MOELLE ET MÉNINGES RACHIDIENNES
La moelle épinière forme la partie rachidienne des centres nerveux; chez le fœtus, elle s'étend jusqu'au coccyx; chez l'adulte, elle finit au niveau de la première vertèbre lombaire. Outre les deux renflements cervical et lombaire, la moelle présente normalement un canal central.
Sur une coupe ou section transversale, on constate la substance blanche périphérique et une portion grise, centrale, formant les cornes antérieures et les cornes postérieures.
La substance blanche est disposée en faisceaux antérieur, latéral et postérieur. Ce dernier, tout à fait en arrière, présente le cordon cunéiforme de GoU de chaque côté de la commissure postérieure.
La substance blanche de la moelle est composée uniquement de libres nerveuses, de névroglie et de cellules nerveuses. Ces dernières sont très-grosses dans les cornes antérieures, avec des prolongements nombreux, surtout aux renllements cervical et lombaire ; elles sont plus petites dans les cornes postérieures.
Inflammations diverses de la moelle, Myélites.
Les diverses inflammations de la moelle épinière ne sont bien connues que depuis les derniers perfectionnements apportés à son examen histolo-gique. Beaucoup de lésions, inaperçues ou peu appréciables, sont devenues évidentes. Les caractères anatomiques de Fatrophie musculaire progressive, de la paralysie infantile, de l'ataxie locomotrice, ont été fixés.
Les myélites, ou inflammations des tissus propres de la moelle, comprennent des lésions atteignant tantôt les éléments nerveux, cellules et tubes, plus souvent la névroglie médullaire, et parfois les deux éléments nerveux et conjonctif à la fois. La distinction des myélites en parenchymateuses et interstitielles n'est pas absolument vraie, et il est plus exact de comprendre les différences des diverses myélites suivant les parties homologues atteintes : faisceaux postérieurs de la moelle, faisceaux latéraux, substance grise antérieure, cornes antérieures, et, à la fois, faisceaux latéraux. Vulpian a donné le nom de myélites d'un système médullaire ou systématiques) à ces lésions, régulièrement étendues, qui ont aussi
MOELLE ÉPINIÈRE
reçu les noms de scléroses rubannées, de scléroses fasciciilées, de scléroses uniformes; ce dernier terme par opposition à celui de sclérose en plaques disséminées. Quand les lésions, au lieu d'être systématiquement réparties, sontii'régulièreseL répandues dans diverses parties de la moelle, on a les myélites diffuses, se propageant de tous côtés.
Toutes les myélites, systématiques ou diffuses, peuvent être primitives ou secondaires. Les myélites systématiques primitives ont des symptômes nets en rapport avec le siège des lésions; mais la complication d'une myélite diffuse rend ces symptômes plus vagues et fait varier les types les mieux définis.
Les myélites sont tantôt aiguës et tantôt chroniques.
a. — Myélite aiguë diffuse, ncopiai^iquc.
La myélite aiguë diffuse, non systématique, peut être limitée à une portion plus ou moins étendue de la moelle, qu'elle occupe soit en totalité, soit en partie; elle est donc périphérique, unilatérale, ou centrale. Tantôt cette myélite aiguë siège dans la région cervicale, tantôt dans les régions cervieo-dorsale, dorsale, dorso-lombaire ou lombaire; elle s'étend en haut ou en bas, devenant ascendante ou descendante ; elle est rarement en foyers disséminés.
La myélite aiguë néoplasique offre des lésions quelquefois très-peu marquées à l'œil nu. Une légère injection des méninges, une f;dble diminution de consistance du tissu de la moelle, et cependant le microscope fait reconnaître des altérations graves.
Dans les cas bien prononcés, les régions médullaires lésées sont ramollies, rosées, jaunâtres ou d'un brun foncé; la couleur varie suivant l'âge et suivant les modifications de l'hémoglobine dans le foyer ; les vaisseaux sont gorgés d'un sang qui souvent transsude et parfois s'épanche hors des vaisseaux : le foyer, d'abord rouge, passe à la teinte chocolat. La moelle épinière est plus ou moins turgide, tuméfiée; alors les méninges sont injectées, épaissies et adhérentes.
Avec le microscope, on trouve que la myéline des tubes nerveux s'est divisée déjà au bout de vingt-quatre heures en petites masses à double contour; les tubes sont brisés, en forme de boules ou en massue. Dans ce même foyer on voit des leucocytes, des corps granuleux, des granulations abondantes. Ces divers éléments sont libres ou contenus dans les gaines lymphatiques pèrivasculaires.
L'évolution de la lésion a été suivie avec soin. Dans une première phase, il y a hyperémie et tuméfaction; le tissu lamineux de la moelle se gonfle, s'épaissit; les myélocytes sont vèsiculeux, se multiplient ; quel-
AIM'AUEIL DE L'INNERVATION
quefois même il y a une multiplication endogène qui donne naissance à de grandes cellules à noyaux multiples. Tantôt les éléments nerveux sont peu altérés, tantôt les cellules nerveuses s'atrophient; il se fait un dépôt de pigment ocreux, les prolongements s'effacent, le noyau diminue, et la cellule est réduite à une masse pigmentaire. Parfois les cellules multipolaires deviennent globuleuses, tuméfiées, doublent de volume; le protoplasma est plus clair, plus réfringent; le noyau est gros, comme fragmenté. Souvent aussi il y a tuméfaction du cylindre axe, qui devient moniliforme (Frommann, Charcot, MûUer).
Cet état de la moelle a été désigné sous le nom de ramollissement rouge; il n'a rien de commun avec le ramollissement nécrobiotique du cerveau. Nous verrons aussi plus tard que les liémorrhagies médullaires diffèrent beaucoup des hémorrhagies cérébrales.
Quand l'inflammation aiguë diffuse de la moelle est plus avancée, le ramollissement est plus marqué : le tissu nerveux est mou et pulpeux. Dans ce cas, on trouve avec le microscope un exsudât liquide renfermant des globules blancs et rouges, des myélocytes multipliés et surtout des corps granuleux. La myéline s'est renflée, fragmentée en masses à double contour dans les tubes nerveux; les gaines lymphatiques renferment de nombreux leucocytes. Parfois il se fait une hémorrhagie dans la substance ramollie; le sang se réunit dans une petite cavité anfractueuse, ou bien il est infiltré ; l'hémorrhagie a lieu dans la substance grise, rarement dans la substance blanche.
L'aspect des portions enflammées de la moelle à cette période et les modifications occasionnées par les éléments hématiques leur ont fait donner le nom de ramollissement jaune. Après la résorption des matières colorantes, la teinte est grisâtre et on a le ramollissement gris de Leyden. On trouve parfois des lacunes, comme dans la myéhte chronique. Le foyer d'intlammation diffuse peut se cicatriser ou passer à l'état chronique en s'accompagnant de dégénération secondaire ascendante ou descendante dans la moelle, ou bien d'amyotrophies consécutives.
Il convient actuellement de préciser deux formes anatorao-pathologiques de myélite aiguë non systématique.
A. Myélite aiguë centrale généralisée. — Cette forme de myélite a été décrite pour la première fois par Albers, de Bonn; elle a pour siège principal la substance grise; quelquefois les couches profondes de la substance blanche sont atteintes. A l'œil nu et sur une coupe, le tissu est ramolli, rougeâtre, parfois réduit en bouillie, avec des foyers hémorrhagiques. Carswel a cité des cas où l'inflammation de la substance grise arrivait à la suppuration.
MOELLE EPINIÈRE.
B. Myélite localisée. — Le foyer plilegmasique peut occuper la substance blanche ou la substance grise; le plus souvent il n'existe qu'un foyer, qui comprend toute l'épaisseur de la moelle ; plus rarement il en existe plusieurs.