Fi-acturcs osseuses, Cal
Les fractures ou ruptures osseuses sont des solutions de continuité des os, survenues le plus souvent par violence extérieure, et parfois à la suite du moindre effort quand l'os est primitivement altéré à la suite d'osléomalacie, d'ostéoporose, ou par l'action d'un néoplasme. Les fractures tantôt ne sont pas compliquées de plaie, étant situées de toutes parts dans l'intérieur des tissus, tantôt présentent au contraire une plaie extérieure. De là deux grandes divisions des fractures ; les phénomènes de la guérison ou de la consolidation différent pour chacune d'elles.
os.
Les lésions des fractures abritées ou sans p/a/e doivent être examiées à l'œil nu et puis histologiquement.
I Les os, de même que les parties molles, se soudent entre eux à l'aide 'une gangue ou d'une espèce de virole qui réunit les deux fragments et ui porte le nom de cal. Aussitôt après l'accident et pendant une période 'une durée de dix jours environ, le membre dont l'os est rompu se tuméfie ''une manière difïuse, de telle sorte qu'un appareil ne gêne pas le prelier jour, mais qu'il deviendrait dilficile à supporter aussi serré le jeuxième ou le quatrième jour. Le sang s'épanche et des ecchymoses se lontrent au voisinage de la fracture. Dans une seconde période de cartiiginification, la tuméfaction est circonscrite autour des fragments, on pnt avec les doigts une induration sphéroïdale ou ovoïde dont le volume iBt en raison directe du déplacement. Il y a formation du cal, qui n'est as assez solide encore pour empêcher le déplacement, sous l'influence jes mouvements musculaires. Du vingtième au quarantième jour, la solidication du cal par ossification s'établit; l'induration ovoïde diminue, mdis qu'elle augmente de consistance. Le cal peut alors supporter le loids du membre, mais non le poids du corps ; il est très-spongieux, liou, ductile, ne résiste point à une attitude vicieuse ou à une violence Extérieure : on trouve encore une légère mobilité des fragments. Si l'on lit macérer les deux parties fracturées, le cal se sépare de l'os ; Crueilhier pensait même que l'os participait peu au travail du cal, mais il st prouvé qu'il y a une ostéite.
Enfin, une quatrième période de condensation s'établit ; le cal se resserre Lir lui-même, résiste aux violences extérieures; on le trouve de moins en loins spongieux et plus compacte. Le travail d'ossification se fait avec ne rapidité variable, suivant les individus, l'âge, la constitution. A partir u quatrième mois, la fusion est intime entre l'os ancien et l'os nouveau ; i force de cohésion du cal est devenue plus grande que celle de l'os ncien.
L'examen histologique du cal doit être fait dans les fractures simples t dans les fractures compliquées de plaie extérieure. J'examinerai finaîment les cicatrices fibreuses des os.
^ A. Cal des fractures simples. — Plusieurs théories ont été proposées expliquant la formation du cal dans les fractures soustraites à l'air xtérieur. Pour Haller, un suc osseux était déversé entre les fragments; i)Our Duhamel, le cal provenait du périoste ; pour Troja, ce sont les extréjfiités de l'os fracturé qui fournissaient des bourgeons charnus, lesquels 'ossifient plus tard. L'opinion la plus exacte est celle de Gruveilhier, jui admet le cal formé par l'ossification de toutes les parties molles qui intourent les fragments, et, pour lui, le tissu conjonctif interfasciculaire
APPAREIL DE LA LOCOMOTION
des muscles, du périoste, joue un grand rôle. Il faut ajouter que la moelle du canal osseux principal et des canaux de Havers y prend également part.
On a rarement l'occasion d'étudier le cal au début de sa période du formation et seulement chez les sujets qui succombent d'une manière < accidentelle. On trouve d'abord l'hémorrhagie avec les globules rouges du sang, puis apparaissent des lésions d'ostéite; les éléments cellulaires de la moelle et ceux des canaux de Ilavers se multiplient; de même, ceux du périoste et du tissu lamineux ou conjonctif ambiant. Vers le sixième jour, on trouve une masse demi-solide, mais non encore cartilagineuse, ^1 qui, avec le microscope, se montre formée de plasma et de nombreux ;| éléments embryonnaires. Sous le périoste et entre les deux fragments, il on rencontre une matière pulpeuse renfermant : des cellules petites, ! d'autres rondes atteignant 0""", 015 = 15 i^, à plusieurs noyaux; d'autres ! cellules à contours irréguliers; des cellules mères à bourgeons périphériques; enfin des globules et du pigment sanguin. Arrivé à cette I époque, le cal offre deux parties : l'une périphérique (cal provisoire de ' Dupuytren), et l'autre centrale; cette dernière est pulpeuse. Le cal péri- < phérique ne touche pas l'os , la partie interne de la virole est limitée par i la couche lisse nacrée du périoste. Lorsqu'on a enlevé la partie centrale, on voit l'os atteint d'ostéite, les canaux de Havers sont dilatés.
Du huitième au dixième jour, la partie périphérique commence à devenir cartilagineuse ; les vaisseaux sanguins des tissus ambiants se soDt multipliés, les faisceaux des tissus conjonctif et élastique sont perdus au milieu de jeunes cellules, dont certaines commencent à s'entourer de substance cartilagineuse embryonnaire. L'os reste indépendant, parce que les cellules sous-périostiques ne subissent pas la transformation cartilagineuse. Plus tard, du douzième au quinzième jour, le premier travail d'ossification se montre au voisinage des limites inférieure et supérieure du cal. Dans ces points, on observe d'abord de grandes capsules de cartilage contenant des capsules secondaires ; puis arrive l'infiltration calcaire sous forme d'îlots disséminés au voisinage de l'os ; enfin, les capsules cartilagineuses s'ouvrent les unes dans les autres comme dans l'ossification physiologic{ue des os courts. On voit alors apparaître des espaces aréolaires qui communiquent avec la moelle périostique et les vaisseaux de l'os ancien pénètrent dans ce nouveau tissu. Bientôt se montrent les travées osseuses avec des ostéoplastes et provenant toujours de l'os fracturé. Arrivé au seizième, puis au vingtième jour, le cal est plus consistant, les parties périphériques ne sont pas ossiiiées et s'atrophient. Le maximum du travail réparateur se passe entre les deux fragments où le cartilage se condense et forme un disque solide qui s'ossifie à son tour. A une époque éloignée, le disque devenu osseux se creuse et
os,
ffre un canal médullaire. Pendant ce temps la partie périphérique du al disparaît.
jj B. Dans les fractures compliquées de plaie, on rencontre les lésions de f'ostéite (Ranvier). Le cal se produit sous le périoste par multiplication ^'éléments cellulaires jeunes avec formation de trabécules osseuses dès ie cinquième ou sixième jour. Les canaux de Havers s'élargissent, les ^aisseaux et la moelle forment des bourgeons charnus qui constituent me masse composée d'éléments embryoplastiques. Au milieu d'eux apparaissent des travées osseuses qui partent de l'os ancien sous forme d'aijuilles, qui se soudent non-seulement entre elles, mais encore avec celles IJu fragment opposé, en laissant dans les intervalles de la moelle embryonaaire. Les espaces sont diminués par l'adjonction de nouvelles couches osseuses; enfin, la consolidation est à peu près produite à ce moment, l'insisté sur la non-production du cartilage dans la rupture osseuse exîosée. Fœrster ne s'expliquait point comment, chez l'homme, il n'avait amais trouvé de cartilage dans le cal. Cela vient de ce que Fœrster, îomme beaucoup d'anatomo-pathologistes, n'avait pu examiner que des gujets succombant à des fractures graves compliquées de plaie extérieure, „andis que chez les animaux en expérience on produit ordinairement des fractures simples (1).
! C. Réunion des fractures par cicatrices fibreuses. — On ^observe les cicatrices fibreuses entre les fragments osseux, quand il y a suppuration jabondante autour des fragments et lorsque les fragments de la fracture (ne sont pas entourés de parties molles, par exemple dans la fracture lintracapsulaire du col du fémur. Astley Cooper n'admettait pas, en Ipareil cas, la réunion absolue ; Gruveilhier a rapporté des exemples de jlconsolidation de ces fractures, par cicatrice fibreuse d'une très-grande idensité.
I D. P seudarthroses ou articulations contre nature. — Les pseudar- Ithroses entre les fragments osseux reconnaissent des causes multiples, [parmi lesquelles la mobilité des fragments et le défaut de juxtaposition ont [été surtout signalés. On en distingue plusieurs variétés : 1° Vamplii- \ftrthrose morbide montre les fragments réunis par du tissu fibreux comme dans une amphiarthrose normale; 'il" Varthrodie pathologique, dans laquelle les fragments sont en contact immédiat et d'une configa- .ration réciproque. Tantôt les surfaces se sont encroûtées d'un cartilage qui empêche l'usure, mais tantôt le [cartilage fait défaut et l'on trouve
(1) CoRNiL et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, 2« partie, p. 373, 1873.
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alors une lame osseuse éburnée. Ordinairement il s'agit d'une arthrodie lâche ou serrée. Une capsule fibreuse entoure les fragments, parfois humectés par un liquide ; d'autres fois ces fragments présentent des végétations osseuses. 3° Avec la syssarcose patliologique (1) point d'articulation possible ; les deux bouts des os sont indépendants, arrondis, perdus au milieu des parties molles : il n'y a pas eu consolidation parce qu'il n'y a pas eu de juxtaposition, et que les extrémités osseuses sont restées séparées par une grande épaisseur de parties molles.
Duhamel, Observations sur la réunion des fractures des os (Mémoires de l'Académie des sciences, 1742-1743), — Troja, De novorum ossium in integris aut maximis, ob morbos, deperditionibus regeneratione expérimenta, in-12, Paris, 1775. — J. Korzeniewski, De ossibus (j fractis, avec 11 planches; in-8, Vilna, 1837. — J.-F. Malgaigne, Traité des fractures, in-8, 1847 Ij et atlas in-folio. — P.-E. Lambron, Du cal, thèse de Paris, n° 203, 1841. — J. Cruveilhier, a! Traité d'anat. pathologique générale, t. I, p. 236, 1849. — Ch. Robin, Observations sur le déve- n loppement de la substance et du tissu des os (Comptes rendus de la Société de biologie, t. II, 1 1850, et Gaz. méd. de Paris, 1851). — A. -T. Middeldorf, Beitriige zur Lehre von den Knochen- ' briichen, in-4, 5 Tafeln, Breslaw, 1853. — Sweiger-Seidel, Disquisitiones de callo, dissert, inaug.. Halle, 1858. — Hornidge, General pathology of Fractures (A System of Surgery editedby Holmes, vol. I, p. 753, London, 1860). — L. Gosselin, Remarques sur les fractures en V ou cunéennes, etc. (Mém. de la Société de Chirurgie, t. V, p. 149, 1863). — L. Ranvier, Considérations sur le développement du tissu osseux, thèse de Paris, 1865. — Benj. Anger Traité i-i iconogr. des maladies chirurgicales, luxations et fractures, in-4, avec planches, Paris, 1866. — ! L. Ollier, Traité expérimental et clinique de la régénération des os et de la production artificielle du tissu osseux, 2 vol. in-8, Paris, 1867. — G. Puel, Essai sur les pseudarthroses consécutives aux fractures des membres, etc., avec une planche, thèse de Paris, 1867. — Dubreuil, Note sur la cicatrisation des os et des nerfs (Journal de l'anat. et de la physiol., 1868). — Follim i et DuPLAY, Traité élém. de pathologie externe, t. III, 1868. — H. Peyraud, Études expérimentales sur la régénération des tissus cartilagineux et osseux, thèse de Paris, n'' 261, 1869. — | CoRNiL et Ranvier, Manuel d'histol. patiiol., 2° partie, p. 366, 1873. — HofiMokl, Ueber îi Callusbildung (Stricker's medicinische Jabrbiicher, herausgegeben von der k. k. Gesellschaft der Aerzte, S. 349, Wien, 1874).
Parasites des os.
Les observations d'hydatides des os dépassent une vingtaine ; les vers vésiculaires envahissent aussi bien les os plats que les os longs (Davaine). Le tibia est le plus souvent atteint, puis viennent les os du bassin, l'humérus, le fémur et l'os frontal. Dans les os longs, les hydatides sont dans la partie spongieuse ou dans toute l'étendue de la diaphyse, rarement dans des loges distinctes, presque toujours dans une poche unique. Dans les os plats, les hydatides occupent le diploé.
Le kyste hydatique se développe lentement dans les os et peut acquérir le volume du poing. Les parois osseuses se distendent peu à peu en s'amincissant ; les parties les plus comprimées se résorbent, se perforent, et
(1) J. Cruveilhier, Traité d'aiiatomie pathologique générale, t. I, p. 270, 1849.,
CARTILAGES
le kyste vient en contact avec les parties molles environnantes qui sont comprimées à leur tour.
Un seul fait de cyslicerqxie a été représenté par Froriep. Le cysticerque s'était développé au milieu de la première phalange du doigt médius.
!F.-W. Webster, Hydatides du tibia (New England Journal of Medicine and Surgury, t. VIII, 1819). — Froriep, L.-F, Chirurgische Kupfei-tateln , tab. /|.38, fig. 1. Wciinar, 1820. — J. WiCKHAM, Case of Hydatids in liic tibia (London médical and physical Journal, p. 530, 1827). — DupuYTREN, Hydatides de l'Iiumérus (Journal hebdom. de méd. cl chir., t. IX, p. MG, 1832). — GuESNARD, Observation d'acéplialocystes développées dans les os du crâne (Journal hebdom. jdes progrès des sciences médicales, t. 1, p. 271, 1836). — X. Rame, Des acéplialoeystes de ïrhomme (hydatides du fémur), thèse de Montpellier, n° CB, 1836. — A. -P. Escaraguel, Des [ihydatides du tissu osseux, thèse de Montpellier, n" 51, 1838. — J.-E. Dezeimeris, Hydatides (des os du bassin, etc., avec bibliographie (Journal l'Expérience, t. I, 1838). — Stanley, A ïTreatise on Diseases of the Bones, p. 189, London, 1849. — PiHAN, Hydatides de l'os iliaque |(Bull. de la Société anat. de Paris, 2» série, t. V, p. 363, 1860). - Viertel, Ueber Knochen- [fechinoccen (Archiv fiir klin. Chirurgie, Bind XVIil, S. 476, 1875). — C. Davaine, Traité des ! Entozoaires, etc., 2° édition, p. 575, 1877.
SECTION ÎI