‹ Nouveaux éléments d'anatomie pathologique, descriptive et histologiqueChapitre 180 sur 317 · I . — Hypertrophie de la glande thyréoïde ; Goitres · texte numérisé non relu

I . — Hypertrophie de la glande thyréoïde ; Goitres

L'hypertrophie non inflammatoire de la glande thyréoïde mérite seule le nom de goitre {guttur, gorge). Le développement vasculaire, l'hypertrophie de nombre ainsi que de volume des éléments cellulaires et fibreux constituent autant de variétés de goitre. A la suite de l'hypertrophie de ces éléments surviennent d'autres altérations, telles que la transformation kystique, etc.

Il va être successivement question de ces lésions remarquables qui forment une transition aux néoplasmes de la glande thyréoïde.

A. Hypertrophie vraie, goitre vésiculaire ou glandulaire. — Le développement anormal de la glande thyréoïde est très-commun dans certaines localités où les eaux sont privées de principe iodique.

L'hypertrophie est générale ou partielle : générale, elle entoure comme

FiG. 195. — Hypertrophie de la glande thyréoïde *.

une gouttière, la partie antérieure de la trachée et de l'œsophage; par- ' tielle, elle se développe aux dépens, tantôt du lobe latéral (goitre latéral), tantôt des deux lobes latéraux (goitre bilatéral, fig. 195), De là résulte un aplatissement de la trachée dans différents sens. L'hyper- i

* Fie. 195. — Goitre mou, hypertrophie des tleiix lobes latéraux de hi glande thyréoïde. /, /, lobes latéraux, bosselés et agrandis; t, trachée; et, cartilage thyréoïde; e, éplglotte.

GLANDES VASCULAIRKS SANGUINES.

Irophie glandulaire consistant dans la néoformation de l'épithélium, ivec agrandissement des vésicules, est la plus commune. Cette hyperrophie des follicules isolés est souvent régulière, et alors toute la glande '^st agrandie, mais parfois elle se limite à quelques lobules. La distension, linsi que l'hypertrophie des éléments de la plupart des vésicules, pro- [luisent un volume considérable de la glande thyréoïde et une mollesse Générale (goitre mou).

Femme , cinquante-six ans , morte de pneumonie à l'hôpital Necker et Atteinte de goitre depuis plus de trente ans. Le corps thyroïde disséqué est plus ique triplé de volume (fig. 195), offrant deux lobes latéraux considérables. Sa consistance est molle et un peu élastique. Les artères qui se rendent à ces lobes sont sinueuses et hypertrophiées.

La section des deux portions droite et gauche de la glande thyréoïde montre un (issu injecté, mollasse, aréolaire. L'intérieur des aréoles, ou des espaces d'appaii'ence lacunaire, est rempli d'une substance molle, visqueuse, très-gluante, colloïde. Avec le microscope, je trouve que la matière molle est contenue dans des vésicules dilatées, mais séparées par des cloisons fibreuses. Les follicules ne paraissent pas multipliés, seulement ils sont presque tous dilatés à divers degrés. Les cellules épithéliales sont plus grosses et plusieurs ont un contenu hyaloïde ; les noyaux libres sont abondants au milieu de la masse gélatineuse et très-visiqueuse. Les vaisseaux des cloisons fibreuses épaissies sont très-développés et 'flexiieux, plusieurs ont leurs parois infdtrées de granulations graisseuses.

Dans l'hypertrophie glandulaire et molle de la thyréoïde, le tissu est ordinairement composé de vésicules à parois transparentes, remplies par une matière opaline, {Colloidbildung), ayantla couleur et la transparence du cristallin. Entre ces vésicules existent des cloisons fibreuses parfois très-épaissies. Les artères s'hypertrophient; il en est de même pour les veines qui subissent une dilatation variqueuse serpentine (varices médusiennes).

Les vésicules thyréoïdiennes distendues varient de volume. Peut-il s'en jformcr de nouvelles? Cela est probable ; les follicules agrandis envoient Ides prolongements, des bourgeons latéraux qui, comprimés et en quelque sorte étranglés, s'isolent à leur tour et constituent de nouveaux toUicules. jd' après Billroth. Parfois les follicules isolés semblent séparés du reste oe la glande et placés sur un de ses côtés comme une tumeur isolée.

B. Goitre fibro-alvéolaire . — Dans cette variété d'hypertrophie de la iglande thyréoïde, le tissu des cloisons fibreuses est augmenté de quantité, iplus dense, plus rougeâtre ; à l'œil nu, il semble être vu au travers d'un [instrument grossissant (goitre charnu et goître-scrofuleux, Sacchi); les vaisseaux veineux sont légèrement dilatés. D'autres fois et à des périodes

APPAREIL DE LA CIRCULATION

plus avancées, l'apparence est granuleuse et rappelle la cirrhose hépatique commune. Parfois encore le goitre est dur et compacte (goitre fibreux), ou bien comme lardacé dans la substance fibro-alvéolaire. *

G. Goitre kystique. — L'hypertrophie simple, glandulaire, de la thyréoïde, offre souvent, à un examen superficiel, l'aspect de grands kystes; mais avec de l'attention et surtout avec le microscope, on s'assure que les vésicules agrandies sont séparées entre elles par des cloisons fibreuses. Dans la forme kystique vraie, la dilatation des vésicules amène la disparition de ces cloisons, et alors le corps thyroïde est creusé de grandes loges ou poches kystiques communiquant plus ou moins entre elles.

Le contenu des loges du goitre kystique ordinaire est constitué par de la matière colloïde, gélatiniforme, ayant quelquefois im aspect lardacé ou cireux, dû à la transformation amyloïde (sympexions. Ch. Robin). Les éléments cellulaires et nucléaires renfermés dans ces, kystes sont en voie d'hypertrophie et granuleux (tig. 196).

FiG. 196. — Éléments cellulaires reiirermés dans un goitre kystique *.

Dans un £;oître kystique opéré par Nélaton, nous avons trouvé, avec Charles Robin, des amas d'épithéliuni provenant des vésicules closes thyréoïdienues (fig. 190). Les amas étaient, les uns volumineux, les autres moindres; plusieurs avaient une matière amorphe interposée aux noyaux et bien segmentée, le plus

* Fig. 196. — Éléments épithéliaux de diverses grandeurs provenant des kystes d'un goitre volumineux. 1, a, b, c, cl. noyaux très-hypertrophiés, granuleux, l'un d'eux nucléole en b; 2, noyaux en partie hypertrophiés; d, k, k, noyaux granuleux de moyen volume; e, e, noyaux volumineux, pâles et nucléolés ; /', noyaux très-volumineux et à deux nucléoles; g, noyau pâle, sans nucléole; h, noyau hypertrophié, nucléole; j, noyau petit. La majeure partie de la substance amorphe interposée aux noyaux est séparée par des traits 'iudiquant une segmentation. — Gros- -■iissemenl, TiOO diamètres.

GLANDES VASCULAIRES SANGUINES

;rand nombre n'en présentait point. Plusieurs noyaux avaient deux nucléoles; Vautres, vésiculeux, étaient transformés en matière colloïde.

I D. Kystes séreux et hémaliques. — Ces kystes, appelés aussi goitres éreux, hydrocèles du cou, tumeurs cystiques, etc., forment les deux iers des tumeurs c|u corps thyroïde, en exceptant le goitre endémique. îUes existent seules ou compliquent des tumeurs solides. Les kystes hénatiques secondaires sont des kystes séreux dans lesquels il s'est fait un Ipanchement sanguin (1). On admet que ces kystes peuvent se développer lans le stroma fibreux ; alors ils résultent de la transformation de noyaux ipoplectiques sanguins, mais le plus souvent ils naissent des cavités ;loses vésiculaires.

Les grands kystes thyréoïdiens sont uniloculaires ou multiloculaires. ^a paroi est formée de tissu cellulaire ou lamineux ; mince, transparente, jfnembraniformeau début, elle se durcit plus tard et prend un aspect d'en- 'îliondrome, mais la présence de chondroplastes n'est pas démontrée. ]ette paroi peut encore devenir crétacée ou calcifiée.

Le contenu des kystes varie : tantôt séreux, limpide, il est aussi couleur de chocolat ou d'un noir hématique. Les kystes séreux limpides sont l ares ; le plus ordinairement ils sont séreux à leur apparition, mais la paroi se vascularise et il se fait une extravasation sanguine aux dépens Jes vaisseaux dilatés.

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