au lieu de modifier pour cela toute l’économie de son corps , elle s’est bornée à quelques changements nécessaires à sa nouvelle destination. C’est donc à la station bipède qu’est due la situation superficielle de l’artère fémorale dans l’espèce humaine. Il en est de même pour la sous-clavière dans le triangle sus-claviculaire. Chez le quadrupède elle est difficile à atteindre et est protégée par la direction de la tête et la disposition des épaules, qui font saillie en avant ; chez l’homme , elle est superficielle et le devient d’autant plus que par leur propre poids les extrémités supérieures tendent à tomber en bas et à élargir ainsi le triangle sus-claviculaire.

Dans les membres, les artères tendent toujours à se rapprocher du sens de la flexion des articulations. Or. comme dans les membres le sens de ce mouvement est toujours alterne et opposé (ainsi la cuisse se fléchit en avant, le genou en arrière le pied en avant, les orteils en arrière), il en résulte que le vaisseau artériel décrit un trajet spiroïde autour des os au lieu de leur être parallèle. Cette disposition est surtout remarquable pour Y artère crurale. Ce trajet des vaisseaux artériels est en rapport avec la protection que la nature semble vouloir leur ménager. En se plaçant dans le sens de la flexion , ils évitent toutes les causes d’élongation qui leur seraient funestes et , d’autre part, dans la flexion, ils s’éloignent d’autant plus de toutes les causes vulnérantes que le mouvement est plus prononcé. C’est précisément là la position que prennent instinctivement les membres à l’approche de tout danger extérieur.

Rapports généraux des artères.

Ainsi que nous l’avons dit, les artères sont en général profondément situées ; il est rare néanmoins de les trouver en rapport immédiat avec les os ; habituellement elles en sont séparées par une couche musculaire plus ou moins épaisse. Quelquefois cependant elles croisent ou contournent des pièces du squelette (crurale, sous-clavière , radiale ) , disposition que les chirurgiens ont utilisée pour la compression de ces vaisseaux pendant les opérations ; de même que les médecins ont mis à profit la situation de l’artère radiale au poignet pour l’exploration du pouls.

Chaque fois qu’une artère est en contact immédiat avec un os , son passage sur cette surface dure y laisse une empreinte plus ou moins profonde. On a dit que cette dépression est due à un travail de résorption du tissu osseux sous l’influence des battements vasculaires.

D’autres fois les artères sont situées dans de vrais canaux osseux (la carotide interne dans le rocher ). C’est là une disposition particulière nécessitée par la distribution de cette artère à un organe délicat contenu dans une boîte osseuse.

Au voisinage des renflements articulaires, les artères fournissent toujours un grand nombre de rameaux assez volumineux, qui, se réunissant, s’anastomosant les uns avec les autres , forment un cercle artériel autour de la jointure. C’est à un besoin de calorification que répond cette disposition. En effet, autour des articles, surtout dans le sens de l’extension, les os sont presque à découvert sous la peau (genou 3 coude); les masses musculaires ont fait place à des tendons, à des bandes fibreuses; l’articulation est peu protégée, les causes de refroidissement très-nombreuses. Le développement du système artériel à ce niveau, jouant alors le rôle d’un calorifère à liquide chaud, vient obvier à ce désavantage naturel.

DES ARTÈRES EN GÉNÉRAL

C’est à la même cause qu’il faut attribuer les branches nombreuses que fournissent les vaisseaux artériels vers l’extrémité des membres quand les os se multiplient et que le squelette se segmente.

Les artères , il semble presque inutile de le dire , cheminent dans les interstices musculaires; ‘leurs rapports avec ces agents actifs de la locomotion sont donc des plus importants. Tous les gros vaisseaux artériels côtoient un muscle auquel ils sont plus ou moins parallèles et que Cruveilhier a désigné sous le nom de muscle satellite. Le sterno -mastoïdien est le satellite de la carotide, le biceps celui de l’humérale. Mais comme dans les membres les masses musculaires des régions opposées sont toujours séparées par des plans aponévrotiques qui leur fournissent des surfaces d’insertion et que , ainsi que nous l’avons fait remarquer plus haut , les artères tendant toujours à se placer dans le sens de la flexion , sont obligées de contourner le membre , il faut que dans ce cas particulier les vaisseaux traversent les plans aponévrotiques de séparation. L’exemple le plus frappant que l’on puisse en citer est celui de la crurale , qui, passant de la région antérieure ou d’extension à la région postérieure ou de flexion, franchit un plan aponévrotique. Pour éviter toute traction , toute gène circulatoire qu’auraient pu amener les alternatives de contraction et de relâchement des fibres musculaires, la nature a établi des espèces de ponts fibreux au-dessous desquels passe le vaisseau. Les fibres musculaires insérées à ce niveau viennentelles à se contracter, elles ne pourront qu’élargir l’anneau au lieu de le rétrécir. Ce simple artifice empêche tout arrêt circulatoire. Il en est de môme si , au lieu d’être insérés par leurs extrémités sur des os et de former ainsi des arcades ostéofibreuses , les anneaux sont complets et constitués exclusivement par des aponévroses. L’action musculaire ne pourra que les élargir et faciliter le cours du sang.

Les aponévroses forment des gaines destinées à isoler les muscles et surtout les groupes de muscles synergiques. Elles fournissent en outre presque toujours des dédoublements, qui embrassent dans une loge spéciale l’artère et la veine. Tantôt le nerf est compris dans cette même loge, comme le nerf pneumo -gastrique au cou, tantôt et plus fréquemment il est situé dans une gaine spéciale.

Toutes les artères un peu volumineuses sont situées au-dessous des aponévroses d’enveloppe des membres; c’est là un point à noter pour le chirurgien. Il est bon de savoir cependant que dans quelques cas d’anomalies on peut trouver des artères situées superficiellement; dans les cas de division prématurée de Y artère humérale, par exemple, l’on voit souvent la cubitale cheminer au-dessous de la peau, où elle manifeste sa présence par ses battements. Nous nous sommes demandé fréquemment pourquoi c’était ce tronc situé normalement plus profondément que la radiale, qui devenait superficiel et non pas cette dernière. Nous n’avons aucune bonne raison à en donner, nous aimons donc mieux nous abstenir.

Réunies aux veines et quelquefois aux nerfs dans une même gaîne aponévrotique , les artères forment avec ces organes un faisceau connu en anatomie chirurgicale sous le nom de paquet vasculo -nerveux. C’est au moyen d’un tissu connectif lâche non infiltré de graisse que s’établit l’union entre ces cordons. Chez le vieillard, par suite de l’élongation et de la dureté des parois artérielles, ce tissu connectif lâche finit par se tasser , s’épaissir et former une espèce de membrane quasi-séreuse , dans laquelle se meut le vaisseau.

Les veines suivent en général la même direction que les artères. Au tronc, à la racine des membres, à la tête, il n’existe qu’un seul tronc veineux satellite du vaisseau artériel. Aux segments inférieurs des membres il y en a toujours deux. On a cherché à trouver des lois générales pour exprimer les rapports de ces vaisseaux entre eux. Toutes celles qui ont été formulées par Serres et par Malgaigne sont soumises à tant d’exceptions qu’il n’y a plus lieu d’en tenir compte. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant du système veineux.

ANGÉIOLOGIE.

Au tronc on peut dire que, pour les plus gros vaisseaux, le côté droit du corps est affecté au système veineux et le côté gauche au système artériel. Nous nous empressons de faire observer que nous ne généralisons pas, que nous ne voulons dire autre chose que ceci : c’est que les veines caves sont à droite, tandis que la crosse de l’aorte se dirige à gauche, et que l’aorte descendante occupe également ce côté du corps. Il résulte de cette disposition que les branches artérielles qui se dirigent de gauche à droite sont toutes plus longues que celles qui sont destinées à la moitié gauche du tronc.

Lorsque les artères ne sont accompagnées que d’une seule veine , elles sont en général situées plus profondément que celle-ci et , comme le fait remarquer fort justement Sappey , « les grosses artères passant sur le côté interne de l’axe des membres «dans le trajet spiroïde qu’elles décrivent autour de cet axe, on voit que les veines «adjacentes ne peuvent être superficielles sans se placer à leur côté interne. » Quand deux veines satellites accompagnent une artère , cette dernière est toujours située entre les deux et est d’ordinaire enlacée par les branches de communication qu’elles s’envoient réciproquement.

Les nerfs cérébro-rachidiens ont des rapports moins intimes avec les artères, quoique cependant ils affectent une direction générale analogue à celle de ces vaisseaux; leur trajet est toujours beaucoup plus rectiligne que celui de ces derniers; aussi les croisent-ils souvent (médian au bras). Les nerfs sont plus superficiels que les artères et que les veines ; de telle sorte que l’on trouve , en général , de la peau vers la profondeur : 1° le nerf, 2° la veine, 3° l’artère. Dans les segments inférieurs des membres (avant-bras, jambe) les nerfs sont toujours, par rapport à l’axe du membre , en dehors des artères.

Quant aux nerfs sympathiques , ils accompagnent directement les vaisseaux , qu’ils enlacent de leurs anastomoses et avec lesquels ils gagnent la profondeur des organes. Il semble démontré aujourd’hui que la plus grande partie de ces filets nerveux sont destinés à agir sur les vaisseaux eux-mêmes. Ce sont les nerfs vaso-moteurs .

Plus on s’éloigne du centre circulatoire, plus les organes sont exposés aux causes de réfrigération , plus aussi les artères fournissent des branches multipliées qui enveloppent les parties d’un réseau vasculaire. Voyez les nombreuses ramifications artérielles qui entourent les oreilles , le nez , les mains , les pieds etc. ; elles se trouvent là surtout dans un but de calorification.

Le volume des artères qui pénètrent un organe est en rapport avec l’activité de cet organe ; de plus , la distribution des ramuscules artériels varie suivant l’organe , de telle sorte que par les progrès de l’histologie l’on pourra peut-être plus tard reconnaître un tissu à la simple inspection de la disposition de ses vaisseaux.

Les artères communiquent très-fréquemment entre elles ; c’est à ces communications que l’on a donné le nom d 'anastomoses. Elles permettent l’arrivée du sang dans un organe par voie détournée et indirecte , quand par une cause quelconque la voie directe est interrompue (’). Ces voies collatérales ont été désignées sous différents noms , d’après la manière dont se fait la communication.

1° Anastomoses par inosculation. — Ce sont celles dans lesquelles deux grosses branches s’unissent bout à bout. On leur a encore donné le nom d'anastomoses par arcades en considération de l’union en arcade des artères coliques. Cependant les anastomoses par inosculation ne se font pas toujours en arcades; ainsi les branches externes de la mammaire externe s’unissent bout à bout avec les intercostales sans présenter cette disposition. Ce genre d’anastomoses offre une facilité remarquable à

(') C’est ainsi que l’on explique un grand nombre d’anomalies artérielles. Que, par exemple, pour une cause quelconque , le tronc de l 'obturatrice soit chez le fœtus frappé d’un arrêt de développement, l’anastomose de Y épi gastrique avec cette artère se développera , et alors Y obturatrice semblera naître de Y épigastrique et non pas de Y iliaque interne.

DES ARTÈRES EN GÉNÉRAL

la circulation collatérale. Les arcades se trouvent surtout dans le mésentère, où elles sont très-nombreuses , ce qui tient à la nécessité de répartir sur une grande surface une quantité de sang , comparativement minime , amenée par un pédicule assez étroit.

2° Anastomoses par convergence ou à angle plus ou moins aigu. — Deux branches se rejoignent deux à deux et en forment une troisième unique ; ainsi les deux vertébrales s’unissent et forment le tronc basilaire. Il est assez difficile de s’expliquer cette particularité, qui semble être propre aux centres nerveux; nous la retrouvons en effet dans Y artère spinale antérieure.

3° Anastomoses par communication transversale. — Entre deux artères situées à peu de distance l’une de l’autre et à peu près parallèles , s’étend un tronc transversal perpendiculaire à ces deux vaisseaux (*) ( cérébrales antérieures et communicante antérieure).

4° Nous adopterons une dernière classe d’anastomoses , que Sappey propose d’appeler mixte ou composée. C’est celle dans laquelle une branche artérielle se divise en deux rameaux , qui vont communiquer l’un avec un rameau situé au-dessus , l’autre avec un rameau situé au-dessous. Supposez ainsi quatre vaisseaux situés autour d’un organe arrondi , il résultera de ces anastomoses un cercle artériel ( cercle artériel de l’iris).

On comprendra facilement qu’en combinant ces différentes espèces d’anastomoses, il sera possible de former autant de variétés qu’on le voudra.

Pour les membres , les voies collatérales ainsi formées établissent des communications entre les vaisseaux du segment supérieur et ceux du segment inférieur. C’est à la connaissance de cette disposition anatomique que la chirurgie doit la conquête de l’hémostasie par les ligatures. Il se produit alors ce que nous avons supposé se produire pour les cas d’anomalie d’origine de Y obturatrice. Les anastomoses s’élargissent par l’afflux du sang, et la vie du membre est entretenue. Nous avons dit que les troncs vasculaires des membres se placent toujours du côté de la flexion; chose remarquable , les voies collatérales , au contraire , sont en général situées du côté de l’extension.

Les anastomoses permettent , nous l’avons vu , d’arrêter le cours du sang dans un vaisseau , sans que pour cela la vitalité du membre soit compromise ; mais comme toute médaille a son revers, ce sont elles aussi qui font souvent le désespoir des chirurgiens par la facilité avec laquelle elles ramènent l’hémorrhagie dans les cas de blessures artérielles, surtout à l’avant-bras et à la main.

Les artères se terminent par des capillaires , qui eux-mêmes donnent naissance aux veines. Les capillaires sont des vaisseaux innombrables et microscopiques qui font partie de la trame intime de nos tissus ; nous n’avons pas à nous en occuper ici.

Dans les organes caverneux et érectiles, le mode de terminaison des artères n’est pas le même que dans les autres tissus. Elles fournissent des ramuscules qui se recourbent, s’enroulent en tire-bouchon, et de leurs extrémités partent un grand nombre de vaisseaux microscopiques qui s’abouchent dans des sinus veineux. Ce sont les artères hélicines décrites d’abord par Millier et étudiées ensuite par Kôlliker.

Structure des artères.

Les éléments anatomiques qui entrent dans la composition intime des vaisseaux artériels ne sont bien connus que depuis les progrès de l’histologie. En 1850 encore Sappey niait résolument la présence d’éléments musculaires dans ces vaisseaux , et

f) L’on ne saurait trop admirer combien la nature a multiplié les sources de la circulation cérébrale et combien elle a accumulé les communications entre les vaisseaux de ce centre si important.

ANGÉIOLOCIE.

ne voulait voir dans leur tunique moyenne que des libres élastiques. «Voyez, dit-il , « ce tronçon détaché de l’aorte de la baleine déposé au musée Orlila. Ici la nature a « pris soin d’amplifier elle-même le tissu artériel , comme si elle eût voulu nous éviter «les erreurs et les incertitudes qui s’attachent à l’emploi des instruments grossis- « sants. Eh bien ! ces fibres musculaires si souvent cherchées et si vivement désirées « sont-elles enfin visibles? Non, elles sont plus latentes que jamais. » Rien de plus concluant au premier abord; seulement si Sappey n’a pas trouvé les éléments contractiles, c’est qu’il les a cherchés où ils n’existent pas. Il est probable que dans la nouvelle édition que cet anatomiste est occupé à livrer au public médical, cette erreur aura disparu.

Une tunique externe formée de tissu conjonctif et de fibres élastiques , — une tunique moyenne constituée par du tissu musculaire lisse mêlé à une plus ou moins quantité de fibres élastiques , — une tunique interne , à base fondamentale élastique aussi et limitée en dedans par un épithélium : telle est la composition générale des parois artérielles.

Reprenons maintenant chacune de ces couches et étudions la en détail.

1° Dans les artères vides, la tunique interne est toujours légèrement plissée dans le sens longitudinal et dans le sens transversal; pendant la vie, au contraire , elle est lisse. La couche épithéliale qui la limite vers la lumière du vaisseau est constituée par des éléments fusiformes renflés au niveau de leur noyau volumineux ; au-dessous de cette couche très-mince se trouve « un feuillet amorphe , de nature élastique , percé « de nombreuses ouvertures très- variables de forme et de diamètre et contenant une «certaine quantité de fibres élastiques, qui sont dirigées perpendiculairement à l’axe « du vaisseau (*) ; » c’est la lame fenêtrée. En dehors d’elle existe une troisième couche de la tunique interne, beaucoup plus grande que les deux précédentes ; elle est formée de fibres élastiques dirigées dans le sens de la longueur du vaisseau. Dans les artères d’un certain volume l’on trouve immédiatement au-dessous de l’épithélium, des couches d’un tissu particulier, formées de lamelles pâles à noyaux allongés parallèles à l’axe du vaisseau (dans les grosses artères ces noyaux disparaissent). Kœlliker leur donne le nom de lames striées. Henle et, après lui, Remak les ont considérées comme formées d’épithélium vieux et transformé. Nous nous demandons pourquoi, s’il en est ainsi , les cellules épithéliales vivantes sont plus rapprochées de la surface libre que celles qui ont déjà accompli leur évolution.

2° La tunique moyenne , de beaucoup la plus épaisse et la plus importante des trois tuniques artérielles, est jaune dans les gros vaisseaux, et rougeâtre dans ceux d’un calibre inférieur. Elle varie de structure suivant les artères que l’on considère. Dans celles qui mesurent un millimètre ou deux de diamètre, on la trouve presque exclusivement constituée par des fibres - cellules musculaires transversalement dirigées et formant plusieurs couches concentriques. Si l’on examine au contraire des vaisseaux plus volumineux, les éléments contractiles se mêlent à des fibres de tissu élastique transversalement disposées par couches régulières entre les fibres-cellules et anastomosées de manière à former des réseaux. En remontant vers les artères d’un volume plus considérable encore, la fibre musculaire continue à disparaître , et dans les carotides et les iliaques, par exemple, elle n’entre plus que pour un tiers dans la constitution de la tunique moyenne. Dans l'aorte , les fibres-cellules sont trèsrares et ont cédé la place à l’élément élastique.

Dans les artérioles, qui ne mesurent que 1/20 à 1/30 de millimètre , la fibre-cellule est remplacée par des espèces de fuseaux très-courts qui, d’après Morel , «indiquent «que dans ces vaisseaux le tissu musculaire persiste à l’état embryonnaire. »

0) Morel et Villemin, Traité élémentaire d’histologie humaine , normale et pathologique. 2U édition. Paris 1864.

DES ARTÈRES EN PARTICULIER

3° La tunique externe se compose d’une couche d’épaisseur variable de tissu conjonctif entremêlé de libres élastiques fines. Cette lame est plus dense dans la partie qui confine à la tunique moyenne ; les couches externes se perdent en général insensiblement dans le tissu cellulaire ambiant.

En se rapprochant des capillaires, toutes ces tuniques tendent à disparaître. C’est d’abord l’élément élastique dont on ne retrouve plus aucune trace ; puis , à son tour , l’élément musculaire fait défaut, et enfin il ne reste plus qu’une seule membrane amorphe offrant quelque ressemblance avec le sarcolemme des muscles striés , dans laquelle se trouvent fixés des noyaux ovales dont le nombre diminue avec le diamètre de ces petits vaisseaux. Ces noyaux sont-ils de nature contractile ? Les expériences physiologiques semblent le démontrer.

Il ne faudrait pas croire que la proportion des différents éléments constitutifs des artères ne dépende que du calibre de ces vaisseaux , autrement dit que deux artères d'un même calibre prises dans n’importe quelle région soient identiques par leur structure.

M. le docteur Gimbert, dans un travail fort intéressant, s’est occupé dernièrement de ce sujet I1). Le rôle physiologique des parties auxquelles sont destinés les vaisseaux artériels paraît modifier leur structure et leur texture.

Nous allons exposer aussi rapidement que possible les conclusions auxquelles cet anatomiste est arrivé.

La tunique moyenne des artères varie d’épaisseur suivant les différentes régions, d’une manière quelquefois assez brusque. De plus, l’épaisseur de cette tunique étant la même dans deux artères différentes de même calibre, ses éléments constitutifs, fibres musculaires lisses et libres élastiques, peuvent varier de proportions.

La tunique externe présente des modifications analogues : tantôt son épaisseur augmente, tantôt elle diminue dans des artères de même calibre; tantôt les fibres connectives qui entrent dans sa structure l’emportent en proportion sur les fibres élastiques, et réciproquement.

Gimbert divise le système artériel , au point de vue de sa texture , en différents groupes : 1° aorte; 2° artères des membres; 3° de la face; 4° des organes cérébraux ;, 5° des viscères et des parois splanchniques.

Dans les artères des membres les modifications de texture des tuniques se font d’une manière lente et insensible , surtout au membre supérieur.

Il faut remarquer cependant que c’est au niveau de l’anneau des adducteurs que la tunique externe de la fémorale contient la proportion la plus considérable de fibres élastiques. La tunique moyenne des artères du membre inférieur présente quelquefois, mais pas toujours paraît-il, une augmentation d’épaisseur au niveau des bifurcations.

Dans les artères de la face , la faciale surtout, aussitôt après leur origine la tunique moyenne possède une grande richesse en fibres musculaires lisses ; ces éléments tendent bientôt à disparaître, et déjà au niveau des coronaires labiales ils sont en grande partie remplacés par les fibres élastiques. La tunique externe contient également un grand nombre de fibres de cette nature.

Dans les artères cérébrales , comme le dit l’auteur, tout converge vers une seule propriété, la contractilité. La tunique moyenne est très-musculaire, et les artérioles elles-mêmes conservent très-longtemps celte richesse en éléments contractiles.

Les artères des organes et des parois splanchniques sont très-remarquables ; l’épaisseur de leur tunique moyenne varie beaucoup , mais elle est toujours inférieure à celle de l’aorte dont elles proviennent. Ainsi, dans le tronc cœliaque elle est de

I1) Gimberl, Mémoire sur lu structure et la texture des artères ( Journal de l’anatomie et de la physiologie du professeur Cli. Robin, numéros de septembre et de novembre 18G">).

ANGÉIOLOGIE.

0mm,16 et dans l’aorte de Omm,77 ; mais dans la splénique elle augmente et est de 0mra,2; la honteuse interne, quoique d’un calibre plus petit que la mésentérique, possède une tunique moyenne plus épaisse que celle-ci, etc. La tunique externe de ces artères est très-épaisse et surtout très-riche en éléments élastiques. On dirait qu’ici c’est l’élasticité qui doit l’emporter sur la contractilité.

Dans certains organes : le cerveau (Ch. Robin), la rate (His), les capillaires artériels sont entourés d’une sorte de gaine accessoire distante de 1 à 3 centièmes de millimètre du vaisseau et contenant un liquide avec des noyaux et des granulations. Nous reviendrons sur cette disposition en nous occupant des lymphatiques.

en. Non

Fig. 111.

Vasa vasorum (d’après Gimbert) (*

Les artères reçoivent elles-mêmes des vaisseaux nourriciers, connus sous le nom de vasa vasorum. Ces ramuscules, capillaires presque toujours, proviennent, soit des vaisseaux voisins, soit du tronc même de l’artère à laquelle ils sont destinées. Dans ce dernier cas « ils abandonnent le vaisseau d’origine « et n’y reviennent qu’après avoir acquis leur indépen- « dance. » Quoi qu’il en soit , les vasa vasorum rampent d’abord dans le tissu cellulaire ambiant pour aboutir enfin à la tunique externe des artères. Ils s’y distribuent , d’après Gimbert, en formant d’abord un plexus ou réseau superficiel circonscrivant des mailles irrégulièrement quadrilatères ou ovales, mais non circulaires, comme le dit Kœlliker, et un réseau profond à mailles plus étroites. Dans cette dernière partie de leur trajet les capillaires sont flexueux et prennent une forme hélicoïde comparable à celle des artères hélicines des corps caverneux (Gimbert). Cette forme serait en rapport, d’après lui, « avec les efforts incessants de distension et de retrait que subissent ces tissus.»

Les vasa vasorum se terminent-ils dans la tunique externe , ou pénètrent-ils dans les tuniques moyenne et interne ? Pour Bichat et Henle ils arrivent jusqu’à la face interne de la tunique moyenne; pour Kœlliker et Morel ils n’atteignent que la face externe de cette tunique. Weber, Robin et Gimbert soutiennent, au contraire, qu’ils ne dépassent jamais la tunique externe.

Quant aux nerfs , ils constituent les nerfs vaso-moteurs. Luschka prétend avoir vu leurs terminaisons arriver jusque dans la tunique interne ; il nous semble plus probable qu’ils n’atteignent que la membrane contractile, avec laquelle il est évident qu’ils doivent avoir des rapports, ce que démontre la Fig. 112. Nous reviendrons, au reste, sur ce sujet dans le livre cinquième, qui traitera de la Névrologic. Pour les petites artérioles et les capillaires, le tronc nerveux vaso-moteur est toujours en rapport de grosseur avec le calibre de ces vaisseaux; il les suit, se divise comme eux et chemine toujours appliqué sur leur tunique externe, qui lui sert de soutien. (*) (**)

N OU. u.

Fig. 112. — Coupe transversale d’une artère collatérale des doigts (d’après Gimbert) (**).

(*) a, a, a, a) Ces vaisseaux anastomosés dans la tunique externe.

(**) A. Tunique externe. — B. Tunique moyenne. — C. Tunique interne. — On voit dans la tunique externe la coupe de deux vasu vasorum, et h la périphérie do la tunique moyenne les branches nerveuses des neifs vaso-moteurs, qui semblent s'y terminer.

DES ARTÈRES EN PARTICULIER

Dans la Fig. 113, empruntée au travail de Gimbert, on voit, au niveau des anastomoses des capillaires artériels, les nerfs se renller en ganglions (G), desquels partent de nouveaux fdets, qui se répandent sur les capillaires et se terminent en pointe. Ils sont alors réduits à l’état de fibres de Remak isolées (R).

Fig. Nerfs 113. — vaso-moteurs accompagnant les capillaires de la muqueuse palatine

de la grenouille (d’après Gimbert) (*)■

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