ARTICLE XTI. - DOUZIÈME PAIRE. - NERF GRAND HYPOGLOSSE
Préparation. — l" Pour la partie supérieure, môme préparation que pour la portion cervicale du pneumogastrique, mais on aura soin de ne pas enlever les artères carotides ; 2° pour la partie inférieure comme pour le lingual; 3° pour la branche descendante comme pour le plexus cervical profond (voy. plus loin).
Ce nerf a son origine apparente dans le sillon qui sépare l'olive de la pyramide antérieure. On voit partir de ce point une douzaine de racines groupées en deux faisceaux, qui perforent la dure-mère au niveau du trou condylien, tantôt par un seul, tantôt par deux orifices et qui se réunissent pour traverser le trou condylien antérieur.
Le noyau principal de l'hypoglosse est constitué par une sorte de petite colonne située en dedans du noyau commun aux trois nerfs précédents, elle se trouve sur le plancher du quatrième ventricule et s'étend jusqu'à l'extrémité inférieure du bulbe. Elle est formée par la base de la corne antérieure de la moelle (hg. 269, 9). Parmi les fibres qui en partent il en est qui se portent en dedans et vont s'entre-croiser pour gagner le noyau du côté opposé. A ces fibres viennent s'en ajouter d'autres qui proviennent du noyau accessoire de l'hypoglosse, continuation de la tête de la corne antérieure. Ces fibres passent par la formation réticulée du bulbe entre le noyau olivaire et le noyau juxta-olivaire interne. Les noyaux de l'hypoglosse sont en rapport avec l'écorce cérébrale par un faisceau dont les fibres entre-croisées vont à travers la protubérance et le pédoncule gagner la capsule interne et se terminer dans la région de la circonvolution de Broca.
Jusque dans le trou condylien antérieur, le nerf de la douzième paire est entouré par une gaine arachnoïdienne. Immédiatement après sa sortie de ce trou, il se dirige en bas et en dehors et répond : en arrière, aux muscles droits antérieurs ; en avant, à la carotide interne ; en dedans, au plexus gangliforme, qu'il
(1) Pour plus de détails, voy. Cl. Bernard, Leçons sur le système nerveux, t. II.
(2) Maubrac, Recherches anatomiques et physiologiques sur le muscle sterno-cléido-mastoïdien, Bordeaux, 1883.
NERFS ENCÉPHALIQUES OU CRANIENS
contourne ; en dehoi s, à la branche externe du spinal et à l'arcade des deux premiers nerfs rachidiens. Le grand hypoglosse contourne le plexus gangliforme par un demi-tour d'hélice, et répond d'abord à son côté postérieur, puis à son côté externe et enfin à son côté antérieur. C'est à ce moment qu'il envoie à ce renflement un ou deux filets anastomotiques (fig. 31G, 14). 11 passe alors entre la carotide interne et la veine jugulaire interne et reçoit à ce niveau un ou deux fllets anastomotiques de l'arcade formée par les branchés antérieures des deux premiers nerfs cervicaux (fig. 316, tC). V^ers le même point ou un peu plus haut, vient s'y joindre un autre filet venu du ganglion cervical supérieur du grand sympathique.
A partir du point où l'hypoglosse cesse de contourner le plexus gangliforme jusqu'aux muscles de la langue, dans lesquels il se termine, ce nerf décrit une courbure à concavité antérieure. Il chemine entre les muscles slyliens, en dedans du digastrique et du stylo-hyoïdien, croise la carotide externe en passant en dehors d'elle, s'applique sur la face externe du constricteur moyen du pharynx et plus loin sur celle du muscle hyo-glosse et arrive au bord postérieur du muscle mylohyoïdien. Dans ce trajet, le grand hypoglosse se trouve entre le tendon du muscle digastrique et la grande corne de l'os hyoïde (fig. 323, 11) et marche plus loin parallèlement à l'artère linguale. Ce vaisseau s'en sépare au niveau du bord postérieur du muscle hyo-glosse et passe en dedans de ce muscle, tandis ciue le nerf reste sur sa face externe (fig. 315, 4). La glande sous-maxillaire est située audessus du grand hypoglosse dans la concavité qu'il décrit.
Arrivé au bord postérieur du musch; mylo-hyoïdien, le nerf de la douzième paire passe à la face profonde de ce muscle, qui le recouvre, et devient légèrement ascendant. 11 est toujours appliqué sur la face externe du muscle hyo-glosse et marche à peu près parallèlement au canal de Wharton, qui est situé au-dessus, entre lui et le nerf lingual. L'hypoglosse se divise alors en nombreuses branches terminales, qui s'épuisent dans les muscles hyo-glosse, stylo-glosse, génio-glosse et lingual. II s'anastomose par des filets assez nombreux avec le nerf lingual, en formant des arcades à concavité postérieure (fig. 313, 4) ; ses libres les plus antérieures peuvent être suivies jusque vers la pointe de la langue.
Le grand hypoglosse fournit dans son trajet, outre les anastomoses et les branches terminales que nous avons déjà mentionnées :
1° Branche descendante. — Elle nait du bord postérieur convexe du grand hypoglosse au moment où ce nerf contourne la carotide interne, se dirige en bas et en avant, croise la face externe de la carotide externe très près de l'origine de ce vaisseau, longe le côté antérieur de la carotide primitive (fig. 323, 9) et, arrivée au niveau du bord supérieur de la portion moyenne, tendineuse, du muscle omo-hyoïdien, s'unit en anse à la branche descendante interne du plexus cervical. L'union de ces deux branches forme un petit plexus, que l'on trouve d'ordinaire en avant et en dehors de la jugulaire interne (fig. 323, 10). De ce plexus partent des filets pour les muscles omo-hyoïdien, sterno-hyoïdien et sternothyroïdien. Le petit nerf destiné à ce dernier muscle descend jusque auprès de ses attaches sternales et pénètre donc dans la partie supérieure de la poitrine ; mais il s'épuise dans le sterno-thyroïdien et ne va |)as au delà pour s'anastomoser avec le phrénique, comme l'a dit Valentin.
La branche descendante du grand hypoglosse n'est pas simple ; elle est formée par un filet qui se porte de la douzième paire à la branche descendante interne du plexus cervical et par un second filet qui marche en sens contraire et va se jeter
NÉVROLOGIE
dans l'hypoglosse ; en effet, la branche descendante du plexus cervical se partage en deux rameaux, dont l'un prend part au petit plexus destiné aux muscles soushyoïdiens, tandis que l'autre remonte le long de la branche de l'hypoglosse pour se perdre dans ce nerf. On a voulu démontrer que la branche descendante de l'hypoglosse n'est autre chose que le filet anastomotique fourni par l'arcade des deux premiers nerfs cervicaux, filet qui, après s'être accolé au tronc de la douzième paire, s'en détacherait plus loin, de même que la corde du tympan par rapport au lingual ; mais ce fait nous semble très loin d'être prouvé.
2° Rameau thyro-hyoïdien. — Au niveau de la grande corne de l'os hyoïde on voit se détacher de la convexité de l'hypoglosse un nouveau rameau qui se dirige obliquement en bas, en avant et en dedans et qui va se terminer dans le muscle fhyro-hyoïdien (flg. .'523, 12).
3° Rameau génio-hyoïdien. — Il nait de la convexité du tronc de la douzième paire, un peu au delà du précédent, et va se perdre dans le muscle génio-hyoïdien.
Usages. — Le nerf grand hypoglosse est le nerf moteur de la langue ; il préside donc aux mouvements de cet organe et à l'articulation des sons. Dans ce dernier cas, les mouvements se font toujours bilatéralement et les deux nerfs entrent par conséquent en. action simultanément. Mais, d'autre part, nous possédons la faculté de mouvoir la langue dans un sens déterminé, à droite ou à gauche, et de ne contracter par conséquent qu'un seul muscle à la fois ; ce mouvement s'exécute après la mastication quand la langue va rassembler les parcelles alimentaires égarées dans la bouche. C'est précisément cette différence dans l'action des nerfs hypoglosses que l'on a cherché à expliquer par la différence d'origine des fdets de ces nerfs, filets dont les uns proviendraient du corps rhomboidal de l'olive et présideraient aux mouvements bilatéraux de l'articulation des sons, tandis que les autres auraient leur origine dans le noyaû spécial de l'hypoglosse et régiraient les mouvements de la langue en tant qu'organe de gustation et de déglutition.