Carie osseuse
Les anciens auteurs faisaient de la carie une forme de l'inflammation des os, une sorte d'ulcération, une vermoulure des os; Gerdy, une ostéite ulcéreuse; Nélaton, une ostéite aiguë entée sur une ostéite chronique. Billroth la considère comme une ostéite chronique suppurée. Pour Gosselin, la carie serait une ostéite spontanée chronique de l'enfance et de l'adolescence survenant dans fextrémité des os longs et dans le tissu spongieux des os courts. Ranvier a, le premier, indiqué l'altération primitive des cellules osseuses qui provoquerait autour d'elles un véritable travail d'ostéite : les trabécules osseuses mortifiées jouant le rôle d'une infinité de petits séquestres parcellaires déterminant un travail d'élimination.
Le siège de prédilection de la carie est dans le tissu spongieux. On
os.
l'observe surtout au sternum, aux côtes, dans les épiphyses des os longs, dans les vertèbres, les os de la main et du pied.
Au début de la carie, le périoste est vascularisé par la formation de capillaires nouveaux et par l'agrandissement des anciens ; il est épaissi et décollé ; au-dessous de lui existe une couche semi-liquide avec des éléments embryonnaires. Dans la moelle du tissu spongieux, on trouve de la rougeur, des produits exsudés, de la diffluence et une multiplication de jeunes éléments cellulaires. Les trabécules osseuses deviennent fragiles, ce qui est dû à la dilatation des canalicules et des vaisseaux ainsi qu'à la résorption osseuse. Il y a donc une ostéite raréfiante avec agrandissement des espaces intertrabéculaire. Avec le microscope, on voit les cellules osseuses remplies de corpuscules graisseux. Ranvier regarde cette altération comme primitive et caractéristique de la carie; d'après lui, les ostéoplastes sont destinés à la nutrition des trabécules; il en résulterait que celles-ci jouent le rôle de corps étrangers et provoquent l'ostéite destructive et suppurante (1). Pour Ollier comme pour Gosselin, ces lésions des corpuscules seraient consécutives au processus phlegmasique.
Dans la suite, une période de suppuration s'est établie. On trouve du pus dans les espaces intertrabéculaires agrandis ; ce pus, par ulcération destructive, traverse la couche compacte, le périoste et les parties molles. Gosselin admet que le pus provient des fongosités et d'une membrane pyogénique située entre le pus et les trabécules, membrane formée aux dépens de la moelle, probablement l'os lui-même peut fournir du pus. En même temps, on trouve deux autres lésions de l'os, la raréfaction et la condensation. J'ai indiqué déjà le mécanisme de l'agrandissement des espaces, résultant d'une ostéite avec résorption et suppuration, ce qui produit quelque chose d'analogue à l'ulcération des parties molles. Finalement on trouve aussi dans la carie l'ostéite raréiiante de Gerdy ou l'ostéoporose de Klose (voy. plus bas Ostéoporose). Dans certaines caries vertébrales, on voit nettement des trabécules nécrosées, blanches, mobiles; ce sont des esquilles qui, en se séparant, agrandissent les espaces.
A. Cyprianus, Disscrlatio de carie ossiiim, Utrecht, 1680. — Duverney, Traité des maladies des os, t. II, p. 402, 1751. — J.-L. Petit, Traité des maladies des os, t. Il, p. 271, 1767. — Malgaigne, Mémoire sur l'infl., la suppur. et la gangrène des os (Arch. gén. de méd., 1832, t. XXX, p. 59-117). — MiCHON, De la carie et de la nécrose, thèse d'agrcg., Paris, 1832. — Gerdy, Recherches sur la carie (Gaz hebd., n» 27, 1864.), et Mal. des org.J du mouv., p. 156, Paris, 1855. — Engel, Ueber knochen Geschwiire (Prager Vierteljahrs. Band I, S. 147 et Barid II, S. 210, 1854). — R. VOLKMANN, Zur Histologie der Caries und Ostitis (Archiv fiirklin. Chirurgie, Band IV, S. 439, Berlin, 1863). — R. Volkmann, Knochenfrass, Caries (Handb. der alig. und spec. Ghirurg. von Pitha und Billrotli, Band II, Abt. 2, S. 310, Erlangen, 1805. — L. Ranvier,
(1) CoRNiL et Ranvier, Manuel d'histologie pallwlogique, 2= partie, p. 362, fig. 177, 1873.
APPAREIL DE LA LOCOMOTION
Définition de l'ostéite, de la carie et des tubercules des os (Arcliiv. de physiol. normale et pathologique, t. I, p. 69, 1868). — Ollier, article Carie (Dictionnaire encycl. des sciences médicales, 2' série, t. II, p. 473, 1871). — L. Gosselin, Nouveau dictionnaire de mcd. et de chir. pratiques, t. XXV, 1878.
Ostéomalacie ; Rachitisme.