ARTICLE IV. — MILIEUX TRANSPARENTS
§ I. — Humeur aqueuse. ,
L’humeur aqueuse est un liquide clair, incolore, séreux, contenu dans deux espaces appelés chambre antérieure et chambre postérieure de Vœil.
La chambre antérieure de Vœil (30) est comprise entre la face postérieure du cristallin en avant , et en arrière la face antérieure de l’iris et une petite partie de la face antérieure du cristallin au niveau de la pupille.
La chambre postérieure (31) a la forme d’une cavité annulaire, prismatique, triangulaire sur une coupe. Elle est limitée en avant par la face postérieure de l’iris, en dehors par la partie antérieure des procès ciliaires, qui s’avancent plus ou moins dans son intérieur; en arrière par la zone de Zinn.
L’iris étant appliqué sur la face antérieure du cristallin , les deux chambres ne communiquent qu’ exceptionnellement (').
§ II. — Cristallin (Fig. 309, 26).
Le cristallin est. une lentille biconvexe, à bords mousses , à courbures à peu près sphériques. La face postérieure, plus convexe, a un rayon de courbure de 0m,006, tandis que celui de l’antérieure est de O»1, 010. Son axe (distance du centre des deux faces) a 0'", 004 sur le cadavre et est un peu moindre sur le vivant. Son diamètre équatorial est de 0111, 009 à 0m,010.
Sa transparence disparaît après la mort par l’altération de son noyau central, qui s’opacifie. Sa consistance augmente de la périphérie au centre, où il présente un noyau assez dur.
Le cristaliin se compose d’une enveloppe , capside cristalline ou cristalloïde, et d’une substance propre. La capsule est une membrane transparente , très - élastique , s’enroulant sur elle-même par ses bords et soudée intimement en arrière à l’hyaloïde. Tant que cette capsule est intacte, le cristallin est élastique et résiste à la pression ; mais dès qu’elle est ouverte on voit sortir quelques gouttes de liquide ( hu meur de Morgagnï) , et si l’incision est assez grande, le cristallin lui-même sort par la plus légère pression. On a alors une substance molle, sauf le noyau central, et qui par la pression se laisse diviser en segments (ordinairement au nombre de trois) et en grumeaux stratifiés.
(') Quand on croyait l’iris complètement isolé du cristallin, la signification du terme chambre postérieure était tout à fait différente, et ce terme répondait à une erreur anatomique. Mais on a tort de nier complètement l’existence d’une chambre postérieure ; cette chambre existe réellement , mais seulement dans le sens indiqué plus haut.
BULBE OU GLOBE OCULAIRE
Structure du cristallin. — 1° Capsule cristalline. — Elle est amorphe, plus épaisse du double à sa paroi antérieure et recouverte à sa l'ace interne par une couche simple de cellules hexagonales, qui sont à peine visibles sur la paroi postérieure.
2° Substance du cristallin. — Elle est composée de libres prismatiques aplaties, qui , sur une coupe , ont la forme de rectangles dont les petits côtés se terminent en angles aigus. Les bords de ces libres sont dentelés, de sorte que leur adhérence est plus grande suivant leurs bords que suivant leurs faces ; de là l’aptitude du cristallin à se laisser diviser en lamelles concentriques. La direction de ces libres varie dans les divers points du cristallin ; dans l’axe du noyau elles sont antéro-postérieures ; puis, à mesure qu’elles s’écartent de cet axe, elles marchent dans les plans méridiens du cristallin , mais en décrivant une courbe d’autant plus forte qu’elles sont plus superficielles. Les fibres situées tout à fait à la surface vont d’une face à l'autre du cristallin en contournant son bord mousse. Mais ces fibres ne partent pas d’un pôle pour aboutir à l’autre. En effet , du noyau partent trois plans radiés coupant le cristallin en trois tranches ou segments (quelquefois plus). Ces plans sont constitués par une substance amorphe, qui se coagule et s’opacifie par l’ébullition, et paraît alors sur les deux faces du cristallin sous forme d’une étoile à trois rayons (ou plus), partant d’un pôle pour se diriger vers les bords de la lentille. Ces trois rayons figurent sur la face antérieure un Y renversé et sur la face postérieure un Y droit. C’est à ces rayons et à ces plans que viennent se terminer les fibres du cristallin. Les rayons superficiels peuvent atteindre le nombre de six à neuf chez l’adulte.
Entre l’épithélium capsulaire et la substance propre du cristallin se trouvent deux ou trois couches de cellules sphériques , qui se liquéfient après la mort et donnent Y humeur de Morgagni (Morel).
Le cristallin ne contient chez l’adulte ni vaisseaux ni nerfs.
Le cristallin est fixé en place par l’hyaloïde (voy. plus bas).
§ III. — Corps vitré (Fig, 309, 29).
Le corps vitré est une sphère transparente, creusée en avant d’une fossette qui reçoit le cristallin. Il se compose d’une substance gélatiniforme, homogène, filante, contenue dans une membrane d’enveloppe d’une minceur trèsgrande et d’une transparence parfaite, membrane hyaloïde.
Structure. — 1° La substance du corps vitré ( humeur vitrée) paraît être une masse homogène , dans laquelle on trouve encore , d’après quelques auteurs , des cellules, restes de l’état fœtal et infantile. Par certains réactifs, il acquiert une structure lamelliforme.
2° Hyaloïde. — C’est une membrane amorphe qui , d’après certains anatomistes, enverrait des cloisons fines dans l’intérieur de l’humeur vitrée.
Le corps vitré ne contient chez l’adulte ni vaisseaux ni nerfs.
Partie antérieure de l’iiyaloïde et mode de fixation du cristallin. — Arrivée à Yora serrata, l’hyaloïde (Fig. 313, 18) s’épaissit et se divise en deux feuillets, qui s’écartent peu à peu et passent l’un en arrière, l’autre en avant du cristallin.
1° Le feuillet postérieur (21) va tapisser la fossette lenticulaire du corps vitré et se soude à la capsule cristalline sur la face postérieure dit cristallin.
2° Le feuillet antérieur , zone de Zinn (19) s’accole et se soude aux procès ciliaires, ou mieux à la prolongation de la membrane limitante interne de la
ORGANES DES SENS
rétine (16), se plisse comme eux et, une fois libre (20), va s’attacher à la face antérieure et à la périphérie du cristallin. Son insertion décrit une ligne onduleuse (Fig. 309, 28). Entre ces deux feuillets et le bord du cristallin se trouve un canal prismatique , annulaire, canal de Petit (22).
Mécanisme de V accommodation et action du muscle ciliaire (Fig. 313). — Dans l’accommodation pour les objets rapprochés (A), le cristallin change de forme; la courbure de sa face antérieure augmente , et son sommet s’avance vers la cornée ; la courbure de sa face postérieure ne change pas sensiblement et son sommet reste au même point; en même temps le diamètre équatorial du cristallin diminue, son volume restant le même. Ces changements sont dus au muscle ciliaire, mais les interprétations varient sur la façon dont ils se produisent. L’explication la plus vraisemblable est celle de Helmoltz. Pendant la vie le cristallin est comprimé d’avant en arrière par la tension de la zone de Zinn ; en effet, après la mort et lorsqu’on l’a
Fig. 313. — Mécanisme de /’ accommodation (*j.
extrait de l’œil, il présente une plus grande épaisseur. Dans l’accommodation pour les objets rapprochés, le muscle ciliaire , en se contractant, prend son point fixe en avant à la face interne du canal de Fontana et au ligament pectiné, et tire en avant la choroïde et par suite la zone de Zinn, qui lui est intimemement soudée. Il diminue ainsi la tension de cette zone , ce qui permet au cristallin de reprendre sa forme et son épaisseur normales en vertu de l’élasticité de sa capsule. L’action des fibres orbiculaires du muscle ciliaire n’est pas expliquée. On ne sait pas non plus pourquoi le changement de forme du cristallin se fait surtout aux dépens de sa face antérieure. (*)
(*) A. Œil accommodé pour la vision des objets rapprochés. — B. Œil dans la vision des objets éloignés. — I) Substance propre de ia cornée. — 2) Épithélium antérieur de la cornée. — 3) Lame élastique antérieure. — 4) Membrane de Demours. — b) Ligament pectiné. — 6) Canal de Fontana. — 7) Sclérotique. — 8) Choroïde. — - 0) Rétine. — 10; Procès ciliaires. — 11) Muscle ciliaire. — 12) Ses libres orbiculaires. - 13) Iris. — 14) Uvée. — lo) Ora serrala. — 16) Partie antérieure de la rétine se prolongeant sur les procès ciliaires. — 17) Hyaloïde. — • 8) Division de Fhyaloïde en deux feuillets. — 19) Feuillet antérieur de Fhyaloïde ou zone de Zinn , dans sa partie soudée aux procès ciliaires. — 20) Le même, dans sa partie libre. — 21) Feuillet postérieur de l’hyaloïde. — -’2) Canal de Petit. — 23) Cristallin pendant l’accommodation. — 24) Cristallin dans la vue des objets éloignés.