Pneumonies interstitielles; Scléroses piiiuionaircs
Les lésions de la pneumonie interstitielle, toujours chronique, ne sont pas constamment identiques; elles varient suivant les causes productrices, cependant elles ont un fond commun : c'est une multiplication des éléments des cloisons alvéolaires, qui deviennent fibreuses. De là, un épaississement avec induration du tissu conjonctif pulmonaire anormal, pigmenté, gris ardoisé ou noirâtre.
La pneumonie interstitielle est rarement généralisée k un lobe ou à plusieurs ; elle est le plus souvent partielle. Dans le premier cas, l'induration générale tient à une pneumonie aiguë passée à l'état chronique, ce qui est fort rare, et plus souvent à la pénétration par les bronches de poussières minérales ou végétales déposées dans le parenchyme. Dans le second cas, la pneumonie interstitielle localisée résulte de la tuberculose et de dépôts tuberculeux, elle entoure les bronches ectasiées, les excavations pulmonaires, les abcès guéris, les corps étrangers, etc.
La pneumonie lobaire se termine très-rarement par l'état chronique. On en a décrit trois formes : les hépatisations rouge, grise et jaune (1); toutefois il faut s'entendre sur ces dénominations, car ce ne sont point des
(1) J. M. Charcot, De la pneumonie chronique, thèse d'agrégation, 1860.
POUMONS
états anatomiques qui se succèdent comme dans la pneumonie aiguë, mais simplement trois aspects n'ayant aucun rapport de succession. La couleur rouge tient au sang" épanché dans les alvéoles; la couleur grise ou jaune à l'altération graisseuse des éléments.
Le volume du poumon est plutôt diminué qu'augmenté, le tissu est dur, ne crépite plus et résiste à une pression forte. La surface de section est souvent sèche ou peu humide, d'une couleur grise violacée, ou cendrée, ou jaunâtre. L'état granulé est peu visible.
Dans certains cas, au centre des portions indurées, on trouve des enduits ramollis, ulcérés, constituant des excavations vides ou remplies d'un liquide ichoreux, mais sans tuberculisation. Lorsque l'altération siège à la surface du poumon, on trouve des épaississements fibreux de la plèvre.
Sur des coupes vues au microscope, il est facile de constater que les cloisons inter-alvéolaires sont épaissies par des noyaux et des fibres de nouvelle formation. Presque toujours, il existe du pigment noirâtre dans les cloisons alvéolaires ; on trouve dans leur intérieur des corpuscules lymphatiques, quelquefois des hématies, de grosses cellules arrondies renfermant des granulations graisseuses et pigmentaires.
Dans les maladies du cœur, par suite de la répétition des poussées congestives, les éléments du tissu lamineux alvéolaire se multiplient : il en résulte des fibrilles nouvelles avec un épaississement, un aspect fibreux des cloisons inter-alvéolaires. Au microscope, on reconnaît du tissu fibreux disposé comme pour les travées normales, mais trèsépaissi : les alvéoles ont disparu par points, leur cavité ayant été envahie par suite de l'augmentation du volume des parois. De plus, on trouve de nombreuses granulations pigmentaires autour des vaisseaux alvéolaires.
Il est fréquent de voir, dans les hôpitaux de vieillards, une induration ou sclérose ardoisée des poumons. A côté de l'endurcissement scléreux, on remarque tantôt des vestiges d'infarctus, d'abcès anciens qui indiquent l'origine de la pneumonie chronique, tantôt des cavités à contenu caséeux ou crétacé. D'autres fois, ce sont des kystes arrondis ou cylindriques, ayant la forme d'une bronche dilatée, quelquefois même il y a continuité directe. D'une manière générale, le tissu est dur, noir, élastique, ne crépitant plus; la surface est calleuse, d'apparence cicatricielle, et la plèvre est le siège d'anciennes adhérences. Sur la coupe, on voit des cloisons épaissies, parfois calcifiées ou avec des masses ossifiées avec ostéoplastes ; les vésicules sont accolées, mais quelquefois elles sont dilatées , emphysémateuses et entourées de tissu fibreux.
APPAREIL DE LA RESPIRATION
La pneumoconiose anthracosique ou anthracosis est une pneumonie interstitielle qu'on trouve chez les ouvriers exerçant les professions de mineurs, de mouleurs en cuivre, etc., et occasionnée par les poussières charbonneuses. Les particules végétales du charbon engendrent d'abord la phlegmasie catarrhale des bronches, puis la pneumoconiose proprement dite, et finalement il survient des ulcérations avec cavernes pulmonaires. La lésion siège dans les deux poumons ; par la palpation, on sent des portions indurées, d'une consistance de caoutchouc et d'un noir intense. Sur la coupe, on voit des noyaux durs, dont le volume varie depuis une tête d'épingle jusqu'à celui d'une pomme d'api; ils présentent une surface unie, couleur noir d'ébène, parfois brillante, ou avec des marbrures. Le doigt, passé sur la section, est taché en noir ; le raclage ramène un liquide foncé ; le contenu bronchique est formé également par du mucopus noirâtre.
Plus tard, les noyaux indurés se ramollissent au centre, s'ulcèrent; il en résulte des cavernes ressemblant à celles de la phthisie pulmonaire ; autour de ces cavernes existe un tissu noir, induré, et le liquide purulent est également noirâtre; les bronches qui y confinent sont souvent aplaties, quelquefois même les parois sont adhérentes. On ne trouve aucune granulation tuberculeuse, et l'infiltration de cette matière noire est dissé-
FiG. 128. — Anthracosis pulmonaire par dépôt de poussière de charbon
minée dans les lobules pulmonaires. A côté d'un lobule non pigmenté, on en voit un autre noirâtre, de là un aspect particulier; souvent aussi les poumons sont emphysémateux. La surface pulmonaire au niveau des endroits atteints présente des sortes de cicatrices, résultat de la condensation et de la rétraction de la pneumonie scléreuse.
* FiG. 128. — Poussière de charbon déposée au milieu du poumon dans les cloisons alvéo- 1 aires, chez les malades atteints d'anthracosis. Grossissement 300 diamètres (E. Rindfleisch).
POUMONS
Au microscope, on voit dans les alvéoles des cellules arrondies de iO""°,009à9'°"",010 = 9 à 10 contenant des granulations noires ; ces cellules nagent dans un liquide offrant aussi des granulations arrondies ou inégales, et constituées par de la poussière de charbon, qui a pénétré dans les voies respiratoires. Ces grains, d'après Traube, ne peuvent pénétrer l'épithélium à cils vibratiles des bronches, mais ils se trouvent jusque dans les alvéoles après desquamation phlegmasique ; ils s'insinuent dans les cloisons alvéolaires (fig. 128), ou bien ils sont rejetés dans les crajChats. On constate de plus qu'ils passent dans la circulation lymphatique, car on trouve les ganglions bronchiques noirâtres et augmentés de volume, parfois même les ganglions du mésentère sont également teintés en noir dans l'intérieur.
Les cloisons alvéolaires sont épaissies, et le long des vaisseaux dans leur gaîne externe, on voit des amas allongés de poussière noire, entre les fibres lamineuses ou dans les cellules. Les bronches qui correspondent aux noyaux pneumoniques sont souvent oblitérées par une desquamation épithéliale ; plus rarement elles sont dilatées.
On connaît sous le nom de pneumonie sidérosique, ou sidérosis, les altérations du poumon qui surviennent chez les ouvriers qui travaillent le fer et l'acier : les particules des métaux, pénétrant dans les voies aériennes et les terminaisons alvéolaires, produisent les mêmes lésions que celles que je viens de décrire, mais la coloration des parties pulmonaires lésées est brunâtre, au lieu d'être noirâtre.
\\ Enfin, les ouvriers qui respirent des poussières siliceuses et sableuses, où dominent les particules de silice, sont atteints de pneumonie interstitielle. La démonstration de la pénétration de ces poussières a été faite par les analyses de Kussmaul et Schmidt. Les portions altérées des poumons
j sont denses, jaunâtres, et peuvent offrir des cavernes, mais il n'existe
j point de granulations tuberculeuses proprement dites.
Chez les nouveau-nés syphilitiques, on trouve une pneumonie interstitielle disposée en nodules : le tissu est d'un blanc jaunâtre, lisse à la coupe, dense, résistant, congestionné à la périphérie. Au microscope, les cloisons sont épaissies mais insufflables, et remplies de jeunes éléments; les cavités vésiculaires ont diminué de capacité et présentent les
j éléments épithéliaux dont plusieurs desquames offrent des granulations
I graisseuses.
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Gangrène pulmonaire.