Syphilis laryngée
La sypbilis se montre dans le larynx avec des lésions diverses, mais le cbancre primitif n'a jamais été observé. Au début on trouve des altérations dues à l'érythème syphilitique ; plus tard la syphilis laryngée est caractérisée par des plaques ulcérées on non, des végétations et des érosions. A la période tertiaire appartiennent les syphilomes et les ulcérations profondes, à bords renversés et à contours dentelés ou sinués.
La plaque muqueuse se présente comme-une saillie arrondie, de couleur rose on ronge, mais jamais cuivrée, parfois opaline, d'autres fois exulcérée.
Les érosions ou les ulcérations légères de la syphilis oflVent au laryngoscope, des caractères assez nets : leur teinte est rouge sombre avec une aréole plus claire couleur de carmin ; elles ne sont pas recouvertes de bourgeons charnus volumineux, les bords sont épaissis et relevés, la forme est arrondie. Le fond des ulcérations profondes est bourgeonnant, le tissu sous-muqueux est épais et vascularisé. Le siège de prédilection des ulcérations laryngées est l'épiglotte qu'elles perforent ou détruisent.
Sur le cadavre, on constate des végétations mamelonnées et franiboisées prenant naissance autour des ulcérations et qui ont la forme de bourgeons charnus papillaires, très-développés.
Les gommes ou syphilomes sont constituées de petites nodosités comme un grain de millet, atteignant rarement jusqu'au volume d'un pois ; elles
laiîy:sx.
sont circonscrites et globuleuses, grisâtres (éruption papulo-tuberculeuse, Caisco). On en voit chez lesquelles la dégénérescence granulo-graisseuse a ili'jà commencé par les éléments cellulaires profonds, la substance inter-cellulaire devient muqueuse ou colloïde. Les dépôts gommeux apparaissent comme des traînées jaunes, ou comme des dépôts circonscrits, sous la muffueuse, dans les tissus fibreux, contre les cartilages qui s'altèrent, se nécrosent et s'éliminent. Des sténoses laryngées résultent de la syphilis Icrtiaire, à la suite de destruction des parties par la fonte des gommes. Les ulcérations cicatrisées, à la suite d'un traitement approprié, sont comlilées par im tissu conjonctif ou fibreux de formation nouvelle qui se rétracte etqui est recouvert parfois d'épithélium.
Sai'Ckhotte (de Lunéville), Rétrécissement du lai-ynx d'origine présumée vénérienne (Dull. gén. de thérapeutique, t. XLIII, p. 33, 1852). — Van Bl'REN, Syphililic disease of tiic Larynx ( American Medic. Times, New-Yorcii, 1860). — Gerhardt und RocH, Ueber syphilitische Erl<rank. liides Kelilkopfes (Allgem. Wiener medic. Zeitung, n° 52, 1861). — Favre, (Uironic Sypliilis ol' iitlie Larynx (Tlie Lancet, 1861j. — Gilewski, Végétations syphilitiques du larynx (Gaz. hobd. à de médecine et de chirurgie, 1861). — Dance, Eruptions du larynx dans la syphilis, thèse de ti; Paris, 1864. — KoHN (Em.), Wcitgreifende Zerstorung des Kehlkopfes in Folge von Syphilis fj (Wiener mediz. Presse, 1866). — Morgan, Syphilitic Affections of the Larynx (Med. Press and ijCircular. London, 1869). — Fiedler, Laryngo-pharyngostenosis syphilitica (Archiv der Heiltl kunde, 1871). — Ferras, De la laryngite syphilitique, thèse de Paris, n" 156, 1872. — Krisha- ■ BER et Mauriac, Des laryngopathies pendant les premières phases de la syphilis (Annales des « maladies de l'oreille et du larynx, t. I, 1875). — Isambert, Gommes syphilitiques de l'épiglotte .'i ; (Annales des maladies de l'oreille et du larynx, t. I. p. 400, 1875). — Cartier et Masson, Carie i syphilitique du larynx (Lyon médical, septembre 1876]. — • Isambert, De la syphilis secondaire ? dans le larynx, etc. (Annales des maladies de l'oreille et du larynx, p. 227, 1876). — Ch. Mau- : riac, Laryngopathies syphilitiques avec phlegmons périlaryngicns, etc. (Annales des maladies ' I de l'oreille et du larynx, p. 136, 1876). — J. Symian, Contribution à l'étude de la syphilis : laryngée tertiaire, thèse de Paris, n" 17, 1877.
Hyperhémie; Anémie; Hémorrhagie du larynx.
V hyperltémie laryngée se montre sous l'apparence d'un réseau vasculaire, étendu sur la surface de la muqueuse. Au laryngoscope, on voit ce réseau rose ou rouge ; les cordes vocales inférieures seules restent blanches, avec des stries longitudinales écartées.
La dilatation variqueuse des vaisseaux laryngés a été nettement observée.
j Vanémie de la muqueuse du larynx est fréquente, et elle est caracté- I risée par la pâleur générale de cette membrane. L'épiglotte est décolorée, presque aussi blanche que les cordes vocales. L'anémie laryngée est manifeste dans la chlorose et dans la phthisie pulmonaire, mais non précédée j de tubercules laryngés.
APPAREIL DE LA RESPIRATION
Lliémorrhagie du larynx n'est pas fréquente, la plus faible consiste en de petites extravasations sanguines, la plus forte en une infiltration des tissus (1). Le sang sorti des vaisseaux en petite quantité reste mélangé au mucus sur la surface liljre. Il est exceptionnel que les ulcérations fournissent une quantité de sang assez considérable pour constituer une •expectoration de ci'achats laryngés entièrement rouges ; ordinairement le sang forme des filets ou des stries colorées dans les cracbats pelotonnés du larynx.
Les thromboses des vaisseaux du larynx ainsi que les embolies capillaires ont été indiquées par Feltz, qui pense qu'elles peuvent donner lieu à de petites collections purulentes dans les fièvres typhoïdes et la septicémie.
Rétrécissement, Sténose, Oblitération du larynx.
Les rétrécissements du larynx peuvent être sus-glottiques, glottiques ou sous 'glottiques. Les r('trécissements par cicatrices, à la suite d'ulcérations syphilitiques surtout, ne sont point très-rares. Ceux qui proviennent de cicatrices à la suite de plaies (2), de fractures des cartilages (3), n'ont besoin que d'être indiqués, ainsi que les rétrécissements par compression d'une tumeur extérieure.
L'oblitération complète de la partie inférieure du larynx à la suite d'une plaie intéressant cette partie inférieure, et bien cicatrisée, est possible. Elle est, paraît-il, fréquente chez les chevaux auxquels on a pratiqué la trachéotomie et auxquels on a placé une canule : le larynx s'est par la suite oblitéré.
Cruveilhier rapporte l'observation suivante due à Reynaud, chirurgien- ■en chef de la marine à Toulon (4) :
Un liomme, condamné à mort par contumace, se coupe la gorge (mai 1821); j'inslrument tranchant avait divisé le cartilage cricoïde dans toute son épais-
(1) Landouzy, Infiltralion sanguine lanjngée (Bull, de la Soc. amt. de Paris, 2° série, t. XVI, p. 15, 1872).
(2) Grossmann, Du rétrécissement du larynx (Pester med.-chir. Presse, Band XII, p. 3'J, 1876). — DURET, Sur les i-étrécissements et les déformations du larynx (ArrMves de méd., p. 578, mai 1876).
(3) Gavasse, Essai sur les fractures traumatiques des cartilages du larynx, tlièse de Paris, 1859. — HÉNOCOUE, Histoire et critique des fractures tratimatiques du larynx (Gazette hebdom. de médecine et de chirurgie, n°» 39 et 40, 1868). -— Béchade, Fractures du larynx, etc. (Recueil de mémoires de méd. militaire, p. 432, mai 1870).
(4) Reynaud, Observ. sur une fistule aérienne avec occlusion complète de la partie inférieure dularynx. — J. Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale, t. II, p. 280, 1852.
LARYNX
scur, immédiatement au-dessous des cornes inférieures du cartilage thyroïde, et pénétré dans le pharynx qu'il avait traversé de part eu part. Vingt jours après, le hlessé commence à parler, mais sa voix est rauque, la respiration devient ( le plus en plus difficile à mesure que la cicatrisation de la plaie fait des progrès. H imagine d'introduire lui-même un petit couteau dans la plaie pour l'agrandir dans le sens de la cicatrice... la respiration se rétahlit. Plus tard, pour prévenir la suffocation le malade fabrique un tuyau de plomb, une sorte de canule ; enfin il meurt longtemps après au bagne de Toulon, le 20 juillet 1828.
Revnaud avait fait de nombreuses expériences qui l'avaient porté à conclure à l'occlusion du larynx, qu'il avait eu de la peine à admettre parce que cet homme parlait assez distinctement.
Voici les détails de l'examen du larynx : L'orifice supérieur est intact ; les cartilages aryténoïdes jouissent de toute leur mobilité ; les cordes vocales supérieures et inférieures et les ventricules sont également intacts ; la glotte est un peu rétrécie.
La cavité du larynx a été remplie de mercure et aucun atome de ce métal liquide n'a pénétré dans la trachée. Une cloison obture complètement le larynx au-dessous du cartilage crico'ide ; cette cloison est oblique de haut enbasetd'arlicre en avant. Reynaud l'a considérée comme formée dans les deux tiers antérieurs par les téguments et dans son tiers postérieur par la face antérieure du pharynx, qui est venue pour ainsi dire à la rencontre de ces derniers.
Cruveilliier fait remarquer que Reynaud en employant- l'expression de face ((nUvieure du pharynx a voulu désigner probal)lement la membrane muqueuse qui tapisse la face postérieure du cartilage cricoïde {loc. cit., p. 283).
Corps étrangers et parasites.
.\. Les corps étrangers arrivés dans le larynx par la bouche, ou ayant déjà pénétré dans les voies aériennes et remonté dans le larynx par un effort de toux, ne sont pas les seuls qu'on y trouve. Les projectiles tels que balles, fragments métalliques ou débris d'étoffes, lancés par la poudre ou introduits à la suite de blessures, s'y trouvent exceptionnellement. Il en résulte que la science possède un grand nombre d'exemples de corps étrangers du larynx, et plus encore de corps étrangers des voies aériennes ayant franchi la glotte.
î A l'occasion d'un corps étranger, constitué par un os de poulet fixé dans le larynx entre les cordes vocales et observé avec F. Guyon, j'ai proposé de diviser les corps étrangers laryngés en : i" corps étrangers susglottiques; a, vestibulaires, ventriculaires; 2° corps étrangers laryngés glottiques; 3° corps élrangers laryngés sous-glottiques ou cricoïdiens (1).
(1) A. Laboulbène, Des corps étrangers fixés dans le larijnx et de leur extraction {Bulletin de thérapeutique médicale et chirurgicale, t. LXXXUI, p. 145, avec fig., 1872).
448' APPAREIL DE LA RESPIRATION
Les corps étrangers les plus habituels des voies aériennes dont je vais donner la nomenclature une fois pour toutes sont, d'après F. Guyon (1) et par ordre de fréquence : les haricots secs, les noyaux de fruits, des fragments d'os, les pépins et graines de fruits, des fragments d'aliments, le morceaux de bois, les arêtes ou débris de poisson, des pièces de monnaie, des fragments d'écrevisses, des cailloux, des épingles, des clous, des épis ou débris de plantes graminées, des dents naturelles ou artificielles, une balle de plomb, un anneau de plomb, etc., etc. Les corps étrangers vivants sont des lombrics, des sangsues, un petit poisson, des larves de diptères, même une mouche d'après Sennert.
B. Parasites. — Rainey a trouvé de jeunes vers nématoïdes fix(3S dans le larynx et la trachée d'un homme (2). Les Ascarides et les Hydatides rencontrés dans le larynx étaient des helminthes erratiques.
Les parasites végétaux du larynx se rapportent, comme ceux de la trachée et des bronches, à divers cryptogames. Parrot a admis Voidium qui est exceptionnel.
Les spores et mycéliums des fausses membranes croupales ne me paraissent pas spéciaux et caractéristiques (V. Pharynx).
"Vices de conformation du larynx.
Le manque total du larynx n'a été observé que chez des monstres acéphales. La grosseur anormale est Irès-rare et la petitesse excessive plus fréquente, surtout chez des sujets où les testicules faisaient défaut. L'absence isolée de plusieurs parties cartilagineuses du larynx, ainsi que la grosseur, la déformation congénitale ou l'absence de l'épiglotte, sont notées plusieurs fois. La sténose et l'atrésie congénitales ont été constatées.
Meckel, Handbuch der pathol. Anat. I, p. 482. — Manifold, The Lancet, 1851. — Rossi, Mém. deTAcad. de Turin, vol. XXXIII, p. 168. — A. Foerster, Handbuch der pathologischen Anatomie, p. 311, 1863.
(1) F. Guyon, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 2" série, t. I, p. 696, 1868.
(2) Rainey, Entozoon found in the larijnx (Transactions of Ihe pathological society of London, vol. VI, p. 370, planclie xvii, fig. 1, 1855). -- C. Davaine, Traité des entoioaires, etc., t édit., p. 21, 1877.
TRACHÉE
SECTION III
TRAIHÉE
Les lésions trachéennes se confondent souvenl avec celles du larynx et des bronches; elles méritent d'être plus étudiées et examinées séparément.
Inflammations diverses de la trachée.
La trachéite aiguë, simple, existe rarement isolée ou localisée ; elle n'est presque toujours qu'une lésion concomitante d'une inflammation catarrhale de l'arbre aérien et survenue par propagation d'une laryngite ou d'une bronchite.
On voit alors une rougeur tantôt diffuse, tantôt piquetée ou tachetée par des ecchymoses ; la membrane muqueuse est plus épaisse, mais moins consistante ; le tissu sous-muqueux est toujours injecté ou même œdématié comme la muqueuse.
La surface de la muqueuse trachéenne est recouverte d'un mucus visqueux , renfermant un grand nombre de cellules épithéliales variables pour la forme, devenues arrondies ou vésiculeuses; beaucoup ont perdu leurs cils vibratiles. En même temps il existe un nombre assez considérable de leucocytes, ce qui rend le mucus opaque, avec des stries, des îlots jaunâtres, ou même uniformément d'une teinte d'un jaune un peu verdâtre dans les cas d'inflammation aiguë et très-forte.
Les inflammations diphthéritique, pseudo-membraneuse ou pseudhyménique de la trachée rappellent ce qui a été décrit pour le larynx (p. 425). Je donne (fig. 120) la figure d'une muqueuse trachéenne revêtue d'une fausse membrane, d'après Rindfleisch (1).
Les diverses inflammations varioleuse, morbilleuse, typhoïde, etc., de la trachée ressemblent de tous points aux inflammations pareilles du larynx et des bronches ; elles offrent les mêmes altérations.
La trachéite chronique est rarement isolée et, ainsi que les trachéites aiguës, elle s'étend sur une grande surface ou bien elle est limitée autour des néoplasmes, des corps étrangers, des perforations, des ulcérations. La
(1) E. Rindfleisch, Traité d'histologie pathologique, trad. Gross, p. 363, 1873.
4t50 APPAREIL DE LA RESPIRATION.
muqueuse épaissie offre des arborisations vascuiaires, une teinte grisâtre ou parfois rougeâtre, avec des places plus foncées et tenant à une pigmentation des tissus.
FiG. 120. — Coupe de lu niLuiuciise trachéale revêtue d'une faussi' membrane *.
Albers, De Traclieitide infatilum. Leipzig, in-8, 181G. — Bosgh, Die Luftriihreentzundung. Ulm, in-12, 1853. — Leichsenrini; (C.-D.), Entzuudungen der Luftrdhre, etc. Leipzig, in-8,
Ulcérations de la trachée, simples, tuberculeuses, syphilitiques, etc.
Les ulcérations âo la trachée peuvent-elles être simples? On conçoit que la chute du revêtement épitliélial dans le cours des laryngites, que l'érosion folliculaire, que le traumatisme, puissent en être la cause ; mais le plus ordinairement les ulcérations n'ont pas cette origine, elles sont dialhésiques ou bien elles se trouvent sur des néoplasmes en voie de destruction. Barth a décrit une bel exemple d'ulcérations existant seulement dans la trachée, sans tubercules pulmonaires, ni dans d'autres organes (1).
Les ulcérations qui se développent après la trachéotomie sont malheureusement assez fréquentes ; elles siègent presque toujours à la face antérieure de la trachée, rarement à la paroi postérieure. On les voit au-dessous de la plaie, à l'endroit où vient appuyer l'extrémité de la canule, et ces ulcérations se développent facilement quand le calibre de
* FiG. 120. — Section perpendiculaire à la muqueuse et à une fausse membrane de la trachée. a, couches profondes de la fausse membrane ; b, couche amorphe séparant l'épithélium du. chorion muqneux ; c, éléments embryonnaires ; (/, conduit excréteur d'une glande muqueuse, dont le produit de sécrétion soulève la fausse membrane. Grossissement, 600 diamètres. (E. Rindlleisch.)
(1) Barth, Mémoire, sur les vkéralions des voies aériennes {Archives générales de médecine, 3" série, t. V, p. 136, 1839).
TRACHÉE
celle-ci est étroit ou la couiburo vicieuse (1). Les trois degrés anatomiques de l'ulcération produite par la pi'ésence de la canule sont l'érosion, l'ulcération, la perforation (Henri Roger).
Le jeune âge y prédispose ; on a noté une influence épidémique. Il en est de même avec la trachéite antérieure, car la rigidité de la paroi antérieure est plus grande que celle de la paroi postérieure. Ce fait explique pourquoi, à la suite de l'ablation de la canule, il peut se faire un rétrécissement d'arrière en avant, la paroi postérieure de la trachée, flasque et mobile, ne se trouvant plus soutenue et semblant se rapprocher de l'antérieure.
Les ulcérations tantôt superficielles, tantôt profondes, plus ou moins ovalaires, de un à trois centimètres de diamètre, rarement multiples, peuvent perforer la trachée ; les anneaux sont coupés, et alors l'ouverture peut se trouver en rapport avec le tronc brachio-céphalique ; j'ai vu à l'Hôpital des Enfants une perforation de celui-ci et une hémorrhagie mortelle survenir. D'autres fois, il se produit un foyer purulent au-devant de la trachée ou bien il reste des rétrécissements consécutifs.
Les ulcérations tuberculeuses sont très-fréquentes. Avec les moyens actuels d'investigation anatomique, on peut reconnaître au début leur siège sur une granulation caséeuse, et même parfois des granulations grises autour de celle-ci. Plus tard, les ulcérations ont des dimensions variables ; elles ne sont plus taillées à l'emporte-pièce, elles ont la forme serpigineuse. Elles sont plus fréquentes à la partie inférieure qu'à la partie supérieure de la trachée (Louis) et quelquefois limitées au côté du poumon malade. Les petites ulcérations sont répandues uniformément sur toute l'étendue de la trachée ; mais les grandes existent surtout à la partie postérieure et entre les anneaux cartilagineux, ce que Louis expliquait par le séjour et l'irritation des crachats en ces points. La muqueuse entourant ces ulcérations est d'un rouge intense, le fond, revêtu d'un détritus d'aspect pseudo-membraneux, repose sur le tissu conjonctif sous-muqueux, qui est épaissi, induré, parfois décollé au loin. Les ganglions lymphatiques environnant la trachée sont tuberculeux à un degré marqué. Les ulcérations tuberculeuses peuvent perforer la trachée et causer des abcès . périphériques et des listules.
On a longtemps soutenu (Cayol, Louis) qu'il existe une phthisie trachéale ulcéreusî, indépendante de la phthisie pulmonaire ; trachéite ulcéreuse des tuberculeux. Il me paraît évident aujourd'hui qu'une tra-
(1) H. Rouer, Des ulcérations de la trachée-artère produites par le séjour de la canule après la trachéotomie (Arcliiv. gén. de médecine, 5° série, t. XIV, p. 5 et 175, 1859).
452 APPAItElL DE LA RESI'IIIATION.
chéile tuberculeuse coïncide presque toujours sinon toujours avec la tuberculose pulmonaire, dont elle n'est qu'une complication.
Les ulcérations syphilitiqiies ont leur maximum de fréquence vers le tiers supérieur de la trachée; elles commencent par des nodosités et même par de petites esehares noirâtres (Hawskins), à pourtour élevé, et formées par le tissu cellulaire épaissi ; la surface est couverte de végétations plus ou moins saillantes. L'étendue varie depuis celle d'une lentille, d'une amande, jusqu'à un pouce de diamètre; les cerceaux cartilagineux peuvent être amincis, détruits, la trachée perforée. Ces ulcérations ont une tendance marquée à se cicatriser, contrairement à ce qu'on observe chez les tuberculeux. Les ulcérations syphilitiques causent souvent des rétrécissements. Enfin les ulcérations syphilitiques se compliquent assez fréquemment de phthisie pulmonaire qui marche rapidement vers une terminaison funeste.
Néoplasmes de la trachée.
Les papillomes muYiîovmes onl éié observés sur la trachée. On a vu une végétation polypiforme, de la grosseur d'un pois, pourvue d'un pédicule très-court et présentant l'aspect d'un papillome muriforme (1). 11 consistait en un amas de gros bourgeons charnus, semblables à ceux qui se développent autour des tubes à drainage (Ranvier).
A la suite de la trachéotomie, on a trouvé, rarement il est vrai, des bourgeons charnus pédiculés développés au niveau de la plaie et produisant des accès de suffocation (2). La structure de ces productions est embryonnaire; elles sont composées de cellules et de noyaux embryoplastiques.
Les lymphomes trachéens sont secondaires et ont la forme de tumeurs aplaties.etsessiles (3).
Les enchondrornes et les ostéomes ont été plusieurs fois notés. Les anneaux cartilagineux de la trachée sont fréquemment calcifiés, et même ossifiés, chez les sujets âgés et chez ceux qui présentent des lésions profondes de la muqueuse trachéenne. Parfois les cartilages ossifiés sont unis entre eux par une soudure de production nouvelle. Les tumeurs cartila-
(1) Krishaber, Polype de la trachée, rapport par de Saint-Germain {Bulletin de la Société de chirurgie, S" série, t. IH, p. 109 et 110, mars 1874).
(2) E. BoucHUT, De la suffocation par végétation de la trachée après la trachéotomie (Gaz. des hôpitaux, 1874)
(3) Clark ( Andrew ) , Tumeur lijmphatique de la trachée (Drilish med. Journal, 2= série, 1873).
T HACHÉE
g'ineiises et ossifiées de la trachée sont presque toujours sessiles, quelquefois très-nombreuses (i), placées au bord ou sur la surface interne des cei'ceaux cartilagineux.
J'ai observé un fait de tumeurs cartilagineuses, calcifiées en partie, chez un homme mort à l'hôpital Necker :
Homme, cinquanle-huit ans, marchand des quatre saisons et buveur. Le larynx, ne présente que les signes d'une inflammation chronique sans végétation, ni tumeur cartilagineuse ou osseuse.
La trachée fendue en arrière montre, outre les signes d'inflammation chronique, de petites nodosités (fig. 121). Une saillie ovale, soudant ensemble deux
FiG. 1*21. — Trachée offrant à sa face inlerne de petites tumeurs cartilagineuses *.
cerceaux cartilagineux trachéens, est située un peu k gauche de la ligne médiane près de la petite tumeur arrondie c, et occupe la place du ligament intermédiaire.
(1) E. Lanceueaux, Traité d'anatomie patltologiqiie, t. I, p. 3-i5, fig. 110, 1875.
* Fig. 121. — Enchonciromes de la tracliéc et des bronches. 1, a, tumeur en saillie ovale; au-dessus d'elle sont deux autres saillies plus petites, b, d, et une autre inférieure, c. 2, coupe d'une de ces petites tumeurs montrant une substance homogène parsemée de cellules cartilagineuses agrandies, ayant deux (m, m), et plusieurs noyaux {n, \ on haut, cellules cartilagineuses normales, à un ou deux noyaux, o, o; on bas, petits amas de sels calcaires. Grossissement, 300 diamètres.
APPAREIL DE LA )t ES P 1 R AT 1 0 N .
La tuméfaction formant le relief le plus volumineux (fig. 121, l,a) est presque de la grandeur d'une baie de sureau, ovale; elle est placée sur un anneau cartilagineux ; sa base est sessile, elle adhère fortement, la muqueuse la recouvre, mais elle est amincie. Les autres saillies boutonneuses sont toutes moindres et au nombre de trois dans la trachée : deu'c supérieures {h, d), à celte première, et une autre inférieure (c). Déplus deux autres saillies, ou petites tumeurs, se trouvent côte à côte dans la bronche droite, une dernière au milieu de l'origine de la bronche gauche, sur le cartilage anguleux, presque au point de la bifurcation de la trachée (fig. 121, 1).
L'examen de ces petites tumeurs montre qu'elles sont formées par un tissu dur, élastique, résistant à la coupe. Sur une tranche mince placée dans de l'acide plcrique, on voit une masse homogène (fig. 121, 2) creusée de cavités et renfermant des cellules à double contour, pourvues de une ou plusieurs cellules, ces dernières ayant elles-mêmes un ou plusieurs noyaux. L'aspect de ces corpuscules ne laisse aucun doute sur le tissu qui les constitue et qui est du cartilage. Eu plusieurs endroits, il existe des points et des amas noirâtres et opaques, faisant effervescence avec les acides acétique, azotique ou chlorhydrique, et qui sont formés par des sels calcaires (fig. 121, 2).
Les épithéliomes trachéens ou les tumeurs cancéreuses de la trachée ne se sont pas primitivement développés dans ce conduit. Quand on observe des nodosités, ou des tumeurs ulcérées de cette nature, elles sont secondaires et liées à une néoplasie voisine et extérieure (i).
Dilatation et rétrécissements.
t. — Dilatation de la trachée.
Cette lésion a été peu étudiée ; on l'observe quelquefois chez les sujets qui ont été atteints de catarrhe pulmonaire chronique, il y a une dilatation hypertrophique qui ne nuisait pas à la respiration. Quand la dilatation morbide est très-marquée, le calibre de la trachée n'est plus égal : certains anneaux ont résisté et d'autres se sont dilatés, parfois irrégulièrement, de manière à former une courbe ovalaire; ces anneaux ont perdu leur élasticité, ils sont affaiséss, déformés, amincis et présentent des dilatations et des resserrements ; la trachée a un aspect noueux. Ces faits sont trèsrares chez l'homme, mais plus fréquents chez les chevaux poussifs.
La tracfiéocèle, ou goitre aérien (Larrey), est constituée par la hernie de
(l) OuLMoNT, Cancer de la trachée, com'presùon dxi nerf récurrent droit (Bull, de la Société mt. de Paris, 1875).
TRACHÉE. 455
la membrane muqueuse de la trachée à travers les cerceaux cartilagineux ; elle a été indiquée par Larrey et décrite par Albers, Basse et Rokitansky.
La tumeur était composée de deux lobes principaux, l'un fuyant à droite, l'autre à gauche. Il y avait eu hernie de la muqueuse à travers les anneaux ; la poche s'est agrandie peu à peu pour former une grosse tumeur aérienne, qui donnait les signes à l'auscultation d'une caverne pulmonaire, mais par la pression au niveau de l'insertion, les signes disparaissaient (1).