Fibromes^ IMyxoiues^ Chondroiiici^, Kystes, etc
A. Fibromes. ■ — Les fibromes sont rares dans l'encéphale; ils peuvent siéger dans ses différentes parties, mais surtout les pédoncules. Avec le microscope, on les trouve formés de fibrilles fines, ondulées, pâlissant plus ou moins par l'acide acétique et renfermant entre elles un certain nombre de jeunes éléments embryonnaires.
(1) R, Virchow, Pathologie des tumeurs, trad. Aronssohn, t. II, p. 123, 127, 18G9.
ENCÉPHALE. 977
B. Papillomes. — Cornil et Ranvier ont observe un cas de papillome siégeant sur Tépendyme du troisième ventricule et faisant saillie dans les ventricules latéraux par le trou de Monro : c'était une masse bourgeonnante avec suc laiteux et ressemblant à un carcinome. Elle se composait de bourgeons disposés en cbou-tlenr avec un grand nombre de vaisseaux dilatés; l'aspect laiteux était dû à la desquamation des cellules pavimenteuses.
C. Névromes. — Les vrais névromes cérébraux sont des néoplasmes constitués par des cellules nerveuses et de la matière unissante névroglique. Ce sont par excellence les tumeurs à myélocytes. Elles forment soit des plaques à la surface des circonvolutions, soit des amas profondément situés.
D. Myxomes. — Les myxomes cérébraux peuvent acquérir un gros volume, celui d'une noix ou d'une orange. La tumeur gélatiniforme est formée de tractus conjonctils ou lamineux, au milieu desquels se trouve une substance fondamentale. Le centre est plus ou moins kystique et rempli de liquide muqueux (J. MûUer et Wagner).
E. Lipomes. — Le lipome cérébral est rare. On l'a constaté dans le chiasma , au niveau du raphé du corps calleux et de la voûte à trois piliers. Les grosses cellules adipeuses, polyédriques par pression réciproque, ont nn contenu liquide transparent, réfractant fortement la lumière. Il faut distinguer avec soin le lipome cérébral de la dégénérescence graisseuse de l'encéphale ou de la stéatose décrite par Parrot chez le nouveau-né.
F. Chondromes et Ostéomes. — Les chondromes du cerveau ont été signalés par Rokitansky, Hennig, Wagner, Ilirschfeld ; ce sont des curiosités anatomiques.
Les ostéomes véritables sont bien plus rares qu'on ne l'a dit. Il faut en séparer les tumeurs crétacées, les psammomes, les tubercules et les cysticerques calcifiés. Des productions osseuses réelles ont été observées dans la substance cérébrale (Simms, Benjamin). Virchow a trouvé dans l'hémisphère gauche du cerveau, chez une femme de vingtsept ans, morte en couches, une production osseuse, arrondie, irrcgulière, delà grosseur d'une cerise, renfermant une cavité médullaire complète, remplie de moelle normale graisseuse. Il cite un autre ostéome dans la couche optique gauche d'une femme de quarante ans.
Les kystes cérébraux non parasitaires sont rares Tl',
G. Kystes. —
APPAREIL DE L'INNERVATION
résultent d'hémorrhagies cérébrales résorbées, delà transformation d'anciennes tumeurs sarcomateuses. Les kystes provenant de la dilatation d'un ventricule, du troisième par exemple, constituent une des formes d'hydrocéphalie.
Les kystes colloïdes sont pareillement très-rares. Il existe dans la science quelques observations de kystes dermoïdes cérébraux avec sacs kystiques formés de tissu conjonctif ou lamineux, re*vètus à l'intérieur d'épithélium, de portions dermoïques, poilues, et renfermant des fragments d'os, une matière grasse, etc. Les kystes séreux n'ont pas toujours été distingués des kystes parasitaires.
». — Stéatose cérébrale.
Parrot a décrit avec soin la stéatose interstitielle diffuse de Vencéphale{i), qu'il a observée chez le nouveau-né, et exceptionnellement chez l'adulte. Cette lésion, qui se produit de préférence dans le jeune âge, alors que l'encéphale du nouveau-né est riche en substance interstitielle mais pauvre en éléments nerveux, résulte d'une nutrition insuffisante.
La substance intermédiaire aux noyaux de la névroglie devient grasse, groupée en corps granuleux tellement considérables qu'ils forment à l'œil nu une masse blanchâtre. Des particules graisseuses s'accumulent aussi dans le voisinage des noyaux vasculaires et enveloppent les vaisseaux. Le corps calleux est le siège de prédilection chez le nouveau-né, et c'est au niveau de l'angle externe des ventricules que se voient les masses blanchâtres. Quand la substance blanche des hémisphères est bien constituée, c'est-à-dire à la fin de la première année, la stéatose se développe dans la substance grise des circonvolutions et dans le corps strié. L'arachnoïde offre au niveau de quelques anfractuosités des plaques opalines. Certaines hémorrhagies encéphaliques et méningées paraissent être la conséquence des précédentes lésions.
*. — Kpîthélioines, Tubercules, Syphilis du cerveau.
A. Epithéliomes cérébraux, psammomes, sarcome angiolithique. — Les faits de cancer du cerveau des anciens auteurs se rapportent ordinairement à d'autres tumeurs, telles que les sarcomes ou les néoplasmes dont l'origine a lieu dans les méninges. En réalité, l'épithéliome cérébral n'est pas très-fréquent.
(1) J. Parrot, Etude sur la stéatose interstitielle diffuse de l'encéphale chez le nouveau-né (Archives de physiologie normale et pathologique, t. I, avec planche, 1868).
ENCÉPHALE
Uépitheliome ou cancer encéphaloule peut être primitif ou secondaire, succédant alors à des tumeurs pareilles de la mamelle, de l'utérus, etc. La tumeur cérébrale est unique, rarement multiple. Le volume est petit à la base du cerveau et plus volumineux dans les hémisphères, où la grosseur peut atteindre celle du poing; le néoplasme refoule alors les enveloppes cérébrales, les os du crâne, et peut même faire saillie au dehors. L'encéphaloïde épithélial est blanchâtre ou jaunâtre, très-vascularisé, rosé, même rouge, arrondi, bosselé ou mamelonné.
Vépitheliome squirrheux ou fibreux est dur, peu vascularisé, grisâtre, jaunâtre, pâle, à surface lisse ; il se confond avec la pulpe cérébrale et ne peut être énucléé.
Vépitheliome mélanique forme des nodules noirâtres variant du volume d'une tète d'épingle à celui d'une cerise et plus. Les granulations noires sont infiltrées dans le tissu de formation nouvelle et il est ordinaire cju'il existe de pareilles tumeurs dans d'autres organes.
Ces diverses formes d'épithéliomes, ou cancers, ont une évolution ordinairement rapide ; elles désorganisent les nerfs crâniens et les organes environnants; le mésocéphale et le cervelet sont fréquemment atteints.
Le sarcome angiolithique de Cornil et Ranvier (1), qui n'est autre que le psammome de Virchow (2), me paraît devoir être rapporté aux épithéliomes. Ch. Robin en fait nettement une tumeur épithéliale, Vulpian et Bouchard le considèrent comme un épilhéliome, Lebei t le fait rentrer dans les tumeurs fibro-plastiques- Si l'on compare les figures données par Cornil et Ranvier {loc. cit., p. 434, fig. 68) et celles des tumeurs perlées épithéliales (p. 264 et 265, fig. 138 et 139), on trouvera une analogie frappante. Les cellules plates, à bords relevés, sont manifestement épithéliales ou endothéliales, et leur enroulement, leur transformation graisseuse, l'accumulation de matériaux calcaires, rappellent de tous points les tumeurs à globes épidermiques dont personne n'a contesté la nature. La considération de cellules non soudées les unes aux autres est loin de suffire, il me semble, comme caractéristique absolue, et le rapport plus ou moins intime des vaisseaux avecles cellules n'est pas plus probant.
Il en résulte, à mon avis, que les sarcomes angiolilhiques ou les épithéliomes angiolithiques ou les psammomes sont des épithéliomes spéciaux, ayant des cellules épithéliales ou endothéliales enroulées et plus ou moins dégénérées, disposées en couches concentriques autour d'un noyau central de nature minérale.
Ces tumeurs ne sont pas fort rares; elles sont isolées ou multiples,
(1) Cornil et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, 1" partie, p. 133, fig. 68, 1869.
(2) R. ViKCHOW, Pathologie des tumeurs, t. II, p. 105, fig. 17, 1869.
APPAREIL DE L'INNERVATION
parfois coexistanl avec d'autres néoplasmes. Le volume est celui d'une tête d'épingle, même d'une noix et au del<à. La forme est irrégulière quand la tumeur est composée de plusieurs foyers secondaires; elle est bosselée et la surface est peuvasculaire. La coupe est jaunâtre, d'autres fois blanche et nacrée.
Le siège de prédilection des épithéliomes angiolilhiques les plus petits est l'arachnoïde, la pie-mère et la dure-mère, en un mot les enveloppes cérébrales (voy. Méninges cérébrales).
B. Tuberculose. — Le système nerveux encéphalique est le siège de tubercules dans le premier âge de la vie; alors la portion périphérique est plus rarement atteinte.
Les tubercules peuvent occuper l'intérieur de la protubérance, des pédoncules cérébraux et cérébelleux, et plus souvent le cervelet que le cerveau; ils se développent dans la substance blanche ou dans la substance grise. Quand ils siègent dans le tissu sous-arachnoïdien, ils dépriment le cerveau; dans ce cas, il y a adhérence des méninges à la masse tuberculeuse. Le tubercule cérébral se montre sous l'aspect de tumeurs sphéroïdales ou ovoïdes, parfois disposées en croissant, ou en plaques, variant depuis le volume d'un grain de raisin à celui d'un œuf de poule. La surface est tantôt lisse, tantôt inégale et mamelonnée; sur une coupe on voit quelquefois des couches concentriques comme dans certains calculs urinaires. Le nombre des tubercules est variable; il n'existe qu'un seul tubercule, parfois on en trouve une grande quantité. Bell en a compté cinquante et Reil jusqu'à deux cents(l). Ils sontdurs, compactes, font corps avec le tissu cérébral, et sont très-rarement pourvus d'une membrane fine, périphérique; le centre est jaune, caséeux, souvent ramolli, parfois creusé de géodes remplies de matière ressemblant à du pus; la partie périphérique est grise et demi-transparente, avec un reflet nacré. Autour du tubercule existe de l'encéphalite interstitielle avec multiplication des éléments du tissu conjonctif et de grosses cellules à plusieurs noyaux. La gaine lymphatique contient de nombreux éléments cellulaires, et la partie du vaisseau qui pénètre dans la matière tuberculeuse est oblitérée par de la fibrine. Des granulations tuberculeuses, des oblitérations vasculaires et même de petits foyers de ramollissement entourent parfois, mais non toujours, les masses volumineuses.
Les tubercules du cervelet peuvent acquérir un plus grand volume que ceux du cerveau.
Femme, trente-cinq ans, observée à l'hôpital Saint-Antoine et y mourant phthisique. Elle n'avait jamais offert d'hémiplégie, ni de paralysie, mais une fai-
(1) Reil, Memorabilia clinica, fascic. II, Halœ, 1790-1795.
ENCÉPHALE
blesse excessive, elle ne pouvait quitter le lit, chancelait si on la mettait debout. Parole embarrassée, breilouillement, vue troublée, mais sensibilité générale conservée. La mort est arrivée brusquement après une crise de vomissements opiniâtres et de cris aigus.
Poumons avec des tubercules crus et de petites cavernules, principalement au sommet gauche. Le cerveau, examiné avec un soin minutieux, n'offre pas de tubercules ; le cervelet dans son lobe gauche et en arrière du pédoncule cérébelleux supérieur, présente quatre masses tuberculeuses semblables à du pus épaissi Jig. 287). La plus grosse masse (fig. 287, a) est formée de la réunion de deux autres ; elle est irrégulière, caséeuse et s'étend jusqu'à la partie externe sur quelques points.
Une masse placée en dedans, b, est plus petite et oblongue; enfin deux . autres, placées vers l'extérieur (c, b) et au-dessus de la masse principale, bont irrégulièrement arrondies. La consistance est celle du caséum, un peu douce au toucher, grumeleuse.
Autour de ces tubercules le tissu nerveux est congestionné, mais assez faiblement.
L'examen microscopique montre des éléments cellulaires, calcifiés en partie, irréguliers, de 0""",004 à 0""",007 = 4 à 7 au plus, avec le noyau peu distinct. Les parties périphériques montrent que les masses principales sont composées des petites masses secondaires.
Les nerfs optiques n'ont pas offert d'altération notable.
FiG. 287. — Tubercules du cervelet *,
Le tubercule cérébral se ramollit, ou se caséifie, du centre à la périphérie ; il devient alors semblable à du pus épaissi ; la sensation qu'il donne au toucher est celle du savon ou de la châtaigne cuite écrasée. On trouve l'état caséeux dans de petits tubercules comme dans les plus volumineux. Il est assez fréquent de constater la calcification. J'ai vu la transformation fibroïde avec dépôts de sels calcaires. Certaines tumeurs calcifiées cérébrales paraissent être d'anciens tubercules.
C. Syphilis. — La syphilis se manifeste dans le cerveau par des pro-
* FiG. 287. — Tubercules du cervelet, a, gros tubercule réniforme situé en arrière du pédoacule cérébelleux supérieur, formé de deux masses irrégulières ; 6, b, c, tubercules plus petits, un en dedans, et deux vers la partie extérieure, placés un peu plus bas que la grosse masse tuberculeuse supérieure.
A I' PA li F, I L DE l/INNEP.VATION.
diictions gommeuses ou syphilomes plus ou moins isolés, et, déplus, par des gommes périvasrulaires, ainsi que par des lésions artérielles. La syphilis atteint aussi souvent les enveloppes cérébrales que le cerveau luimême (voy. plus bas. Méninges cérébrales, p. 4004).
Les gommes cérébrales se montrent sous la forme d'infiltration analogue à du pus concret, disposée en plaque, ou bien la gomme constitue une tumeur qui ne dépasse guère le volume d'une noisette, d'une noix. On n'en observe qu'une seule, d'autres fois trois ou quatre, mais rarement . davantage, et alors tantôt elles sont isolées, tantôt elles sont confluentes. Leur siège de prédilection est la substance corticale des hémisphères, ; surtout à la base du crâne; lorsqu'elles sont centrales, elles occupent les m ganglions encéphahques. K
Les gonwws périvasculaires entourent les vaisseaux ; elles sont jau- ■ nâtres, caséeuses et composées de nombreux petits éléments cellulaires, m disposés autour d.e la gaine vasculaire; ordinairement il s'y joint des produits phlegmasiques, des leucocytes. Je crois qu'on doit admettre avec Willks et Moxon l'artérite gommeuse dont l'endartérite gommeuse de Ileubner est une variété.
Le ramollissem^ent syphilitiqne offre des lésions analogues à celles du f ramollissement vulgaire; seulement, dans certains cas, on retrouve la gomme périvasculaire ou les lésions de l'artérite gommeuse; il ne parait pas que ce ramollissement affecte un siège bien spécial (voy. plus bas. Ramollissement du cerveau).
Vencéphalile scléreuse syphUiliqtie consiste en une transformation de la substance cérébrale en tissu fibreux ; presque toujours elle est circonscrite à une circonvolution, rarement plus diffusée, avec des nodules multiples.
Hyperhémie, Anémie cérébrales.