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LIVRE TROISIÈME

MYOLOGIE.

MYOLOGIE.

PREMIÈRE SECTION

DES MUSCLES EN GÉNÉRAL

Les muscles se divisent en deux grandes classes correspondant aux deux divisions de l’élément musculaire : les muscles striés et les muscles lisses. Les premiers sont soumis , sauf le cœur , à l’influence de la volonté ; la plupart constituent , comme muscles du squelette , les organes actifs de la locomotion ; quelques-uns s’étalent sous la peau , qu’ils font glisser sur les parties sous-jacentes (muscles peauciers) ; d’autres enfin sont annexés aux organes de la vie végétative ou disposés autour des ouvertures naturelles (muscles splanchniques ). Les muscles lisses , au contraire , se dérobent à l’influence de la volonté et appartiennent presque exclusivement à la sphère de la vie végétative. Nous ne nous occuperons dans ce livre que du premier groupe, laissant même de côté les muscles splanchniques , qui seront décrits avec les organes auxquels ils sont annexés.

Les muscles sont très-nombreux (400 environ), et, pour s’y reconnaître, il a fallu donner à chacun un nom particulier. Cette nomenclature était très-imparfaite jusqu’à ces derniers temps et se faisait un peu au hasard; aujourd’hui, grâce surtout à Ghaussier, une nomenclature rationnelle a prévalu , et les muscles sont dénommés d’après leurs deux insertions principales (ex. : sterno-hyoïdien) ; cependant cette méthode n’est pas appliquée dans toute sa rigueur ; beaucoup de muscles tirent leur nom de leur fonction (ex. : fléchisseur commun des doigts) et, ce qui est plus fâcheux, l’usage a conservé beaucoup de noms anciens sans signification précise.

Les muscles sont des organes très-complexes , formés par l’union du tissu musculaire avec d’autres tissus. En outre, à ces muscles viennent s’annexer des organes accessoires destinés à perfectionner leur fonction ; ce sont les fascias ou aponévroses de contention , les bourses séreuses musculaires, les gaînes synoviales tendineuses etc.

Un muscle se compose de deux éléments distincts : 1° une masse charnue, contractile, constituée par du tissu musculaire, corps ou ventre du muscle dont elle forme la partie active; 2° des parties passives, résistantes, tendons ou aponévroses d’insertion , constituées par clu tissu fibreux et rattachant le corps charnu aux organes qu’il doit mouvoir. Ordinairement , dans les muscles du squelette , chaque extrémité du ventre musculaire est rattachée aux os par un tendon ; quelquefois cependant une des extrémités s’attache directement à l’os et le muscle n'a qu’un seul tendon.

Ces tendons présentent des formes très-variables , dépendant de la forme même du muscle et de celle de la surface osseuse à laquelle ils s’attachent. Quant à leur structure et à leurs propriétés , elles sont tout à fait comparables à celles des ligaments , et il est inutile de s’y arrêter.

Le corps charnu du muscle est constitué par l’assemblage des fibres musculaires primitives. Ces fibres s’accolent en restant parallèles et forment des faisceaux dits primitifs; entre elles est un tissu connectif fin, qui sert de support aux vaisseaux; les faisceaux primitifs se groupent ensuite en faisceaux secondaires, et ceux-ci à leur tour en faisceaux tertiaires dont la réunion constitue le muscle. Une gaine connective , périmysium externe, enveloppe tout l’organe et envoie entre les divers faisceaux des cloisons qui donnent naissance à des gaînes tertiaires, secondaires et primitives, périmysium interne.

L’union des libres musculaires avec les tendons peut se faire de deux façons : ou bien en ligne droite, et Ja fibre musculaire semble se continuer avec une fibre tendineuse (Fig. GO, A); ou bien obliquement, c’est-à-dire que fa fibre musculaire

DES MUSCLES EN GÉNÉRAL

s’implante sur le tendon en faisant avec lui un angle aigu (Fig. 60, B, C, D). Quel que soit le cas, il n’y a jamais continuité de la libre musculaire et de la libre tendineuse; mais la première se termine par une extrémité arrondie, recouverte par le sarcolemme , qui forme là un cul-de-sac et s’enfonce dans une dépression correspondante du tendon, lien est de même quand la fibre musculaire, au lieu de naître par l’intermédiaire d’un tendon, naît directement d’un os ou d’un cartilage ; elle se comporte alors avec le périoste ou le périchondre comme avec la libre tendineuse.

L’union des tendons avec les os et les cartilages se fait de deux manières : ou bien le tendon se continue avec le périoste de l’os en confondant ses fibres avec lui , ou bien il naît directement de l’os sans l’intermédiaire du périoste , et s’implante par ses fibres dans des dépressions irrégulières de la surface osseuse avec laquelle il contracte une union intime. Dans ce cas, on trouve ordinairement dans le tendon au voisinage de l’os des cellules de cartilage (ex. : tendon d’Achilleà. Sur les parties fibreuses (capsules articulaires, sclérotique etc.), l’union se fait par continuation des libres du tendon et de celles de la membrane d’insertion.

Vaisseaux. — Les muscles sont très-riches en vaisseaux. Ceux-ci sont fournis par une ou plusieurs artères accompagnées ordinairement chacune par deux veines ; le réseau capillaire qui en résulte est caractéristique ; il est formé par des vaisseaux longitudinaux interposés entre les fibres musculaires primitives, de telle façon que chaque fibre est en rapport au minimum avec deux capillaires sanguins; ces vaisseaux sont réunis par des branches transversales anastomotiques, de manière que le réseau se compose de mailles rectangulaires très-régulières, dont la longueur ne dépasse jamais 0m,001 et dont la largeur dépend de l’épaisseur de la fibre musculaire primitive. Aussi plus les fibres primitives d’un muscle sont fines, plus ce muscle reçoit-il de sang. Les capillaires des muscles sont excessivement fins et leur calibre descend souvent au-dessous de celui des globules sanguins. Les tendons et les organes accessoires , tels que les aponévroses , sont , à l’exception des bourses séreuses et surtout des freins des tendons , très-pauvres en vaisseaux. Les lymphatiques n’ont pas encore été démontrés dans les muscles.

Nerfs. — Les nerfs, après avoir pénétré dans un muscle, s’y disposent en plexus terminaux ; ces plexus sont constitués par un réseau de mailles allongées , dont les mailles terminales ont la forme d’anses; mais ces anses, regardées autrefois comme la véritable terminaison des nerfs dans les muscles , ne sont autre chose que les dernières ramifications anastomotiques , et contiennent ordinairement une à trois libres nerveuses primitives. Les rameaux qui pénètrent dans les muscles se composent surtout de tubes nerveux larges (90 pour 100); une fois arrivés dans l’intérieur du muscle, leur calibre diminue, et dans les plexus terminaux les tubes nerveux sont très-minces, transparents et prennent l’aspect des tubes nerveux sans moelle. Les libres nerveuses primitives subissent des divisions nombreuses avant d’arriver à la fibre musculaire , et on a calculé sur le muscle pcaucier de la grenouille qu’une seule libre nerveuse pouvait fournir à vingt fibres musculaires primitives (Reichert). Quant à la terminaison ultime des tubes nerveux et à leur mode de jonction avec l’élément contractile, il résulte des recherches les plus récentes que le tube nerveux terminal arrivé à la fibre musculaire présente un renflement ( plaque terminale de Rouget) placé probablement à l’intérieur du sarcolemme et en contact immédiat avec la substance contractile. Quant aux parties accessoires des muscles, ce qui a été dit de leurs vaisseaux peut s’appliquer aussi aux nerfs.

Le muscle, envisagé comme organe et au point de vue de l’anatomie descriptive, présente à considérer sa situation , sa forme , son volume , ses insertions, l’agencement de ses libres et ses anomalies ; enfin les muscles s’associent pour constituer des groupes que rapprochent à la fois leurs connexions anatomiques et leurs fonctions.

MYOLOfUE.

Si (liai ion. — Les muscles peuvent être sous-cutanés ou sous-aponévrotiques; les premiers, désignés sous Je nom de muscles peauciers , ont peu d’extension chez l’homme; on ne les trouve guère qu’à la face, au cou et à la paume de la main; une au moins de leurs insertions se fait à la face profonde de la peau, qu’ils déplacent sur les parties sous-jacentes ou plissent dans différentes directions. Les muscles sous-aponévrotiques sont séparés de la peau par une aponévrose quelquefois trèsmince et par le tissu cellulaire sous-cutané ; ils peuvent occuper toutes les régions du corps; au tronc, ils complètent les parois des grandes, cavités , et sont situés soit à l’extérieur de ces cavités (ex. : grand dentelé), soit à leur intérieur (ex. : diaphragme) , soit dans les interstices que laissent entre eux les os qui constituent les parois de ces cavités (ex. : muscles intercostaux). Aux membres, ils forment une masse épaisse , volumineuse , surtout au niveau de la diaphyse, et qui se groupe autour du squelette comme autour d’un axe.

Dans ces différentes régions , les muscles sont rarement réduits aune seule couche ; ils forment habituellement plusieurs couches superposées, de façon qu’on distingue des muscles superficiels et des muscles profonds. Dans ces diverses situations les muscles ont des rapports très-variables; les plus importants sont ceux qu’ils affectent avec les artères ; celles-ci situées dans les interstices musculaires marchent en général parallèlement à un muscle qui constitue leur muscle satellite, et sert dans la ligature de point de repère pour arriver sur l’artère ; quelques muscles sont traversés par des artères , ordinairement au niveau de leurs insertions osseuses (anneau du grand adducteur, arcade du soléaire). Les nerfs peuvent aussi traverser les muscles (ex. : coraco -huméral et nerf musculo-cutané) ; mais il n’y a pas là ces arcades fibreuses qui existent au niveau du passage des artères ; le nerf traverse simplement le tissu du muscle , sans que celui-ci éprouve à son niveau de modification de structure.

Forme. — Les muscles peuvent, au point de vue de leur forme, être divisés en deux grandes classes : les uns , orbiculaires , décrivent un cercle plus ou moins complet, plus ou moins régulier, et se rencontrent , pour nous limiter aux muscles striés volontaires , autour des ouvertures naturelles (bouche , anus) , qu’ils ont pour fonction de rétrécir ou d’oblitérer; ce sont les sphincters ; les autres, allant d’un os à un autre os , déplacent l’os mobile par rapport à l’os fixe , et ont en général des fibres à direction rectiligne ; ils forment les muscles du squelette. Entre ces deux classes on peut ranger comme intermédiaires deux groupes secondaires : 1° les diaphragmes (diaphragme, mylo-hyoïclien, releveur de l’anus), dont les fibres, curvilignes à l’état de repos, convergent vers un centre ou vers la ligne médiane du corps et s’aplanissent dans la contraction en diminuant la capacité de la cavité à la paroi de laquelle ils concourent; 2° les muscles semi-cylindriques (muscles larges de l’abdomen), qui font aussi partie des parois d’une cavité qu’ils compriment à la façon d’une sangle ; leurs fibres sont en général parallèles et non plus convergentes comme celles des diaphragmes.

On divise les muscles du squelette en muscles longs , muscles courts et muscles larges.

1° Les muscles longs sont situés surtout aux membres et dans les parties superficielles ; ils sont pourvus ordinairement de gaines aponévrotiques distinctes et ont une direction parallèle à l’axe du membre, ainsi qu’à la direction des vaisseaux et nerfs principaux dont ils constituent les muscles satellites. Ils sont tantôt aplatis et comme rubanés, tantôt ramassés sur eux-mêmes et fusiformes.

2° Les muscles courts se trouvent surtout dans les couches profondes des membres autour des articulations , on les rencontre encore autour du rachis dont ils meuvent les pièces multiples; leur direction est très-variable, souvent transversale par rapport à l’axe du membre; ils sont en général dépourvus de gaine aponévrotique propre.

DES MUSCLES EN GÉNÉRAL

0" Les muscles larges font partie des parois des grandes cavités sur lesquelles ils sont étalés sous forme de membranes musculaires minces ; leurs insertions se font par des aponévroses dites aponévroses d’insertion ; leurs libres ont une direction entrecroisée par rapport à celle des fibres des muscles sus et sous-jacents (ex. : muscles de l’abdomen). Les muscles courts et les muscles larges peuvent du reste affecter des formes variables; ils peuvent être triangulaires, carrés, rectangulaires, trapézoïdes etc.

Deux formes particulières de muscles méritent une mention spéciale; ce sont les muscles réfléchis et les muscles digastriques. 1° Les muscles réfléchis , arrivés à un certain point de leur trajet, changent brusquement de direction, et leur tendon se réfléchit soit dans une gouttière osseuse, soit dans un anneau fibreux, comme dans une poulie, pour aller gagner son lieu d’insertion (ex. : péristaphylin externe, grand oblique de l’œil). Cette réflexion complète n’existe que pour un petit nombre de muscles; mais au voisinage des articulations beaucoup de muscles éprouvent un certain degré de réflexion qui modifie leur direction primitive; en effet, les extrémités articulaires des os présentent en général un volume assez considérable et, de plus, des saillies osseuses ( prolongements trochléaires des os) creusées de gouttières qui forment de véritables poulies de réflexion, et font que le muscle, au lieu de s’insérer parallèlement à l’os mobile, s’y insère, non pas perpendiculairement, mais sous un angle d’incidence assez fort. 2° Les muscles digastriques se composent de deux ventres musculaires séparés par un tendon ou une aponévrose intermédiaire ; ils sont souvent réfléchis (ex. : digastrique, omo-hyoïdien).

Volume. — Le volume des muscles est en rapport avec la quantité et la longueur des fibres qui les constituent ; il varie à l’infini , et entre le triceps crural et le muscle de l’étrier , par exemple , on trouve tous les degrés intermédiaires. La constitution individuelle, le sexe, l’âge, les professions, les habitudes exercent une influence puissante sur le volume des muscles. Ce volume étant en rapport avec la quantité de substance contractile , permet de mesurer la force d’un muscle ; mais le poids nous offre un moyen plus commode et plus rigoureux d’apprécier exactement la puissance et l’énergie de contraction d’un muscle. Le poids de la masse musculaire du corps (tendons compris) peut être évaluée approximativement à 35 kilogrammes , c’est-àdire à plus de la moitié du poids total du corps.

Insertions. — Les insertions d’un muscle se font tantôt par des fibres musculaires s’implantant sur le tissu fibreux du périoste, tantôt par des tendons ou des aponévroses; dans le premier cas elles ne laissent aucune trace sur l’os ; dans le second , on trouve souvent des empreintes plus ou moins rugueuses et d’autant plus marquées que le muscle est plus volumineux et son tendon plus ramassé sur lui-même ; il semble que la substance osseuse compacte s’accumule en plus grande quantité au fur et à mesure de l’effort de traction exercé par le muscle sur un point de l’os. Les formes des tendons d’insertion varient extrêmement, et ces variations sont en rapport d’une part avec la forme même de la surface osseuse d’insertion, de l’autre avec le mode d union des fibres musculaires et des fibres tendineuses ; ils peuvent être aplatis, arrondis, prismatiques, creusés en gouttière, tordus sur leur axe etc. Tantôt leur longueur est très-faible, comme dans la plupart des muscles courts , tantôt au contraire elle est extrême, comme dans certains muscles longs des membres (ex. : demitendineux). Quant aux aponévroses d’insertion, elles ne peuvent se distinguer que par leur plus ou moins d’étendue ou d’épaisseur. Beaucoup de muscles, sans avoir de tendons distincts, s’insèrent cependant par des fibres tendineuses ordinairement assez courtes et mélangées intimement aux fibres musculaires (ex. : intercostaux).

Lu certain nombre de muscles s’insèrent à la fois par une de leurs extrémités, quelquefois par les deux, à plusieurs points d’un même os ou à plusieurs os diffé-

Beaunis et Bouciiahd.

MYOLOGIE.

rents ; les muscles longs des membres, par exemple, peuvent avoir deux ou trois tendons distincts, deux ou trois chefs (d’où les noms de biceps , triceps etc.); d’autres J'ois c’est le tendon meme du muscle qui se divise en plusieurs tendons secondaires (ex. : tendons extenseurs des phalanges) , ou qui envoie des expansions fibreuses allant se perdre dans une aponévrose (ex. : biceps brachial) , dans un autre tendon (ex. : lombricaux) , ou dans une capsule articulaire (ex. : demi-membraneux). Les muscles larges, à cause de leur étendue, s’insèrent habituellement à plusieurs os; lorsque ces os sont, comme au thorax, régulièrement disposés, les insertions se font par des faisceaux ou des digitations régulières donnant au bord adhérent du muscle une apparence dentelée ou festonnée (ex. : grand dentelé). Lorsqu’un muscle s’insère à deux os voisins , il arrive souvent que d’un os à l’autre est tendue une arcade fibreuse à laquelle s’attachent les fibres musculaires (ex. : arcade du soléaire) ; ces arcades peuvent donner passage à des vaisseaux.

Les rapports des muscles et des tendons avec les articulations ont la plus grande importance pratique , et à ce point de vue on peut les diviser en trois classes , suivant les rapports qu’ils ont avec l’articulation ; les uns, intra-articulaires , comme le tendon du biceps , sont situés dans l’intérieur de l’articulation et se trouvent en contact immédiat avec les surfaces articulaires; les autres, qu’on pourrait appeler synarticulaires , sont soudés à la capsule qui entoure l’articulation et représentent de véritables ligaments actifs (ex. : muscles sus et sous-épineux) ; les derniers enfin, ou pêriarticulaires , n’ont que des rapports de contiguïté avec la capsule fibreuse, dont ils renforcent les points faibles. Ces muscles syn- et périarticulaires servent , non-seulement à renforcer l’articulation , mais encore à empêcher le refoulement de la synoviale et de la capsule dans les mouvements des os et leur invagination entre les surfaces articulaires ; cet effet est surtout sensible pour les articulations qui , comme celle de l’épaule , offrent une très-grande laxité.

Les insertions musculaires et tendineuses se font tantôt presque parallèlement au plan de la surface osseuse d’insertion, tantôt avec une certaine obliquité. Mais il faut distinguer dans le mode d’insertion des tendons sur les os deux faits d’une importance très-différente : 1 0 la direction du tendon par rapport au plan de la surface osseuse d’insertion ; 2° la direction du tendon par rapport à la direction du levier osseux à mouvoir. Deux exemples feront bien comprendre cette différence : les fibres tendineuses du deltoïde sont à peu près parallèles à la surface osseuse de l’humérus sur laquelle elles s’insèrent, et en même temps leur direction est parallèle à celle de l’axe de l’humérus, et nous verrons qu’il y a là, au point de vue de l’effet utile du muscle, une condition désavantageuse; le carré pronateur, au contraire , présente des fibres tendineuses parallèles à la surface du radius sur laquelle elles s’enroulent, mais perpendiculaires à l’axe de cet os ; il est admirablement disposé au point de vue physiologique. Les muscles longs des membres sont en général parallèles à la direction des leviers osseux qu’ils doivent mouvoir; aussi rencontre-t-on presque toujours au voisinage des articulations des saillies qui font l’office de poulies de réflexion , de façon que les tendons puissent s’attacher sur les os avec une certaine obliquité par rapport à la surface d’insertion. Du reste, cette inclinaison du tendon sur l’os peut varier aux divers moments de l’action d’un muscle.

Agencement des fibres d'un muscle. — Les fibres d’un muscle peuvent être parallèles entre elles ou bien avoir une direction rayonnée; dans ce dernier cas, ou bien une des insertions est ramassée sur un point rétréci, tandis que l’autre au contraire s’étale sur une grande surface osseuse (ex. : temporal); ou bien d’un point central partent des fibres irradiées dans toutes les directions (ex. : diaphragme). Lorsque les fibres sont parallèles, ce qui est le cas le plus commun , elles peuvent se continuer avec les fibres tendineuses (voy. Fig. GO, A); mais ceci n’existe guère que pour les

DES MUSCLES EN GÉNÉRAL

muscles larges et minces (muscles larges de l’abdomen, intercostaux), dont les insertions sont linéaires et se font sur une grande étendue. La plupart des autres muscles devant réunir ces deux conditions opposées : grande quantité de fibres musculaires et petite surface d’insertion, nécessitaient des dispositions spéciales. L’agencement qui satisfait à ces deux conditions peut se résumer dans la loi suivante : la libre, musculaire, au lieu de se continuer fibre à fibre avec la fibre tendineuse, se jette sur elle obliquement , de façon qu’une seule fibre tendineuse peut donner insertion à un nombre indéterminé de fibres musculaires. Dans ce cas habituellement les deux extrémités du muscle présentent une disposition inverse (Fig. 60, B, G, D). Ainsi si à une extrémité l’aponévrose d’insertion est à la face superficielle , à l’autre elle sera à la face profonde (Fig. 60, B, G); si à une extrémité le tendon forme un cône plein (D) , à l’autre il formera un cône creux ; le muscle est dit alors penniforme , parce que les fibres se rendent sur le tendon central comme les barbes d’une plume sur leur tige ; dans l’exemple B , au contraire , le muscle est dit semi-penniformc.

Fig. 00. — Agencement des libres d’un muscle (*).

Get agencement de libres nous montre qu’on doit distinguer avec soin la longueur d’un muscle , la longueur de son ventre charnu et la longueur des fibres musculaires. Le premier terme s’applique au muscle en totalité, le tendon compris; le deuxième au corps charnu du muscle, abstraction faite de son tendon; le troisième aux faisceaux musculaires qui constituent ce corps charnu; cette dernière notion est la plus importante , car elle nous indique seule le degré de raccourcissement dont le muscle est susceptible et par suite l’étendue possible du mouvement qu’il est destiné à effectuer. C’est là une notion qu’on ne doit jamais perdre de vue, et on se tromperait étrangement si on voulait apprécier le degré de raccourcissement d’un muscle d’après la longueur de son corps charnu. Ainsi , dans les deux muscles B et G (Fig. 60), les corps charnus ont la même longueur ab ; mais les fibres musculaires de G ont (*)

(*) M • Corps charnu du muscle. — T T’. Tendon. — a b) Longueur du corps clitunu musculaire, — A , B, C , D. hivers modes d’agencement des fibres musculaires.

MYOLOGIE.

une longueur trois fois plus grande que celles de B, et par suite son raccourcissement sera trois fois plus considérable ; en revanche, son énergie sera trois fois plus faible, B ayant trois fois plus de fibres charnues et pouvant soulever un poids triple. On peut comparer à ce point de vue le soléaire et le couturier.

Les fibres d’un seul et même muscle n’ont pas toutes nécessairement la même longueur; ceci est surtout sensible pour les muscles larges et plats; ces différences de longueur tiennent du reste et à la position même des os auxquels elles s’insèrent et aux mouvements dont ces os sont susceptibles.

Anomalies. — Les anomalies sont très-fréquentes dans le système musculaire , sans que cependant on ait pu encore fixer les lois qui les régissent. On peut les classer en trois groupes : anomalies par défaut, anomalies par excès et variétés simples.

1° Anomalies par défaut. — Un muscle peut manquer complètement; ce cas se présente rarement , sauf pour quelques muscles à fonction inférieure (ex. : palmaire grêle) ; au lieu d’un muscle on voit plus souvent manquer un simple faisceau musculaire. Dans ce cas il arrive souvent qu’un muscle voisin, par une sorte de balancement, présente un développement plus considérable d’un de ses faisceaux ou même qu’un faisceau surnuméraire vienne remplace]’ le muscle ou le faisceau absent. Quelquefois un simple cordon fibreux représente l’organe qui manque.

2° Anomalies par excès. — Il peut y avoir augmentation du nombre de faisceaux d’un muscle , soit que les faisceaux nouveaux aient la même disposition que les faisceaux normaux, soit qu’ils aient une disposition et des insertions spéciales. D’autres fois les muscles sont doubles et au lieu d’un seul muscle on en a deux, tantôt parfaitement identiques l’un à l’autre , tantôt présentant chacun des différences de volume , de situation ou d’origine. Enfin, on peut rencontrer de véritables muscles surnuméraires , sans analogue à l’état normal dans le corps humain , mais dont on a pu souvent retrouver les analogues dans le système musculaire de la série animale; ces muscles surnuméraires ont été bien étudiés dans ces derniers temps et on en a décrit un assez grand nombre; ils paraissent, du reste, se rattacher chacun à un type dont ils ne s’écartent pas beaucoup plus que les muscles normaux.

3° Variétés. — Les variétés musculaires proprement dites peuvent porter sur la structure du muscle et son origine. 1° Dans les variétés de structure, la plus curieuse est celle où le muscle se dédouble en deux faisceaux ou en deux couches , et il y a là une sorte d’état intermédiaire qui conduit, si les faisceaux résultant de la division sont assez volumineux , aux muscles doubles mentionnés ci-dessus. D’autres fois il y a un simple déplacement de parties; le ventre charnu du muscle , au lieu de se trouver à sa place habituelle , se sera déplacé , se sera reporté , par exemple , d’une extrémité à l’autre; ailleurs ce sera le tendon ou l’intersection fibreuse d’un muscle digastrique qui manquera , ou , au contraire , il pourra s’en former sur un muscle qui en est privé habituellement; les variétés les plus rares portent sur les changements de longueur du ventre charnu, et surtout des fibres musculaires. 2° Les anomalies d’origine sont très-fréquentes ; elles affectent tantôt tout le muscle , tantôt un seul ou plusieurs de ses faisceaux, et ne paraissent être soumises à aucune règle; souvent le muscle prend ou jette au passage un faisceau à un organe voisin (os, cartilage, aponévrose, tendon), quelquefois même à un organe éloigné; d’autres fois c’est à un muscle voisin , et souvent l’échange est complet et chacun des deux muscles s’envoie réciproquement un faisceau. Toutes ces anomalies tiennent probablement à un vice primitif de la distribution nerveuse, mais les recherches sur ce sujet sont à peu près nulles.

DES MUSCLES EN GÉNÉRAL

Les muscles sont en général groupés en grandes masses, contenues souvent dans une loge aponévrotique distincte; ces muscles, outre leurs connexions anatomiques, ont des affinités physiologiques intimes ; c’est, ainsi qu’on a les groupes des adducteurs , des fléchisseurs , des extenseurs etc. Les muscles qui composent ces groupes ont souvent des insertions communes, de soçte qu’il est quelquefois difficile de décider si on a affaire à un seul muscle à plusieurs chefs ou à un groupe de muscles à insertion commune; la question a, du reste, peu d’importance au point de vue pratique.

Organes accessoires. — Ils comprennent les aponévroses, les bourses séreuses musculaires , les gaines synoviales tendineuses et les os sésamoïdes.

Les aponévroses de contention ou fascias forment des gaines enveloppant toute la masse musculaire d’un membre ou d’une région; de la face profonde de ces gaines partent des cloisons dites intermusculaires , qui se rendent aux bords et aux saillies des os, et divisent la grande gaine en loges secondaires, où sont placés les différents groupes de muscles; d’autres cloisons forment des loges distinctes pour des muscles isolés, principalement pour les muscles superficiels; ces gaines musculaires, en se rapprochant des articulations , se continuent avec les gaines tendineuses et les bords des coulisses osseuses qui contiennent les tendons. Ces aponévroses naissent des saillies osseuses par des fibres denses, entre-croisées ordinairement à angle droit et nattées d’une façon très-serrée , qui leur donne une très-grande résistance; outre ces fibres propres, elles reçoivent des expansions fibreuses des tendons voisins, et les muscles qui leur fournissent ces expansions peuvent , par leur intermédiaire, les tirer dans certains sens ; aussi ont-ils reçu le nom de muscles tenseurs des aponévroses; quelques-uns (ex.: palmaire grele, tenseur du fascia lata) se terminent meme en entier dans une aponévrose. Leur épaisseur est très-variable, suivant la région qu’elles occupent ; dans certains points , principalement au voisinage des articulations, elles sont renforcées par des bandelettes destinées à brider les tendons des muscles qui se réfléchissent sur leur face profonde comme sur une poulie ; ceci se voit surtout au cou-de-pied et au poignet, où, par les mouvements angulaires du pied et de la main, les tendons subissent un véritable changement de direction. Cette épaisseur devient énorme dans certaines parties et surtout dans les régions où existent des masses musculaires puissantes (cuisse, lombes etc.). Ces aponévroses exercent sur les muscles contenus dans leur gaine une compression permanente, qui doit rendre leur contraction plus énergique; aussi, à l’incision d’une aponévrose chez un sujet jeune et vigoureux, voit-on les fibres musculaires faire hernie entre les lèvres de la boutonnière aponévrotique.

Les rapports des aponévroses avec les muscles sous-jacents varient : tantôt l’aponévrose est sans adhérence aucune avec le muscle qu’elle recouvre; un tissu cellulaire fin, lamelleux l’en sépare, et elle s’en détache aisément; d’autres fois elle sert en même temps d’aponévrose d’insertion et donne attache aux fibres musculaires ; d’autres fois enfin, de sa face profonde se détachent une multitude de prolongements pénétrant dans le muscle et le divisant en faisceaux distincts (ex. : grand fessier, deltoïde).

Bourses séreuses musculaires et gaines synoviales tendineuses. — Aux endroits ou des muscles ou des tendons frottent contre des surfaces dures , on trouve eq général des membranes séreuses facilitant le glissement. Ces séreuses sont de deux espèces : 1° Les unes, bourses séreuses musculaires , improprement appelées bourses muqueuses , représentent des sacs clos, dont une moitié correspond au muscle, et l’autre a la surface sur laquelle il glisse; elles ont en général une forme orbiculaire qui se démontre par l’insufflation ou l’injection, mais qui, du reste, est susceptible

MYOTiOGIE.

de varier par les prolongements qu’elles envoient dans les interstices musculaires, ou par la configuration même des parties. 2° Les autres, çjaines synoviales tendineuses, se rencontrent dans les coulisses fibreuses ou ostéo-fibreuses des tendons, et surtout au voisinage des articulations ; dans ce cas la séreuse a la forme d’un manchon dont la surface concave intérieure correspond au tendon, et la surface extérieure convexe à la paroi de la coulisse tendineuse; ordinairement le tendon, au lieu d’être libre dans toute son étendue , est rattaché à la paroi de la coulisse par des replis séreux, minces, vasculaires ou freins des tendons (vincula tendinum). Ces bourses séreuses musculaires et tendineuses ont la structure normale des séreuses (épithélium pavimenteux simple et couche fibreuse sous- épithéliale) , mais très-souvent, à la suite des pressions et des frottements, l’épithélium tombe par places; dans ce cas il peut arriver, et cela se rencontre dans les gaines synoviales tendineuses, que de la substance cartilagineuse se développe, soit sur le tendon , soit sur les parois de la coulisse qu’il traverse, dans les endroits où les pressions sont très-fortes.

Les bourses séreuses musculaires et tendineuses , quand elles se trouvent au voisinage des articulations, peuvent, par suite des frottements et des pressions, finir par communiquer avec la synoviale articulaire dont elles paraissent être des prolongements; ceci explique comment ces prolongements ou culs-de-sac des synoviales articulaires présentent de si grandes variétés individuelles ; en général , ils se rencontrent plus fréquemment chez les vieillards et chez les hommes livrés aux travaux du corps, tandis que chez les enfants on trouve souvent ces bourses séreuses parfaitement distinctes de la synoviale articulaire.

Les os sésamoïdes (Q sont de petits osselets n’appartenant pas au squelette régulier et développés dans l’épaisseur des tendons. Ceux-ci présentent souvent, surtout dans les endroits exposés à de fortes pressions, des noyaux cartilagineux (ex. : tendon du long péronier latéral) ; ces noyaux cartilagineux peuvent s’ossifier et constituer alors les os sésamoïdes. Ces os se rencontrent dans certains tendons d’une façon régulière, comme aux tendons des muscles courts du pouce et du gros orteil. Tantôt ils sont enveloppés de tous côtés par la substance fibreuse du tendon , tantôt, au contraire, une de leurs faces reste libre et s’articule avec un os voisin. Ils ont la structure des os courts.

Composition chimique des muscles. — La fibre musculaire primitive se compose de deux parties principales : la substance contractile et le sarcolemme. Le sarcolemme ressemble chimiquement au tissu élastique. Quant à la substance contractile , elle est formée essentiellement de syntonine ou fibrine musculaire associée à une matière colorante rouge de nature spéciale, qui se rapproche de l’hématine. Le suc musculaire, qu’on obtient par expression , contient les produits de décomposition du muscle : créatine , créatinine, acide inosique, acide lactique; la chair musculaire contient en outre des sels. Quant aux autres produits qu’on trouve dans le muscle, albumine , graisse , substance collagène etc. , ils proviennent des tissus accessoires intimement mêlés aux fibres musculaires et dont on ne peut les isoler par l’analyse , tissu connectif, graisse, sang, vaisseaux etc. La chair musculaire contient 25 p. 100 de matières solides et 15 p. 100 de syntonine.

Propriétés physiques des muscles. — La couleur des muscles est d’un rouge plus ou moins foncé ; pâles chez les enfants et chez les individus anémiques, ils sont, rouges chez les adultes et les individus vigoureux. Cette teinte est due à la matière colorante spéciale comparable, mais non identique avec l’hématine; cette matière rougit au contact de l’oxygène; aussi les muscles d’un cadavre, laissés quelque temps à découvert, prennent-ils une couleur rutilante.

(') On a comparé leur forme à celle d’une graine de sésame.

DES MUSCLES EN GÉNÉRAL

La ténacité du muscle est assez considérable , moins pourtant que celle des tendons; un plantaire grêle peut supporter, sans se rompre, un poids de 40 kilogrammes.

L'élasticité du muscle est plus faible que celle du caoutchouc, mais aussi cette élasticité est parfaite ; en d’autres termes , il se laisse distendre par de très-faibles tractions, mais reprend ensuite exactement sa forme primitive. A l’état de repos le muscle est cependant toujours dans un certain état de tension (') ; aussi voit-on, en coupant un muscle par le milieu, les deux fragments s’écarter l’un de l’autre. Le muscle à l’état de contraction a une force élastique un peu plus faible que celle du muscle inactif, c’est-à-dire qu’il est plus facilement extensible. Celte faiblesse d’élasticité des muscles fait qu’ils n’opposent presque pas de résistance aux muscles antagonistes et qu’après la cessation d’action des antagonistes ils reprennent leur première forme sans mouvements violents et désordonnés.

Propriétés vitales. — La nutrition et la sensibilité musculaires ne concernant que très-indirectement le mécanisme même de la contraction musculaire, n’ont pas à nous occuper ici.

Contractilité musculaire. — La contractilité est cette propriété que possède la fibre musculaire, de se raccourcir sous l’influence d’un excitant (influx nerveux, électricité, agents mécaniques etc.). C’est elle qui produit le phénomène appelé contraction musculaire.

La contraction musculaire s’accompagne de modifications physiques (thermiques, électriques , sonores etc.) et chimiques ; mais nous ne parlerons ici que des phénomènes anatomiques de la contraction musculaire et des modifications physiques ou mécaniques indispensables pour comprendre les mouvements qu’elle est destinée à exécuter.

Phénomènes anatomiques de la contraction musculaire. — Si la fibre musculaire est fixée par ses deux extrémités à des points mobiles qu’elle soit en état de rapprocher, au moment de sa contraction elle se raccourcit en masse en augmentant d’épaisseur, en même temps que ses stries transversales se rapprochent; c’est absolument la même chose que pour un fil de caoutchouc auquel on laisse reprendre -sa forme après l’avoir étiré. Si , au lieu d’être fixée , la fibre primitive est libre par ses deux extrémités ou par l’une d’elles, le raccourcissement semble se propager, par une série d’ondulations, dans les diverses parties de la fibre. De la réunion de tous ces raccourcissements partiels résulte le raccourcissement total du muscle. Seulement il est plus que probable que toutes les fibres d’un muscle ne se contractent pas en même temps pour produire le raccourcissement, et qu’à un moment donné, une partie seulement des fibres est en état de contraction.

Le raccourcissement du muscle sur le vivant ne dépasse guère un tiers de la longueur primitive (longueur des faisceaux musculaires); plusieurs causes empêchent le raccourcissement d’être porté plus loin : résistance des muscles antagonistes dont la tension augmente à chaque instant, configuration des articulations, poids des leviers osseux à mouvoir, tension des paities molles; au contraire , une fois détachés du corps et libres de toutes connexions, les muscles peuvent se raccourcir des huit dixièmes de leur longueur. A mesure que le muscle se raccourcit, il augmente d’épaisseur et forme alors, du moins pour les muscles superficiels, une saillie parfaitement apparente sous la peau; en même temps il acquiert une dureté considérable chez les sujets vigoureux , dureté due à la résistance opposée au raccourcissement

(') C’est cette tension passive, élastique, qui a été appelée par beaucoup d’auteurs tonicité; mais ce nom doit être réservé à un état de contraction active, permanente, mais faible, et qui serait sous la dépendance de l’innervation médullaire et de la circulation sanguine, état sur lequel les auteurs sont loin de s’accorder.

MYOLOCilE.

par ses deux points d’attache et à la tension qu’elle lui communique; en effet, un muscle détaché et libre, en état de contraction, constitue une masse molle et sans consistance.

Mécanique musculaire. — Quand deux os sont réunis par une articulation et qu’un muscle va de l’un à l’autre, il peut se présenter deux cas : ou bien le muscle est rectiligne, ou bien il est réfléchi.

Dans le premier cas , le muscle en se contractant tendra à rapprocher ses deux points d’insertion, et la résultante du raccourcissement de toutes ses fibres pourra être représentée par une ligne idéale allant du centre d’une des insertions au centre de l’autre , ligne qui suffira pour figurer graphiquement le muscle lui-même et sa direction. De même les os peuvent être représentés par des lignes idéales figurant l’axe de l’os(voy. Fig. 61). Le muscle en se contractant exerce une traction égale sur ses deux points d’insertion, et tend à les déplacer l’un vers l’autre d’une quantité égale ; mais les obstacles qui s’opposent à ce déplacement peuvent différer à chacun des deux points d’insertion , de façon que l’un d’eux peut se déplacer seulement d’une quantité très-faible ou même rester immobile ; de là la distinction des insertions d’un muscle en insertion fixe et insertion mobile ; mais ces mots n’ont en réalité qu’une valeur tout à fait relative ; l’insertion fixe pourra dans certaines circonstances devenir insertion mobile et vice versa; cependant pour la plupart des muscles une des insertions joue le plus habituellement le rôle de point fixe, et c’est en général celle qui est la plus rapprochée de l’axe du tronc ou de la racine des membres.

Si le muscle est réfléchi, il pourra arriver deux cas : 1° ou bien le point de réflexion est mobile et les insertions sont fixes.; alors ce point de réflexion se rapprochera d’une droite joignant les deux points d’insertion du muscle ; c’est de cette façon qu’agissent les musclés curvilignes à insertions fixes qui compriment les organes contenus dans une cavité; 2° ou bien le point de réflexion est fixe; alors chacune, des insertions se rapproche du point de réflexion et nous rentrons dans le cas des muscles à direction rectiligne; ici du reste, comme ci-dessus, une des insertions du muscle peut être fixe et l’autre se rapproche seule du point de réflexion; dans ce cas, le muscle, au point de vue physiologique, peut être considéré comme partant de son point de réflexion, et on peut faire abstraction de toute la partie intermédiaire entre ce point et l’insertion fixe.

Si maintenant nous examinons les différentes positions qu’un muscle en état de contraction peut imprimer à un os mobile par rapport à un os fixe , nous trouverons les cas suivants (Fig. 61) :

1° Le muscle fait avec Vos mobile un angle aigu MM' A (Fig. 61 , I).

Le muscle M M' tire le point mobile M' dans la direction M' M; il représente une force qu’on peut décomposer en deux composantes : 1° l’une M'a, parallèle à l’os mobile et se confondant avec son axe, tend à presser cet os contre l’os fixe dans l’articulation A; cette partie de la force est donc complètement perdue pour le mouvement; 2° l’autre composante M' 6, perpendiculaire à l’os mobile, entraîne le point mobile M' dans la direction M' b ; celle-là est seule utile. En comparant les deux figures I et I', on voit que plus l’angle intercepté par les deux os est obtus, plus il y a de force perdue et qu’à mesure que cet angle se rapproche d’un angle droit , la quantité de force utilisée devient plus grande.

2° Le muscle fait avec Vos mobile un angle droit (II).

Dans ce cas , toute la force est utilisée et le point mobile M' est tiré dans la direction même du muscle M' M; c’est ce qu’on appelle le moment d’un muscle.

DES MUSCLES EN GENERAL

3° Le muscle fait avec Vos mobile un angle obtus A M' M (III).

Nous retrouvons là encore les deux composantes comme dans le premier cas : 1° l’une M' a tire le point mobile M' dans la direction My a et tend à ecarter l’os mobile de 1 os fixe dans l’articulation A; c’est donc l’inverse de ce que nous avons vu précédemment; mais son effet est toujours perdu pour le mouvement de l’os; 2° l’autre composante M' b tire le point M' dans la direction M' b et possède seule un effet utile. On comprend maintenant l’utilité des saillies articulaires sur lesquelles les tendons se réfléchissent; en augmentant l’ang'le d’incidence du muscle sur l’os mobile , elles favorisent d’autant l’action de la force motrice. Il est important de remarquer que, suivant qu’un muscle sera au début ou à la fin de sa contraction, il y aura pression des surfaces articulaires les unes contre les autres, ou tendance à l’écartement de ces surfaces. Beaucoup de muscles ne passent pas par les trois positions que nous avons étudiées et cessent d’agir avant d’avoir atteint leur moment, c’est-à-dire le point où leur traction s’exerce perpendiculairement à l’os mobile. Quoi qu’il en soit, tous les mouvements imprimés à un os par la contraction d’un muscle peuvent être ramenés à un des trois cas précédents.

Nous avons supposé un muscle tendu sur une seule articulation et allant d’un os à l’os contigu ; mais il y a des muscles tendus sur plusieurs articulations et dont les contractions peuvent par conséquent s’exercer sur plusieurs os à la fois. Ici le problème est plus complexe ; on peut, toujours, il est vrai, apprécier l’action d’un muscle sur une articulation donnée, en supposant toutes les autres fixes et les passer ainsi en revue les unes après les autres ; mais on n’a pas là ce qui se passe en réalité , et ces mouvements, que nous supposons se faire successivement, se font simultanément et se modifient les uns les autres.

Dans tous ces mouvements , l’os mobile représente un levier dont le point d’appui est à l’articulation avec l’os fixe, la puissance au lieu d’insertion du muscle moteur, la résistance en un point quelconque variable où vient s’appliquer la résultante des actions de la pesanteur et des obstacles au déplacement de l’os mobile (résistance des antagonistes, tension des parties molles etc.) Suivant les positions respectives de ces trois points, l’os mobile représentera un levier du premier, du deuxième ou du troisième genre ; les leviers du troisième genre sont les plus usités dans l’économie animale , et s’ils sont défavorables au point de vue de la force, ils sont du moins très-favorables au point de vue de la vitesse du mouvement.

Un muscle n’agit jamais seul , tous les segments osseux dont se compose le squelette ayant une certaine mobilité les uns sur les autres; pour qu’un muscle déplace par une de ses extrémités un os donné, il faut que l’autre extrémité soit immobile et que par suite l’os qui lui donne attache soit fixé par d’autres muscles, et ainsi de suite de proche en proche jusqu’aux parties centrales du squelette; pour les mou-

ir

ut

Positions d’un os mobile par rapport à un os fixe .

MYOLOGIE.

vements peu énergiques cette fixation n’ayant pas besoin d’être absolue, s’opère soit par l’influence mécanique de la pesanteur, soit par des contractions tellement faibles qu’elles passent inaperçues et que tout se fait à notre insu; mais cette énergie paraît dans toute son intensité quand nous voulons exécuter un mouvement exigeant un très-grand déploiement de force musculaire ; alors tous les muscles entrent en contraction, et le squelette forme un tout rigide et inflexible qui donne un point d’appui solide aux muscles spécialement chargés du mouvement à exécuter; c’est ce qu’on voit, par exemple, dans l’effort.

Les mouvements produits par la contraction musculaire peuvent être envisagés de deux façons différentes : 1° on peut avoir égard aux mouvements d’un os isolé sur un autre os, autrement dit aux mouvements se passant dans une articulation; 2° on peut avoir égard aux divers mouvements que peut produire un muscle donné en le supposant agir isolément.

Les mouvements d’un os sur un autre sont en général le fait non pas d’un seul , mais de plusieurs muscles dits congénères ; c’est ainsi qu’on a pu créer des groupes de fléchisseurs , d’extenseurs etc. , qui agissent probablement tous ensemble pour produire un mouvement donné. 11 est du reste très-difficile de faire la part de chacun des muscles qui composent un groupe dans l’exécution d’un mouvement.

Les mouvements que peut accomplir un muscle agissant isolément ont été l’objet de recherches assez nombreuses; c’est là, il est vrai, une manière artificielle d’envisager l’action d’un muscle ; car sur le vivant la contraction isolée d’un muscle en vue d’un mouvement donné est un fait tout à fait exceptionnel. Cependant il y a là des indications précieuses et qu’on aurait tort de négliger; malheureusement pour beaucoup de muscles nous sommes encore dans l’incertitude la plus absolue.

Pour arriver à connaître l’action d’un muscle on peut employer plusieurs procédés, applicables les uns sur le cadavre , les autres sur le vivant. A priori , la direction d’un muscle indique déjà le déplacement qu’il pourra faire subir à l’os mobile et le sens de ce déplacement. On peut y arriver encore en cherchant dans quelle situation les fibres musculaires éprouvent le plus grand relâchement possible. Sur le vivant la méthode d e faradisation localisée de Duchenne, de Boulogne, a permis d’électriser isolément une grande quantité de muscles et d’étudier les mouvements qu’ils produisent. Enfin on utilise encore à ce point de vue les faits pathologiques; c’est ainsi que les paralysies musculaires, en abolissant certains mouvements et les contractures ou contractions permanentes des muscles, en plaçant les os dans des positions déterminées, ont fourni des données précieuses sur ce point de physiologie musculaire.

Un seul et même muscle peut avoir une action très-différente par ses différents faisceaux, et il est prouvé que, malgré l’homogénéité apparente d’un corps charnu, certaines portions de ce corps peuvent rester inactives pendant que les autres se contractent; il peut même y avoir antagonisme entre deux portions d’un même muscle, et dans ce cas, si le muscle entier se contracte, les actions contraires s’annulent. C’est à ce point de vue qu’on considère souvent dans les muscles une action principale dans laquelle toutes les fibres interviennent , et des actions accessoires dans lesquelles une partie seulement des fibres se contractent. On dit encore qu’un muscle agit accessoirement quand il ne fait que contribuer pour une faible part à un mouvement exécuté plus spécialement par un autre muscle.

Les muscles produisantdes mouvements absolument contraires sont appelés muscles antagonistes ; tels sont les fléchisseurs et les extenseurs. A l’état inactif les os prennent une position moyenne intermédiaire entre les deux positions extrêmes amenées par la contraction des antagonistes ; cette position moyenne peut du reste varier suivant la prédominance de tel ou tel groupe , car il y a rarement égalité de masse et par suite de tension élastique entre deux groupes opposés; ainsi pour les membres inférieurs le poids des extenseurs est plus du double de celui des fléchisseurs (Weber).

MUSCLES DU DOS ET DE LA NUQUE

Rigidité cadavérique. — Le muscle conserve encore un certain temps après la mort, son excitabilité et ses propriétés physiques. Le premier phénomène indiquant la mort du muscle est la rigidité dite cadavérique. Elle paraît à une époque très-variable et qui peut osciller d’un quart d’heure à vingt heures après la mort , et marche en général de haut en bas; les membres prennent l’attitude demi-fléchie; les muscles deviennent durs, rigides; en même temps ils perdent leur excitabilité ; leur élasticité devient moins parfaite; leur cohésion diminue et ils se déchirent assez facilement. Cet état dure plus ou moins longtemps et est en général d’autant plus court que le début a été plus rapide. Dès qu’il a cessé les muscles sont livrés aux phénomènes chimiques de la décomposition putride. Cette rigidité paraît tenir à la coagulation de la svntonine ou du contenu de la libre musculaire primitive.

DEUXIÈME SECTION

DES MUSCLES EN PARTICULIER

Préparation. — L’étude des muscles peut précéder sans inconvénient celle des articulations; mais une connaissance parfaite du squelette est indispensable. Avant de préparer une région , l’élève devra l’étudier, les os à la main et en s’aidant des planches, de façon à en avoir une idée nette. On choisira de préférence des sujets jeunes, vigoureux, non infiltrés, peu chargés de graisse. La préparation des muscles consiste à les isoler les uns des autres et des organes voisins ; les premières fois on fera bien d’enlever toutes les autres parties et de ne conserver que les muscles, plus tard on conservera les principaux troncs vasculaires et nerveux. L’incision de la peau doit être en général parallèle à la direction du muscle dont elle dépassera les insertions et coupée à ses deux extrémités par deux incisions perpendiculaires, de façon à ce qu’on ait deux lambeaux rectangulaires; la direction de l’incision variera du reste suivant la configuration même de la région disséquée. L’incision doit comprendre la peau , le fascia superficialis et l’aponévrose d’enveloppe; on formera ainsi un lambeau qu’on disséquera, en conduisant le scalpel dans le sens des fibres musculaires; on aura soin d’enlever avec ce lambeau le tissu cellulaire qui recouvre le muscle et pénètre entre ses faisceaux; les insertions musculaires doivent être isolées complètement et avec le plus grand soin jusqu’à l’os. On disséquera de même les muscles profonds, soit, si on le peut, en écartant les muscles superficiels , soit en coupant ces derniers en travers par leur milieu. Pour cette dissection les muscles doivent toujours être tendus. Pour préparer les aponévroses d’enveloppe, il suffit d’enlever la peau et le fascia superficialis, ainsi que tout le tissu cellulaire et la graisse qui recouvrent l’aponévrose. Pour les bourses séreuses musculaires et les gaînes synoviales tendineuses, il faut beaucoup d’attention pour ne pas les léser; du reste on les injecte et on les insufile comme pour les synoviales articulaires. Dans l’intervalle de deux dissections, la préparation doit être recouverte par les deux lambeaux cutanés soigneusement réappliqués pour éviter la dessiccation , surtout celle des tendons; chez les sujets infiltrés, il sera quelquefois avantageux au contraire de laisser les muscles à découvert pendant un certain temps.

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