VRTICLE XII - DOUZIÈME P.\IRE - NERF GRAND HYPOGLOSSE
Préparation. — 1“ Pour la partie supérieure, même préparation que pour la portion cervicale du pneumogastrique, mais on aura soin de ne pas enlever les artères carotide ; 2» pour la partie inférieure comme pour le lingual; 3“ pour la branche descendante comme pour le plexus carvical profond (voy. plus loin).
Ce nerf a son origine apparente dans le sillon qui sépare l’olive de la pyramide antérieure. On voit partir de ce point une douzaine de racines se réunissant en deux faisceaux, qui perforent la dure-mère au niveau du trou condylien, tantôt par un seul, tantôt par deux orifices et qui se réunissent pour traverser le trou condylien antérieur.
Le noyau de l'hypoglosse est constitué par une sorte de petite colonne qui se trouve sur le plancher du quatrième ventricule et qui s’étend jusqu’à l’extrémité inférieure du bulbe. Elle est formée par la base de la corne antérieure de la moelle. A ces fibres viennent s’en ajouter d’autres qui proviennent du noyau accessoire de l’hypoglosse, continuation de la tête de la corne antérieure. On trouve quelquefois chez les animaux, et Vulpian a pu le constater une fois chez l’homme, des fibres venues du corps restiforme, qui s’ajoutent aux racines de l’hypoglosse que nous venons de décrire. Ce sont donc des fibres sensitives. Vulpian dit même avoir trouvé un petit ganglion sur leur trajet. L’hypoglose serait en ce cas constitué comme un nerf rachidien.
Jusque dans le trou condylien antérieur, le nerf de la douzième paire est entouré par une gaine arachno'idienne. Immédiatement après sa sortie de ce trou, il se dirige en bas et en dehors et répond : en arrière, aux muscles droits antérieurs; en avant, à la carotide interne; en dedans, au plexus gangliforme, qu’il contourne ; en dehors, à la branche externe du spinal et à l’arcade des deux premiers nerfs rachidiens. Le grand hypoglosse contourne le plexus gangliforme par un demi-tour d’hélice, et répond d’abord à son côté postérieur, puis à son côté externe et enfin à son côté antérieur. C’est à ce moment qu'il envoie à ce renflement un ou deux filets anastomotiques (fig. 224, 14). Il passe
(h Pour plus de détails, voy. Cl. Bernard, Leçons sur le système nerceux, t. II.
(î) Maubrac, Recherches anatomiques et physiologiques sur le muscle ster no-clé ïdomastoïdien, Bordeaux, 1883.
NERFS ENCÉPHALIQUES OU CRANIENS
alors entre la carotide interne et la veine jugulaire interne et reçoit à ce niveau un ou deux filets anastomotiques de l’arcade formée par les branches antérieures des deux premiers nerfs cervicaux (fig. 224, 16). Vers le même point ou un peu plus haut, vient s’y joindre un autre filet venu du ganglion cervical supérieur du grand sympathique.
A partir du point où l’hypoglosse cesse de contourner le plexus gangliforme jusqu’aux muscles de la langue, dans lesquels il se détermine, ce nerf décrit une courbure à concavité antérieure. Il chemine entre les muscles styliens, en dedans du digastrique et du stylo -hyoïdien, croise la carotide externe en passant en dehors d’elle, s’applique sur la face externe du constricteur moyen du pharynx et plus loin sur celle du muscle hyo-glosse et arrive au hord postérieur du muscle mylo-hyoïdien. Dans ce trajet, le grand hypoglosse se trouve entre le tendon du muscle digastrique et la grande corne de l’os hyoïde (fig. 231, 11) et marche plus loin parallèlement à l’artère linguale. Ce vaisseau s’en sépare au niveau du bord postérieur du muscle hyo-glosse et passe en dedans de.ee muscle, tandis que le nerf reste sur sa face externe (fig. 223, 4). La glande sous-maxillaire est située au-dessus du grand hypoglosse dans la concavité qu’il décrit.
Arrivé au bord postérieur du muscle mylo-hyoïdien, le nerf de la douzième paire passe à la face profonde de ce muscle, qui le recouvre, et devient légèrement ascendant. Il est toujours appliqué sur la face externe du muscle hyoglosse et marche à peu près parallèlement au canal de Warthon, qui est situé au-dessus, entre lui et le nerf lingual. L’hypoglosse se divise alors en nombreuses branches terminales, qui s’épuisent dans les muscles hyo -glosse, stylo-glosse, génio-glosse et lingual. Il s’anastomose par des filets assez nombreux avec le nerf lingual, en formant des arcades à concavité postérieure (fig. 223, 4) ; ses fibres les plus antérieures peuvent être suivies jusque vers la pointe de la langue.
Le grand hypoglosse fournit dans son trajet, outre les anastomoses et les branches terminales que nous avons déjà mentionnées :
1“ La branche descendante. — Elle naît du bord postérieur convexe du grand hypoglosse au moment où C3 nerf contourne la carotide interne, se dirige en bas et en avant, croise la face externe de la carotide externe très près de l’origine de ce vaisseau, longe le côté antérieur de la carotide primitive (fig. 231, 9) et, arrivée au niveau du bord supérieur de la portion moyenne, tendineuse, du muscle omo-hyoïdien, s’unit en anse à la branche descendante interne du plexus cervical. L’union de ces deux branches forme un petit plexus, que l’on trouve d’ordinaire en avant et en dehors de la jugulaire interne (fig. 231, 10). De ce plexus partent des filets pour les muscles omo-hyoïdien, sterno-hyoïdien et sterno-thyroïdien. Le petit nerf destiné à ce dernier muscle descend jusque auprès de ses attaches sternales et pénètre donc dans la partie supérieure de la poitrine ; mais il s’épuise dans le sterno-thyroïdien et ne va pas au delà pour s’anastomoser avec le phrénique, comme l’a dit Valentin.
La branche descendante du grand hypoglosse n’est pas simple ; elle est formée par un filet qui se porte de la douzième paire à la branche descendante interne du plexus cervical et par un second filet qui marche en sens contraire et va se jeter dans l’hypoglosse; en effet, la branche descendante du plexus cervical se partage eu deux rameaux, dont l'un prend part au petit plexus destiné aux muscles sous-hyoïdiens, tandis que l’autre remonte le long de la
NÉVROLOGIE
branche de l’hypoglosse pour se perdre dans ce nerf. On a voulu démontrer que la branche descendante de l’hypoglosse n’est autre chose que le filet anastomotique fourni par l’arcade des deux premiers nerfs cervicaux, filet qui, après s’être accolé au tronc de la douzième paire, s’en détacherait plus loin, de même que la corde du tympan par rapport au lingual ; mais ce fait nous semble très loin d’être prouvé.
2“ Le rameau thyro-hyoïdien. — Au niveau de la grande corne de l’os hyoïde on voit se détacher de la convexité de l’hypoglosse un nouveau rameau qui se dirige obliquement en bas, en avant et en dedans et qui va se terminer dans le muscle thyro-hyoïdien (flg. 231, 12).
3° Le rameau génio-hyotdien. — Il naît de la convexité du tronc de la douzième paire, un peu au delà du précédent, et va se perdre dans le muscle génio hyoïdien.
Usages. — Le nerf grand hypoglosse est le nerf moteur de la langue ; il préside donc aux mouvements de cet organe et à l’articulation des sons. Dans ce dernier cas, les mouvements se font toujours bilatéralement et les deux nerfs entrent par conséquent en action simultanément. Mais, d’autre part, nous possédons la faculté de mouvoir la langue dans un sens déterminé, à droite ou à gauche, et de ne contracter par conséquent qu’un seul muscle à la fois ; ce mouvement s’exécute après la mastication quand la langue va rassembler les parcelles alimentaires égarées dans la bouche. C’est précisément cette différence dans l’action des nerfs hypoglosses que Schrœder van der Kolk a cherché à expliquer par la différence d’origine des filets de ces nerfs, filets dont les uns proviendraient, suivant lui, du corps rhomboïdal de l’olive et présideraient aux mouvements bilatéraux de l’articulation des sons, tandis que les autres auraient leur origine dans le noyau spécial de l’hypoglosse et régiraient les mouvements de la langue en tant qu’organe de gustation et de déglutition.