Péricarditc aiguë, flbrineusc. jMÊ
L'inflammation aiguë du péricarde, oupéricardite aiguë, survenant dans ij le rhumatisme articulaire surtout, dans la pneumonie, les fièvres érup- î; tives, les néphrites albumineuses, etc., est générale ou partielle. Dans la péricardite aiguë généralisée, les deux feuillets entiers du péricarde vis- J céral et pariétal sont atteints ; dans la péricardite partielle, les lésions ^! sont limitées à la base du cœur, à la naissance de l'aorte et des gros ! vaisseaux.
On ne constate que rarement dans une autopsie le début de la péricar^S dite. Les lésions sont alors caractérisées par une dilatation des vaisseaux ij capillaires séreux et sous-séreux, par des ecchymoses. La surface du péri-i; carde est dépolie, sèche, poisseuse, épaissie, plus friable et elle est.; revêtue d'un léger exsudât fibrineux. |
Homme, vingt-quatre ans, mort à l'hôpital Saint-Antoine de péritonite suraiguë avec péricardite commençante. Autopsie pratiquée vingt-six heures après* la mort. A l'ouverture du thorax, le cœur ne paraît pas plus volumineux que de!i coutume. Les poumons sont à peine congestionnés, pas d'épanchement pleuré- | tique ahondanl, mais plèvres poisseuses. Le péricarde étant fendu et le cœur j mis à nu, on voit que la séreuse, tant sur la portion pariétale que sur la portion j cardiaque est devenue dépolie, rugueuse, poisseuse aux doigts, et offre par places ' des épaississements mollasses. On ne peut, avec la pince, enlever que des frag- j ments de ce tissu plus épais, mais plus ramolli qu'à l'état normal. Les lésions sont très-marquées partout, mais plus accusées à la surface dorsale du ventricule droit en avant et sur le ventricule gauche en arrière. De plus, sur un grand ; nomhre de points, la séreuse offre de petites ecchymoses sous-séreuses et les vaisseaux capillaires sont irrégulièrement dilatés. Pas d'épanchement péricardique, à peine 20 à 30 grammes de sérosité.
Examinés au microscope, les points épaissis montrent les fihres lamineuses et élastiques, en un mot, les faisceaux du tissu conjonctif péricardique plus épais, plus gonflés. 11 en est de même pour les cellules du tissu conjonctif ou lamineux, devenues irrégulièrement spliériques, dont le noyau est plus volumineux
CŒUR
it le contenu rempli de granulations protéiques, s'éclaircissant ou disparaissant
musculaires ont toutes leur striation.
i Sur les endroits où existe un exsudât, celui-ci est enlevé facilement ; au-dessous le péricarde est intact. Les parties constituantes de l'exsudat sont des fibrilles tle fibrine et un grand nombre de cellules épithéliales dont la forme est changée, par elles sont devenues plus grosses, d'autres sont couvertes de granulations p'aspect graisseux.
Le liquide citrin et assez épais renferme un grand nombre de cellules épithéliales desquamées.
I Dans ce fait de péricardite, sans épanchement abondant, ou sèche, j'ai Iponstalé les altérations les plus nettes du tissu du péricarde à l'état d'in-
Ilammation aiguë : chute de l'épithélium, distension congestive des vaisleaux séreux et sous-séreux, petites hémorrhagies , épaississement et Viabilité plus grande du tissu péricardique. Les cellules péricardiques sont
ttlus épaisses, plus gonflées. Les faisceaux lamineux et élastiques ont eurs fibrilles augmentées de volume, séparées par une matière glutineuse, et il existe entre eux une grande quantité de granulations moléculaires.
Dans le fait suivant, l'exsudation fibrineuse est des plus manifestes (voyez figure IS^). Ici comme sur la plèvre, on trouve une couche fibrinogène, qui s'est coagulée en se déposant sur les deux feuillets du péricarde, surtout viscéral. Les mouvements du cœur déterminent dans l'exsudat des enfoncements alvéolaires et des saillies remarquables de cet enduit, d'où la dénomination des anciens anatomistes : cor villosum. Les saillies et les villosités plus ou moins longues ont été comparées à celles de la langue du chat, à l'aspect que laisse une couche de beurre placée entre deux assiettes ou deux surfaces planes et séparées brusquement, ou encore à la réliculation des gâteaux des abeilles. Les altérations dans cette seconde forme portent plus profondément que dans la première ; les fibres musculaires sont altérées ainsi que l'endocarde.
La quantité faible de liquide épanché a fait désigner cette forme de péricardite aiguë, fibrineuse, sous le nom de péricardite sèche et c'est avec elle qu'on entend, dans la région péricordiale, les bruits de frottements du cœur rapprochés de l'oreille et si caractéristiques.
Homme, vingt-huit ans, mort de rhumatisme avec péricardite aiguë et avec des phénomènes cérébraux, à l'hôpital Necker. Le cœur est volumineux ; le sac péricardique, placé entre les poumons, n'est pas très-flucluant ; à l'ouverture, il s'écoule un liquide séro-puriforine d'un blanc jaunâtre.
APPAREIL DE LA CIRCULATION
Les deux feuillets du péricnrde, épaissis, sont entièrement recouverts d'une exsudalion fihrineuse, papilliforme el jauncàtre, mollasse, d'un aspect villeux et tomenteux (cor villosum, fig. 154). Ces surfaces étaient baignées par le liquide interposé, mais qui ne les écartait pas beaucoup. A la partie supérieure, à la base du cœur et des vaisseaux, sur le dos du cœur, de nombreux tractus allongés vont d'un point à l'autre et cloisonnent ainsi le liquide (fig. 154). La quantité de celui-ci est assez exactement de 200 grammes.
FiG. 15i. — Péricardite aiguë *.
Les exsudations des feuillets péricardiques sont enlevées assez facilement, | elles sont mollasses et laissent, au-dessous, le péricarde visible, mais plus gonflé | et opaque. Une coupe pratiquée sur un grand nombre de saillies et de prolon- ' gements fait voir que ceux-ci ne résultent pas de bourgeonnement du péricarde, i Sur des coupes minces, après durcissement dans l'alcool et le liquide de Mùller, | on ne trouve pas de fibres lamineuses, ni de vaisseaux, ni de corps embryoplas- i tiques dans les saillies ou prolongements. Il n'y a que de la fibrine, des cellules \ d'épitliélium et des leucocytes. |
Le liquide renferme une grande quantité de leucocytes, j'y reconnais de plus et facilement des cellules péricardiques épilbéliales, déformées, couvertes de granulations graisseuses. i
Les fibres du myocarde sous-jacent sont altérées. Beaucoup de faisceaux ont une striation peu marquée ou indistincte, d'autres sont envahis par des granulations protéiques.
* Fig. 154. — Aspect du cœur dans la péricardite aiguë fibrineusn (cor villosum). a, aorte; p, p, péricarde pariétal étalé, recouvert do petites saillies fibrineuses, ayant l'apparence fdamenteuse et tenant au péricarde par des prolongements; c, pointe du cœur. Demi-nature.
cœuR.
j L'endocarde est enflammé. La valvule mitrale est le siège de végétations, que le n'ai pas pu constater sur le péricarde.
Les dépôts fibrineux, dans la péricardite, aiguë sont très-variables. Parrois il n'y a que de légers flocons, mous , grisâtres et minces, mais à un tiegré extrême, le péricarde est recouvert d'une couche épaisse de 1 à
p centimètres, d'une consistance presque charnue. L'aspect des saillies a fait donner les noms de cor villosum, hirsulmn, tomentosum, reliculomm ; les fausses membranes tantôt jaunâtres, si les leucocytes sont abondants, ou rougeâtres dans les cas où des hémorrhagies se produisent, sont rès-remarquables. Le cœur est quelquefois emboîté dans les pseudhyjnènes; la base du cœur et l'origine des gros vaisseaux sont perdues dans Hqs couches épaisses de formation nouvelle. Les pseudhymènes sont parois réticulées sur une place, étalées sur une autre, allongées ailleurs.
Les pseudo-membranes cardiaques donnent bien moins souvent lieu 'i des adhérences que celles delà plèvre, leur enlèvement laisse ordinairement le péricarde à nu, sans végétations ni granulations manifestes. Je jme suis assuré pourtant qu'il n'en est pas constamment ainsi et j'ai constaté des végétations légères du péricarde, coiffées des produits fibrineux, ikinsi que ie l'indique dans l'observation suivante :
I Homme, trente-huit ans, ayant en six attaques de rhumatisme, mort, à l'hôpital Necker, d'endo-péricardite. A l'ouverture du thorax, le cœur paraît de suite plus volumineux. Le péricarde, fendu, ne se sépare pas du cœur avec facilité; il adhère faiblement, mais il y est accolé par des productions déposées à sa Surface, sur le feuillet pariétal et plus encore sur le feuillet viscéral. La disposition de ces productions est celle de sailhes et de petites dépressions alterna- ^tives, de prolongements papilliformes, offrant des reliefs entre-croisés à la manière des alvéoles d'une ruche. Plusieurs points, sur le dos et près de la pointe du cœur, ont plus de longueur et sont rompus, ils ont une cassure assez nette et non frangée. Ils ne se détachent pas du péricarde en laissant ce dernier nettejment apercevable au-dessous.
I Le microscope fait constater, sur des fragments durcis, un exsudât fibrineux fcomposé de fibrilles entre-croisées, larges de 1 1/., ou disposées en séries, un igrand nombre de leucocytes à noyaux et granuleux, ayant 9 à 10 [x en moyenne, plus des cellules péricardiques, déformées pour la plupart, larges de 12 à 15 p., | à noyau épais, parfois segmenté. Il y a beaucoup de granulations moléculaires et de graisse. Le tissu cardiaque sous-jacent est altéré, les fibres musculaires ont perdu leur striation, quelques-unes sont granulo-graisseuses.
Les pièces durcies permettent non-seulement de constater les particularités précédentes, mais, de plus, la production de petites saillies mamelonnées, c'està-dire de végétations de tissu péricardique propre, connectif, et avec des cellules et des noyaux embryoplastiques ; ces petites saillies sont coiffées de l'exsudat fibrineux. Le tissu sous-séreux est rempli de leucocytes et de noyaux erabryo-
APPAREIL DE LA CHICULATION
plastiques, ainsi que de granulations moléculaires. L'endocarde est très-altéré. La valvule niitrale est déformée par des rugosités calcifiées placées sur les bords et les valvules sigmoïdes sont dures, parcheminées, l'une d'elles est verru- ' queuse. L'aorte est parsemée de plaques jaunâtres, athéromateuses.
hapéricardite aiguë ne s'arrête pas assez souvent à la période d'exsudation fibrineuse concrète et elle s'accompagne d'un épanchement i séreux ou plutôt séro-fibrineux, Cet épanchement d'abondance variable, i pouvant s'élever à 2000 grammes, se résorbe en laissant la séreuse du i péricarde revêtue de pseudhymènes ; ordinairement il disparaît d'une ■ manière complète. !
L'exsudat séreux est citrin ou verdâtre, ou jaunâtre, purulent, avec dest] flocons plus ou moins nombreux. Dans les cas de péricardite purulente, il le liquide est d'un blanc jaunâtre. j
Le microscope fait constater dans le liquide de la péricardite aiguë des il leucocytes, des hématies et des cellules épithéliales défoi^ées. Lesfto- *i cons renferment de la fibrine fibrillaire.
La péricardite liéniorrhagique, qu'il ne faut pas confondre avec l'hémo- ^ péricarde, diffère de la péricardite séro-fibrineuse par une certaine quan-| tité de sang qui colore le liquide épanché. Ce sang est beaucoup moins l| abondant qu'on ne pourrait le croire avant l'analyse; une petite quantité Ijj suffit à teindre fortement en rouge la sérosité renfermée dans le péricarde. \
La tuberculose et le cancer du péricarde s'accompagnent ordinaire- ! ment d'hémorrhagies causées par la rupture de vaisseaux embryonnaires i dont les parois minces pénètrent sous l'exsudat et à la surface du péricarde. ■! Les ecchymoses de la séreuse, ainsi que le liquide, offrent des hématies eti; même, plus tard, de l'hématine, de l'hématoïdine ou du pigment noirâtre, j
La péricardite purulente ou pyopéricardite, assez rare, est caractérisée j par la teinte du liquide, opaque, crémeux et très-riche en globules puru- j lents. Les pseudhymènes revêtant la séreuse sont jaunes, remplis de glo- ' bules de pus. L'exsudat peut se résorber comme le liquide des pleurésies j purulentes (voyez Pleurésie purulente) ; l'exsudat fibrineux et le Uquide i" montrent parfois la transformation caséeuse. ^
Lemazurier, Diss. sur la péricardite, thèse de Paris, 1810. — Savary, Sur la péricardite aiguë, tiièse de Paris, 1819. — A. Louis, Mémoire sur la péricardite (Revue méd., 182i). — ' J. BouiLLAUD, Traité clinique des maladies du cœur, 1'= édit., 1834, et t. I, p. 4-88, 2" édit., I 1841. — Hache, Mém. sur la péricardite (Archiv. gén. de méd., 2» série, t. IX, 1835). — Th. Desclaux, Essai sur la péricardite aiguë, thèse de Paris, 1835.— J. Bolillaud, Nouvelles re- , cherches sur le rhumatisme, etc. Paris, 1836, 2= édit., 1840. — R. Maïne, Mem. on Pericarditis (Dublin Journal of med. science, n° 20, 1836). — Paget, Des taches blanches du cœur et delà fréquence de la péricardite (Medico-chirurg. Transactions of London, t. XXI, p. 296, 1838). —
CŒUR
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