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ARTICLE III. — RÉTINE

La rétine est une membrane mince, molle, transparente, qui s’altère très- rapidement après la mort et prend une teinte opaline. Ses deux faces sont lisses et sans adhérences avec la choroïde 'et le corps vitré. A l’entrée du nert optique se trouve la papille optique , soulèvement situé au centre d’une tache

(*) Voy. sur le système vasculaire de l’œil : Rouget, Note sur la structure vasculaire de l’iris et de la choroïde , et Recherches anatom. et physiol. sur les appareils érectiles et les appareils <le l’adaptation de l’œil (Gaz. méd. de Paris. 1856). • — Leber, Anatomische Untenuch. übev die Blutgefüsse des mensch lichen Auges. Wien 1865 ; cl dans Journal d’anatomie de Robin. 1866,

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.blanche circulaire de 0m,0015 de diamètre et d’où partent les vaisseaux centraux de la rétine (Fig. 311). Sa forme est variable et son centre présente ordinairement une dépression plus ou moins profonde, d’où émergent les vaisseaux.

En dehors de la pupille se voit la tache jaune (Fig. 309, 18), tache de 0m,002 de diamètre, circulaire ou ovale dans le sens transversal ; elle a une couleur assez intense et est entourée d’un aréole faiblement jaunâtre, qui se perd insensiblement. A son centre se trouve un endroit transparent , qui fait l’effet d’un trou dont serait percée la tache jaune : c’est la fosse centrale de la rétine; elle est triangulaire et a un diamètre de 0ram,2 (1). Au niveau de la tache jaune, la rétine a une certaine adhérence avec la choroïde, et entraîne, quand on les sépare, un peu de pigment choroïdien. La tache jaune est après la mort rattachée à la pupille par un pli transversal , qui n’existe pas pendant la vie. La tache jaune est située à peu près au pôle postérieur de l’œil.

La rétine se compose de deux couches : une externe, membrane de Jacob ou couche des bâtonnets ; une interne, rétine proprement dite , qui peuvent être isolées par lambeaux l’une de l’autre et se comportent différemment dans les divers points de la rétine. La membrane de Jacob et la partie nerveuse de la rétine s’arrêtent au niveau de l’ora serrata ; la couche la plus interne, au contraire, membrane limitante interne , se prolonge beaucoup plus en avant. Au niveau de Fora serrata, la rétine présente une adhérence assez grande avec la choroïde et avec la membrane du corps vitré.

L’épaisseur de la rétine, de 0mm,3 à 0mm,4 au niveau delà papille, augmente un peu jusqu’à la tache jaune, puis diminue, d’abord assez vite, puis plus lentement jusqu’à Fora serrata (0mm,l). La rétine n’a que 0mm,l au niveau de la fosse centrale.

Structure de la rétine (Fig. 312). — La rétine se compose de deux ordres d'éléments : des éléments de nature nerveuse et des éléments de nature connective servant de soutien aux premiers. La distinction de ces deux espèces d’éléments est trèsdifficile à faire et ne date que de ces derniers temps. Ils sont disposés par couches successives , et dans chaque couche , sauf la plus extérieure , couche des bâtonnets (1), les deux espèces d’éléments sont intimement mélangés.

Les éléments nerveux terminaux (I) , bâtonnets ou cônes (1 et 2) , contigus à la choroïde, sont rattachés aux fibres nerveuses du nerf optique qui forment la couche la plus interne (B) par une série de formations cellulaires et fibreuses très-compliquées (G, F, E, 11, G, B).

Les éléments connectifs (II) sont constitués par deux membranes parallèles aux laces de la rétine, membranes limitantes interne (AO et externe (H'), reliées entre

(') Parmi les mammifères, les singes seuls ont une tache jaune et une fosse centrale.

Fig. 311.

Hétine de l’œil droit et papille du nerf optique, vues à l'ophthahnoscope , d’après Sicliel (*).

BULBE OU GLOBE OCULAIRE

olles par un système de fibres perpendiculaires à leurs surfaces, fibres radiées (12), Au niveau de la tache jaune et en avant de l’ora serrata, les deux espèces d’éléments offrent des dispositions spéciales et demandent à être étudiés à part.

A. Rétine. Nous étudierons d’abord les éléments nerveux, puis les éléments connectifs».

a) Eléments nerveux de la Rétine. — Ces éléments forment six couches, qui sont en allant de 1 extérieur vers l’intérieur ou de la choroïde vers le corps vitré : 1° la couche des bâtonnels et des cônes (lj ; 2° la couche granuleuse externe (G) ; 3° la couche intermédiaire (F); 4° la couche granuleuse interne (E); 5° la couche moléculaire (D) ; 6° la couche ganglionnaire (G) ; 7° la couche des fibres du nerf optique (P>).

1° Couche des bâtonnets et des cônes ou membrane de Jacob (I). Ces éléments sont placés à côté les uns des autres et perpendiculaires à la surface de la rétine. Les bâtonnets occupent toute l’épaisseur de la membrane de Jacob (G) ; les cônes sont un peu moins longs et n’atteignent pas la face externe de la membrane de Jacob (1) ; ils sont plus larges, surtout à leur partie interne. Ces deux espèces d’éléments, quoique n’ayant pas la même forme, ont en réalité la même structure. Chacun d’eux se compose de deux articles : un interne, un externe. \ 0 JJ article interne , conique, plus large et plus long dans- les cônes (1) que dans les bâtonnets (6), a un aspect fibrillaire ou granuleux; 2° Y article externe , brillant, très-réfringent , se termine en pointe pour les cônes (2), sans atteindre le niveau de la choroïde ; pour les bâtonnets , au contraire , il a à peu près la même longueur et le même diamètre que l’article interne (7). Les points de réunion des deux articles sont tous situés à la même hauteur pour les bâtonnets et. forment une ligne continue. Sauf dans la fosse centrale et ses environs, le nombre des bâtonnets est plus grand que celui des cônes. Le nombre des cônes augmente depuis Fora serrata jusqu’à la tache jaune; les cônes sont d’abord séparés par trois ou quatre bâtonnets, puis seulement, par deux ou trois, puis un seul et enfin dans la fosse centrale, il n’y a plus que des cônes. Ces éléments s’altèrent très-vite après la mort et prennent alors toutes espèces de formes.

2° Couche granuleuse externe (G). — Cette couche, séparée de la précédente par la membrane limitante externe (H'), qui appartient au tissu connectif, se compose de deux espèces d’éléments, les granulations des cônes et les granulations des bâtonnets. 1° Les granulations des cônes (3) sont des renflements ovoïdes contenant un noyau et séparés de la base des cônes par un léger étranglement; de leur extrémité opposée part une fibre line (4), qui, vers la couche intermédiaire, s’élargit en un renflement conique (5) , d’où partent des

Fig.

Coupe schématique de la rétine (*).

fibrilles qui se jettent dans la couche intermédiaire ; 2° les granulations des bâtonnets (8) sont, de petites cellules à noyau, ovoïdes, rattachées à l’article interne du

(*) 1- Éléments nerveux de la rétine. — II. Éléments connectifs. — A’ Membrane limitante interne. BB’ Couche

des fibres du nerf optique. — C C’. Couche ganglionnaire. — D D’. Couche moléculaire. — E E’. Couche granuleuse interne. FF. Couche intermédiaire. — G G’. Couche granuleuse externe. — II’. Membrane limitante externe. I. Couche des bâtonnets. — 1) Article interne des cônes. — 2) Leur article externe. — 3) Granulation des

eones. 4) Fibre qui en part. — b) Son renflement triangulaire. — 6) Article interne des bâtonnets. 7) Leur

article externe. 8) Granulation des bâtonnets. — 9, 10) Cellules de la couehe granuleuse interne. — II) Cellule

ganglionnaire. 12) l'ibre radiée connective. — 13) Son noyau. — 14) Son renflement conique terminal.

ORGANES DES SENS

bâtonnet par une fibre variqueuse, et qui émettent par leur autre extrémité une fibre variqueuse, qui se dirige vers la couche intermédiaire. D’après Schultze, les éléments de cette couche sont en continuité directe avec les bâtonnets et les cônes par les trous de la membrane limitante externe.

3o Couche intermédiaire (F). — On y trouve des fibrilles flexueuses , à. direction générale horizontale et très-probablement en continuité avec les éléments cellulaires des deux couches voisines.

4° Couche granuleuse interne (E). — Elle renferme de petites cellules (9, 10) dont la membrane entoure étroitement le noyau, et qui sont pourvues de deux prolongements dirigés l’un vers la couche intermédiaire, l’autre vers la couche suivante.

5o Couche moléculaire (D). — Elle est plus épaisse que les précédentes et formée par des fibrilles fines dirigées dans tous les sens , enfouies dans une masse de tissu connectif très-délicat.

6° Couche ganglionnaire (G). — Elle est constituée ordinairement par une couche simple de grosses cellules nerveuses (11), qui présentent des prolongements externes fins, ramifiés, se perdant dans la couche moléculaire, et un prolongement interne volumineux qui s’unit à une fibre du nerf optique.

7° Couche clés fibres du nerf optique (B). — Le nerf optique est entouré par deux gaines névrilématiques : une externe, plus forte, à fibres longitudinales, qui se continue avec la sclérotique ; une interne, plus mince, qui se continue avec la choroïde.

Au niveau de l’ouverture scléroticale , le tissu connectif interstitiel du nerf forme un réseau assez distinct , qui est rattaché quelquefois à la sclérotique et donne à son ouverture postérieure un aspect criblé, lame emblée. Ace niveau, les fibres du nert optique s’amincissent , deviennent transparentes , constituent un cône dont le sommet est tourné vers l’œil et, arrivées à la papille, s’irradient de tous côtés. Leur direction est parallèle à celle de la surface de la rétine.

On voit d’après cette description, empruntée en grande partie à Schultze, qu’il y a très-probablement continuité depuis les libres nerveuses optiques (B) jusqu aux éléments de la couche des bâtonnets (I). On a donné le nom de fibres de Muller aux fibres qui servent d’intermédiaires entre ces éléments.

D’après Schultze , les cellules pigmentaires de la choroïde devraient être rattachées à la rétine, dont elles formeraient la couche la plus externe.

b) Éléments connectifs de la rétine (II). — Le tissu connectif de la rétine est limité par deux membranes. La première , membrane limitante interne (A') , distincte de l’hyaloïde , d’après Schultze, confondue avec elle d’après Henle,estune lamelle amorphe et constitue la couche la plus interne de la rétine. La deuxième, membrane limitante externe (FF), est situee entre la couche des bâtonnets et la couche granuleuse externe et ne /orme pas une membrane continue. Les deux membianes sont reliées entre elles par un système de fibres, fibres radiées connectives ( fibres de Müller de quelques auteurs ), allant perpendiculairement d’une membrane à l’autre, en traversant toutes les couches nerveuses de la rétine (12), à 1 exception de celle des bâtonnets. Ges fibres présentent des noyaux ovoïdes (13) et se terminent à la membrane limitante interne par un renflement triangulaire. Elles sont reliées entie elles par un réticulum connectif excessivement tin dans la couche intermédiaiie ( F )

et surtout dans la couche moléculaire (D').

En somme, la rétine se compose donc des couches suivantes, en allant de l'intérieur vers l’extérieur, c’est-à-dire dans le sens même des rayons lumineux. 1° Membrane limitante interne (A'); 2° couche des fibres du nerf optique (BB'); 3° couche ganglionnaire (CC/); 4° couche moléculaire (DD'); 5° couche granuleuse interne (EE') ; 6° couche intermédiaire (FF') ; 7“ couche granuleuse externe (GG') ; 8° membrane limitante externe (H') ; 9° couche des bâtonnets (I) , et enfin -10° la couche pigmentaire, qu’on rattache habituellement à la choroïde.

BULBE OU GLOBE OCULAIRE

B. Tache jaune et fosse centrale (Fig. 312). — Dans cette région les différentes ( ouches de la îetine présentent les modifications suivantes. Dans la couche des bâtonnets (2) il n existe plus que des cônes; mais ceux-ci diminuent. beaucoup de diameti e , ils ont 0 ",000 à 0m,007 dans la tache jaune ; 0m,003 dans la fosse centrale ; en même temps leur article externe augmente de longueur. Ils sont disposés régulièrement en lignes courbes, convergeant vers la fosse centrale. Les granulations des <à)us( 4) et les fibres des cônes (5) sont conservées, ces dernières avec une direction non plus perpendiculaire, mais radiée ; toutes les couches suivantes, au contraire, ( ouches intermédiaire, granuleuse interne, moléculaire, ganglionnaire et des fibres neneuses, disparaissent peu a peu et se fondent en une masse granuleuse commune.

tio- 312- — Coupe de la fosse centrale, d’après Scliullze (*).

G- Papille du nerf optique. — Au niveau de la papille on ne rencontre que les fibres du nerf optique.

D. Partie antérieure ou ciliaire de la rétine. — Tous les éléments nerveux disparaissent peu à peu au niveau de Fora serrata ; le tissu connectif reste seul et se condense en une membrane, sur la nature et la terminaison de laquelle les anatomistes ne sont pas d’accord. D’après les uns, cette membrane se souderait à l’hyaloide (Henle) ; d’après d’autres , elle se continuerait sur les procès ciliaires et. la face postérieure de l’iris jusqu’au bord pupillaire (H. Millier).

I aisseaux de la rétine. — L’artère et la veine centrale de la rétine pénètrent dans le nerf optique à 0m,02 du bulbe, et arrivent au centre de la papille. Là elles donnent chacune deux branches (Fig. 311), dirigées l’une en haut et l’autre en bas. Un réseau capillaire très-fin existe dans le nerf optique et dans les couches de la rétine à l’exception des couches des bâtonnets et de la couche granuleuse externe. La fosse* centrale est complètement dépourvue de vaisseaux. Le système vasculaire de la rétine est tout à fait indépendant, à l’exception d’une communication qui se fait au pourtour de l’entrée du nerf optique avec le système vasculaire de la choroïde par un cercle artériel entourant le trou optique de la sclérotique, et provenant des deux artères ciliaires courtes postérieures (Leber). Il n’y a pas d’anastomoses au niveau de l’ora serrata.

/ 1) Louche de pigment, — 2i Couche des cônes. — 3) Membrane limitante externe. ioiips. o) Fibres des cônes, 6) Couche intermédiaire. — 7) Couche granuleuse interne. Iani, fi) Couche ganglionnaire, 10) Couche (les libres nerveuses optiques.

4) Granulations des S i Couche inolécu -

ORGANES DES SENS

Physiologie. — Los bâtonnets et les cônes sont dans la rétine les seuls organes impressionnables à la lumière. Les fibres nerveuses optiques elles-mêmes sont complètement insensibles à l’excitation lumineuse et ne jouent qu’un rôle de transmission. La papille correspond au punctum cæcum des physiologistes. La tache jaune et la fosse centrale, situées à peu près à l’extrémité postérieure de l’axe optique , représentent la partie la plus sensible de la rétine. Les bâtonnets, qui manquent dans la tache jaune, paraissent affectés à l’appréciation des quantités différentes de lumière ; les cônes paraissent avoir, en outre, la perception des couleurs, mais être en revanche moins sensibles à la lumière que les bâtonnets. En effet, la rétine des animaux nocturnes est complètement dépourvue de cônes (Schultze).

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