‹ Nouveaux éléments d'anatomie pathologique, descriptive et histologiqueChapitre 149 sur 317 · Endocardite ulcéreuse · texte numérisé non relu

Endocardite ulcéreuse

L'endocardite ulcéreuse est caractérisée par des pertes de substance qui surviennent après la destruction et la fonte granulo-graisseuse des

* FiG. 150. — Coupe d'une végétation près du bord libre d'une valve de la valvule mitrale. ■a, couche supérieure de l'endocarde; a' couche inférieure; b, couche moyenne hyperhémiée; c, végétation de la couche supérieure; d, dépôt fibrineux. Grossissement 10 diamètres. (E. Rind- Jleisch.) •

cœuR.

parties atteintes d'une inflammation à marche rapide. Le détritus est entraîné, par le cours du sang, dans le système artériel ; il reste une surface inégale, irrégulière, une ulcération, en un mot, variable en étendue et en profondeur, située dans divers points de l'endocarde.

Le microscope montre sur une coupe de la portion ulcérée, la destruclion réelle de l'endocarde, et sur les portions restantes des cellules I embryoplastiques ou des éléments granulo-graisseux, parfois du pigment, des globules du sang. J'ai observé un beau fait d'endocardite ulcéreuse à l'hôpital Necker (1) et il a servi pour la thèse d'un de mes élèves :

Homme, viiigt-lrois ans, rhumatisant, venu d'un service de 'chirurgie, succombant dans un état typhoïde, adynamique. Autopsie vingt-sept heures après la mort. Cœur notablement hypertrophié, non surchargé de graisse. Parois du ventricule gauche épaissies et cavité des deux cœurs augmentée. Tissu cardiaque pâle.

Dans le ventricule gauche, endocarde des parois et des colonnes charnues d'une teinte pâle avec de légères marbrures. Valvule initrale rugueuse, épaissie sur ses deux faces et au niveau de son bord libre. Orifice aortique insuffisant, avec un état polypeux et irrégulier des valvules sigmoïdes : deux d'entre elles sont légèrement épaissies, à surface rugueuse et avec des granulations blanchâtres sur la face inférieure ou ventriculaire. Au-dessous de la troisième valvule sigmoïde existe une surface végétante, anfractueuse, mesurant trois centimètres de large sur deux de haut. Cette surface présente, au niveau même de la valvule, une large dépression, bordée de végétations blanchâtres et molles. La sigmoïde elle-même est détruite dans toute sa portion adhérente ; il ne reste plus que son bord libre , transformé en une corde épaisse et rugueuse , et qui forme comme un pont entre la cavité ventriculaire et la cavité de l'aorte. Cette large surface, ulcérée et végétante, a un fond granuleux qyi répond à la paroi interventriculaire. La portion ulcérée s'étend jusqu'à la valvule mitrale, présentant une surface entrecoupée de tractus végétants faisant saillie dans le ventricule gauche et se prolongeant sur le bord adhérent de la valvule mitrale .dédoublée en un point.

I Le fond de la dépression est intundibuliforme et un stylet qui y pénètre arrive 'dans une cavité de la paroi interventriculaire : le fond occasionne une saillie

mamelonnée dans le ventricule droit, près du bord adhérent de la valvule tri-

cuspide.

1 Dans le cœur droit, une valve de la tricuspide est rouge et épaissie à son bord lilibre. Le reste des cavités droites est d'une teinte pâle générale, sans rugosités ni marbrure.

L'aorte est lisse, avec quelques traînées rosées et un tractus blanchâtre auidessus de la coronaire antérieure. Les parois ne sont pas épaissies; le calibre n'est pas accru.

(1) G. Caubet, Des affections ulcéreuses du cœur dans les maladies graves, thèse de Pari;;. 1872, p. 99.

APPAREIL DE LA CIRCULATION

L'examen au microscope a fait constaler que toutes les parties d'aspect végétant, correspondant à la portion ulcérée, sont formées de fibrine. Les fragments de la valvule sigmoïde qui restaient sont envahis par une multiplication de cellules et de noyaux embryonnaires. Le plan supérieur de la valvule est le plus atteint, le plan inférieur l'est néanmoins à un degré notable et plus avancé que dans les cas de ce genre.

Le myocarde est en dégénérescence granulo-graisseuse. L'altération est disséminée et marquée surtout dans les parties les plus pâles, formant des marbrures sur le ventricule gauche. La striation des fibres a disparu, elle est remplacée par un état granuleux, très-manifeste. Les fibrilles sont atteintes tantôt par groupe, tantôt isolément et dans une portion plus ou moins grande de leur longueur.

Aucun infarctus dans les viscères. Poumons congestionnés; hépatisation rouge, limitée dans le poumon gauche, à la partie inférieure et externe du lobe supérieur.

Le danger de l'endocardite ulcéreuse consiste, à la fois, dans l'ulcé

ration pouvant perforer les tissus cardiaques et la pénétration dans le

sang de particules ramollies, très-fines, arrivant par les artérioles jus- ;

qu'aux capillaires, et donnant lieu à des embolies. .

Boun.LAUD, Traité clin, des maladies du cœur, t. Il, observation 87, p. 90, 1841. — J.-M. Char- >• COT, Mémoires de la Société de biologie, t. III, p. 190, 1851. — W. Senhouse Kirkes, Eilin- f| burgh med. and surg. Journal, t. XVIII, 1852. — J.-M. Charcot, Mémoires de la Société de |,l biologie, 2' série, t. Il, p. 215, 1855. — Charcot et Vulpian, Note sur Tendocardite ulcé- I reuse , etc. (Mémoires de la Société de biologie, 3" série, t. III, p. 205, 1861). — E. LANCE- i| REAUX, Recherches anat.-path., etc., pour servir à l'histoire de l'endocardite suppurée et de «, l'endocardite ulcéreuse (Mémoires de la Société de biologie, 2= série, t. IV, 1862j. — Vast, De l'Endocardite ulcéreuse, thèse de Paris, n° 199, 1864. — OEdmansson, Contrib. à l'histoire de l'endocardite ulcéreuse (Dublin niedic. Press, 1865). — Martineau, thèse d'agrégation, 1866.— BuTAUD, Étude sur l'endocardite ulcéreuse, thèse de Paris, n» 135, 1868. — Bumke, Die acute ; ulcerôse Endocarditis. Berolini, 1868. — Boursier, Endocardite ulcéreuse (Journal de méd. de (' Bordeaux, 1868). — G. Caubet, Des affections ulcéreuses du cœur dans les maladies graves, f thèse de Paris, n° 358, 1872. — Lancereaux, De l'endocardite végétante ulcéreuse (Arch. gén. i de méd., juin 1873). — Hirtz, Endocardite ulcéreuse, etc. (Bulletins de la Société anat. de ! Paris, p. 21, 1875). \

Page 1