‹ Nouveaux éléments d'anatomie pathologique, descriptive et histologiqueChapitre 186 sur 317 · AIM'AREIL DE L' U 11 1 N AT 10 N · texte numérisé non relu

AIM'AREIL DE L' U 11 1 N AT 10 N

lettes graisseuses libres se montrent avec des masses colloïdes, avec des dépôts ocreux d'hémaline et d'hématoïdine, quelquefois avec de petitesi concrétions uratiques. Ces dépôts ont la forme cylindrique dans les canalicules et ils sont sphéroïdaux dans les capsules glomérulaires. De plus, lej

tubes sinueux présentent par places des dilatations kystiques ; les glomérules sont en partie atrophiés L'emploi de l'acide osmique per met de voir que les parois de:

vaisseaux glomérulaires et capil laires, que les espaces du tissi conjonctif ou laraineux sont en vahis par de fines granulation graisseuses (1). Quelle que soi d'ailleurs l'atrophie du glomé rule, ses vaisseaux ne sont jamai complètement effacés : on peu toujours les injecter. Les tronc artériels d'où se détachent le^ artérioles afférentes sont dilaté et sinueux ; les troncs veineu sont également dilatés et parfoi avec des coagulations veineuseformées par thrombose dans leu intérieur. En général, la substanc des pyramides du rein est elle!

même envahie par la transfor malion granulo-graisseuse. Dan' les calices et le bassinet, les déj tritus épithéliaux mêlés à Turin composent un liquide purilorme :

crémeux et opaque. La muqueuse de ces cavités peut présenter des altéi rations inflammatoires (voy. Pyélite). |

:,ki

FiG. 197. — Néphrite parenchymateuse ■

Homme, trente-huit ans, ayant succombé à une hémorrhagie cérébrale, dans 1 cours d'une albuminurie chronique avec anasarque, observé à l'hôpital Necker

* FiG. 197. — Néphrite parenchymateuse. 1, rein gros et granuleux; u, uretère | p, p, p, p,p, taches blanchâtres ou jaunâtres de grandeur variable; v, v, v, v, v, petits vais! seaux visibles â travers la capsule. 2, filaments ou cylindres urinaires ; A, cylindre revêtu d | cellules épithéliales ; B, cylindre hyalin, à peine granuleux de distance en distance; C, cyliiidi i finement granuleux. Grossissement 150 diamètres. ;

(1) CoRNiL et IUnvier, Manuel d'Iiislolof/ie pathologique, ?>" partie, p. 1032, 1876.

REIN

leins volumineux et pesant, le droit, 110 grammes, le gauche, 106 grammes. La a surface est lisse, non mamelonnée et d'une couleur brun jaunâtre, avec des aches plus claires et jaunâtres ou grisâtres, petites, visibles sous la capsule extérieure (voy. fig. 197, 1).

Les deux reins se décortiquent aisément ; la surface est parcourue par de rares /aisseaux et n'offre pas d'eccbymoses. Les points et les taches blanches ne font )as de relief sensible. A la coupe pratiquée sur la face convexe et découvrant es calices et le bassinet, la muqueuse de ces derniers est épaissie, blanchâtre, ?ascularisée ; on voit, en plaçant le rein sous l'eau, le tissu cortical jaunâtre, ,andis que les pyramides de Malpighi sont rouges et nullement décolorées.

i)es points jaunâtres, moins nombreux qu'à la surface, occupent les espaces uxtacorticaux et près des pyramides de Ferrein. Les glomérules sont en partie [percevables, non injectés et ayant l'aspect de très-petites taches demi-transpa- ^'entes.

ï Avec le microscope, sur des portions enlevées â l'état frais, les taches jaujîiàtres ou blanchâtres, petites, lenticulaires, sont formées par des granulations fet des gouttelettes graisseuses. Sur des coupes minces, à un faible grossissement, je constate que la graisse est déposée dans -les glomérules et surtout dans les icanalicules urinaires contournés. La grandeur des taches provient du nombre de canalicules envahis par les granulations graisseuses. L'épithélium de ces tubes est plus ou moins reconnaissable. Beaucoup de tubes ont leurs cellules épithéliales gonflées et granuleuses ; d'autres tubes sontremplis par des cylindres de diverses sortes, granuleux ou hyalins. Dans divers points, les masses graisseuses distendent les canalicules urinaires et leur donnent un aspect noueux et bosselé.

En employant l'éther et le chloroforme, je dissous les granulations grais- (seuses et je m'assure que les taches opaques et d'un gris jaunâtre sont formées par la graisse déposée dans des tubes urinipares distendus. La plupart des tubes f offrent partout un revêtement de cellules graisseuses et, de plus, un filament ou cylindre central, tantôt hyalin, tantôt granuleux.

Sur des coupes durcies dans le liquide de MûUer, je trouve nettement les tubes urinaires corticaux, ou urinipares, avec des cellules granuleuses et devenues très-opaques. L'intérieur des tubes contournés renferme des cylindres ou des filaments centraux.

Pendant la maladie de cet homme, l'urine, fortement albumineuse, coagulable par la chaleur, par l'acide nitrique et l'acide pricrique, a été souvent examinée au microscope. J'y ai constaté des filaments ou cylindres urinaires (fig. 197, 2). Les cylindres renfermant une grande quantité de cellules épithéliales de revêtement (fig. 197, 2 A) étaient les plus rares; les cylindres revêtus de granulations fines étaient assez fréquents (fig. 197, 2 C) ; enfin les cylindres hyalins montrant quelques granulations à la surface étaient les plus communs (fig. 197, 2, B). Tous ces cylindres ou filaments, tantôt assez droits, plus ordinairement un peu coatournés, ne se dissolvaient pas dans l'acide acétique ; l'iode les colorait en brun clair, ils ne devenaient pas violacés par l'addition d'acide sulfurique.

APPAREIL DE L'URlNATfON.

Le gros rein graisseux, le rein gras et granuleux se rencontrent dans les cas d'albuminurie grave et persistante que détermine le froid humide. Ces lésions avancées peuvent également s'observer dans la phthisie pulmonaire, dans l'intoxication chronique par l'alcool, le plomb ou le mercure, en dehors de toute altération antérieure des reins (dégénérescence amyloïde, néphrite interstitielle). D'autres substances toxiques, l'arsenic, le phosphore, l'acide sulfurique, produisent la néphrite parenchymateuse; mais la marche de l'affection est aiguë et l'on n'observe qu'exceptionnellement les lésions profondes. Il en est de même, comme je l'ai dit, chez les nouvelles accouchées, dans la fièvre typhoïde, dans la scarlatine et dans i d'autres états infectieux de l'organisme tels que : la variole, le choléra, I la diphthérie, la septicémie.

Le gros rein graisseux ne serait pas le dernier terme de l'altération dans v la néphrite parenchymateuse, et, suivant un certain nombre d'auteurs | (Bartels, Lécorché, etc.), on pourrait rencontrer, lorsque la vie se pro- ' longe et dans des cas rares, un état ultime caractérisé par l'atrophie et l'état granuleux de l'organe : petit rein gras et granuleux.

Dans cette quatrième période ou de collapsus, décrite par Lécorché, le rein, diminué de volume, offre d'abord à sa surface des granulations jau- « nâtres qui disparaissent ensuite pour laisser une surface lisse, uniformément blanche. Une coupe du petit rein gras et granuleux montre que la diminution de volume est en rapport avec l'atrophie de la substance corticale. Les granulations jaunâtres ne sont autres que des îlots graisseux séparés par des portions déprimées où les éléments graisseux ont été résorbés. Parfois cette résorption n'occupant qu'une zone de la substance corticale, le rein prend une forme lobulée. Les granulations correspondent, d'après Cornil et Ranvier, aux parties centrales des lobules ; elles s'effacent quand la résorption des éléments graisseux est complète. Suivant Lécorché le collapsus des tubes et des capsules qui suit l'évacuation de leur contenu produirait seul l'atrophie rénale ; entin d'après d'autres auteurs, Johnson, Frerichs, Lancereaux, l'atrophie ne peut survenir qu'à la suite d'une hypertrophie hyperplasique et conjonctive : elle n'appartient pas à la néphrite parenchymateuse, mais à la néphrite interstitielle. Cette dernière opinion est celle que je partage, jusqu'à preuve contraire.

Les divers-états anatomiques précédemment décrits, et variables suivant la période de la maladie, sont quelquefois réunis sur le même rein. Dans des cas nombreux, les lésions de la néphrite parenchymateuse ne se rencontrent pas seules. On les trouve plus ou moins limitées et à des degrés divers dans les reins envahis par la néphrite interstitielle, parles dégénérescences amyloïdes, cancéreuse ou tuberculeuse etc., Inversement la néphrite parenchymateuse peut se compliquer de néphrite interstitielle ou de dégénérescence amyloïde, et ces altérations secondaires sont alors

RKIN.

L'slreiiiles à ceilains territoires rénaux. En dehors des reins, on constate 'es alléi'atious variables quanta leur siège et à leur nature : oedèmes sou- ■vant les téguments cutané etmuqueux; œdèmes viscéraux, tels que ceux Il poumon, de la rétine, du cerveau et de ses membranes ; épanchelents dans les grandes cavités séreuses ; lésions inflammatoires occupant s poumons (bronchite, pneumonie), les séreuses (pleurésie, péricar- ^te, etc.), lapeau, l'œil (rétinite albuminuriquc). Contrairement à ce que on observe dans la néphrite interstitielle, le ventricule gauche du cœur ■est pas hypertrophié. H existerait souvent, d'après Lécorché, une dilataon ventriculaire; dans la majorité des faits que j'ai examinés le cœur ne ibit pas de modification notable.

Le groupe clinique des néphrites albumineuses ne répond pas exactelent aux néphrites parenchymateuses, soit catarrhale, soit profonde ou ilTuse. Le passage de l'albumine dans l'urine, quoique à mon avis lié u'tout aux lésions de l'épithélium desglomérules et des tubes urinipares, '^sulte aussi d'autres conditions. La dégénérescence amyloïde et la égénérescence graisseuse du rein, un faible degré de néphrite interstijellc cellulaire et au début, peuvent amener de l'albumine dans le liquide pinaire, ainsi que l'hémorrhagie rénale ou du bassinet. Néanmoins, de Hites les lésions de la glande rénale, la néphrite parenchymateuse dans ;s diverses variétés, soit simple soit compliquée, offre le plus souvent jpur caractère d'être albumineuse. Les lésions interstitielles ne sont que 'irement dans le même cas.

Filaments ou cylindres urinaires. — Il est ordinaire, quand on presse . s pyramides de Malpighi et qu'on recueille les dépôts d'urine dans les iassinets de sujets succombant sans maladies rénales, de trouver des |lindres ou des fdaments microscopiques. Ces corps allongés, qu'on ouve encore abondamment dans le rein et les calices chez les animaux es abattoirs sacrifiés pour l'alimentation, sont plus normaux qu'on ne ■ croit généralement. Peut-être l'urine doit elle fdtrer en quelque sorte .1 travers de la matière amorphe de ces cylindres, quoi qu'il en soit, lexamen de ces filaments pleins ou de ces cylindres arrondis et allongés, pt utile. Soit par réplétion des tubes urinipares ou urinifères, soit par prturbation de la sécrétion urinaire, dans la rougeole, la scarlatine, la èvre typhoïde, le choléra, les néphrites parenchymateuses surtout, expulsion des cylindres ou filaments urinaires est plus fréquente. Leurs piractères variables et différentiels doivent être exposés avec soin.

On adonné à tous les cylindres le nom de fibrineux, et la première queson à résoudre est de savoir si réellement il existe des cylindres ou filaaents urinaires fibrineux. Je suis pour l'affirmative, mais les cylindres brineux caractéristiques de l'hémorrhagie rénale des tubes urinipares

Al'PAllEIL DE L'URINATION.

et urinifères sont exceptionnels (voy. Hémorrhagie rénale). Ces cylindres sont striés, ayant l'apparence de la fibrine coagulée; souvent il existe des globules sanguins dans leur intérieur ou à leur surface. L'acide acétique les gonile, les rend diffluents et l£s dissout.

La majeure partie, la presque totalité des filaments pleins appelés à tort tubuli urinaires ne sont pas fibrineux. Ils sont formés d'une substance amorphe, colloïde, vitreuse, résistante, plus ou moins grenue ou revêtue de corpuscules et de cellules épithéliales, n'offrant ni les réactions de la fibrine, ni celles de l'albumine, ni celles des corps amyloïdes. C'est théoriquement que Virchow, Reinhardt, Lehmann, Funke, etc., ont voulu éta- 1 blir, d'après ces cylindres prétendus fibrineux, une néphrite croupale, : comparable à la pneumonie fibrineuse. Cette théorie ne supporte pasi l'examen, elle est contraire aux faits. ;

Les filaments ou cylindres urinaires, sans être absolument constants dans les néphrites parenchymateuses, sont très-fréquents. Ils proviennent; principalement des anses de Henle et des parties rétrécies des tubes urinifères ; cependant il n'est pas impossible que des cylindres plus volumineux, par exemple ceux des tubes sinueux ou contournés, parviennent] dans les urines par distension des tubes situés inférieurement. |

Dans les urines normales on trouve des cylindres muqueuûo, colloïdes, '

vitreux, sans granulations, d'une transparence très-grande, difficiles à apercevoirl si on n'ajoute pas de l'iode ou Une matière colorante. | Dans les urines de néphrite catarrhale, ! ou même dans des urines presque noi'^ maies, on voit des cylindres épithéliauxi foncés, peu transparents constitués par une i matière colloïde, entourée partout de cel^ Iules épithéliales revêtant les tubes urini^i fères. Les cellules sont remplies de gtanU'^i lations moléculaires grisâtres, le noyau! est masqué par elles. L'acide acétique pâ-, lit les cellules et les granulations, mais nei dissout pas le cylindre. !

Dans la néphrite parenchymateuse avec albumine et ancienne, les filaments ou cylindres sont dits hyalins (fig. 198, a). Ils sont clairs, de u

* Fig. 1'J8. ^ Filaments ou cylindres urinail-es iiyalins et granuleux, a, cylindi'e hyalirt ren fermé dans un tube urinifère, et au-dessous cylindres hyalins libres; 6, cylindres hyalin revôtus de rares cellules épithéliales et de quelques granulations; c, cylindre granulo-gi'aisscux Grossissement, environ 150 diamètres. (Rindfleisch, Histologie patholorjicpie.)

Flu. 198: — Cylindres urinaires hyalins et granuleux *.

KEIiN.

quart de millimètre à un millimètre de longueur, di'oits ou repliés, larges de 5 à 40 p.. La substance qui les constitue est résistante, dure et friable ; les cylindres ont parfois des cassures sur les bords (1) qui sont fortement [ombrés.

î L'acide acétique gonlle et pâlit à peine les cylindres hyalins. Le carjlmin, l'iode, l'hématine du sang, les matières colorantes biliaires les I teignent facilement. Le violet de jaiéthylaniline ne les rend pas d'un rouge j violet, leur substance n'est pas jlmyloïde.

La surface des cylindres hyalins peut avoir de fines granulations, par Ifois des cellules épithéliales (voy. fig. 198, fc), de l'urate de soude, des I cristaux d'oxalate de chaux, d'acide urique, etc.

j Les cylindres granulo-graisseux réfractant fortement la lumière et

formés de molécules graisseuses sont abondants dans les empoisonnejments par le phosphore. Les granulations de graisse sont agglutinées en

cylindres par une substance amorphe (fig. 198, c). Les filaments ou les cylindres des tubes urinipares et des urines ne sont

jamais canaliculés ; ils ne doivent pas être confondus avec la paroi des tubes

dont ils sont sortis.

j R; BniGHT, Report of medic. Cases, London, 1827-1831. — London med. Gazette, 1833. GUy's Hospital Reports, 1836, 1839 et 1840. — E. TissoT, De riiydropisie causée par l'affection granuleuse des reins, Paris, 1834. — R. Christison, On granular Degeneration of Kidneys, Edinburgh, 1839i — P. Rayer, Traité des maladies des reins, t. II, 1840. — Malmsten, Uebeldie Briglit'sche Nieronkranklieit, Bremen, 1842. — Reinhardt und Leubuscher, Virchow's Archiv, 1849. — Frerichs, Die Bright'sche Nierenkrankheit, etc., Braunschweig, 1851. — R. ViRCHOw, Ueber parencliymatiise EntzUndung (Archiv fiir patliol. Anat. und Physiol., t. IV, 1852). — S. WiLKS, Cases of Bright Dlseases (Guy's Hospital Reports, 2= série, t. VIII) 1854). — Jagcoud, Des conditions pathogéniqucs de l'albuminurie, thèse de Paris, 18G0. — Nothnagel^ f De variis rcnum affectionibus quœ nomine Morbus Brightii vulgo comprehenduntur, Berolinii [ 1863. — V. CoRNiL, Mémoire sur les lésions anatomiques des reins dans Palbuniinurie, thèse de Paris, 18C4. — Des différentes espèces de néphrites, thèse d'agrégation, 1869. — jACCOUDj I article Albuminurie (Nouveau Dictionnaire de méd. et de chirurgie pratiques, t. I, 1864). — Ai Gubler, article Albuminurie (Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. III Pi 434, 1865). — R. Southey, Patholog. Anatomy of the Ridney (St Bartholomew's Hospital Reports, t. Il, 1866). — Oppolzer, Die Krankheiten der Niere (Wiener medic. Presse, 1866).— ! Rosenstein, Pathologie und Thérapie der Nierenkrankheiten, Berlin, 1870; trad. franç. par ! Bottentuit et Labadie-Lagrave, 1874. — L. Letzerich. Ueber Nephritis diphtheritica (Archiv fiir j pathol. Anat. und Physiol., Band LV, 1872). — A. Kelsch, Path. et histologie du rein chez les Cholériques (Progrès médical, n° 33j 1874). — Charcot, Sur les altérations des reins (Progrès médical, 1874). — Légorcué, Traité des maladies des reins et des altérations pathologiques de l'urine, p. 172, 1875. — E. Langereaux, article Rein (Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 3= série, t. III, p. 233, 1875).

S. — Mcphrite suiipinrée ; AbCès du rein; népliritct itai'asitaîi'ë.

Dans la néphrite sitppurée c'est parmi le stroma conjonctif du rein qu'a lieu la formation du pus. Cette néphrite est donc une variété de l'inllam-

(1) CoRNiL et Ranyier, Manuel d'histologie pathologique, 3" partie, p. 1019 et flg. 326, 1876.

APPAREIL DE L'URINATION.

iiialion inleryLilielle. Elle n'aboiilirait pas toujours, d'après Lécorché, à la suppuration collectée et se terminerait quelquefois par résolution.

Lorsque le rein suppure, le pus est à l'état d'infiltration, ou bien il est réuni en abcès.

L'infdtration purulente peut être générale, mais le fait est rare. Alors, le rein est plus volumineux, sa forme est conservée, sa surface est d'uc jaune opaque, les deux substances présentent à la coupe cette coloration. Le tissu est friable et fournit du pus par la pression, la capsule s'enlève difficilement, se déchirant ou entraînant des débris purulents, L'infiltration est le plus souvent bornée à la substance corticale, et les pyramides offrent une couleur sombre due à la congestion; elles sont dis-! sociées à leur base par l'infiltration du pus. Quand l'infiltration estcir-ii consente sous forme de foyers, on observe des masses d'un blanc jaunâtre' plus ou moins nombreuses, plus ou moins étendues qui se montrent sous la capsule et sur les coupes du rein avec les caractères que je viens d'in^i diquer. Ce sont ces masses qui se convertissent en abcès quand le pus^ vient à se collecter. 1

Avec le microscope, on observe d'innombrables corpuscules de pus, aussi; bien dans les tubes que dans le tissu connectif du rein.

Les abcès rénaux peuvent être petits et disséminés ou, au contraire,' former des collections occupant la moitié de l'organe et quelquefois plus. Un grand foyer provient de la fusion de plusieurs autres de moindre | volume. Les petits abcès se rencontrent à la surface du rein comme dans! la profondeur des deux substances. A la surface, ils forment des saillies assez semblables à des pustules varioliques. Dans la substance corticale,! ils offrent une forme arrondie; ils sont allongés dans la substance! médullaire. Le contenu des abcès récents est formé d'un pus jaunâtre et' épais. Leur paroi n'est autre que le tissu du rein fortement hyperhémiéj et présente souvent des prolongements filamenteux flottant dans le pus. Non-seulement le tissu du rein intermédiaire aux abcès est fortement congestionné, mais il est encore le siège d'hémorrhagies intéressant les canalicules aussi bien (fuela trame conjonctive; il offre quelquefois les lésions de la néphrite parenchymateuse. La capsule épaissie, œdéinatiée, s'enlève] difficilement; le tissu cellulo-graisseux qui entoure le rein est lui-même' œdématié et congestionné. Plus tard, le contenu des abcès peut devenir I plus épais par dépôts de sels calcaires ou, au contraire, restei' séreux | mais fétide (Cornil et Ramier). Le foyer est alors tapissé par une couche! tibrillaire, néo-hyménique, d'épaisseur variable. Enfin, les abcès anciens J et guéris sont représentés tantôt par un kyste séreux, tantôt par un con-| tenu solide, caséo-crétacé avec une paroi fibreuse. On observe finalement! une atrophie partielle du rein ainsi qu'un état lobule de sa surface. j

La perforation des abcès rénaux, des grands abcès surtout, est fréquente, j

REIN

On les a trouvés ouverts à la région lombaire, dans le duodénum, dans le côlon, dans le péritoine, communiquant d'autres fois avec un abcès conséculir du foie, de la rate, ou bien à travers le diaphragme avec la

'plèvre el les bronches. Ces diverses ouvertures ont pu laisser des fistules.

I La rupture dans le bassinet est une terminaison assez fréquente et plus favorable. La gangrène du rein aurait été observée plusieurs fois comme une terminaison de la néphrite suppurée, et, dans ces cas, on pourrait rencontrer l'emphysème et l'infiltration urinaire.

Les abcès du rein sont en général secondaires el diffèrent suivant les lésions primitives qui les ont provoqués. Il est très-rare qu'ils survien-

j nent d'emblée sous l'influence du froid humide, ou, comme on l'a dit, de certains médicaments, tels que la cantharidine (Orfila), la térébenthine (Chopart, etc.). Dans les cas non moins rares où ils reconnaissent une origine traumatique (contusion ou plaie pénétrante), ils s'accompagnent ordinairement de la suppuration du tissu celhilo-graisseux périrénal "et il existe une vaste collection pouvant s'ouvrir à la région lombaire (voyez, plus bas, Périnéphrite). La néphrite suppurée, secondaire, peut être causée par une suppuration voisine dans le foie, la rate, le tissu périrénal, etc. Les abcès qui en résvdtent sont presque toujours volumineux, communiquant avec ceux des organes voisins et se terminant pai' l'ouverture au dehors, ou dans les cavités rapprochées.

' La lésion primitive peut être dans le rein, et, avec le pus, on trouve soit des calculs, soit du cancer ou des tubercules. D'autres fois l'abcès

î n'est qu'un kyste préexistant qui s'est enflammé et rempli de pus.

La néphrite suppurée se développe souvent par continuité quand il existe une pyélite, et on constate l'état anatomique connu sous le nom de

, pyélo-néplrrife. Si rinOammation a son point de départ dans le bassinet,

j comme dans les cas de pyélite calculeuse, un seul rein peut être intéressé.

\ Si, par propagation de proche en proche, elle provient de la vessie, les

l deux reins sont communément affectés. Il en est ainsi avec la cystite sup-

i purée consécutive aux calculs vésicaux, aux opérations pratiquées sur la vessie, aux affections de la prostate, de l'urèthre, à la paralysie vésicale. I Quoi qu'il en soit, les abcès pyélo-néphrétiques siègent surtout dans la substance médullaire, la suppuration envahissant d'abord le sommet des pyramides. On trouve les papilles ulcérées; un certain nombre de pyramides peuvent avoir été plus ou moins complètement détruites, et il existe de grands abcès séparés par les colonnes de Berlin, abcès qu'il ne faut pas I confondre avec les calices distendus par du pus. La substance corticale elle-même est ihliltrée de pus ou parsemée de foyers purulents. Dans la I pyélo-néphrite, les abcès s'ouvrent en général dans le bassinet, rarement ' au dehors ou dans les organes voisins (voy. Pyélite).

Une- variété de néphrite suppuralive serait la néphrite parasitaire,

738 APPAREIL Dli L'URINATION.

décrite par Klebs, acr.ompagnanl aussi la suppuration des voies urinaires; mais, au lieu de naître par continuité, elle serait produite à distance par la migration de bactéries provenant de la vessie et vraisemblablement introduites par le cathétérisme. Les microcytes (spores et bâtonnets) atteignant les canalicules urinifères de la substance corticale y produiraient la multiplication et la dégénérescence graisseuse de l'épithélium (néphrite parenchymateuse) ; enfin ils pénétreraient dans le tissu intereanaliculaire où ils provoqueraient une inflammation suppurative. L'avenir jugera cette explication (Klebs, Cornil et Ranvier, Lécorché). On trouve l'un des reins ou les deux reins tuméfiés et friables. La substance corticale présente à sa surface comme dans sa profondeur de petits abcès entourés de cercles hémorrhagiques et disposés par groupes. La substance médullaire oflre des stries blanchâtres, rayonnées, dues à des gaines de leucocytes enveloppant les vaisseaux et principalement les veines. Le pus, collecté où inliltré, laisse voir sous le microscope une grande quantité de spores et de bactéries. Les canalicules, dilatés, en renferment également au milieu des épithéliums graisseux et à la surface des cylindres hyalins (Klebs). Les abcès peuvent se réunir ensemble et s'ouvrir au dehors. L'ouverture se fait en général dans le bassinet.

On peut rapprocher de la néphrite parasitaire la néphrite métastatique, surtout si, rejetant la doctrine de l'embolie et celle de la thrombose, on attribue (voy. Abcès du foie, page 284-) le développement des abcès métastatiques à l'introduction d'organismes microscopiques dans le sang. Les abcès métastatiques du rein siègent plus souvent dans la substance corticale que dans la substance médullaire. Comme ceux du foie, ils apparaissent d'abord à la surface ou sur une coupe, sous la forme de points:' jaunâtres au centre de zones ecchymotiques. Ce sont de petits foyers purulents groupés suivant la distribution d'une artériole, c'est-à-dire de manière à figurer un cône dont la base occupe l'extérieur du rein. Plus tard, ces petits foyers se réunissent et constituent un abcès dont la forme et les dimensions restent celles du champ de distribution de l'artériole intéressée. Des lésions analogues se rencontrent en général dans les poumons, le foie, etc. Ces questions si intéressantes sont encore à l'étude.

Wai.ther, Einige Kranktieiten dcr Nieren, etc., Berlin, 1800. — Dolcius, De renum inflaminatione, Halle, 1826. — P. Rayer, Traité des maladies des reins, t. 1 et II, 1839-1810. — GiviALE, Des abcès des voies urinaires (Gaz. médicale de Paris, p. 602, 1840). — B. Brodie, On Diseases of urinary Organs, 1849. — G. Johnson, Dlseases of the Kidney, London, 1852. — VOGEL, Krankheiten der hanibereitenden Organe. Handbuch der speciellen Pathologie und Thérapie, Band VI, 2° Abheilung, Erlangen, 1863. — Tyson, Cystic abcess of both Kidneys (American Journal of med. Science, 1866). — Gordon, Case of reno-pulmoiiary fistula (Dublin Journal of medic. Science, 1866). — Bourdillat, Néphrite double, etc. (Gaz. des Hôpitaux, p. 149, 1866). — H. GiNTRAC, Abcès du rein gauche ouvert dans le côlon (Journal de méd. de ^ Bordeaux, 1867). — Burritï, Reaal abcess (Mcd. and surgic. Reporter, 1868). — Jaksch, ; Vierteljahrsschrift fiir die prakt. Heilkundc, Band II, p. 143, 1869. — Lapeyronie, Essai sur les'

REIN

néplirites, etc., thèse de Paris, 1873. — Gossemn et A. Rdbin, De l'urine ammoniacale et de la fièvre urineuse (Archiv. gén. de médecine, t. I et II, 187-i). — Diamantopoulss, Néphrite suppurée, ouverture de l'abcès dans l'uretère gauche, le poumon et au dehors par la peau (Wiener medizinischc Presse, n° !2, 1876).

•t. — - IVcphrite Interstitielle.

La néphrite interstitielle, appelée par Lancereaux néphrite proliférative, est constituée anatomiquement par la néoformation, dans la trame conjonctive du rein, d'éléments embryoplastiques ou fuso-cellulaires et embryonnaires s'organisant ultérieurement en tissu fibreux qui se rétracte. Cette néphrite est une cirrhose rénale analogue à la cirrhose du foie (voy. page 285). La néphrite interstitielle peut être partielle, circonscrite, ou généralisée, diffuse.

La néphrite ititerstitielle circonscrite se rencontre autour des tumeurs diverses du rein, telles que les gommes syphilitiques, les tubercules, etc. Les cicatrices fibreuses qui succèdent aux infarctus, aux abcès du rein, ■en sont d'autres exemples.

La néphrite interstitielle généralisée ou diffuse intéresse presque toujours parallèlement les deux reins. L'hyperhémie qui en marque le début ne peut être observée que dans les cas de mort accidentelle. Elle n'offre rien de spécial. Le rein, d'abord injecté, rouge et volumineux, se modifie comme dans la néphrite parenchymateuse et, tout en conservant son augmentation de volume, présente une coloration pale, grisâtre, disposée sous forme de taches uniformément répandues à la surface. Celle-ci est lisse, non granuleuse. L'enlèvement de la capsule fibreuse est facile. Une coupe montre la substance corticale épaissie, décolorée, grisâtre avec des points rouges, et nettement distincte de la substance médullaire qui est très-hyperhémiée, violacée. A cette époque, qui correspond pour les deux espèces ■de néphrites à la période de production d'éléments embryonnaires, leur ressemblance est telle au point de vue anatomiquc qu'il faut l'examen microscopique pour les distinguer.

On reconnaît, s'il s'agit d'une d'une néphrite interstitielle, que l'augmentation d'épaisseur et la coloration blanchâtre, soit générale, soit partielle de la substance corticale, correspondent à une infiltration du stroma de cette substance par des cellules arrondies (cellules embryonnaires ou ■embryoplastiques, dites aussi corpuscules lymphatiques). Cette intillration, surtout à la périphérie dés lobules, épaissit les espaces qui séparent les canalicules tortueux et les capsules glomérulaires (tig. 190) ; tantôt elle est plus marquée entre les canalicules (variété intertubulaire) tantôt elle intéresse davantage le tissu lamineux ou conjonctif entourant ^t pénétrant les glomérules de Malpighi (variété gloméralaire). Le centre

APPAREIL DE L'URINATION.

du lobule,. région des tubes collecteurs de Ludwig, la substance médullaire elle-même ne sont envahis que postérieurement et à un moindre degré. Au milieu de cette infiltration, les canalicules tortueux restenl perméables et conservent leur épithélium normal; toutefois dans des cas

FiG. 19'J. — Néphrite inlei'stitiellc an début *,

exceptionnels, suivant Lécorché, la compression des canalicules pourrait ^ être telle qu'il y aurait anurie dès le début. Les vaisseaux échappent aussi à la compression et peuvent toujours être injectés pendant cette j période. Les vaisseaux glomérulaires distendus sont souvent le point de départ d'hémorrhagies interstitielles ou intra-capsulaires. j Plusieurs auteurs, et Lécorché est de ce nombre, pensent que ces alté- j râlions de la période d'infiltration seraient susceptibles de disparaître par ; métamorphose graisseuse avec résorption des cellules embryonnaires ou lymphoïdes. Gela me paraît possible; Lancereaux reste dans le doute à cet égard. Quoi qu'il en soit, et trop souvent sinon toujours, l'évolution de la maladie continue ; à la période d'hypertrophie succède la période j d'atrophie.

Il existe un état intermédiaire rappelant celui du foie cirrhotique ana- i logue et qui correspond à l'organisation du tissu de néoformation ; le rein, j présentant un volume supérieur encore au volume normal, diminue dans | tous les diamètres, reste régulier et lisse, mais prend une consistance plus j grande, élastique, lardacée. Avec le microscope, sur des préparations de la

* FiG. 199. — Néphrite interstitielle caractérisée au début par la pruilnctioii d'éléments cclkilaires autour des tubes uriuaires et des gloniérules de Malpji;lii. Grossissement, environ 250 diamètres. (Riudneisch, JJistoloyie palhologique .) j

Page 1