Épitbcliomc de la langue
L'épithéliomc lingual présente deux variétés principales : Vépithéliome lingual superficiel ou papillaire, et Vépithéliome lingual profond ou interstitiel :
Homme, 50 ans, fumeiu", atteint A' ëpithéliome superficiel. Ce malade offre des plaques de psoriasis buccal disséminées à la face interne des joues et sur le dessus de la langue. La partie latérale gauche de cet organe montre une ulcération creuse à son centre, ovalaire, ayant un centimètre et demi dans son plus grand diamètre, avec les bords nettement délimités. La couleur est blanc jaunâtre. En explorant avec les doigts la base sur laquelle repose l'ulcération, on la trouve constituée par une plaque dure qui se continue insensiblement avec le tissu voisin.
Au-dessous du maxillaire inférieur on trouve deux ganglions volumineux, indurés, insensibles à la pression.
La maladie a débuté par une petite excoriation que le malade attribue au voisinage d'une dent gâtée. Mais l'ablation de celle-ci n'a pas modifié la marche du mal.
Examinée à la loupe, la surface dénudée de l'ulcère est hérissée de petits prolongements.
En raclant et enlevant quelques-uns de ceux-ci on trouve qu'ils sont formés par des papilles hypertrophiées et recouvertes de grandes lamelles et cellules d'épithélium lingual. Plusieurs d'entre elles ont des globes épidermiques dans leur intérieur.
Le malade n'a pas voulu consentir à une opération. Le traitement interne n'a modifié en rien l'ulcère lingual.
Dans cet état, l'épithéliome offre de la ressemblance avec la glossite chronique ulcéreuse simple, tuberculeuse, ou syphilitique, qui vont bientôt être décrites, et avec la glossite fissurante ou disséquante. Dans la forme ou variété d'épithéliome profond, les lésions linguales sont étendues à une partie notable de l'organe et atteignent les tissus connectifs et les interstices musculaires.
APPAREIL DE LA DIGESTION
Homme de 54- ans, fumeur habituel. Sur le bord gauche de la langue, vers la pointe, on observe une large ulcération, recouverte de fongosités; ses bords sont anfractueux et déchiquetés, son aspect est grisâtre et sanieux. En arrière, les tissus voisins semblent sains au premier abord ; mais le doigt porté sur la base de la langue y fait reconnaître une induration caractéristique bien marquée.
La tumeur a amené un retentissement considérable sur le système ganglionnaire; les ganglions sous-maxillaires sont envahis de chaque côté, quelques-uns atteignent presque le volume d'un œuf de poule et descendent jusqu'au voisinage de la clavicule. La peau paraît saine au-dessus de plusieurs d'entre eux, mais en quelques points elle est notablement adhérente et fait craindre une prochaine ulcération.
Cet homme ayant réclamé l'opération, elle est pratiquée à l'aide de l'écraseur linéaire. La cicatrisation se fait régulièrement.
La pièce pathologique, examinée à l'aide de coupes fraîches et sur des coupes durcies dans le liquide de Muller, donne les résultats suivants :
A l'état frais, le fond de l'ulcération est constitué par un tissu hypertrophié d'un blanc grisâtre, résistant, formant des aréoles ou mailles et ne donnant pas de suc proprement dit. Le tissu, quoique résistant et sec, est friable ; on en exprime des amas blanchâtres et jaunâtres, allongés ou irrégulièrement arrondis.
Ces petits amas sont composés de cellules épithéliales, grosses, déformées, volumineuses, ayant acquis un développement anormal, manifestement hypertrophiées ; d'autres sont comprimées et enroulées, en forme de globules épidermiques, emboîtées â la manière des tuniques d'un oignon ; plusieurs sont garnies sur les bords de dentelures et de prolongements engrenés et beaucoup plus forts qu'à l'état normal. Il y a là hyperplasie véritable.
Les encroûtements cellulaires épilhéliaux (globes épidermiques) ont au centre une petite masse de nature graisseuse ou colloïde.
Les bords de l'ulcération sont revêtus de prolongements papillaires constitués par des papilles hypertrophiées. Les cellules qui les recouvrent sont agrandies et lamelliformes, devenues cornées, avec le noyau peu apparent ou même invisible; celles qui sont plus profondes ont l'aspect polyédrique et plusieurs sont pourvues de noyaux assez volumineux, ayant souvent deux nucléoles. Beaucoup de ces cellules ont des granulations graisseuses dans leur intérieur.
Après durcissement et sur une coupe perpendiculaire, on trouve la surface de la muqueuse érodée, ayant un revêtement épithélial épaissi; des globes épidermiques formés et d'autres en voie de formation se trouvent dans la couche épithéliale. Les cellules épithéliales jeunes sont répandues dans une grande épaisseur et infdtrées entre les muscles, dont les faisceaux primitifs sont écartés. Les vaisseaux capillaires sont très-notablement dilatés.
Dans une coupe passant à travers les prolongements que l'épithélium forme dans la profondeur de la langue, on voit les cellules épithéliales infdtrées dans tous les tissus, et les globes épidermiques (fig. 6) situés au milieu des prolongements coniques papillaires.
Dans la partie la plus ancienne, ce qui reste de la couche épithéliale offre des extravasats sanguins et les vaisseaux pénètrent jusqu'à la périphérie. Des
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cavités se sont creusées dans la masse des tissus et sont en partie vides de leurs cellules épithéliales passées à l'état corné. Les faisceaux uiiisculaires sont dissociés par les cellules épithéliales infiltrées dans leur épaisseur.
En résumé, l'épithéliome superficiel, ou le cancer épitliélialde la langue superficiel, débute par les papilles, d'où le nom de papillome qu'on lui a souvent donné. Les papilles sont très-hypertrophiées, recouvertes de grandes cellules épithéliales imbriquées (fig. 7) ])armi lesquelles on ren- <'ontre de nombreux globes épidermiqnes (fig. 8). On les rencontre surtout
globes épidermiqnes *. épithélial **.
sur les bords de l'ulcère : une coupe pratiquée sur la base de celui-ci lait constater qu'il est formé d'un tissu blanc grisâtre, grenu, dont la pression exprime de petits filaments jaunâtres et vermiformes {vermiollea de Virchow). Le microscope montre que ce tissu est surtout formé de
* Coupe verticale sur un épitliéliome lingual, a, vers la base et la portion médiane d'une papille anormale, les cellules lamelliformes sont tassées en séries, montrant en plusieurs points leurs noyaux saillants; près du centre, les mêmes cellules sont enroulées, et au centre même, la cavité est pleine de granulations ; h, b, b, gros globes épidermiques, avec les cellules nettement enroulées à la périphérie, au centre on voit des cellules à noyaux et des noyaux libres; c, c, cellules enroulées concentriquement formant le globe épidermique complet; d, d, globes do petit volume et en voie de formation. Grossissement, 20G diamètres.
** Eléments il'un papillome. A, papille hypertrophiée grossie 90 fois; o, cellules épidermiques arrondies; c, c, cellules épidermiques vues de profil et d'apparence fusiforme avec leurs noyaux, B, cellules épidermiques isolées; a, corps cellulaire ; fc, noyau. Grossissement, iiOO fois. (H. Lebert.)
APPAREIL DE LA DjlGESTION.
grosses cellules polyédriques engrenées, ou disposées concenlriquement autour d'une petite masse colloïde.
Vépitheliome intersiitiel semble déhuter, suivant la remarque de Thiersch, au niveau des sillons interpapillaires et dans l'épaisseur même du derme muqueux. Les cellules épithéliales qui composent essentiellement la tumeur sont groupées sous forme de cylindres irréguliers séparés les uns des autres par des fibres musculaires, ou lamineuses, écartées et dissociées. Ces cylindres épithéliaux sont par places, d'aspect moniliforme, vu la présence de globes épidermiques disséminés dans leur épaisseur (fig. 7).
En s'approchant des bords de l'ulcère, on voit la proportion des éléments normaux devenir prédominante, en même temps que la lésion semble aussi plus superficielle et revêt les caractères du papillome précédemment décrit. En môme temps, on constate la présence d'une grande quantité de noyaux embryoplastiques, dont l'apparition paraît se rattacher au processus morbide déterminé par la présence du tissu anormal jouant le rôle de corps étranger. On retrouve fort loin des tramées de noyaux et de cellules, surtout le long des vaisseaux, comme l'avait indiqué FoUin. Les glandes ne paraissent jamais être le point de départ de la lésion, car, loin de prendre part dès le début à l'évolution des éléments épithéliaux, elles sont atrophiées par les éléments de formation nouvelle.
VoRAMGER, Du cancer de la langue. Thèse de Paris, n° 85, 1836. — Marjolin, Oixivier et Desormeaux, Diction, en 30 vol., t. XVII, p. 484 et suiv., 1838. — Maisonneuve, Des tumeurs de la langue. Thèse de concours de clinique chirurgicale, Paris, 1848. — Lenoel, Des affections chirurgicales de la langue. Thèse de Paris, n° 9G, 1851. — Robert, Du cancer de la langue. Thèse de Paris, n" 192, 1856. — Biixroth, Bcitr. z. palh. HistoL, s. 213, Berlin, 1858. — Boyer-Miallet, Du cancer de la langue. Thèse de Paris, n" 192 et n° 274, 1865. — Th. Anger, Du cancer de la langue. Thèse pour l'agrégation, 1872.
De l'épithéliome pavimenteux. — ■ Pour la première fois, j'ai eu à décrire l'épithéliome souvent appelé cancer labial, cancer de la langue. Il importe actuellement d'étudier d'une manière plus générale Vépithéliome pavimenteux.
Les anciens auteurs, sous la dénomination vague de cancer, avaient confondu le plus grand noml)re des tumeurs dites malignes, c'est-cà-dire à évolution rapide , sujettes à récidiver après l'ablation et infectant l'organisme d'un grand nombre de productions semblables. Les progrès de l'observation et de l'anatomie pathologique firent distinguer des tumeurs volumineuses et glandulaires, ou cancers proprement dits, d'autres productions plus particulièrement tégumentaircs et qui ont reçu les noms de mil me tangere, cancer cutané, cancer épithélial, cancroïde, etc.
De plus, en reclierchant la structure de ces dernières tumeurs, on a
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trouvé des différences dans les épithéliomes suivant le lieu dont ils proviennent, et tantôt ils ont pour élément principal le tissu épithélial pavimenteux, tantôt le tissu épithélial cylindrique.
Le cancer épithélial pavimenteux, celui qui doit nous occuper actuelle-
FiG. 8. — Globes épiderniiques d'un épitliéliomc cutané *.
ment, est constitué par des cellules arrondies, polygonales ou lamelli- Ibrmes, disposées en couches superposées et de formation plus ou moins récente. Il se développe sur toutes les parties du corps où normalement on trouve de l'épithélium pavimenteux soit simple, sôit stratifié : tels sont les épithéliomes de la peau, des lèvres, des paupières, de la cavité buccale, du pharynx, de l'œsophage, de l'anus, des organes urinaires et génitaux, verge, vulve, vagin, utérus, etc.
L'épithéliome ordinaire ou pavimenteux offre, dans sa forme extérieure, une surface élevée plus ou moins saillante, ayant l'aspect d'une verrue ou bien d'une fente, d'une excavation fendillée, mais avec des bords indurés; d'autres fois, ce sont des saillies papilliformes à base large. Plus tard, il se forme une croûte superficielle et au-dessous existe une ulcération bientôt recouverte d'une croûte nouvelle, si on fait tomber la première. La surface ulcérée profonde suppure peu et s'agrandit lentement. Le fond en est grenu, formé de végétations faibles et granuleuses, grisâtres ou rougeâtres ; autour des bords sont de minimes bosselures et ces mêmes bords sont relevés, indurés, parfois renversés en dehors. Les lésions
* Éléments d'une tumeur épidermique ou épilholiome pavimenteux du derme, a, globes épidermiques multiples. Grossissement, 300 diamètres (H. Lebert).
APPAREIL DE LA DIGESTION
s'étendent, en profondeur, aux tissus voisins, aux couches inférieures de la peau et des muqueuses ; elles envahissent de la sorte- les tissus sous-jacents, déterminent la perforation des organes creux, et elles arrivent jusqu'aux cartilages et aux os. Les ganglions lymphatiques s'indurent et sont pris, à leur tour, d'une manière plus ou moins rapide, mais jamais primitivement : leur altération é|)ithéliale est secondaire.
Nous avons vu des exemples d'épithéliome lingual ; ajoutons actuellement que, d'une manière générale, le tissu des épithéliornes pavimenteux est assez dur, résistant, blanchâtre, peu vasculaire; la coupe est grenue et plus ou moins homogène. La consistance de ces tumeurs épithéliales est fiiable sui' plusieurs points ; le tissu est facile à séparer en fragments, aussi Cruveilhicr l'avait-il désigné sous le nom expressif de cancer fragile.
Le suc, nul ou très-difficile à exprimer sur l'épithéliome pavimenteux frais, est peu miscible à l'eau, bien dillérent en cela du cancer glandulaire, ou épithéliome glandulaire, dont les cellules sont lâchement unies ou même séparées par un liquide.
La forme des cellules est très-variée : elles sont allongées ou ovales, ayant parfois des prolongements et des angles, ou disposées en raquette. Plusieurs, pressées les unes contre les autres, se sont aplaties, et il est facile de le constater quand on les voit de profil.
Lescellulesdel'épithéliomepavimenteuxsontplusou moins soudéesentre
elles; elles sont disposées en amas, parfois pigmentées. A la surface elles sont nettement aplaties, plus bas leur forme est arrondie avec le noyau et le nucléole plus volumineux qu'à l'état normal ; celles de la couche moyenne sont très-dentelées sur leurs bords (fig. 9) et imbriquées; d'autres, enfin, sont enroulées d'une manière concentrique; leur disposition rappelle celle des écailles d'un oignon ou d'une plante bulbeuse (fig. 8).
Plusieurs fois on trouve des cellules à contenu colloïde, surtout au centre ou sur les prolongements où sont les globes épidermiques (Voyez %. 6).
Souvent aussi il existe plusieurs noyaux dans les cellules les plus volu-
CkR. -2l.se.
Fig. 9. — Cellules profoiules et riiieincut dentelées d'un épithéliome lingual*.
* Cellules pavimcnteuses d'un épithéliome lingual dont les bords sont hérissés de fines dentelures, a, cellule denticulée sur deux de ses bords opposés ; b, c, cellules présentant des dentelures sur toute leur circonférence. Grossissement, 450 diamètres (Ch. Robin).
LAJJGUE.
mineuses, et enfin plusieurs cellules (deux ou trois) sont englobées dans une grande cellule enveloppante.
Autour des lobules, le tissu conjonctif ou lamineux est ordinairement peu abondant. Les vaisseaux accomjingnant ces trav('es conjonctives ne sont pas nombreux et seulement capillaires. L'épithélionie pavimenteux est rarement accompagné de tissu embryonnaire ou endjryo-plaslicpie, de tissu colloïde et de tissu fibreux.
Le développement de l'épitbéliome pavimenteux est un des points les plus contestés et les plus dilliciles de son bistoire. J'ai déjà dit qu'il se développe sur les endroits recouverts d'épithélium de la peau et des muqueuses, et voici comment cette production a été expliquée :
A l'état normal, il est difficile de voir h la surliice des papilles autre cbose qu'une couclie de cellules;
mais dans les cas de tuméfaction ' '"^^ rT>
active, il y a uù tissu embryon- f " > ^ >^ j-
naire, ou plutôt de la substance ^^^^^^^r-^ ^ ^ ^ organisée amorplie, riclie en , ^ — ^ : '''"■i'>
noyaux, autour de laquelle elle •^çv-'^ r <^ '^'^
s'individualise en se segmentant. ^ ^
Ce lait est soutenu par Cbarles O -~ r-~. ^ Robin. D'autre part, Rindfleisch / ^ " ^
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se développe, non aux dépens ■ ' ■ "-^
des cellules épithéliales ancien- eg;y^ ^ ' ■^■■.-r^.
nés, mais à côté d'elles. Cette ^y.^ y: A y^- ' ^ ^ r-", question si importante de la gé- ^ O^rrS
nération des cellules nous occu- ^ ^, ^ ^ ^ »
pera souvent dans le cours de | o " '^^/^//'^'^ ce livre. ^ ^ ^ °QG'"^
Les phénomènes de proliféra-
tîrvn r.r.r]^/..Av.^ ' ^ „ t ' " '.' FiG. lO. — Coiipc vci Ucalc (l'uii épitliéliomc oavi-
tion endogène n ont lamais ete , . , , ,- *
" J menteux en voie de segmentation .
VUS à l'état physiologique, mais
dans l'état pathologique on a constaté la multiplication des noyaux, plusieurs noyaux se trouvant dans la même cellule.
J. Arnold a suivi, chez les grenouilles, la formation de l'épithélium sur la peau privée d'épiderme ; il dit avoir observé un exsudât amorphe
* Coupe verticale montrant en a, f, la portion profonde constituée par une substance amorphe finement granuleuse, interposée aux noyaux dont quelques-uns n'ont point encore de nucléoles; b, e, segmentation commençant à se produire entre les noyaux et divisant la substance en corps de cellules ayant chacun un ou deux noyaux comme centre; c, d, g, cellules de pins en plus formées et s'aplatissant en apjirocliant de la surface de la tumeur. Grossissement, 300 diamètres (Ch. Robin)
APPAREIL DE LA DIGESTION
(matière amorphe sarcodique ou protoplasmique), l'apparition de noyaux et la segmentation de l'exsudat entre ces noyaux. Ch. Rohin a vu et a représenté la production de noyaux libres dans une substance organisée, amorphe, et l'augmentation de cette substance qui individualise des globules, formés ainsi d'une matière sarcodique ou protoplasmique autour d'un noyau.
Ch. Robin compare cette segmentation chez l'adulte à ce cpii se passe chez l'embryon, et il en recommande l'observation facile à la face interne des tubes rénaux, des culs-de-sac de la mamelle et des glandes salivaires. En ces points il n'y aurait, comme sur le vitellus, que l'individualisation d'une substance amorphe en cellules distinctes et séparables, sans proliféi\ation par scission, gemmation ou génération endogène. Il est des épithéliums qui restent nucléaires par manque de substance interposée ou par défaut de segmentation.
La matière des papilles et la couche plus ou moins épaisse, homogène, nettement limitée, qui les forme, est revêtue par des cellules et des noyaux; ceux-ci se produisent toujours, mais les lignes de séparation des cellules, d'abord fort nettes, deviennent de moins en moins distinctes, ces lignes se perdent insensiblement dans la substance amorphe, uniformément granuleuse, et autour des noyaux. Dans les points où sont deux ou trois noyaux, les cellules sont plus grandes. On voit parfois la segmentation autour de trois ou quatre noyaux ou de deux ou trois cellules; il en résulte la production d'une énorme cellule é})ithélia]e dans laquelle sont placées et incluses une, deux et trois autres cellules, et parfois il y a du liquide ou un contenu hyalin qui leur permet d'être mobiles dans l'intérieur.
Ces faits sont interprétés, par d'autres auteurs, comme des faits de génération endogène et intra-cellulaire, mais l'épithélium normal ne montre })as la prolifération endogène observée dans les cellules embryoplastiques ou embryonnaires.
Du reste, les masses épithéliales s'accroissent entre les espaces interpapillaires de la peau et des muqueuses, dans les bulbes pileux; les cellules des follicules se multipliant, la membrane amorphe du follicule disparaît par compression, et le tissu contigii est pénétré par l'épithélium envahisseur.
Les glandes sudoripares sont atteintes par une accumulation de l'épithélium dans leur intérieur ; elles grandissent, s'anastomosent, tandis que les conduits excréteurs peuvent rester minces et plus vides.
Le développement de l'épilhéliome pavimenteux cutané ou cancroïde n'est pas ordinairement rapide ; il n'est point accompagné de tissu lamineux et de vaisseaux, d'ovi l'ulcération lente des parties sous-jacentes, sans réparation du tissu détruit.
LANGUE
Les tumeurs épilhéliales dites cancroïdes sont constituées, en réalité, par des masses d'épithélium pavimenteux stratifié, accompagnées de tissu embryonnaire ou de tissu conjonctif lamineux. On en distingue trois variétés principales :
1. Les épithéliomes pavirncnteiix lobulés forment des lobules irréguliers. Leurs cellules épithéliales sont en rénovation ou évolution épidermique, et dans leurs parties centrales elles sont enroulées en globes épidermiques, parfois colloïdes (épithéliome pavimenteux corné, ou colloïde).
2. Les épithéliomes pavimenteux perlés ont, au centre de chaque lobule, un véritable nodule ou perle épidermique; c'est le cholestéatome de J. Mïdler.
3. Les épithéliomes pavimenteux tubulés sont constitués par des cavités tubulaires, formant des amas remplis de cellules pavimenteuses petites, n'atteignant pas la transformation épidermique cornée, et presque toutes étant au même point de développement. Ces épithéliomes tubulés se trouvent souvent dans la peau, les parois buccales, le sinus maxillaire, etc.
e. — Tuberculose de la langue.
La tuberculose linguale a été étudiée, avec beaucoup de soin, dans ces dernières années. U. Trélat, Féréol, Bucquoy, Isambert, etc., ont fait connaître successivement des faits qui ne laissaient aucun doute sur cette manifestation delà tuberculose. Parfois elle est primitive, comme dans un exemple remarquable que j'ai communiqué <à la Société médicale des Hôpitaux (année 1874, p. 175), et dont voici le résumé :
Homme, 48 ans, étant allé dans plusieurs hôpitaux pour des ulcérations linguales. A Necker, les chirurgiens pensent à la syphilis ou à un épithéliome. A Saint-Louis, on avait diagnostiqué : cancer de la langue. L'iodure de potassium ne modifie en rien cet état, mais la teinture d'iode a une action favorable. Après ■deux ans (1872-1874), les ulcérations qui étaient cicatrisées reparaissent de nouveau sur la langue tuméfiée.
1872. — La première ulcération linguale survint peu h peu vers la fin de décembre. La langue devint plus volumineuse, la salivation plus abondante et laissant un mauvais goût dans la bouche. Le malade a, depuis longtemps, les dents mauvaises, mais non cassées, et en face de la place ulcérée il n'existe pas de bords tranchants dentaires, ni de saillie qui puisse faire pensera une ulcération traumatique. B... est fumeur de vieille date, il se sert d'une pipe à tuyau court et dont l'extrémité se place au niveau du point ulcéré.
1878. — Le siège exact de l'ulcération est sur le bord gauche de la langue, en avant du milieu, près de la pointe, à un demi-centimètre environ ; l'ulcération
API'AItEIL DE LA DIGESTION.
est latérale et n'empiète pas sur la l'ace supérieure ni sur la face inférieure de rori2;ane. Les bords sont tuméfiés, légèrement saillants, un peu festonnés et pnpilliformes ; le fond est grisâtre. Les glandules périphériques ont leur orifice visible, mais il n'y a pas de points jaunâtres ou blanchâtres au pourtour des bords élevés de l'ulcération. L'examen microscopique montre des cellules épithéliales et des noyaux à peu près dans l'état normal, quelques-uns granuleux; les papilles ont leurs vaisseaux très-dilatés et leur revêtement extérieur plus épais; ces particularités sont nettement apercevables à un faible grossissement et dans la glycérine.
A la lin de l'année 1873, une nouvelle ulcération se prodnisit du côté opposé à la première et s'annonça par un petit bouton semblable à une tête d'épingle, qui grandit, s'ulcère et s'étend peu à peu, s'accompagnant de douleurs sourdes, par moinenls lancinantes, qui s'exagéraient souvent le matin, mais n'empêchaient pas le sommeil ; de plus, l'ulcération était douloureuse à la pression, et saignait parfois quand le malade prenait des aliments. La langue, qui avait diminué de volume depuis la gnérison de l'ulcère du côté gauche, mais sans revenir entièrement à son volume primitif, s'est tuméfiée de nouveau. • 1874. — Le 15 janvier, je constate l'état suivant :
La langue est ulcérée sur le bord droit; l'ulcération principale, de la grandeur d'une pièce de 20 centimes, siège à 1 centimètre environ de la pointe; les bords
FiG. II. — Tuberculose linguale; côté gauche de la langue.
sont inégaux, peu saillants, décollés ; le fond est recouvert d'une production jaune pâle, comme réticulée, et laissant voir par places de fines saillies rosées. Autour, je remarque de petits points jaunâtres parsemés irrégulièrement et assez nombreux. Je touche fortement l'ulcération avec de la teinture d'iode, et je prescris un régime tonique : côtelette à sucer, potages épais, vin, extrait de quinquina.
LANGUE
Examinant au microscope les petits points jaunâtres périphériques, je constate qu'ils sont composés de noyaux granuleux, <à forme irrégulière, et de cellules déformées passées à Fétat caséeux. Ces lésions sont celles qu'on trouve dans les grains tuberculeux de moindre volume déjà caséifiés.
A la fin de février je relève l'état exact des ulcérations de la langue, et voici comment elles sont formées :
1° Une cicatrice, au bord gauche de la langue, siège à la place de l'ulcération qui a nécessité l'entrée de B... pour la première fois à Necker, en 1873. 11 existe, en cet endroit, une dépression plane, très-superficielle, ayant les dimensions d'une pièce de 50 centimes, occupant non-seulement le bord gauche, mais, en avant et en arrière, un peu de la portion saine, de manière à former deux échancrures qui allongent le diamètre antéro-postérieur. Les bords, non saillants, sont recouverts de papilles qui se continuent avec celles du bord et de la face dorsale de la langue; la transition entre le fond et lesbor(!s delà perte de substance se fait par une penle douce, ce qui n'empêche pas de constater très-nettement les limites de l'ancienne ulcération.
2° La seconde ulcération, c'est-à-dire celle qui a amené pour la seconde fois le malade dans le service, en 1874, siège sur le bord droit de la langue, à 1 centimètre de la pointe. Ses bords sont rouges, saillants, découpés en dentelures arrondies et inégales, décollés ; le fond recouvert d'une fausse membrane
FiG. 12. — Tuberculose linguale, coté droit de la langue.
peu épaisse, jaune clair, comme réticulée par place, et laissant voir alors par transparence le fond de l'ulcère tapissé de fines granulations rosées.
3° En arrière de cette ulcération, on en voit une troisième située près du filet, à la face inférieure de l'organe ; elle est irrégulièremeni ovalaire, à grand diamètre parallèle à celui de la langue, et présente peu à peu les dimensions et la forme d'un haricot. Les bords rouges, peu saillants, dentelés, décollés ; fond
APPAREIL DE LA DIGESTION
recouvert d'une fausse membrane d'un blanc jaunâtre, épaisse, résistante, et qu'on ne peut détacher par le grattage. Autour de l'ulcération, on voit de petits points blancs jaunâtres disséminés, de la grosseur d'une tête d'épingle.
4° A égale distance entre les deux ulcérations précédentes, empiétant sur le bord gauche de la langue, et siégeant à sa face inférieure, on voit une perte de substance ressemblant à une fente ou à la section très-nette que ferait un instrument tranchant, sans saillie des bords, sans coloration blanchâtre du fond.
5" On trouve encore à la face inférieure de la langue, une petite ulcération, ressemblant à un furoncle ouvert par une incision cruciale, abords blanc jaunâtre, décollés et saillants. Le malade prétend que c'est par des lésions de ce genre qu'ont commencé les autres ulcérations.
6° Enfin, du côté gauche, près du frein, petite ulcération exactement semblable aux ulcérations bien développées du côté droit, mais dont le malade ne s'était pas aperçu.
J'ai revu plusieurs fois ce malade, et il est venu mourir dans mon service ; il était alors tuberculeux avancé, la langue était ulcérée dans une grande étendue effort tuméfiée.
Les ulcères tuberculeux linguaux se trouvent surtout sur les bords et sur la face supérieure ; ils peuvent exister avec une tuberculisation du voile du palais, des joues et de la paroi pharyngienne.
Ils débutent par de petits points ou de petites taches jaunes, saillantes, de i à 4 millimètres de diamètre, semblables à du pus concret. Ce sont des granulations tuberculeuses ; l'épithélium se détruit à leur surface, et il reste un ulcère après élimination des points jaunes. Plusieurs ulcères se réunissent, la perte de substance n'est point profonde, ne végète pas, le fond est grisâtre ou jaunâtre, les bords rouges mais non élevés. Tout autour de la lésion parvenue à ce degré, on trouve de petits points jaunâtres, caractéristiques. L'engorgement ganglionnaire est faible, la salivalion assez abondante.
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