AMYGDALES
L'anatomie pathologique des amygdales s'est longtemps bornée à leur état d'inflammation aiguë ou chronique et à leur hypertrophie. L'étude histologique, plus approfondie, a fait constater dans ces organes une série complexe d'altérations.
Inflammations. — Hypertrophie. — Néoplasmes. 1. — .%iny$;<lali(c aiguë.
L'amygdalite aiguë ou pharyngite tonsillaire, rarement isolée, atteint à la fois les deux amygdales; elle vient souvent se surajouter à rinilammation chronique ou à l'hypertrophie.
Enfant blond, six ans et demi, à chairs molles, sujet anx maux de gorge avec enrouement.
Les deux amygdales ou tonsiiles sont saillantes, laissant peine entre elles un espace de quelcjnes millimètres ; la luette est déviée en avant. Les deux amygdales sont donc gonflées, et de plus rouges et sèches, comme vernissées, avec un trèsléger enduit blanchâtre, irrégulièrement réparti. Les orifices ordinaires sont élargis, remplis de mucus et il existe dans plusieurs des concrétions blanchâtres ou d'un blanc jaunâtre, arrondies, assez consistantes, ne s'enlevant pas par le raclage, car elles sont profondément situées; il faut les soulever pour les retirer. Sur un fragment d'amygdale, enlevé pour empêcher la suffocation, on fait sortir de l'amygdale pressée ou comprimée un liquide épais et trouble.
Enfant, huit ans, atteint d'amygdalite aiguë double portée à rextrême. .J'ai trouvé sur la coupe, à l'état frais, les vaisseaux dilatés, remplis de globules rouges ; le tissu réticulé et les follicules étaient distendus par des cellules grisâtres et des ■corps mucléaires de 8 à 9 ij., ainsi que par des matières granuleuses.
Il n'existait pas de pus collecté.
Vamygclalite pultacée et la dipJithérie amygdalienne n'offrent rien de particulier quant à lapseudhymène. La gangrène de l'amygdale, observée dans les lièvres graves, et la scarlatine en particulier, résulte aussi d'une inflammation pharyngée violente, et l'amygdale, déjcà volumineuse, est 'Comme étranglée par les piliers du voile du palais.
V amygdalite phlegmoneuse produit des abcès amygdaliensqui ont leur
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siège dans le tissu connectif périfolliculaire plutôt que dans l'amygdale elle-même, et le pus collecté s'ouvre dans la cavité pharyngée à travers la tonsille ou les piliers du voile du palais. Mais parfois la collection purulente, atteignant tout le tissu lamineux périphérique sous-amygdalien, se porte au loin en dehors, soulève la peau du cou, fuse dans la région sous-hyoïdienne au-dessus de la clavicule, et même dans la poitrine. On a observé l'ulcération de la carotide interne après une inflammation phlegmoneuse de l'amygdale.
3. — Aa»yg<lalitc clironiqiic. llypeii-tropbic, lyuiplioinc sïiu|ile des autygtlalc»;.
Il paraît facile de caractériser l'amygdalite chronique, mais il n'en est rien; la clinique prouve que l'inflammation répétée produit des altérations diverses ; tantôt l'amygdale est grosse, arrondie et friable; tantôt elle est indurée, lobulée, comme fibreuse sur certains points. De là, des formes molles et dures décrites dans l'inllaramation chronique ou dans l'hypertrophie amygdalienne. Certains auteurs n'admettent pas l'inflammation chronique, mais un ét.at de dilatation des follicules amygdaliens; d'autres prétendent que les follicules clos ont disparu.
On observe ordinairement dans l'hypertrophie ordinaire, survenue après des inflammations aiguës et répétées, l'état suivant :
Fille, seizs ans. Les amygdales sont toutes les deux fort grosses et la gauche plus que la droite. Après ablation au tousillotoine faite à l'hôpital Necker, l'amygdale gauche pèse 7 grammes, l'amygdale droite G grammes. L'aspect des deux amygdales rappelle celui d'une noix ; la coloration est d'un gris rougeàtre, l'aspect un peu mamelonné ; des vacuoles de grandeur variable les unes par rapport aux autres, présentent une surface comme criblée de trous ; la consistance est mollasse.
Après durcissement dans la gomme et l'alcool absolu, coloration au carmin et examen dans la glycérine, je trouve les tissus entourant l'amygdale et celui de la tonsille ell-:-mème, très-augmentés de volume. La couche épitbéliale pavimenteuse est nettement dessinée, plus épaisse qu'à l'état normal. Au-dessus, le derme ou chorion muqueux, formé de fibres lamineuses, est manifestement épaissi et ses replis dans les cryptes amygdaliens sont des plus nets avec une égale épaisseur. Le stroma amygdalien, les corps fusiformes, les cellules embryoplastiques à prolongements anastomosés, nucléées fortement au milieu (nœuds fertiles et tissu lymphoïde de His) sont épaissis et multipliés (byperplasie et hypertrophie), les corpuscules renfermées dans les mailles sont très-abondants.
Les follicules clos sont agrandis, de grandeur variable et inégale à la périphérie; le tissu conneclit ou lamineux est peu marqué, mais, dans leur intervalle, il est séparé en fibres très-distinctes de 1 à 2 p, et ces fdjres Ont des cor-
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pusciiles et des noyaux (enibryo-plastiques) avec des granulations nombreuses interposées. Les vaisseaux qui rampent à la périphérie des follicules clos et dans leur intervalle sont plus gros qu'à l'état normal.
En résumé, il y a hypertrophie des éléments quant au volume et au nombre (liyperplasie et hypertrophie), dilatation des follicules clos qui peuvent être visibles à l'œil nu, comme des grains de semoule. Le tissu connectif interfolliculaire est à l'état normal, ou bien il est hypertrophié.
J'ai examiné un assez grand nombre d'amygdales enlevées chez des enfants ou chez des sujets âgés de moins de vingt ans, je n'ai pas trouvé la disparition des follicules clos. Au contraire, dans l'hypertrophie simple amygdalienne des adultes, assez souvent unilatérale, j'ai constaté, en même temps que la dilatation folliculaire, un plissement de la membrane périphérique ayant alors un contour sinueux et irrégulier. Tantôt il y avait un grand nombre d'éléments corpusculaires et embryo-plastiques interposés, tantôt des fibres bien accusées et moins de cellules. La consistance de la totalité des tissus de l'amygdale est alors accrue.
Femme, vingt-cinq ans. Amygdalites répétées. Ablation d'uue'amygdalc hypertrophiée, l'autre amygdale ayant été eidevée en partie, il y a deux ans.
L'amygdale enlevée est grosse comme un petit œuf de pigeon, oBlongue avec un prolongement inférieur; dure et d'un gris rougeàtre. La coupe longitudinale montre un tissu mou, parsemé de fuis grains, reconnaissables à la vue et au toucher.
Après durcissement, la muqueuse (épithélium et derme muqueux) est trèsreconnaissable, hypertrophiée, surtout le dernier. Les follicules clos sont apercevables ; le contour sur plusieurs est en forme de rosace ou de polygone à bords arrondis et rentrants. Après lavage au pinceau, le tissu ramifié et réticulé est très-net, plus développé; il offre des fibrilles lamineuses, des corps fusiformes assez nombreux; enfin des noyaux embryo-plastiques et des granulations fines sont interposés aux follicules clos plus ou moins déformés. Les vaisseaux capillaires sont gros, remplis de globules rouges (hématies).
Virchow et son école ont donné le nom de lymphome simple, ou lymphadénome simple, au développement plus considérable des follicules clos lymphatiques, autour des cryptes de l'amygdale. Il y aurait souvent, d'après eux, disparition complète des contours des follicules clos. De plus, l'hypertrophie, ou la multiplication de quelques éléments embryo-plastiques ou du tissu réticulé, suffirait pour constituer nettement le lymphadénome; mais j'ai déjà fait remarquer (polypes naso-pharyngiens, p. G9) combien il est difficile de caractériser un sarcome ancien et de le distinguer d'un fibrome en évolution. J'aime mieux dire actuellement : Hypertrophie ou hyperplasie simple amygdalienne, et ajouter : portant sur les follicules
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clos OU sur la stroma de l'amygdale, que lympliadénorae ou lymphosarcome. Nous verrons bientôt que certains lympliadénomes malins ne peuvent être distingués des épitliéliomes de l'amygdale.
H faut noter ici soigneusement l'hypertrophie amygdalienne trabéculaire, ou lymphadénome portant sur le tissu de His, qui accompagne, et parfois précède l'adénie ou la lymphadénie leucémique ou leucocythémique (hypertrophie des ganglions lymphatiques s'accompagnant ou non de l'augmentation des globules blancs du sang). Parfois le lymphadénome, dit malin, atteint et perfore un des vaisseaux volumineux du cou; de là, production d'anévrysme de la carotide ou de tumeur sanguine amygdalienne tout à fait spéciale.