CHAPITRE PREMIER
DES LYMPHATIQUES EN GÉNÉRAL (')
Le système lymphatique est un appareil de canaux annexé au système veineux , lui rapportant des diverses parties du corps un liquide particulier, la lymphe, qui dans l’abdomen et sous certaines conditions prend des caractères spéciaux et a reçu le nom de chyle. Les vaisseaux lymphatiques naissent par un mode encore peu connu de certains tissus de l’économie, surtout des surfaces sous-épithéliales, probablement du tissu connectif, et constituent bientôt des troncs qui, après avoir traversé une ou plusieurs glandes lymphatiques , vont enfin se terminer dans les veines sous-clavières droite et gauche par deux troncs principaux, la grande veine lymphatique droite et le canal thoracique. Le liquide qu’ils renferment est clair et transparent, lymphe , ou encore blanc laiteux, chyle. La lymphe paraît être formée d’une part par les produits de transformation des tissus et d’autre part par l’excédant du liquide transsudé des capillaires sanguins dans l’intimité des organes et non employé à la nutrition de ceux-ci.
Les vaisseaux lymphatiques ne se divisent pas , comme les vaisseaux sanguins , en système pulmonaire et système général; les branches qui émanent des poumons se rendent dans les deux troncs communs du système lymphatique avant leur ouverture dans les veines sous-clavières.
Les vaisseaux lymphatiques rencontrent tous sur leur trajet des espèces de glandes, ganglions, dans lesquels ils viennent s’ouvrir et desquels émanent des vaisseaux efférents en nombre toujours moindre que celui des afférents. Cette loi est absolue, et Mascagni a dit avec raison : « que tout lymphatique traverse au moins un ganglion avant «de s’ouvrir dans l’un des deux troncs qui terminent le système absorbant. » Jusque dans ces derniers temps on a considéré ces glandes comme n’étant qu’un amas de lymphatiques enroulés, entortillés, formant un peloton de vaisseaux anastomosés entre eux. Il faut renoncer aujourd’hui à cette vue de l’esprit et les considérer comme de véritables glandes lymphatiques ayant une structure spéciale, assez complexe, ainsi que nous le verrons plus loin.
Q) Bcaunis, Anatomie générale et physiologie du système lymphatique (Thèse d'agrégation), n-4°. Strasbourg 1863.
])ES LYMPHATIQUES EN GENERAL
La capacité du canal thoracique est assez faible, et paraît encore beaucoup plus petite quand on vient à la comparer à la quantité si considérable de vaisseaux lymphatiques qui naissent dans l’organisme. La lymphe chemine dans scs vaisseaux on vertu de la vis a ter go , qui n’est qu’un reliquat, si nous pouvons nous exprimer ainsi , de la force qui animait le liquide sanguin dans les capillaires; plus elle s’éloigne de ces capillaires, plus son impulsion tend à décroître à cause des frottements qu’elle subit; mais en raison même du grand nombre de convergences vers un même point , sa vitesse tend à augmenter comme celle d’une rivière dans les points où son lit se resserre. C’est sans doute là la raison de l’étroitesse du canal thoracique.
Les vaisseaux lymphatiques naissent par des capillaires, qui forment soit des réseaux , soit des culs-de-sacs terminaux , comme dans les villosités intestinales par exemple.
Les réseaux sont soit superficiels, soit profonds. Ils sont assez irréguliers, et les mailles que circonscrivent leurs canalicules varient suivant les parties et même suivant les différents endroits des parties. Le diamètre des capillaires qui les constituent est très-variable et peut même atteindre dans la rate, d’après Teichmann , O1», 001 à 0m,0015. Quand dans les membranes et les organes on rencontre deux réseaux, l’un superficiel et l’autre profond, les capillaires du premier sont toujours plus fins que ceux du second. On a dit jusqu’ici que les réseaux lymphatiques des muqueuses et de la peau se trouvent toujours plus superficiels que les capillaires sanguins; d’après Teichmann, il faudrait renverser la proposition et admettre que ces derniers sont plus rapprochés de la surface libre que les lymphatiques. Nulle part les réseaux lymphatiques ne communiquent avec les capillaires sanguins.
Les culs-de-sac lymphatiques sont des canaux très-fins , dont une extrémité tournée vers l’extérieur se termine en cæcum, tandis que l’autre s’abouche profondément avec le réseau capillaire lymphatique sous-jacent.
Teichmann a démontré que ces culs-de-sac n’existent pas seulement dans les villosités intestinales, mais encore dans les papilles de la peau et de la langue.
Les différents organes varient beaucoup sous le rapport de leur richesse en lymphatiques ; il en est même un certain nombre dans lesquels on n’a pu encore démontrer la présence de ces vaisseaux.
Dans la q)eau se trouvent des réseaux lymphatiques très - remarquables en certains points et presque nuis en d’autres. Les plus beaux sont ceux du scrotum, de la plante des pieds, de la paume des mains et de la face palmaire des phalanges. On en voit encore sur la peau du sein, sur les parties médianes du tronc et de l’abdomen, sur la peau du nez , des oreilles, des paupières , sur la peau de la verge , sur le prépuce et en général sur la peau du pourtour des orifices naturels, où le tégument externe se continue avec l’interne. De ces réseaux partent des troncs, qui cheminent dans le tissu cellulo-graisseux sous-cutané en accompagnant les veines superficielles.
Les muqueuses présentent des réseaux analogues à ceux du système cutané. Leur distribution n’est pas non plus très-uniforme, en ce sens que sur certaines
Fig. 155.
Lymphatiques de la peau (*).
(*) L O Réseau lymphatique cutané, graisseux sous-cutané.
2 , 2, 2, 2) Troncs partan de ce réseau et passant dans le tissu cellulo-