‹ Nouveaux éléments d'anatomie descriptive et d'embryologieChapitre 228 sur 416 · NERF AUDITIF · texte numérisé non relu

NERF AUDITIF

Le nerf auditif naît, de la fossette latérale du bulbe, immédiatement au-dessous de l’origine apparente du facial, dont il est séparé par le nerf de Wrisberg. Son origine réelle semble se faire par deux faisceaux : l’un postérieur, constitué par les barbes du calamus, l’autre antéro-latéral , qui parait venir du pédoncule cérébelleux inférieur. Stilling a nié l’existence d’un noyau spécial pour le nerf auditif; mais Schrœder en décrit un situé au voisinage du plancher du quatrième ventricule , dont cependant il reste plus éloigné que celui du facial. Ce noyau est composé de grosses cellules, d’où partent des fibres qui se rendent les unes au corps restiforme et au cervelet (la relation entre le cervelet et le nerf auditif reste pleine d’obscurité), d’autres vont au travers du raphé médian gagner le noyau opposé, et d’autres encore se rendent au noyau du facial (action réflexe sur le muscle de l’étrier et, par l’intermédiaire du petit pétreux superficiel et du ganglion otique, sur le muscle du marteau , tensor tympanï). Pour les fibres qui forment les barbes du calamus, le professeur d’Utrecht les considère comme spéciales. Elles se portent, ce dont il est facile de s’assurer, du tronc de l’auditif jusqu’au raphé médian , où elles disparaissent sans qu’il soit possible de les poursuivre plus loin. Or, dans le bulbe, les noyaux moteurs sont rapprochés de la ligne médiane , ainsi que nous l’avons dit plus haut. Il en résulte que , d’après cet anatomiste, ces fibres sont destinées à établir des réflexes entre le nerf de l’audition et les noyaux moteurs , et il croit que c’est par cet intermédiaire que , lorsque par un bruit soudain et violent nous sommes saisis d’effroi , nous nous mettons en position de défense instinctive et involontaire. Ces recherches , comme au reste tous les travaux de Schrœder van der Kolk sont fort intéressantes , elles nous expliquent des points obscurs et délicats ; mais ce qui nous arrête et nous empêche de les admettre sans restriction dans ce dernier cas , c’est qu’elles ne nous rendent aucun compte de la liaison qui doit exister entre la périphérie des hémisphères (centre intellectuel) et les noyaux de l’auditif, liaison par laquelle s’expliquerait la manière dont se produisent les phénomènes de mémoire, de compréhension et d’intelligence a la suite des impressions acoustiques. Il nous semble de plus difficile d’admettre que ce nerf , dont les fonctions sensorielles sont si importantes , se trouve comme perdu , par son origine , au milieu de celles de tous les autres nerfs de sensibilité émanés du bulbe.

Luys décrit des cellules nerveuses infiltrées au milieu des fibres de la racine de 1 auditit ; de ces cellules partent , d’après lui , des prolongements, qui se rendent à la couche optique et spécialement à un noyau gris situé dans la partie la plus postérieure de ce centre. De ce noyau partent, à leur tour, des fibres destinées à se perdre dans les hémisphères.

Le nerf auditif , à sa sortie du bulbe, se porte en dehors, en avant et un peu en haut au-dessous du facial, pour lequel il présente une gouttière à concavité

NEVROLOGIE.

supérieure. Entre les deux troncs nerveux se trouve le nerf de Wrisberg. L’auditif pénètre avec le lacial dans le conduit auditif interne; ces deux nerfs sont entourés d’une même gaine arachnoïdienne, qui les accompagne jusqu’au fond du conduit auditif. Arrivés a ce point, les deux nerfs se séparent l’un de l’autre: le facial passe dans l’aqueduc de Fallope, ainsi que nous l’avons vu ; l’auditif se divise en deux branches: l’une antérieure, cochléenne, se porte directement en avant et est destinée au limaçon ; l’autre postérieure, vestïbuluire , gagne en dehors et en arrière le vestibule et les canaux semi-circulaires. Leur trajet ultérieur sera étudié avec l’organe de l’ouïe.

Usages. — Ce nerf est destiné à transmettre les impressions acoustiques. Il n’est pas uniquement sensoriel , car il présente aussi quelques traces de sensibilité.

NEUVIÈME PAIRE. — NERF CILOSSO -PHARYNGIEN.

Préparation, — Pour étudier les branches que fournit le glosso-pharyngien au-dessous du ganglion d’Andersch, voyez la préparation indiquée pour la portion cervicale du pneumo-gastrique. La même pièce pourra servir pour ces deux nerfs , pour le grand hypoglosse et le ganglion cervical supérieur. — ■ Il est nécessaire, au contraire, pour étudier le ganglion d’Andersch et les branches qui en partent, défaire une préparation spéciale. Pour cela, on commencera par pratiquer la coupe connue, dans les amphithéâtres, sous le nom de coupe du pharynx (elle sera indiquée au chapitre qui traitera de ce conduit). On usera de ménagements au niveau du trou déchiré postérieur, de manière à laisser intacte la veine jugulaire, qu’on décollera avec précaution , et au devant de laquelle on recherchera l’anastomose du facial avec le glosso-pharyngien. On isolera le ganglion d’Andersch et on trouvera l’origine du rameau de Jacobson. Il faudra alors, à l’aide de la gouge et du maillet, attaquer le rocher et ouvrir le petit canal qui conduit ce nerf dans la caisse du tympan; puis on ouvrira cette caisse en enlevant sa paroi externe et en mettant à nu le promontoire , sur lequel on pourra suivre les branches du rameau de Jacobson; pour bien voir les anastomoses des pétreux profonds avec les pétreux superficiels, il faudra encore enlever la paroi supérieure de l’oreille moyenne. — L’exécution de cette préparation est très-délicate, elle demande de grands soins et une grande habitude de la gouge et du maillet. Pour la faciliter, nous croyons devoir recommander de petites gouges très-fines, qui ont l’avantage de ne pas faire d’éclats, mais qui ont l’inconvénient de rendre la préparation plus longue. — On peut encore, comme pour la portion intrarocheuse du facial, faire tremper pendant quelques jours le temporal dans l’acide chlorhydrique, ce qui permet alors d’attaquer l’os avec le scalpel.

Le glosso -pharyngien émane du bulbe au niveau du sillon latéral, qui prolonge en haut le sillon collatéral postérieur de la moelle. Ce nerf est situé, à son origine apparente, entre l’auditif et le pneumo- gastrique. On trouve le noyau du glosso-pharyngien sur les côtés du plancher du quatrième ventricule et, chose remarquable, les libres qui y aboutissent passent, d’après Schrœder, entre celles de la racine inférieure du trijumeau; ce qui établirait ainsi peutêtre une relation intime entre ces deux nerfs. Les cellules des noyaux des deux glosso -pharyngiens sont réunies par des libres transversales qni passent à travers le raphé.

Aussitôt après son origine apparente , le glosso-pharyngien se porte en avant et en dehors pour gagner le trou déchiré postérieur. Il est entouré par une gaine arachnoïdienne , qui lui es! commune avec le pneumo -gastrique et le spinal. Il sort du crâne par la partie la plus interne du trou déchiré postérieur , en passant par un petit conduit spécial ostéo-iibreux , en avant du pneumogastrique et du spinal. A ce niveau le glosso-pharyngien se coude à angle droit

NERFS ENCÉPHALIQUES OU CRANIENS. 607

ef. se rende en un ganglion, ganglion d'Andersch (Fig. 188, G). Il descend alors en bas et en avant, passe avec le spinal et l’hypoglosse entre la carotide interne, qui est en dedans, et la jugulaire interne, qui est en dehors, contourne la carotide interne, lui devient antérieur (Fig. 195, 3), passe entre les muscles stylo-pharyngien et stylo-glosse , s’applique sur les côtés du constricteur supérieur du pharynx, sur la face externe de l’amygdale et gagne, en remontant, la muqueuse du tiers postérieur de la langue, dans laquelle il se termine (Fig. 195, 3). Dans ce trajet, le glosso -pharyngien décrit une courbe à concavité antérieure.

Le ganglion d’Andersch (Fig. 186, 6) est un petit rendement, grisâtre , ovoïde, de 01U,002 à 0m, 003 de longueur. Il est situé dans une petite dépression que Ton trouve sur la face inférieure du rocher entre l’origine du canal carotidien et le golfe de la veine jugulaire.

Fig. 193. — Rameau de Jacobson (d'après Arnold) (*).

De ce ganglion naît le rameau de Jacobson . Ce petit nerf très-grêle part de la partie antérieure du ganglion , gagne aussitôt un petit canal osseux, qui se dirige en haut et en dehors pour s’ouvrir dans la caisse du tympan. Le rameau de Jacobson se place alors dans une gouttière que lui présente le promontoire, se dirige en haut et se divise en six branches. Les deux premières se portent en arrière et vont, l’une à la muqueuse du pourtour de la fenêtre ronde, l’autre à celle du pourtour de la fenêtre ovale (Fig. 193 , 6 et 7). Les deux branches suivantes sont ascendantes et forment l’une, l’interne, le grand nerf p étr eux profond , qui passe par un petit orifice situé sur la face supérieure du rocher très -près de l’hiatus de Faloppe , pour s’unir au grand nerf pétreux superficiel (Fig. 193 , 10) ; la seconde , l’externe , le petit nerf pétreux profond , passe également par un orifice osseux situé non loin du précédent et s’unit au petit pétreux superficiel à peu de distance delà naissance de celui-ci (Fig. 143, 11). Les filets terminaux du rameau de Jacobson, filets antérieurs, vont l’un (*)

(*) 1) Tronc du facial. — 2) Grand nerf pétreux superficiel. — 3) Petit nerf pélreuv superficiel. — 4) lronc du glossopharyngien — 5) Rameau de Jacobson. — G) Branche de la fenêtre ovale. — 7) Branche de la fenêtre ronde — 8) Branche de la trompe d’Eustache. — 9) Branche anastomotique avec le grand sympathique. — 10) Grand nerf pétreux profond. — (I) Petit nerf pétreux profond.

NEVR0L0G1E.

en haut et en avant à la muqueuse de la trompe d’Eustache (Fig. 193, 8), l’autre presque directement en avant, à travers la paroi du canal carotidien aux branches du ganglion cervical supérieur qui accompagnent la carotide (Fig. 193, 9). * '

Le rameau de Jacobson fournit donc trois branches destinées à des anastomoses et trois branches qui vont à des muqueuses.

Au-dessous du trou déchiré postérieur, le glosso-pharyngien reçoit un rameau anastomotique du pneumo -gastrique ; ce filet est très-grêle et dirigé de haut en bas et d’arrière en avant.

De la partie inférieure du ganglion d’Andersch part un filet qui se dirige en bas vers le rameau carotidien du ganglion cervical supérieur; il forme souvent un petit tronc commun avec un rameau semblable venu du pneumo-gastrique.

Nous avons décrit plus haut(voy. facial) un rameau du facial qui se porte en dedans, en contournant la paroi antérieure de la veine jugulaire interne, et qui établit une anastomose avec le glosso-pharyngien. Ce rameau aboutit à ce nerf immédiatement au-dessous du ganglion d’Andersch.

Le glosso-pharyngien fournit ensuite successivement :

1° Immédiatement au-dessous du trou déchiré et du Granolion , le rameau des muscles digastrique et stylo -hyoïdien. Ce petit nerf se dirige en bas et en avant , fournit quelques filets non constants au stylo-pharyngien , en arrière duquel il passe, et se termine dans le stylo-hyoïdien et le ventre postérieur du digastrique, en s’anastomosant avec les filets que le facial envoie à ces muscles.

2° Le fdet du muscle stylo -glosse, qui naît au niveau du point, où le glossopharyngien passe entre les muscles styliens. 11 traverse le stylo -pharyngien sans lui abandonner de rameaux et s’unit au filet lingual du facial pour gagner avec lui les muscles st.ylo-glosse et glosso-staphylin et se terminer sur le dos de la base de la langue en s’anastomosant avec les ramifications terminales du glosso-pharyngien.

3° Les rameaux carotidiens. — Ces rameaux sont au nombre de deux ou de trois; ils naissent à des hauteurs différentes et se dirigent en bas vers la bifurcation de la carotide primitive (Fig. 194, 8). Ils s’anastomosent avec des iilets analogues venus du pneumo-gastrique et dû ganglion cervical supérieur, forment un plexus dit intercarotidien , au milieu duquel on trouve un ganglion, ganglion intercarotidien (voy. grand sympathique).

4° Les rameaux pharyngiens. — De nombre et d’origine variables, ces rameaux se portent en bas et en dedans vers les côtés du pharynx (Fig. 194, 12 et 195, 18), s’unissent à des filets semblables venus du pneumo-gastrique , du spinal et du grand sympathique et constituent le plexus pharyngien (voy. pneumo-gastrique).

5° Les rameaux tonsillaires. — Ils naissent au moment où le glosso-pharyngien contourne la face externe de l’amygdale, sont assez nombreux , s’anastomosent entre eux en formant un petit plexus tonsillaire et se perdent enfin dans la muqueuse des amygdales , des piliers et de la face inférieure du voile du palais.

A la base de la langue, le glosso-pharyngien se place à égale distance de la partie moyenne et du bord de l’organe , se divise en plusieurs branches, qui se subdivisent à leur 10111’ et fournissent des rameaux nombreux , anastomosés entre

Fig. 194-

ISerfs lingual, glosso-pharyngicn , grand hypoglosse, plexus ef ganglion inter carotidiens (*).

Le ganglion sous-maxillaire a été enlevé avec la glande de ce nom pour montrer les anastomoses eu arcade des

branches du lingual avec celles de l’hypoglosse.)

(*) 0 ^e,'l lingual. 2) Nerf temporal superficiel sectionné. — 3) Nerf glosso-pharyngicn. — 4) Nerf grand hypoglosse, dont une portion a été excisée. — 5) Ganglion cervical supérieur, dont on ne voit que l’extrémité inférieure. 6) Nerf pncumo-gastrique sectionné, — 7) Nerf laryngé supérieur. — 8) Hameaux intercarotidiens du glosso-pharyngien. 0) Rameaux intercarotidiens du pneunio-gastrique. — 10) Rameaux intercarotidiens du grand sympathique. Il) Ganglion intercarotidicn — 12) Rameaux pharyngiens du glosso-pharyngien. — 13) Rameaux pharyngiens du pneumo-gastrique. — 14) Branche du muscle thyro-hyoidien. — 10) Nerf laryngé externe. Beaunis et BoucrrABD. 39

NÉVROLOGlE.

eux de manière à constituer ie plexus lingual , dont les lilets terminaux sont destinés à la muqueuse du tiers postérieur de la langue. Autour du foramen cæcum , on voit les lilets d’un côté s’unir à ceux du côté opposé, en formant le plexus circulaire du trou borgne signalé par Huguier et par Valentin.

Usages. — Le glosso -pharyngien est un nerf sensitif, chargé de transmettre deux espèces de sensations : l’une sensorielle et gustative , l’autre de sensibilité générale. Si, par son irritation au dehors du crâne, il détermine des contractions dans les muscles constricteurs du pharynx et stylo-pharyngien, il faut l’attribuer aux anastomoses qu’il reçoit du facial en plusieurs points. Après sa section , l’irritation de son bout supérieur détermine des contractions par mouvements réflexes. Le noyau du glosso-pharyngien est situé sur les parties latérales du bulbe et appartient par conséquent aux cornes postérieures et à la substance gélatineuse.

Page 1