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LIVRE TROISIÈME

APPAREIL DE LA CIRCULATION

La circulation, rudimentaire ou incomplète dans beaucoup d'animaux, est complète chez l'homme. Elle a pour agents : un cœur musculeux, des vaisseaux artériels amenant le sang aux organes et des vaisseaux veineux qui le ramènent au cœur. Les altérations de l'organe central d'impulsion frappent les fibres charnues et les deux membranes interne et externe. Les artères, les veines, les lymphatiques sont dilatés, rétrécis ou fermés par des modifications morbides de leurs parois, ou par des causes diverses d'obstruction. On voit sur ces vaisseaux le type des lésions de canalisation, suivant l'expression de Cruveilhier.

SECTION PREMIÈRE

MYOCARDE, ENDOCARDE, PÉRICARDE.

Le cœur, envisagé dans son ensemble, représente une cavité multiloculaire, formée de trois tuniques ou couches, placées l'une sur l'autre et comme emboîtées. La couche moyenne est fondamentale, très-épaisse, musculaire : c'est le myocarde. La couche interne, continue avec celle des vaisseaux qui se rendent au cœur et qui en partent, se replie en revêtant des valvules : c'est ï endocarde. La troisième couche, ou tunique, est extérieure, enveloppante : c'est le péricarde. Chacune de ces couches, analogues à celles constituant les vaisseaux eux-mêmes, a des altérations anatomiques spéciales.

Inflammations diverses du myocarde.

■ • — niyocardite aiguë parenctayniatcuse; diffu^ic et limitée.

L'inflammation aiguë du myocarde ou myocardite aiguë n'est pas encore connue d'une manière complète. La fibre musculaire striée du

cœuR.

cœur, douée d'une contraction brusque et non volontaire, ne serait pas susceptible pour quelques auteurs de subir une inflammation parenchymateuse ; elle devient graisseuse par compression ou par le fait d'une intoxication gi-nérale (Cornil et Ramier) (1). D'autres admettent la possibilité et la réalité de l'inflammation de la fibre musculaire cardiaque, et je suis de ce nombre. Chez des sujets morts de maladies aiguës : variole, fièvre typhoïde, rhumatisme avec mort subite, j'ai trouvé les libres cardiaques altérées, légèrement il est vrai, mais sûrement altérées. Dans d'autres cas, sous le péricarde et l'endocarde malades, la fibre musculaire ne m'a point paru atteinte d'une manière saisissable, et cependant elle devient très-friable, cassante, à la manière des muscles des animaux articulés (insectes) conservés depuis longtemps dans l'alcool. Dans ces circonstances, il n'y a pas inflammation propre de la cellule fibre, mais une fragilité considérable {i), sans toutefois qu'elle se ramollisse ou devienne segmentée, comme dans la dégénérescence vitreuse des muscles striés (voy. Muscles).

J'admets donc une myocarcUte parencliymateuse aiguë, tantôt diffuse, c'est-à-dire envahissant une grande partie des fibres musculaires cardiaques, tantôt limitée on partielle. L'observation suivante se rapporte à la myocardite parenchymateuse diffuse :

Homme, vingt-sept ans, mort subitement à l'hôpital Saint-Antoine, dans le cours d'une variole, après la période de suppuration (observé avec Paul Lorain).

jjAucun organe lésé ne pouvait à première vue expliquer la mort; le cerveau, les viscères thoraciques et abdominaux étaient indemnes; il n'existait pas de

rupture vasculaire. Le cœur, assez gros, mais non hypertropliié, pesait :273 gr.

laprès avoir été vidé des caillots sanguins grumeleux qu'il renfermait. Le

[tissu, d'un brun violacé, était lisse sur la coupe et , quoique dur, malgré la fermeté du myocarde, il était extrêmement facile à rompre ou à déchirer; les

I "fibres ne résistaient pas. Les vaisseaux coronaires étaient dilatés, et une parlie du tissu musculaire placé sous l'eau présentait des ecchymoses manifestes sous forme de points noirâtres ou violacés. A l'aide du microscope, sur des portions fraîches et par dilacération, les fibrilles musculaires étaient inégales, gonflées, larges de 3 à 6 et 7 p., la striation transversale avait disparu. Des granulations extrêmement fines de 1 à 2 se trouvaient dans l'intérieur du sarcolemme. De plus, presque toutes les fdjres

(\) V. CoRNiL et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, 2= série, p. 515, 1873.

(2) Au moment de donner le bon à tirer, je me plais à citer le travail communiijué par Renaut a la Société de biologie (14 juillet), et à en faire ressortir l'intérêt. Renaut fait voir que dans les cœurs faussés à la suite de lésions vasculaires et dans les inflammations interstitielles, les fibres cardiaques ne sont pas altérées en elles- mêmes, elles sont fragmentées. Le ciment irUcrcolkiioribrillaire est atteint, ramolli èt rensemble des fibres a perdu sa cohésion. De là un état i'asystolic, un empêchement de contraction rhythmique.

APPAREIL DE LA CIRCULATION

étaient fendues en travers par des fissures, ou par des cassures, plus ou moins profondes. Par l'action de l'acide acétique, les granulations disparaissaient; la substance musculaire était gonflée et les fissures ainsi que les sections transversales complètes étaient des plus évidentes. Nous avons attribué, avec Lorain, à cette altération cardiaque la mort subite du malade.

J'ai encore observé la myocardite parenchymateuse circonscrite ou partielle, caraclérisée par la formation de foyers limités, un peu saillants et siégeant d'ordinaire sur le ventricule gauche du cœur, à la pointe et sur la pai^oi antérieure. Ces foyers ont été trouvés aussi à la base de la paroi postérieure du ventricule, ou dans la paroi ou cloison interventriculaire, près de la valve antérieure de la valvule mitrale.

Dans cette forme de myocardite, le tissu musculaire est hyperhémié fortement, d'un rouge sombre, et inliltré par une exsudation séro-albumineuse, parfois hémorrhagique. |

Les fibres musculaires sont tuméfiées, sans striation transversale, gonflées par une matière albuminoïde trouble, granulée, qui s'éclaircit par l'addition de l'acide acétique. Sur des foyers plus anciens de myocardite localisée, on trouve sous la séreuse péricardique des portions décolorées : les fibres musculaires très-friables sont devenues graisseuses, ou bien la substance contractile étant résorbée, on ne voit plus que des tubes vides, ou sarcolemmes, affaissés et presque sans contenu.

Femme, soixante-deux ans, succombant à une pleuro-pneumonie droite avec épanchement léger du côté droit seulement. Le cœur est revenu sur lui-même,, et il pèse 370 grammes. On aperçoit sur le ventricule gauche une plaque un peu élevée, parallèle a la base, large de 2 centimètres, longue de 4 environ,, et d'autres plaques plus petites situées plus bas, en arrière de la base, toujours sur le ventricule gauche. Ces plaques offrent une teinte foncée, visible à travers le péricarde. Celui-ci étant enlevé, le myocarde est manifestement épaissi et gonflé.

A la coupe, on trouve le tissu des plaques plus foncé, lisse, formant une sorte' de noyau brunâtre au milieu des fibres charnues du cœur, et s'étendant nettement dans une étendue variable, mais ne pénétrant pas jusqu'à l'endocarde;: ce tissu des plaques est plus dur sous les doigts qui le pressent, il n'est point infiltré de sérosité, mais il est cassant, friable, très-facile à déchirer. De plus, de petites hémorrhagies sont visibles à la loupe sur la coupe lisse et imbibée d'eau.

Avec le microscope, les fibres musculaires des parties brunes et saillantes apparaissent gonflées, plus larges que celles des autres points du myocarde pris pour comparaison ; la -striation transversale n'existe point ou n'est pas apercevable. De plus, une grande quantité de granulations protéiques, extrêmement fines, se trouvent sous le sarcolemme, soit sous forme de groupes, soit isolées.

cœuR.

L'acide acétique rend ces détails très-nets et dissout les granulations. Les fibres musculaires sont fragmentées sur plusieurs points.

Après macération dans l'alcool et sur des coupes minces, les altérations précédentes sont apercevables ; le volume ainsi que la striation des fibres saines, comparés au gonflement et à l'apparence non striée des fibres tuméfiées, trèsfinement granuleuses, sont manifestes.

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