CHAPITRE PREMIER
MUSCLES DU DOS ET DE LA NUQUE
Ces muscles se divisent en trois groupes : muscles superficiels, muscles de la nuque et muscles spinaux postérieurs.
ARTICLE I. - MUSCLES SUPERFICIELS (fig- 104, i)
Préparation. — Tendre ces muscles par un billot placé sous la poitrine, inciser la peau le long des apophyses épineuses depuis la protubérance occipitale externe jusqu'au coccyx ; faire tomber sur cette incision verticale trois incisions transversales : 1" la première allant de la protubérance occipitale externe à la base de l'apophyse mastoïde en suivant la ligne demi-circulaire supérieure; 2" la seconde allant de la septième vertèbre cervicale à l'extrémité externe de la clavicule ; 3" la troisième allant du coccyx au milieu de la crête iliaque. Immédiatement sous la peau on trouve le trapèze en haut et le grand dorsal en bas ; les disséquer en enlevant avec la peau une lame celluleuse mince qui les recouvre et y adhère intimement. Redoubler d'attention au niveau des insertions occipitales du trapèze et des insertions vertébrales du grand dorsal qui se font par des aponévroses minces. Isoler avec précaution le tendon du grand dorsal de celui du grand rond pour ne pas léser la bourse séreuse qui les sépare. Le rhomboïde est mis à découvert par l'incision du trapèze. Pour voir les petits dentelés supérieur et inférieur il faut inciser le rhomboïde et le grand dorsal, ce dernier dans sa portion charnue, en prenant soin de ne pas endommager l'aponévrose mince du petit dentelé inférieur.
Ces muscles larges, minces, élalés sur les parties postérieures et latérales du tronc et du cou, forment trois plans : 1» un superficiel, comprenant en haut le trapèze, en bas le grand dorsal ; 2» un moyen, constitué par le rhomboïde ; 3» un profond, formé par les petits dentelés et leur aponévrose.
MYOLOGIE
1° Trapèze (iig-. 104, 1)
Ce muscle, large, triangulaire, s'attache eu dedans aux apophyses épineuses des dix premières vertèbres dorsales et aux ligaments interépineux correspondants, à Vapophyse épineuse de la septième vertèbre cervicale, au ligament de la nuque, et en haut au tiers interne de la ligne courbe occipitale supérieure (fig. 25, VV). Ces insertions se font par des fibres aponévrotiques plus ou moins longues qui forment, à la hauteur des premières vertèbres dorsales, avec celles du côté opposé, un large ovale (2), et au niveau de ses insertions inférieures, un petit triangle aponévrotique nacré. De là, ces fibres convergent vers le moignon de l'épaule et vont s'attacher, les supérieures obliques en bas et en avant, au tiers externe du bord postérieur de la clavicule (fig. 29, D), les moyennes plus ou moins horizontales, au bord supérieur de l'acromion et de Vépine de Vomoplate (fig. 31, EE'), les inférieures obliques en haut et en dehors, à une aponévrose triangulaire qui se fixe à la partie interne de l'épine de Vomoplate, en glissant sur la surface plane, triangulaire de cette épine, dont elle est séparée quelquefois par une bourse séreuse.
Rapports. — Il recouvre les muscles profonds et en bas le grand dorsal ; en haut, il forme avec celui du côté opposé, une sorte de capuchon (m. cucullaris).
Nerfs. — Il est innervé par le spinal et par des rameaux des branches antérieures des troisième et quatrième nerfs cervicaux.
Action. — 1° Pris en totalité, il élève l'omoplate et porte le moignon de l'épaule en haut, eu arrière et en dedans. '2" Le faisceau cléido-occipital étend la tête, l'incline de son côté, et tourne la face du côté opposé ; s'il prend son point fixe a l'occipital, il élève la clavicule et peut concourir à l'inspiration. S" Les faisceaux qui vont à l'acromion et à la moitié externe de l'épine sont spécialement élévateurs de l'épaule et de l'acromion (action de hausser les épaules; muscle du dédain, du doute). 4" Les faisceaux inférieurs rapprochent l'omoplate de la ligne médiane et effacent les épaules. Quand les deux trapèzes agissent simultanément, la tête est étendue directement.
2° Grand dorsal (lig. 104, 3)
Ce muscle, très large {latissimus dorsi), couvre en bas la partie postérieure et latérale du tronc et s'attache en dehors et en haut à l'iiumérus.
Ses insertions fixes se font aux apophyses épineuses des six dernières vertèbres dorsales et de toutes les vertèbres lombaires, à la crête sacrée et au tiers postérieur de la crête iliaque (fig. 39, D), par une aponévrose triangulaire, large en bas (feuillet superficiel de l'aponévrose abdominale postérieure) ; à ces fibres se joignent des languettes charnues provenant de la face externe des quatre dernières côtes (fig. 28, B"). De là les fibres se portent en dehors en se ramassant vers l'angle inférieur de l'omoplate, le recouvrent, en reçoivent souvent un petit faisceau accessoire, et après s'être tordues sur elles-mêmes contournent le bord inférieur du grand rond (11), et constituent un tendon aplati qui se place en avant du tendon du grand rond, et va s'attacher au fond de la coulisse bidpilale de l'humérus (fig. 32, F). Entre les deux tendons se trouve souvent une bourse séreuse. Ce tendon envoie une expansion fibreuse à l'aponévrose bracliiale.
Nerfs. — 11 est innervé par une branche collatérale du plexus brachial.
Action. — t" Il abaisse l'humérus, et porte le bras en dedans et en arrière en lui faisant subir un mouvement de rotation en dedans (très faible d'après Duchenne), en vertu
Fig. 104. — ■ Muscles superficiels du dus et de la nuque (*J.
(*) 1) Trapôzc. — 2) Son ovale apon(5vrol.iquo. — 3) Grand dorsal. — 4) Son aponévrose. — o) Splénius. — 6) Grand complexus. — 7) Angulaire de l'omoplate. — 8, 9) Rhomboïde. — 10) Petit denteli; postérienr et supérieur. — It) Grand rond. — ii) Grand dentelé. — 13) Aponévrose du petit dentelé postérieur et inférieur.
— 14) Petit dentelé postérieur et inférieur. — 15) Aponévrose de la masse commune. — 16, 17) Muscles spinaux postérieurs. — 18) Grand oblique de l'abdomen. — 19) Espace triangulaire de Petit. — 20) Grand fessier.
— 21) Aponévrose du moyen fessier.
duquel sa face antérieure est tournée vers la ligne médiane. 2" Il abaisse le moignon de l'épaule en faisant tourner l'omoplate en sens inverse du trapèze ; il efface les épaules et redresse le tronc (position du port d'armes). 3° En prenant son point fixe à l'humérus, il peut élever les côtes (inspiration) et soulever le tronc (action de grimper).
3° Rhomboïde (fig. 104, 8, 9)
Ce muscle, losangique, mince, divisé en deux faisceaux, s'attache en dedans à la partie inférieure du ligament de la nuque et à Vapophyse épineuse de la septième vertèbre cervicale {petit rhomboïde, 8), et aux apophyses épineuses des cinq premières vertèbres dorsales, ainsi qu'aux ligaments interépineux correspondants {grand rhomboïde, 9). De là, ses fibres se portent obliquement en bas et en dehors, et vont s'attacher a.\ibord spinalde Vnmoplale (fig. 31, I),de la façon suivante : f°au niveau de l'épine par un faisceau distinct (petit rhomboïde) ; 2" depuis cette épine jusqu'à l'angle inférieur, tantôt directement à l'os, tantôt par une arcade aponévrotique longeant son bord spinal.
Nerfs. — II est innervé par une branche collatérale du plexus brachial.
Action. — Dans le premier temps de son action, il imprime à l'omoplate un mouvement de rotation par lequel son angle inférieur se porte en dedans, et le bord spinal prend une direction oblique en bas et en dedans. Dans un deuxième temps, il produit l'élévation en masse du scapulum (Duchenne). 11 est en outre fixateur de l'omoplate dont il applique le bord spinal contre le tronc.
4° Petits dentelés postérieurs (fig. 104).
Ces petits muscles, très minces, au nombre de deux de chaque côté, complètent la gaine des muscles des gouttières vertébrales.
1° Petit dentelé postérieur et supérieur (10).
11 s'atlaclie en dedans, par une aponévrose très mince, au ligament de la nuque, aux apophyses épineuses de la septième vertèbre cervicale et des trois premières dorsales et aux ligaments interépineux ; de là, ses fibres se portent obliquement en dehors et en bas, et vont s'attacher par quatre languettes charnues à la face externe des deuxième, troisième, quatrième et cinquième côtes, en dehors de l'angle des côtes (fig. 28, E').
2° Petit dentelé postérieur et inférieur (14).
Plus large que le précédent, il s'attache en dedans, par une aponévrose mince, aux apophyses épineuses des] deux dernières vertèbres dorsales et des trois premières lombaires; de là ses fibres se dirigent en haut et en dehors, en sens inverse du précédent, et vont s'attacher, par qualre languettes se recouvrant de haut en bas, au bord inférieur des quatre dernières côtes (fig. 28, F').
3° Aponévrose des petits dentelés.
Cette aponévrose, très mince, nacrée, assez résistante, tendue entre les deux muscles, s'attache en dedans à la crête épinière, en dehors à l'angle des côtes et s'enfonce en haut entre le petit dentelé supérieur et le splénius, pour se perdre entre ces muscles.
Nerfs. — Le petit dentelé supérieur est innervé par la branche du rhomboïde, l'inférieur par celle du grand dorsal ; tous les deux reçoivent en outre des filets des nerfs intercostaux.
Action. — Ils tendent l'aponévrose intermédiaire et forment une gaine de contention
MUSCLES DU DOS ET DE LA. NUQUE
pour les muscles spinaux. Leur action sur les côtes, surtout celle du petit dentelé supérieur, doit être à peu près nulle.