GENCIVES
Les gencives n'étant, avantl' évolution dentaire, qu'un rebord épaissi de la muqueuse buccale, plus tard percé de trous sur la gouttière des maxillaires, pour le passage des dents, il convient de placer ici une courte description anatomo-pathologique des lésions gingivales.
Inflammation. — L'inflammation des gencives, ou gingivite, est la plus fréquente de toutes les inflammations buccales, et toutes les stomatites s'accompagnent de gingivite, comme nous l'avons déjà vu pour les stomatites érythémateuse, hydrargyrique, et chez les ouvriers verriers, ceux qui manient le phosphore; mais ici la gingivite est secondaire.
Dans la gingivite aiguë, le bord de la gencive appliqué sur la dent se gonfle et devient rouge et turgide. Les cellules épithéliales se multiplient, les anses des vaisseaux capillaires s'agrandissent, la face antérieure de la gencive se recouvre d'épithélium plus abondant, blanchâtre, et connu sous le nom de bandelette nacrée. Les cellules épithéliales abondent dans cette production blanchâtre, ainsi que des granulations protéiques et des végétaux inférieurs (Leptothrix).
La gingivite aiguë se termine souvent par un abcès qui porte le nom de parulie ou parulis {napà, auprès, oîiioi/, gencive) . Cet abcès n'a rien de spécial ; il occupe l'épaisseur de la gencive, atteint le volume d'un pois à une noisette, et il s'ouvre dans la bouche. Parfois l'abcès est symptomatique d'une lésion de l'os ou du périoste, alors après s'être vidé, il se rouvre ou bien l'abcès revient à l'état aigu à plusieurs reprises. Dans ces ostéo-périostites, on trouve l'inflammation du bord libre gingival avec décollement, fongosités, perforations, fistules du tissu gingival et abcès à répétition.
La gingivite chronique etfongueuse rend les gencives épaisses, violacées, puis s'accompagne de dépôts abondants d'une substance gingivo-dentaire qui recouvre le tartre ordinaire des dents.
Le tartre résulte du précipité des phosphates et des carbonates tenus en en dissolution dans la salive, sous l'influence du contact de l'air et de la muqueuse ; le dépôt gingivo-dentaire de la gingivite fongueuse est grisâtre, mollasse, onctueux, et il est constitué par des granulations fines, des leucocytes, des détritus alimentaires, des végétaux {Leptothrix, Vibrio).
A la suite des inflammations buccales et dans des maladies déjà décrites, les gencives offrent des ulcérations ; telles sont celles de stomatite ulcéromembraneuse, de la salivation mercurielle, et celles qui peuvent accompagner l'état scorbutique.
Néoplasmes des gencives. — Les néoplasmes des gencives désignés sous le nom d'épulis {éiz\ sur, ou),ov gencive), sont constitués par des élé-
APPAREIL DE LA DIGESTION
ments divers, embryoplastiques, ou formés de tissu embryonnaire, ou par des myéloplaxes, ou par des méduUocelles. Ces tumeurs sont sujettes à récidive si l'ablation n'en a pas été complète.
Homme, trente ans, ayant à la mîichoire inférieure, au niveau du rebord alvéolaire, une tumeur paraissant sessile, large de deux centimètres, faisant saillie en avant et dans l'intervalle de deux dents voisines qui sont assez fortement ébranlées. La muqueuse qui la recouvre n'est pas ulcérée. La couleur est à peine altérée, un peu plus rouge qu'à l'état normal, la consistance de la tumeur est dure.
Ordinairement, l'épulis siège à la mâchoire inférieure. Son volume dépasse rarement celui d'une noix. Dans un cas cité par Jourdain, l'épulis était pédiculée. Dans une variété dile piilsatile, la coloration est d'un rouge plus intense et la palpation y fait découvrir des battements.
Chez des sujets où il a été possible d'examiner l'ensemble du maxillaire, le tissu morbide, sur une coupe, a été trouvé en continuité manifeste avec le périoste et même avec le tissu osseux dans lequel il pénétrait soit dans Tintervalle de deux alvéoles, soit même dans la cavité de l'une d'elles. La couleur est d'un rouge pâle ou rouge vineux, la consistance élastique ; vascuiarité très-grande dans la variété dite pulsatile. Au microscope, on trouve dans la très-grande majorité des cas qu'on a affaire à une tumeur à myéloplaxes et à méduUocelles (voy. aux Tumeurs des os). Dans quelques observations peu nombreuses on a noté la présence de tissu embryoplastique, ou conjonctif, à l'état embryonnaire.
Scorbut, hémophilie. — Dans le scorbut, les gencives devenues épaisses, violacées, fongueuses, peuvent, à l'état excessif, écarter les lèvres et sortir en saillie au dehors. Elles laissent écouler du sang au moindre contact et se couvrent d'ulcérations plus ou moins profondes. Pendant le siège de Paris, j'ai examiné des fragments de gencives chez plusieurs scorbutiques et je n'ai pas trouvé les vaisseaux altérés autrement que par leur diamètre agrandi. Une grande quantité de tissu embryoplastique, de noyaux surtout, était située entre les vaisseaux. Le sang était à l'état normal, excepté chez quelques malades et alors le nombre des globules blancs m'a paru légèrement augmenté.
Chez un homme hémophile ayant succombé àl'hôpitalNecker dans mon service et ayant eu de très-nombreuses hémorrhagies gingivales, sans état scorbutique appréciable des gencives, je me suis assuré que les anses vasculaires qui se rendaient au bord gingival étaient manifestement altérées dans leur parcours. Les vaisseaux capillaires offraient de distance en distance, sur leur trajet, de fines granulations graisseuses, situées dans les cellules formant la paroi vasculaire<
CAVITÉ BUCCALE
Liséré saturnin des gencives. — Le liséré gingival saturnin, d'un gris ardoisé, si caractéristique chez les malades atteints de colique de plomb, ou qui ont longtemps été en contact avec des préparations de ce métal, a été considéré récemment comme un dépôt de molécules métalliques déposées dans les parois vasculaires après avoir été introduites dans la circulation générale. J'ai recherché sur plusieurs sujets si cette opinion était fondée. Après avoir procédé comme Gras, et avoir enlevé avec une lancette bien coupante un fragment de gencive, puis après l'avoir placé dans la glycérine, j'ai constamment vu des dépôts noirâtres, ressemblant à des taches pigmentaires, ou mieux, aux dépôts charbonneux del'anthracosis du poumon. Ces dépôts étaient situés parmi les cellules du rebord gingival papillaire et non le long des vaisseaux qui apparaissaient fort nets, avec leur paroi intacte et leur contenu de globules sanguins. J'admets donc que le liséré gingival est un dépôt de plomb métallique à la surface des gencives chez les sujets que j'ai observés.
Peut-être chez les malades qui ont servi aux études de Gras (de Brest), l'intoxication était-elle chronique, et alors l'imprégnation du métal s'étaitelle formée dans la paroi des vaisseaux à la manière des dépôts d'argent dans le rein (1). Il en était de même chez une malade à coloration noirâtre de la lèvre inférieure produite par un sel de plomb. (Voyez : Procédé pour déterminer la nature de certaines colorations des tissus produites par le plomb, par Gréliant. Arcliive'î de physiologie normale et pathologique, novembre 1873, p. 747.)
L'opinion émise par E. Magitot: que les dépôts de particules plombiques occupant la couche la plus profonde de l'épithélium buccal est visible surtout au collet des gencives, à cause de la transparence du tissu et de la blancheur de la dent sous-jacente, ne me paraît pas absolument exacte. Je crois que c'est au bord môme de la dent qu'est le tatouage gingival, tandis que, ailleurs, les dépôts métalliques ont lieu dans les glandes labiales et les conduits de Rivinus. C'est aussi l'idée que m'a exprimée J. Renaut dans une communication encore inédite.
G. -F. Franci (prœsidc Schclharamcro), De Epiilidc et paruliile, etc., iii Halleri Disput. Chirurg., t. Il, p. 289. lenœ, 1692. — Jourdain, Traité des maladies de la bouche, t. 11, p. 285 et 3!4, 1778. — Petit, Dictionn. en 60 vol., art. Epulie, t. XllI, p. 107, 1815. — Aubry, Maladies des gencives. Thèse de Paris, n° 24, 1816. — Marjolin et X. Bérard, Dict. en 30 vol., t. XIV, 1836. — Boyaux, Gonflement chronique et fongueux des gencives. Thèse de Paris, 1853. — Saurel, Mémoire sur les tumeurs des gencives connues sous le nom d'Epulis. Paris, 1858. — E. Dalain, De la périostite interalvéolo-dontaire. Thèse de Montpellier, 1862. — Chambounaud, Des fistules dentaires. Thèse de Paris, n° 87, 1867. — E. Magitot, Traité de la carie dentaire, recherches expériment. et thérapeutiques. Paris, 1867, in-8 avec 2 planches. Mémoire sur l'osléo-périostite alvéole-dentaire (Archives de médecine, juin-juillet 1867), repro-
(1) "^.11 AS, Le liséré plombique, moyen simple de le distinguer pendant la vie des liséiés qui peuvent le simuler (Archives de méd. navale, t. XXIU, 1875).
APPAREIL DE LA DIGESTION
duità la suite de son mémoire sur les tumeurs du périoste dentaire. Paris 1873 — A. Vergne, Tartre dentaire et ses concrétions. Thèse de Paris, 1809, avec une planche. — Martin Dupont, De la gingivite ulcéreuse des matelots. Thèse de Paris, n" 215, 1872. — Morcrette, Essai sur les abcès d'origine dentaire et sur les accidents qui les accompagnent. Thèse de Paris, n" 364, 1873. — J. SCHEFF, Fistules gingivales et cutanées dentaires (Wien. med. Presse, t. XVI, 1875).
SECTION II
Ce n'est que par une division facilitant l'étude, mais existant rarement, qu'il est possible de séparer les altérations anatomiques de la muqueuse buccale, de celles de la langue et des gencives. La plupart des lésions décrites dans la section précédente coexistent et se retrouvent à la surface de la langue. Quelques-unes cependant sont particulières à cet organe et méritent une description à part. Du reste, l'ensemble des lésions buccales sera naturellement complété par celles du pharynx.
t. — Catarrhe lingual, enduits divers de la langue.
On trouve, dans beaucoup de maladies générales, et en particulier dans celles de l'estomac et de l'intestin, le catarrhe lingual, caractérisé anatomiquement par [une production et une desquamation abondantes de l'épithélium.
Les enduits de la langue revêtent des aspects et des colorations différentes; ordinairement blancs, ils deviennent jaunâtres ou bleuâtres si la bile ou le sang les colorent. Ils sont utiles à connaître, et leur signifia cation a une réelle valeur pour la séméiologie. Voici quelques types prin^ cipaux entre lesquels il existe de nombreux états intermédiaires.
Dans l'embarras gastrique fébrile, la langue est élargie, comme étalée, blanchâtre ou légèrement jaunâtre dans sa partie supérieure, parce qu'elle est recouverte d'un enduit plus ou moins épais; les papilles sont visibles, mais comme gonflées, pressées les unes contre les autres, le sillon médian et quelques plis transversaux tranchent par une dépression légère au milieu de la teinte blanche générale; la pointe et les bords sont un peu rosés; enfin, sur quelques points, plusieurs papilles des bords offrent elles-mêmes une teinte rouge peu accusée. Le dessous de la langue est ordinairement un peu jaunâtre mais sans enduit particulier.
Ces caractères anatomiques de la langue chez les sujets atteints de ca-
LANGUE
tarrhe lingual et dont l'enduit de l'embarras gastrique (i) fébrile constitue un type nettement accusé, sont bien appréciables avec la loupe. Si on enlève par le raclage une partie de cet enduit, ou le trouve composé des éléments suivants :
Des cellules aplaties, lamelliformes d'épithélium lin^al, ayant un diamètre de O^^OS à 0""",07 = 50 p à 70 i^, avec un noyau plus ou moins visible. Ces lamelles épithéliales sont presque toujours tassées les unes contre les autre et entremêlées de granulations moléculaires. L'acide acétique et surtout l'acide picrique, en rendant plus apparents leurs contours, les font aisément reconnaître.
Plusieurs fois j'ai trouvé, dans la couche blanchâtre de l'enduit catarrhal de la bouche, des corps arrondis ou ovalaires, ou de forme assez irrég'ulière (voy. fig. 2) dont la détermination précise n'était point facile. Leur volume assez considérable 0"",'l à 0,15""" (1 00 à 1 50f/) dans le plus grand diamètre, leur teinte assez foncée, leur résistance aux agents dissolvant les corps gras, montraient qu'ils n'étaient point composés de granulations graisseuses.
Je les crois composés de fines spores réunies les unes aux autres et recouvrant parfois à la manière d'une couche d'encroûtement les cellules épithéliales des papilles (voyez fig. 2). Du reste, Kœlliker (2) a signalé des revêtements de la langue qu'il regai'de comme de nature cryptogamique. L'analogie de nos observations mérite d'être signalée.
Les spores de grandeur ordinaire (0'""',004 à 0'""',007 = 4 fx à 7 fx) et oblongues, soit d'Oidium alhicans, soit de Torula sont fréquentes dans le catarrhe lingual et, au contraire, les filaments du mycélium y sont
FiG. 2. —
Catarrhe buccal; cellules épithéliales, quelquesunes avec un revêtement cryptogamique*.
(1) Denis de Commercy, a trouvé dans Tenduit saburral pour 15 grammes de résidu sec: phosphate de chaux, 5,2; carbonate de chaux, i,3; mucus altéré, 7,5; perte, 1.
(2) KUlViker, Eléments d'histologie humaine, 2° édition française, p. 457 et fig. 231 Paris, 1870. * a, a, a, cellules épithéliales de la surface de la langue, à divers états de développement,
vues de face et de profd ; b, c, cl, corps d'aspect granuleux constitués par des spores cryptogamiques ; b, masse arrondie constituée uniquement par des spores; c, cellule dont on aperçoit le noyau et encroûtée de spores ; d, une cellule entourée par une masse irrégulière des mêmes spores ; e, revêtement épithélial d'une papille linguale entouré de plusieurs couches de spores. Grossissement, 250 diamètres.
28 APPAREIL DK LA DIGESTION
très-rares. Ces spores ne trouvent pas probablement les conditions de leur développement. Le Leptolhrix huccalis est toujours abondant.
A la fin des maladies fébriles aiguës, de la pneumonie par exemple, dans le troisième septénaire des fièvres typhoïdes en voie de guérison, on trouve la langue en partie dépouillée et en partie revêtue d'une couche épaisse d'épithélium.
La langue est de volume normal ou un peu effilée, collante au doigt qui la touche, la surface en est inégalement blanchâtre avec des parties dénudées et rouges, ou bien d'une teinte rougeàtre parsemée de larges îlots blanchâtres, trèsirréguHers.
Le sillon médian est fortement marqué, et de chaque côté des traînées blanches longitudinales sont appréciables, la base est moins dépouillée que le reste de la surface, la pointe et les bords sont d'un rouge vif.
Entre cet état de dépouillement partiel et le catarrhe de l'embarras gastrique, on trouve tous les passages.
Les deux bandes juxta-médianes sont tantôt étalées, tantôt minces ; les parties dépouillées et laissant les papilles sans le même revêlement que le reste de la surface sont très-irrégulières, mais c'est toujours vers la partie supérieure et de chaque côté de la ligne médiane qu'on les observe le plus.
Dans les maladies à formes adynamiques : fièvres typhoïdes, infections putrides ou urineuses, l'aspect de la surface linguale est remarquable.
Le malade tire avec peine la langue sèche, revenue sur elle-même, et arrondie plutôt qu'étalée. La couleur en est brune, foncée, due à un enduit desséché; le dessus est inégal, ridé, semblable à du liège rugueux ou à du bois. Des fissures plus ou moins profondes occupent le sillon médian et en partent transversalement. En même temps la face interne des lèvres et les gencives sont recouvertes par des plaques d'un enduit brunâtre, comparé à un dépôt fuligineux.
Tantôt rugueuse, parfois assez lisse, la langue dans les affections typhoïdes peut ausssi offrir des taches brunâtres ou d'un rouge sanguin, en rapport avec la rupture des vaisseaux capillaires.
Chez les malades dont la langue est dépouillée par places, on trouve toujours les lamelles épithéliales et des leucocytes déjà signalés pour le catarrhe buccal à enduit uniformément étalé ; les places dénudées ont des cellules plus jeunes, d'un moindre volume, à noyau plus volumineux. Je ne les ai pas trouvées dentelées sur les bords.
LANGUE
Enfin chez les malades dont la langue est fuligineuse on trouve, après le ramollissement de l'enduit dans l'eau, des cellules épithéliales pavimenteuses des plus nettes, mais soudées, réunies entre elles par une gangue amorphe et colorée en brun. En ramollissant la croûte brunâtre avec du sérum, les globules rouges du sang sont reconnaissables, quoique les bords soient dentelés ou hérissés de prolongements. Parfois il n'y a que des granules rougeàtres d'hématosine.
Pour terminer celte revue abrégée de l'aspect de la langue dans les maladies diverses, il reste à décrire l'état lisse que présente cet organe après avoir perdu son revêtement épilhélial et dont la scarlatine offre le type :
Langue très-rouge, extrêmement lisse à la surface, dépouillée de tout enduit et comme vernissée. La loupe fait reconnaître les papilles, mais celles-ci ne sont pas très-développées et le gonflement de la muqueuse les entoure, les enchâsse pour ainsi dire.
Le revêtement épithélial stratifié est tombé, les cônes des papilles filiformes et caliciformes n'existe pas.
Après le raclage et en observant au microscope, on trouve des cellules épithéliales rares, non lamelleuses, assez gonflées, à contenu trouble, granuleuses dans l'intérieur et avec un noyau volumineux.
t. — GlossUe et stomatite parasitiques, ningact ; végétaux divers*.
Dans le muguet, type de la glossiteparasilique, la membrane muqueuse de la langue et de la bouche est sèche, luisante, offrant une réaction nettement acide au papier de tournesol.
Fille, quatorze ans. Sur la langue rouge et sèche, on remarque de petits points blancs arrondis, et d'autres plus volumineux qui se trouvent sur les papilles linguales. Quelques points confluents a. sont plus étalés et allongés. Des plaques blanches, à bords peu réguliers, se trouvent pareillement de chaque côté de la ligne médiane. Ces points et ces plaques sont irrégulière- ^ ■^y'' ment espacés et forment des saillies légères fig. 3. Muguet commençant à se (voy. flg. 3). développer*.
Par l'examen au microscope, on voit des lamelles épithéliales aplaties, à noyau petit. Ces lamelles épithéliales sont réunies en amas et, parmi elles, se trouvent beaucoup de matières granuleuses protéiques, un grand
* a, plaque de muguet ; b, b, papilles recouvertes de points blanchâtres.
âô
APPAREIL DE LA DIGESTION
nombre de spores (voy. fig. 4, b, b), mais peu de végétaux développés avecleur mycélium.
Femme, trente ans, arrivée au dernier terme d'une tuberculose pulmonaire, avec thrombose oblitérante de la veine crurale droite. La langue est couverte de muguet ; une couche blanche est étalée sur la face supérieure ; par places, elle est jaunâtre. En essayant d'enlever quelques points, je trouve que l'épaisseur de cette couche lichénoïde est plus grande dans les endroits qui ont servi de centre et qui se sont étendus en se réunissant. L'épaisseur varie de 1 à 3 et 4 millimètres. La consistance est celle du caséum. La friabilité est manifeste; j'écrase facilement les plus épaisses, tandis que les plus récentes ont une ténacité un peu plus forte.
Plusieurs fragments des plaques lichénoïdes du muguet chez cette femme, pris sur la langue, m'ont fait reconnaître avec le microscope une composition identique, tant après l'action de l'acide acétique que de l'acide picrique, de solutions de soude et de potasse, de l'éther, du chloroforme. Ce sont des cellules d'épithélium pavimenteux, lamelliformes, tassées, serrées entre elles, adhérentes (fig. 4) ; elles sont plus arrondies à la base des fragments. Le noyau est petit, plus volumineux sur les cellules profondément situées, un peu moins aplaties, devenues granuleuses mais n'étant pas dentelées. Constamment les cellules épilhéliales pavimenteuses étaient mélangées de matières protéiques et graisseuses, les unes puncliformes, grisâtres, les autres à contours nets, réfraclant fortement la lumière. Enfin il existe presque toujours des éléments de nature végétale (spores et mycélium), insolubles dans les réatifs ordinaires et plus abondants suivant l'ancienneté des plaques de muguet.
UOidium albicans Charles Robin, Sijrîngospora RobinîE. Quinquaud, est le plus fréquent ; il offre un mycélium formé de fdaments tubuleux, cylindriques, allongés, à bords foncés, parallèles, et dont l'intérieur est incolore ou à peine jaunâtre. Ces fdaments sont articulés et formés par des cellules placées bout à bout, de longueur variable. Le végétal en se développant se ramifie une ou plusieurs fois. Les cavités de chaque cellule particulière renferment quelques granulations et parfois deux à quatre cellules ovales à contours pâles.
L'extrémité adhérente, ou en quelque sorte, la souche de VOidiiim consiste en une spore prolongée en tube, sans cloisonnement intermédiaire. L'extrémité libre ou fructifiante, est tantôt arrondie, tanlôtformée par une cellule sphérique, ou ovoïde, plus grosse que celles qui la précèdent et séparée d'elles par un étranglement.
Les spores consistent en petits corps sphériques, ou un peu allongés, à bords nets, foncés, avec l'intérieur d'une teinte un peu ambrée. Vers leur centre on trouve une poussière fine et souvent un ou deux granules. Ces spores rarement sériales sont ordinairement libres à la surface ou dans les intervalles des cellules d'épilhélium pavimenteux. Les réactifs ordinaires sont sans action sur VOidimn dont les spores et les filaments ne sont attaqués que par les acides sulfurique ou nitrique concentrés.
LANGUE
On trouve presque toujours le Leptothrix buccalis sur les couches épithéliales du muguet, et souvent d'autres végétaux inférieurs, Cryptococcus, etc.
En faisant germer les spores de VOidium albicans du muguet sur des corps acides (zestes de citron, etc.), Quinquaud a vu un développement plus complet du végétal, des tubes sporophores naissant sur les parties latérales des tubes ordinaires. Quinquaud n'a pas trouvé l'oïdium dans les glandules de la bouche.
Le muguet buccal varie suivant le siège ; il est, à l'extrémité de la langue, d'un blanc éclatant, formant des points ou de fines lignes; sur le reste de la langue il est arrondi comme des grains de semoule ; sur la voûte palatine, il s'étale en feuillet uni, en nuage peu épais ; à la face interne des joues, on trouve des plaques épaisses, disposées comme des grumeaux blanchâtres.
L'épaisseur des points blanchâtres est plus grande au centre, mais dans le muguet étendu, lichénoïde ou confluent, l'épaisseur inégalement répartie n'est jamais très-considérable. Elle ne dépasse pas 4 à 5 millimètres.
La consistance des plaques de muguet est celle du caséum épaissi; elles sont friables, faciles à écraser entre les doigts. Sur la face libre, le muguet se désagrège plus facilement qu'au point où il adhère et où l'épithélium est plus tassé. La ténacité n'en est jamais forte. L'adhérence, assez prononcée dès l'apparition, diminue plus tard. On enlève facilement les grains blancs du muguet en les raclant, la muqueuse reste encore recouverte de cellules épithéliales, et, pendant la vie, elle est rouge et vascularisée. Après la mort, le muguet est très-facile à détacher, il se clive en quelque sorte.
FiG,
4. — Éléments microscopiqiiBs du muguet; cellules épithéliales et végétaux*.
'■ * Fragment de muguet montrant des cellules d'épitliélium pavimenteux, des spores et des tubes plus ou moins développés de VOidium albicans. — a, a, et c, c, cellules d'épithélium ; b, b, spores isolées ; d, d, fdaments du mycélium, tubuleux, cylindriques, cloisonnés, avec l'extrémité renflée en e, e, g; h, spores disposées bout à bout; t, cellule ovoïde terminale. Grossissement 360 diamètres (Charles Robin, Végétaux parasites).
APPAREIL DE LA DIGESTION
Malgré son litre ordinaire de glossite ou de stomatite parasitique, le muguet n'est pas une simple moisissure ou un dépôt de mucédinées ayant germé sur quelques points de la cavité buccale. D'autre part, il n'y a aucune parité à établir entre une fausse membrane ou, en d'autres termes, une pseudhymène croupale, réellement diphthérique, et le muguet. Ici, point d'altération particulière de l'épithélium, comme nous le verrons, en traitant du pharynx et du larynx, point d'exsudat fibrino-cellulaire, mais un dépôt de matières grasses et protéiques et surtout de spores, un mycélium développé sur et entre les plaques d'un épithélium granuleux et très-abondant.
Le muguet est donc en réalité caractérisé par une production épithéliale exagérée sur plusieurs points de la langue et, par la propagation dans ce terrain favorable, de végétaux ou champignons microscopiques, parmi lesquels prédomine toujours YOidium albicans ou Syringospom Robini.
F. Sanponts, Auvity, etc., Concours sur la malailie appelée muguet, millet, blanchet (Hist. de la Soc. de médecine, années 1787 et 1788, publiées en 1790). — Jahn, Organismes végétaux dans le muguet (Journal de Hufeland, 182G). — VÉRON, ^Observations sur les maladies des enfants. Paris, 1825. — Lélut, Archives générales de médecine, 1827. — Gruby, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1842. — Hunerkoff, De natura vegetabili ac diagnosi aphthoruni. Gryphiaî, 1843. — Fr.-Th. Berg, Cm torsk hos barn. Stokholm, 1846. — Ch. Robin, Des végétaux parasites qui naissent sur l'homme et sur les animaux vivants. Paris, 1853. — A. GUBLER, Méni. sur l'Oidium albicans (Mém. de l'Académie de médecine, t. XXII, 1857). — QuiNQUAUD, Nouvelles recherches sur le muguet, classification et conditions de développement du Syringospora Robini (Archives de physiologie normale et pathologique, I, 1868). — Paruot, Muguet gastrique, etc. (Archives de physiologie normale et pathologique, 1869).