Fibromes et polype» fibreux des amygdales
Les fibromes amygdaliens peuvent provenir des éléments du chorion muqueux et prendre la forme de polype, ou bien envahir toute la substance de l'amygdale et coïncider avec les dilatations kystiques des follicules.
Homme, quarante et un ans. Tumeur de l'amygdale droite, datant de cinq ans, grosse comme un petit œuf de poule, à grand diamètre vertical; la tumeur plonge dans le pharynx jusqu'au niveau de la base de l'épiglotte. En haut, elle s'étend jusqu'au bord postérieur de la voûte palatine ; elle obstrue presque complètement l'isthme du gosier et ne laisse entre elle et l'amygdale gauche qu'un petit espace de 1 à 2 centimètres qui s'élargit dans les mouvements de déglutition, pendant lesquels la tumeur remonte. Celle-ci fait bomber en avant le voile du palais dont la muqueuse buccale recouvre le tiers supérieur; elle dévie fortement à gauche la luette et se trouve bridée à droite par le pilier antérieur.
Là où la tumeur est recouverte par la muqueuse, elle offre une surface lisse et régulière; plus bas, elle présente un aspect analogue à celui de l'amygdale saine. Elle est élastique, dure, mais paraît fluctuante en certains points, surtout à sa partie centrale fortement bombée en avant; de plus, elle est immobile, mais on peut la soulever un peu avec le doigt, qu'il est possible d'insinuer derrière elle. Pendant les mouvements de déglutition, le voile du palais remontant sur elle en laisse une plus grande portion à découvert.
Après l'opération faite par Verneuil, la tumeur, examinée à l'œil nu, est contenue dans une coque fdjreuse ayant la couleur et la dureté de la tunique albuginée du testicule. Elle présente quelques bosselures du volume d'une lentille ; les unes sont jaunâtres et répondent à une portion de tissu qui constitue la tumeur ; les autres sont bleuâtres et formées par de petits kystes nniloculaires ou multiloculaires contenant, soit de petits caillots, soit un liquide séro-sanguinolent. A la coupe, la tumeur est formée de deux portions : l'une centrale, qui semble formée par le tissu amygdalien et contient un grand nombre de kystes, dont un très-volumineux qui s'est l'ompu pendant l'opération; l'autre portion,
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périphérique, de couleur jaunâtre, très-dure et d'aspect fibreux, qui contient ellemême quelques kystes qui touchent à ceux de la partie centrale. C'est le tissu central qui formait le pédicule et tenait à la fosse amygdalienne.
Au microscope (examen fait par Thaon au laboratoire de Ranvier), on constate que la tumeur est composée, en grande partie, de tissu fibreux à divers états de développement. Ce tissu semble avoir eu pour point de départ l'adventice des vaisseaux et le réticulum des follicules.
Dans ce stroma on remarque, en outre, des cavités remplies de matière muqueuse et des vaisseaux de nouvelle formation ayant donné lieu à quelques hémorrhagies. Des follicules de l'amygdale, les uns ont subi la transformation fibreuse, les autres ont conservé leur réticulum intact, mais sont absolument dépourvus de cellules lymphatiques. Cette matière fibreuse, riche en substance muqueuse, pourrait bien n'être que le résultat d'une inflammation très-lente et très-ancienne (E. Bourdon, Bulletin de la Société anat. de Paris, t. VII, 1872).
Les fibromes de l'amygdale n'ont pas de tendance à envahir les autres • organes et à se généraliser; ils ne sont redoutables que par le volume qu'ils acquièrent.
4. — Sarcome, tniueur embryo-plastique ou Abro-itlastiiiue de ramygdale.
Les différents sarcomes fasciculés de l'amygdale sont rares, probablejnent parce que la tumeur qu'ils forment n'est pas enlevée avant qu'ils se soient, en majem'e partie, convertis en fibromes.
Les tumeurs fibro-plastiques ont moins de tendance à se généraliser que les tumeurs à éléments corpusculaires ou embryonnaires. Leur composition histologique fait reconnaître des corps fusiformes ou embryoplastiques.
5. — Epithélîonies, cancers, lyinphadcnonies et lyinphosarconics malins
des amygdales.
La confusion entre les tumeurs amygdaliennes ci -dessus désignées est très-grande. Ces tumeurs, distinguées surtout au point de vue théorique plutôt que par l'étude clinique, offrent une ressemblance frappante pour l'anatomiste. Tous les degrés possibles ont été observés les reliant les unes aux autres ; leur distinction pathologique est des plus difficiles, ou même illusoire, ainsi que je l'établirai bientôt.
Vépithéliome pavimenteux de l'amygdale, cancroïde ou cancer épithélial, si fréquent aux lèvres et à la langue, peut avoir son point de départ sur l'amygdale, mais parfois celle-ci n'est atteinte que secondairement.
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Au début, la tumeur est inégale, lobuléc, puis il survient une ulcération profonde, difticilc ou impossible à distinguer des ulcérations syphilitiques. Les ganglions situés derrière l'angle de la mâchoire sont pris assez vite, moins cependant que dans les carcinomes mous, médullaires ou encéphaloïdes.
Homme, soixante-quatre ans. Atteint depuis cinq à six mois, au plus, d'une a;êne au fond de la gorge, à droite ; peu après d'une grosseur formée par un ganglion au côté droit du cou et à l'angle du maxillaire inférieur. En déprimant la lannue, on voit le voile du palais rouge, luisant, refoulé en avant par une tumeur implantée sur la face latérale droite du pharynx. Au toucher, celte tumeur est assez dure et très-inégale. Le volume est celui d'un petit œuf occupant la place de l'amygdale droite; la surface grisâtre, mamelonnée, n'est pas ulcérée, mais végétante, et à prolongements irréguliers.
A l'autopsie, pratiquée vingt jours après son entrée à l'hôpital Necker, je trouve que l'amygdale du côté droit a disparu et est remplacée par une tumeur friable, granuleuse, d'un blanc rosé, à surface très-inégale, exulcérée et même détruite sur plusieurs points. En examinant avec attention, je vois que l'infUlration de l'épithéliome a gagné le pilier antérieur et s'étend un peu vers la base de la langue. L'intérieur du larynx ne présente aucune altération saisissable; son orifice renferme un petit fragment de la tumeur amygdalienne, probablement détaché dans les manœuvres d'extraction pendant la nécropsie.
L'examen histologique, fait après durcissement dans la gomme et dans l'alcool absolu, montre un épithéliome pavimenteux analogue à celui déjà décrit sur la langue, p. 38-41. Il y avait dans le cas actuel un certain nombre de globes épidermiques.
LesépiUiélionies, on carcinomes squirrheiix et encéphaloïde, ou cancers proprement dits de l'amygdale sont assez rares. Passaquay dans sa thèse (pages 66 et suiv.) en a dressé une petite statistique. De plus, la plupart des tumeurs désignées sous les noms de tubercules malins, d'ulcères malins, et surtout de lyrnphomes et lymphadénomes malins, ne sont, à mon avis, que des carcinomes mous des amygdales.
Le carcinome squirrheux est caractérisé par une tumeur dure, lobulée, limitée ou étendue aux tissus environnants. Plus tard apparaissent l'ulcération et des fongosités, ainsi que l'engorgement ganglionnaire caractéristique. Le carcinome encéphaloïde, médullaire, mou, de l'amygdale est rapide dans sa marche, obstrue le larynx et forme des masses végétantes.
Est-il facile de distinguer les lymphadénomes et les lymphosarcomes malins des épithéliomes dits médullaires? Je ne le pense pas. Voici ce qu'en dit Passaquay, d'après Yirchow : « Dans le lymphosarcome mou de l'amygdale, c'est l'élément cellulaire qui domine; dans les mailles du réticulum,
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se voient un certain nombre de cellules lymphatiques normales et un plus ou moins grand nombre d'autres cellules beaucoup plus volumineuses, de formes variées, possédant un, quelquefois plusieurs gros noyaux à nucléole brillant. Les cellules lymphatiques normales peuvent avoir même disparu complètement pour faire place à ces éléments nouveaux. » Ne faut-il pas une idée bien arrêtée, a priori, pour ne pas trouver là une description de l'épithéliome à grandes cellules dont le noyau possède une réfringence de corps gras? Enfin Passaquay, obligé de se prononcer sur cette question, est forcé de conclure de la manière suivante : Si l'élément cellulaire est formé par la prolifération des cellules épilhéliales qui tapissent les trabécules à l'état normal, la distinction anatomique entre ce genre de tumeur (lymphosarcome) et le carcinome devient tout à fait impossible. Elle ne lui cède en rien, du reste, comme malignité, et sa marche, sa tendance à l'envahissement, sa généralisation rapide en font une des variétés les plus redoutables du cancer (R. Passaquay, Tiièse de Paris, p. D'à).
La conclusion me paraît facile à tirer: il n'y a pas de distinction anatomique entre les diverses tumeurs qui font le sujet de cet article.
O. — 'B'utocreulose de l'niiiygdale.
Elle est très-rare ; je n'en ai point observé d'exemple. Lebert ni Yirchow n'en signalent point. Isambert m'a dit n'en avoir pas constaté. Passaquay en rapporte quelques faits (loc. cit., p. 78). Dans le Journal de Schniidt, année 1854, il est dit que sur 1317 cas de tuberculose, il y avait cinq lois tuberculose de l'estomac et autant pour les amygdales; WiUigk, cité par Fœrster, indique sur !23i^l cas de tuberculose, 8 cas de tubercules des amygdales.