liaryngite œdémateuse; <Edèiiie du larynx
La lari/ngite œdémateuse est caractérisée par une infiltration séreuse ou purulente du tissu cellulaire, ou conjonctif, des replis aryténo-épiglottiques, de l'épiglotte et d'une portion plus ou moins étendue de Tintérieur du larynx. Rarement primitive, elle est prescjuc toujours consécutive. Dans l'état aigu elle résulte de la propagation de l'érysipèle (Lailler), de brûlures laryngées diverses, de la variole, de corps étrangers, de l'exten-^ sion d'un phlegmon de la base de la langue, etc. L'œdème vrai a été observé dans l'anasarque ; d'autres fois les laryngites ulcéreuses simples ou syphilitiques, tuberculeuses, cancéreuses, ont amené l'œdème laryngé. Sestier résume les causes en disant : que l'œdème est dû à fextension au larynx d'une maladie voisine, ou à l'exagération d'une maladie primitivement laryngée.
Cruveilhier a divisé l'œdème du larynx en sus-glottique et sous-glottique; ce dernier est beaucoup plus rare et exceptionnel.
La muqueuse inliltrée par le liquide de la laryngite œdémateuse laisse échapper, quand on l'incise, une sérosité rarement transparente, presque toujours un liquide louche, séro-purulent, parfois purulent et formant alors un abcès. Ce liquide n'est pas très-iluide et ne s'écoule pas facilement.
Je vais rapporter l'observation d'une laryngite œdémateuse à la fin d'une anasarque considérable, et, dans ce cas, le liquide infiltrant le larynx était séreux :
Femme, trente-deux ans, morte d'anasarque albuminurique à l'hôpital Necker, avec des accidents ultimes d'œdème de la glotte. Le larynx enlevé montre l'orifice supérieur du larynx gonflé et déformé : les replis aryténo-épiglottiques sont volumineux, arroiulis en bourrelet et rapprochés au contact l'un de l'autre, l'inspiration était empêchée, mais le renversement dans l'expiration était assez facile. L'épiglotle est épaissie surtout à sa base, le reste de cet organe est moins distendu.
. L'intérieur du larynx est gonflé sans aucune ulcération, la muqueuse est in-
LARYNX
filtrée, pâle et blanchâtre, les ventricules sont à peine marqués, les cordes vocales supérieures sont œdémaliées et les cordes vocales inférieures (glotte) sont elles-mêmes plus volumineuses, se touchant presque, d'une couleur grisâtre. La muqueuse au-dessous de la glotte, et même celle de la trachée sont œdématiées. Les tissus sont comme macérés, les cartilages et les. articulations à l'état normal, les muscles très-pâles.
Le liquide infiltrant le larynx est séreux, cependant il ne peut être entièrement exprimé des tissus par la pression du doigt. Examiné au microscope, il renl'erme des globules de pus, mais en petite quantité ; beaucoup de ces globules sont déformés, granuleux. Il y avait en outre un grand nombre de granulations protéiques et graisseuses de 1 à2 millièmes de millimètre z= 1 à 2 u.
J'ai observé chez un homme qui a succombé en arrivant à l'hôpital Saint-Antoine, pendant qu'on préparait à la hâte des instruments à trachéotomie, les lésions de l'œdème laryngée dû à des ulcérations tuberculeuses. Ce malade, qui toussait depuis longtemps, refusait depuis cinq jours d'être transporté à l'hôpital :
Homme, vingt-huit ans, apporté mourant à l'hôpital Saint-Antoine où il succombe avec un œdème laryngé. Après l'enlèvement du larynx, trente heures après la mort, je constate que l'épiglotte est très-gonflée, rougeâtre et globuleuse avec les bords un peu retournés. Les deux replis aryténo-épiglottiques sont trèsépais, rougeâtres et formant bourrelet, celui du côté droit encore plus épaissi que celui du côté gauche. Le larynx fendu montre à l'intérieur la muqueuse de la région sous-aryténoïdienne d'un rouge foncé, gonflée, surtout adroite. Les cordes vocales supérieures sont d'un rouge sombre et plus volumineuses, la droite principalement. Le ventricule droit est presque comblé par la,tuméfaction de la muqueuse. Les cordes vocales inférieures sont grisâtres avec des lignes rougeâtres fines. Au-dessous de la glotte la membrane muqueuse est d'un rouge peu foncé. Les giandules sont volumineuses et plus saillantes.
En plaçant le larynx sous l'eau, je trouve des ulcérations, I une de 5 millimètres de diamètre, assez profonde, est située en arrière, à droite, sous le ligament àryténo-épiglottique, une autre plus petite sur la corde vocale supérieure, une autre plus étendue, mais plus superficielle, occupe toujours à droite le ventricule de Morgagni et s'étend au-dessus de la corde vocale inférieure droite. Des exulcérations petites, limitées, se trouvent sur divers points à gauche aussi bien qu'à droite. Après avoir enlevé la muqueuse laryngée par une dissection fine et l'avoir placée sur une plaque de verre, je constate la présence de granulations tuberculeuses, mais peu nombreuses et visibles à contre-jour.
Le liquide renfermé dans les replis aryténo-épiglottiques et dans l'épiglotte est assez épais, louche, d'aspect séro-purulent ; il ne s'écoule pas après l'incisiim et, avec les doigts, on ne le fait pas sourdre facilement des mailles de tissu qui le contiennent. Les cartilages ne sont pas nécrosés. Il n'y a pas de liquide sous le périchondre qui est intact.
Au microscope, le liquide renferme beaucoup de globules de pus de diverses •
43^2 APPAREIL DE LA UESPIIîATION.
variétés, un grand nombre de gouttelettes de nature graisseuse et de granulations grisâtres. Des globules rouges du sang sont assez nombreux, ils ont leur forme ordinaire. Les poumons ont montré une tuberculisation au premier et au • deuxième degré, tant du côté droit que du eôté gauche. Les lobes inférieurs ne présentaient que des granulations éparses, le sommet gauche avait plusieurs petites cavernes.
L'œdème laryngé n'étant presque toujours qu'une complication deij nombreux états préexistants, les lésions que l'on rencontre dans le larynx sont très-variées. On a vu dans les observations précitées le bourrelet aryténo-épiglottique, souvent très-volumineux, et le gonflement de l'épig'iotte. Les cordes vocales peuvent être altérées, elles ont perdu leur aspect nacré, l'une d'elles est parfois ulcérée ou dentée en scie. Les tumeurs œdémateuses sus-laryngées sont demi-transparenles ou au contraire opaques, d'un blanc jaunâtre, ou rouges. Rarement le gonflement est unilatéral.
Le liquide est comme de la sérosité d'bydropisie (p. 895) ou un peu gélatiniforme, ou séro-purulent. Un abcès sous-muqueux, avec un liquide rougeâtre, peut se trouver dans le larynx des sujets morts d'œdèmc laryngé.
L'œdème atteignant la glotte proprement dite est excessivement rare. La sufîusion séreuse ou séro-purulente de la muqueuse laryngée, ordinaire-j ment sus-glottique, est due à l'œdème collatéral, à la stase sanguine qui sej produit autour des lésions ulcératives du larynx et dans les maladies diathésiques. La propagation d'inflammations voisines et surtout l'œdèmej généralisé étendu au larynx sont plus rares.
Thuim.ier, Essai sur l'angine laryngée œdémateuse. Paris, 1815. — Bayle, Mémoire sur] l'œdème de la glotte (.lournal de médecine, 1819). — Lisfranc, Mémoire sur l'angine laryngée! œdémateuse (Journal général de médecine, t. LXXXUl, 1823K — Bouillaud, Recherches et obser-j valions pour servira Fhistoirede l'angine œdémateuse (Archives générales de médecine, série,] t. VII, p. 174., 1825). — J. Cruveilhier, article Laryngite (Dictionnaire de médecine et dej chirurgie pratiques, t. XI, 1834). — Trousseau, Journal des connaissances médico-chirurgicales,! 1836. — Legroux, Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1839. — Valleix, Mémoire! sur Pœdème de la glotte (Mém. de l'Académie de médecine, t. XI, 184-5). — Delasiauve, De l'angine laryngée œdémateuse. Paris, 1845. — Laileer, De l'œdème du larynx, thèsi' de Paris,! n° 133, 29 juin 1848. — Sestier, Traité de l'angine laryngée œdémateuse. Paris, 1852. — Plessa,' De Pœdème du larynx, thèse de Paris, 1855. — Pitha, OEdema glottidis (Prager Vierteljahrschr., 1857). — DœuRiNG, lieitrag zur Kenntniss des OEdema Glottidis (Henle's Zeitschr., 1858). Merkl, Laryngitis œdematosa (Bay. iirztl. Intelligenzblatt, 18t!5). — BœLT, (Sldème ambulant non inflammatoire, etc. (Uecueil de mémoires de médecine militaire, 1870).
LARYNX