NERFS ENCÉPHALIQUES OU CRÂNIENS
à remarquer que de ces deux nerfs, l'un, celui du côté droit, est appliqué sur la face latérale de l'œsophage, tandis que celui du côté gauche répond au bord antéro-laléral de ce conduit. Les branches que donnent les nerfs récurrents sont : a) des rameaux ti'achéens el œsophagiens multiples (fig. 317, 7, 8) ; b) des filets au muscle constricteur inférieur du pharynx ; c) un filet anastomotique avec le rameau de Galien, venu du laryngé supérieur; d) des rameaux à tous les muscles intrinsèques du larynx, sauf le crico-thyroïdien ; celui qui est destiné au muscle ary-arythénoïdien passe d'ordinaire au-dessous du tendon du muscle crico-arythénoïdien postérieur (fig.
Les nerfs récurrents, surtout celui du côté gauche, rarement celui du côté droit, fournissent encore des rameaux cardiaques, qui vont se joindre aux rameaux cardiaques nés directement du pneumogastrique et du sympathi(iue, pour former le [dexus cardiatiue et aboutir au ganglion do Wrisberg.
§ IL — Branches thoraciques.
1° Rameaux cardiaques. — Il
en est (jui naissent delà portion cervicale du pneumogastrique; d'autres proviennent de sa portion thoracique ; leur nombre est variable. Les premiers sont assez longs et obliques de haut en bas et de dehors en dedans; ceux du côté droit croisent la sous-clavière, ceux du côté gauche la crosse de l'aorte (fig. 318, 3) ; ils aboutissent au ganglion de Wrisberg et au plexus cardiaque. Dans leur trajet, ces rameaux's'anastomosent toujours et s'accolent quelquefois aux nerfs cardiaques venus du sympathique. Les rameaux cardiaques, nés de la portion thoracique du pneumogastrique, sont au nombre de deux ou trois et vont, avec les précédents et des rameaux du même nom venus du récurrent, se perdre dans le ganglion de Wrisberg et le plexus cardiaque. Nous décrirons ce ganglion et les branches qui en émanent avec la portion thoracique du grand sympathique.
2° Rameaux pulmonaires. — Ces rameaux sont très nombreux ; les uns
(*) 1) Nerf laryngé supérieur. — 2) Nerf laryngé externe. — 3) Passage du nerf laryngé supérieur à travers la membrane thyro-hyoïdienue. — 4) Branches supérieures ou glosso-épiglottiques de ce nerf. — 5) Anastomose entre lelaryngé supérieur et le laryngé inférieur, ou rameau de Galien. — 6) Nerf laryngé inférieur. — 7, 7, 7) Ses rameaux trachéens. — 8, 8, 8) Ses rameaux œsophagiens. — 9) Rameau du muscle crico-arythénoïdiea postérieur. — 10) Rameau du muscle ary-arythénoïdien, qui passe sous le tendon du précédent. — 11) Rameau du muscle crico-arythénoïdien latéral. — 12) Rameau du muscle thyro-arythénoïdien.
NÉVROLOGIE
naissent au-dessus de la bifurcation de la trachée et se portent sur la face antérieure des bronches; d'autres, l)eaucoup plus nombreux, tirent leur origine du pneumogastrique au moment où ce nerf croise la face postérieure des bronches, entre la face antérieure de l'œsophage et la paroi postérieure de l'oreillette gauche, et se rendent à la face postérieure des canaux bronchiques. Cette différence dans la disposition des lîlets pulmonaires les a fait diviser en rameaux pulmonaires antérieurs et rameaux pulmonaires postérieurs ; mais cette division est sans aucune importance.
Tous les rameaux pulmonaires antérieurs et postérieurs s'anastomosent, ceux du côté droit avec ceux du côté gauche et de plus avec des rameaux venus des quatre premiers ganglions dorsaux du sympathique, pour former un plexus conskléra.h\e , plexus pulmonaire , divisé par les auteurs en plexus pulmonaire antérieur et plexus pulmonaire postérieur. Les rameaux de ce plexus communiquent ensemble, en entourant la racine des bronches et toute la circonférence de ces canaux aériens. Du plexus pulmonaire partent: a) des filets destinés à la partie inférieure de la trachée ; 5) des iilets œsophagiens ; c) des filets péricardiques, et d) des filets bronchiques de beaucoup les plus nombreux, qui accompagnent les bronches dans l'intérieur du poumon, tout en conservant leur disposition plexiforme. (Pour leur distribution ultérieure, voy. Poumon.)
3° Rameaux œsophagiens. — Chez l'homme, ces rameaux sont extrêmement nombreux; ils embrassent la surface de l'œsophage et forment \e plexus œsophagien, dont l'intrication des filets est des plus compliquées. D'après Kollmann {^), le pneumogastrique droit est un peu plus volumineux au delà de ce plexus qu'au moment où il y pénètre, ce qui tendrait à établir qu'il reçoit des troncs nerveux voisins plus de filets qu'il n'en abandonne au plexus œsophagien.
§ 111. — Branches abdominales ou terminales
1" Pneumogastrique gauche ou antérieur. — Arrivé au niveau de la face antérieure du cardia, l'on voit souvent ce nerf former une sorte de plexus cardiaque, qui se présente quelquefois sous la forme d'une plaque nerveuse à mailles arrondies et serrées, mais qui peut affecter aussi d'autres formes et n'être même qu'une sorte de demi-anneau assez peu distinct. Après ce plexus, que Valentin a cru devoir subdiviser en un certain nombre de plexus secondaires, le nerf vague du côté gauche gagne la face antérieure de l'estomac et se divise en branches destinées à cet organe et en branches qui vont au foie. Les premières, branches stomacales, accompagnent les divisions de l'artère coronaire stomachique et s'anastomosent avec les rameaux du sympathique qui enlacent ces divisions artérielles. Parmi ces branches, il en est qui se dirigent tout à fait à droite, vers l'artère pylorique, et cjui semblent l'accompagner jusqu'au plexus hépatique et au plexus cystique. Kollmann a démontré, contrairement à Valentin et à Sappey, que ces filets ne font que s'accoler d'abord aux rameaux sympathiques pour s'en détacher bientôt et retourner au petit cul-de-sac de l'estomac. Les branches hépatiques du pneumogastrique gauche se dirigent de gauche à droite et cheminent entre les deux lames de l'épiploon gastro-hépatique. Kollmann a voulu se rendre compte du rapport de quantité qui existe entre le nombre des filets què le pneumogastrique gauche envoie au foie et celui de ses filets stomacaux ; il résulte de ses calculs que les premiers sont aussi nombreux que les seconds.
(') Kollmann, Ueber den Verlauf der Lungenmagennerven in der Bauchhôhle, Leipzig, 1860. ÂA'ec deux planches pliotographiées.
Fig. 318. — Pneumogastrique (lu côlé gauche. Grand sijmpathirjue au cou. Fle.rus cardiaque et ganglion
de Wrisberg (*).
(*) 1, 1, 1) Nerf pneumogastri(|ue gauche. — 2, 2) Nerf récurrent gauclie embrassant la crosse de l'aorte et remontant entre la trachée et l'aT^ophage. — 3) Rameau cardiaque venu du pneumogastrique. — 4) Ganglion cervical supérieur du sympatliique. — .t) Ganglion cervical inférieur. — û) Arcade du sympathique entourant l'artère sous-clavière. — 7) Rameau cardiaque sympathique supérieur. — S) Rameau cardiaque sympathique moyen. — 9) Rameau cardiaque sympathique inférieur. — 10) Ganglion de Wrisbcrg et plexus cardiaque.
NÉVROLOGIE
2° Pneumogastrique droit ou postérieur. — Ce nerf est situé d'abord sur le côté postérieur du cardia, et abandonne quelques rameaux (un tiers de ses fibres, d'après Kollmann) à la face postérieure de l estomac. La majeure partie du pneumogastrique droit va ensuite aboutir au ganglion semi-lunaire droit, qu'il aborde par sa partie interne, tandis que le grand splancbnique, branche du sympathique, vient se jeter dans l'extrémité externe du même ganglion. La réunion de ces deux anastomoses forme, avec cette masse nerveuse, une arcade dite anse mémorable de Wrisberg. Outre cette branche destinée au ganglion semi-lunaire, le pneumogastrique droit semble fournir des rameaux extrêmement ténus, qui se rendent directement au pancréas, à la rate, au plexus rénal, en s'anastomosant avec des rameaux du sympathique; quelques-uns semblent même aller, à travers le mésentère, jusque sur l'intestin grêle.
Usages du pneumogastrique. — L'étude de la physiologie de ce nerf n'est pas encore assez complète pour ([u'il nous soit possible de la retracer en quelques lignes; il nous faudrait un chapitre tout entier pour relater et discuter toutes les opinions émises en ces derniers temps seulement. Nous renvoyons aux travaux de Sédillot, de Cl. Bernard, de Schiff, de Brown-Séquard, etc., et nous nous bornons à faire remarquer que la motricité que possède le pneumogastrique ne semble pas lui être propre, qu'elle appartient à ses anastomoses et surtout à celles qu'il reçoit du spinal. C'est, en efï'et, la branche interne de ce nerf qui forme les rameaux destinés à innerver les muscles du larynx et du pharynx, et cependant Cl. Bernard a fait observer qu'en irritant le pneumogastrique dané le crâne, on obtient des mouvements du larynx et du pharynx, quoique l'anastomose avec le spinal n'ait pas encore eu lieu. Quant à l'action du nerf vague sur le cœur, il est démontré, aujourd'hui, que c'est à lui qu'il faut attribuer la régularisation des battements, qui s'accélèrent considérablement quand on vient à le sectionner, qui se ralentissent au contraire quand on l'irrite. Il est donc un nerf d'arrêt {HemmuJigsnerv) du cœur. (Voir plus loin : Grand sympathique. )î)iLnë la respiration, il semble être chargé de transmettre une sensation inconsciente qui réagit sur les cordons latéraux du bulbe et de la moelle, en excitant ces nerfs chargés d'imprimer la motricité aux muscles respirateurs. Cette sensation lui est peutêtre fournie par la proportion trop considérable d'acide carbonique contenue dans le sang au moment où l'inspiration est devenue nécessaire.
ARTICLE XI. - ONZIÈME PAIRE. - NERF SPINAL OU NERF ACCESSOIRE DE WILLIS
Préparation. — La même que pour la portion cervicale du pneumogastrique; seulement, au lieu d'enlever complètement le muscle sterno-cléido-mastoïdien.on le sectionnera vers son tiers supérieur en rejetant en bas et en arrière ses deux tiers inférieurs.
Le nei'f spinal naît par deux sortes de racines : les unes, supérieures ou bulbaires, forment un faisceau distinct, dont l'origine est au bulbe au-dessous de celles du pneumogastrique; les secondes, inférieures ou médullaires, proviennent de la portion cervicale de la moelle épinière (fig. 249, 7). Ces dernières s'étendent d'ordinaire jusque vers l'origine de la cinquième paire cervicale et peuvent même descendre jusqu'auprès de l'origine de la première paire dorsale. Elles se trouvent entre les racines antérieures et les racines postérieures des paires rachidiennes et remontent sur la face postérieure du ligament dentelé. Ces filets, d'origine médullaire, sont obliques de bas en haut, de dedans en dehors et se réunissent successivement sur un tronc commun. Les plus inférieurs sont presque verticaux et très courts, de telle manière que plus leur tronc remonte, plus il s'éloigne de
NERFS ENCÉPHALIQUES OU CRANIENS
la moelle. Ces racines médullaires proviennent des cornes antérieures et latérales, elles sont donc motrices et sympathiques et remontent dans la moelle et le bulbe par les cordons antéro-latéraux.
Les racines bulbaires du spinal émanent du noyau moteur qui leur est commun avec les nerfs delà neuvième et de la dixième paire. Il reçoit en outre des filets sympathiques du faisceau solitaire, mais ces racines ne contiennent pas de lilets sensitifs.
Dès que le tronc des racines médullaires a dépassé le niveau de la première paire cervicale, il s'incline en dehors vers le trou déchiré postérieur et reçoit les racines bulbaires, qui ne font que s'y accoler pour s'en Idétacher plus loin, ainsi que nous allons le voir. Tantôt c'est dans la cavité crânienne que ces deux faisceaux se réunissent, tantôt ce n'est qu'au niveau du trou déchiré postérieur que se fait cette union.
Dans le crâne, le spinal est contenu dans la même gaine arachnoïdienne que le glosso-pharyngien et le pneumogastrique ; dans le trou déchiré il se trouve audevant et un peu en dehors de la jugulaire interne, en arrière du pneumogastrique, avec lequel il sort par un canal ostéo-fibreux commun.
Au moment où le faisceau médullaire croise les racines postérieures de la première paire cervicale, il s'anastomose avec elles. Cette anastomose n'est pas constante et se borne souvent à un simple adossement ('). Pendant son passage à travers le trou déchiré, le spinal envoie quelques filets au ganglion jugulaire du pneumogastrique et en reçoit quelques autres partis du même ganglion ; c'est donc un échange de filets qui s'opère entre ces deux nerfs.
Aussitôt après être sorti du trou déchiré postérieur, le nerf de la onzième paire se divise en deux branches : l'une interne, l'autre externe.
La branche interne, formée exclusivement par les racines bulbaires, se porte en avant et en bas, s'accole immédiatement au plexus gangliforme (fig. 316, 12) et va constituer la majeure partie des rameaux pharyngiens, du laryngé externe et du laryngé inférieur, qui semblent naître du pneumogastrique : elle envoie de plus quelques lilets au cœur.
La branche externe, dont les racines médullaires forment les éléments, est plus volumineuse que la précédente (fig. 316, 13). Elle se porte en bas, en dehors et un peu en arrière, passe d'abord entre la jugulaire et la carotide interne, descend en croisant la face interne des muscles digastrique et stylo-hyoïdien (fig. 323, 1), et se place en arrière du bord inférieur de la glande parotide, mais sans pénétrer dans la loge fibreuse de cette glande.
La branche externe du spinal croise ensuite la face profonde du muscle sternorléido-masloïdien, traverse quelquefois ce muscle, lui abandonne quelques rameaux (fig. 323, 1), croise obliquement le creux sus-claviculaire entre la face inférieure du peaucier et la face supérieure du splénius et s'engage sous le bord du trapèze à environ 0°»,04ou 0°',0o, au-dessus de la clavicule (fig. 322, 11). Elle se termine dans ce muscle en rameaux divergents. Ces rameaux trapéziens, de même que ceux qui sont destinés au sterno-mastoïdien, s'anastomosent dans ces muscles avec des filets du plexus cervical.
Usages. — Le nerf spinal est mixte, mais principalement moteur; la sensibilité qu'il manifeste quand il est irrité ne lui est pas propre, elle est due, soit aux filets anastomotiques que lui fournit la racine postérieure du premier nerf rachidien, soit à ceux qu'il reçoit du pneumogastrique dans son passage à travers le trou
(') Le ganglion que Huber a décrit à ce niveau n'existe pas. Beau.ms et Bouchard.
NÉVROLOGIE
déchiré. Après la section de sa branche interne, les muscles de la glotte et du pharynx peuvent encore se contracter quand on excite le pneumogastrique ; le nerf vague envoie donc à ces muscles des filets indépendants de ceux du spinal. La respiration continue normalement après la section de la branche interne des deux spinaux, mais la voix est abolie. Quant à la branche externe, elle innerve les deux muscles auxquels elle se distribue ; mais ces muscles reçoivent, en outre, des rameaux du plexus cervical. Aussi quand le spinal est arraché ou que la branche externe est coupée, ces muscles peuvent encore se contracter, mais ils ne peuvent plus immobiliser le thorax au moment de l'efTort (').
Le sterno-mastoïdien et le trapèze innervés par la branche externe du spinal jouent un rôle important dans la vision et l'audition. Ce sont eux qui par les mouvements imprimés à la tête, permettent de tourner les organes sensoriels vers les points d'origine des sensations. Il en résulte que ces mouvements étant en corrélation directe avec les centres percepteurs de la vision et de l'audition, le nerf qui dans cette fonction innerve ces muscles doit avoir des connexions intra-cerébrales avec les nerfs sensoriels ou au moins avec les moteurs propres des organes annexes. Les filets du plexus cervical, au contraire, seraient dans ce cas spécialement chargés de présider aux mouvements généraux du cou et des membres (2).