Eititliélioiiies, tumeurs cancéreuses de l'estomac
Sous le nom de cancer de l'estomac on a compris plusieurs espèces de tumeurs différentes les unes des autres au point de vue histologique. De plus, des auteurs de mérite considérant le carcinome comme différent de l'épithéliome ont établi une distinction fictive, à mon avis, mais qui a augmenté le nombre des lésions stomacales, au lieu de réunir des faits du même ordre. Je vais successivement passer en revue les diverses formes de Yépitheliome stomacal et je résumerai ensuite, comme je l'ai fait pour la langue (voy. p. 40), les généralités se rapportant à l'épithéliome cylindrique et à l'épithéliome glandulaire.
Voici un exemple d'épithéliome cylindrique, papilliforme de l'estomac, ou cancer épithélial cylindrique de cet organe :
Homme de ciiiquaiite-six ans, ayant oll'ert pendant la vie nne tnmeur de la région pylorique, mort rapidement dans le marasme à l'hôpital Necker.
Je trouve près du pylore ime tumeur ét;dée en cercle complet, formant une large saillie papillaire non ulcérée, composée de moyennes et petites végétations d'un gris rougeàtre, friables, pédiculées, qui obstruent l'orifice stomaco-duodénal, sans cependant être posées absolument sur lui. Ces végétations coupées donnent peu de suc. La muqueuse fendue en ce point est épaissie ainsi que les tissus sousjacents. Les parois stomacales, au niveau de la tumeur, mesurent 2 centimètres, et on voit que les fdjres connectives du cliorion nniqueux formant une couche épaisse, dense, fibroide, blanchâtre, sont principalement atteintes. La lésion oc- .cupe le tissu conjonctif sous-muqueux et s'étend aux muscles hypertrophiés. Le péritoine est indenuie.
(i) Andral (G.), Note sur un cas de mélanose de Vestomac (Archives gén. de médecine, série, t. X, 1826).
Al'l'AliKIL DK I. A I) IG lî S T 1 0 ^.
Dans d'autres points de Fosloniac, l;i muqncnse est mamelonnée, le ventricule est légèrement dil;ito. Le contenu n'onVe que d«s n)ucosités, m;iis non des matières noirâtres.
Examinée de suite au microscope, une conpe perpendiculaire à la muqueuse l'ait constater des papilles bien saillantes, offrant de l'épitiiélinm cylindrique et, par places, des noyaux pins développés à nucléole brillant.
Les glandules, non-seulement les tubes à pepsine, mais aussi les petites giaiidules composées pyloriques ont leur intérieur rempli de granulntionsréfringentes et de cellvdes dont le noyau est plus volumineux qu'à l'état normal. De pins, leurs contours membraniformes anliysles sont effacés, et des noyaux nombreux ainsi que des cellnles épitbéliales infiltrent la muqueuse.
Le tissu sons-nuujuenx est épaissi, formé de fibres conjonctives volumineuses, larges de 1 à 2 y. et parmi elles de nombreux corps embryoplastiques, cellules et noyaux libres. Les cellnles épitbéliales, siulout dans le fond des tubes et dans les parties dilatées ou ectasiées, sont inégales en volume. La plupart sont arrangées régulièrement le long des parois, les autres inégales entre elles, moins régidièrement cylindriques, olîrent des granules graisseux réfractant fortement la lumière. Les vaisseaux sont dilatés dans la couche sons-muqueuse. Les fibres musculaires sont sans altération notable.
Après durcissement et sur plusieurs coupes minces, je trouve très-nettement des papilles de longueur différente, plusieurs renflées en massue d'une manière plus ou moins régulière et dont l'intérieur est rempli de fibres lamineuses, de granulations fines, ainsi que de vaisseaux. Sur des coupes en travers de .ces excroissances papillaires fongueuses et de la muqueuse, je remarque des cavités assez régulièrement arrondies, mais de diamètre variable, revêtues d'épithéliinn cylindrique, placé en dehors pour les excroissances et pour la muqueuse placé en dedans des enfoncements ou replis. Chez ces derniers et entre eux, le tissu fibreux- est enroulé, entremêlé sous divers angles et il sépare des cavités qui ne sont autres que des glandules stomacales coupées en travers.
Le cancer ou cpithéliome cylindrique stomacal n'offre pas constamment la forme papillaire, souvent au contraire il a l'apparence de saillies rondes, ou de masses mamelonnées, fongilbrmes, avec une consistance molasse et d'une teinte blanchâtre ou grisâtre. Le suc donné par la pression ou le l'aclage est blanchâtre et assez abondant quand la tumeur est volumineuse. Lancereaux a donné la figure d'une tumeur arrondie et mamelonnée d'origine épithéliale cylindrique, dans son Traité d'anatomie pathologique , tome I, page 444'.
Le fait suivant se rapporte à ce que l'on désigne souvent sous le nom de carcinome simple ou fibreux, ou squirrheux de l'estomac, de cancer dur, de cancer connectif. C'est Vépithéliome fibreux, ou squirrheux^ peu développé quant aux éléments globocellulaires, mais très-riche en fibres conjonctives serrées et d'aspect iibroïde.
ESTOMAC
Homme, soixante ans, mort à la Pitié avec une tumeur de la région épigastrique droite. L'estomac mis à découvert oflre des bosselures de la région pylorique et de la petite courbure; plusieurs tumeurs oblongues ont le volume d'une amande. L'estomac étant fendu, ces tumeurs sont bien visibles; elles soni revêtues par la muqueuse non ulcérée ; on les trouve largement sessiles et siégeant auprès de Forifice pylorique ainsi que sur la petite courbure, un peu en arrière, au nombre de quatre. La plus volumineuse est juxta-pylorique. La coupe en est fibreuse, grisâtre, dure, laissant voir une ajiparence de fibres feutrées, la surface assez régulière, on y trouve plusieurs couclies superposées, une d'elles, revêtue par la muqueuserésulte évidemment du tissu sous-muqueux hypertrophié; une autre répond au tissu conjonctif situé entre le revêtement péritonéal et les muscles. De celte masse partent des cordons fibreux, blanchâtres, durs, rec!ilignes, allant dans les tuniques de l'estomac vers la muqueuse et dans le tissu sous-muqueux ou le péritoine. Ces traclus ont l'apparence de cordons cicatriciels.
Le reste de la muqueuse stomacale ofire des signes évidents de gastrite chronique, l'état mamelonné est manifeste, avec une teinte ardoisée par places. La distension de l'estomac est assez considérable, sans être excessive.
Sur des coupes fraîches et par la pression on obtient peu de suc dit cancéreux ; par le raclaiîe on enlève un liquide miscible à l'eau en petite quantité et dans lequel le microscope lait reconnaître un grand nombre d'éléments cellulaires, volumineux, à noyau parfois énorme et nucléolé, plus quelques fibres de tissu conjonctif ou lamineux.
Après durcissement, on remarque des libres conjonctives ou lamineuses extrêmement abondantes, constituant la plus grande partie des tumeurs, ne laissant entre elles que de rares espaces. Ceux-ci, de forme irrég'ulière, non arrondis, mais plutôt allongés et parfois linéaires, sont remplis d'éléments cellulaires. Les cellules sont grandes de 15 à ':^0 et jusqu'à 30 p., pressées, tassées les unes contre les autres, plusieurs ont un noyau volumineux, ayant 10 p à 12 ^j. et renfermant un et parfois deux nucléoles. Les cellules n'offrent pas de granulations graisseuses, maisseulement quelques granulations protéiques. Les tractus d'aspect cicatriciel présentent la même texture et plusieurs, quoique peu développés, ont néanmoins des cellules identiques placées entre les fibres longitudinalement disposées.
Le squirrhe de l'estomac, le carcinome fibreux, ou squirrheux, diffère de l'induration fibreuse localisée, par la production dès éléments cellulaires. Quoi qu'on en ait dit, le stoma n'est pas dans ces cas alvéolaire et caverneux. Les éléments cellulaires sont disposés simplement entre les fibres, et c'est la différence de rapport entre le stroma et les cellules qui donne la forme dure du carcinome ou épitliéliome. Cette discussion sera reprise bientôt.
APl'AUElL DE LA DIGESTION.
Dans les deux observations nécroscopiques ci-après Vépithéliome glandulaire, ou cancer stomacal, a une forme spéciale, dite méâidlalre ou encéphaloïde .
Homme, ciiiquanle-huit ans, siiccombnnt à l'hôpital iNecker après avoir eu de nombreux vomissements noirâtres et ayant offert une tuméfaction très-marquée à l'épigastre. Après avoir enlevé et fendu l'estomac qui ne parait pas plus développé qu'à l'état ordinaire, je trouve plusieurs tumeurs d'aspect végétant, sous la forme de masses rondes et mollasses de diverses grandeurs; elles sont situées en grande partie sur la petite courbure et sur la face antérieure, mais la grande courbure en présente aussi. Ces tumeurs paraissent très-vasculaires ; leur tissu est mou, pulpeux, d'un gris rougeâtre, facile à écraser entre les doigts. La cavité de l'estomac est plutôt revenue sur elle-même et rétrécie au point où sont les tumeurs. Plusieurs sont ulcérées, surtout celle de la face antérieure, et sur ces points, les bords sont élevés, végétants, mollasses. De nombreuses liémorrhagies se sont produites à la surface qui est noirâtre et brunâtre par places. Les élevures fongueuses ont un aspect spliacélé et d'une couleur lie de vin ou rougeâtre. Le reste de la muqueuse, d'une teinte assez foncée, est recouvert de unicosités et un peu mameloiuié ; il existe de petites dilatations des glandules visibles à la loupe sur le sommet des sillons.
Des masses d'un aspect pareil à celles del'estomac, mais non ulcérées, existent dans le péritoine, dans le foie, dans la plèvre et le poumon. Des traînées blanchâtres, dues à la réplétion des vaisseaux lymphatiques, se rendent de l'estomac et de divers points du péritoine jusqu'aux ganglions lymphatiques gonflés euxmêmes et dégénérés.
Les tumeurs incisées offrent une substance mollasse, grisâtre, jaunâtre par places, et à la surface, d'une teinte rougeâtre sombre à cause d'hémorrhagies répétées. Un suc épais, très-miscible à l'eau est exprimé par la moindre pression ; le raclage enlève une couche grisâtre. Le microscope montre des cellules de formes variées (fig. 25) ; les plus nombreuses mais non les plus grosses qu'on enlève des alvéoles par le pinceau, ont une coloration pâle, une forme à peu près arrondie ou ovalaire, parfois â prolongement irrégulier; néanmoins la forme ronde est encore la plus fréquente. Beaucoup de ces cellules ont un noyau, les plus grandes en ont plusieurs (cellules géantes), d'autres ont tantôt le noyau nucléolé, tantôt vésiculeux. Quelques cellules sont chargées de graisse, et plusieurs petites ont le noyau invisible et l'intérieur rempli par des granulations et des gouttelettes graisseuses. Du reste, ces granulations â aspect réfringent et de nature grasse, sont très-abondames dans les préparations. Le diamètre des cellules varie de 0""",015 à 0""",03z=15 à 30 il, les noyaux ont de 0""",007 â 0'"'",01 = 7 à 10 II.. L'infiltration graisseuse de quelques cellules est considérable, et les gouttelettes graisseuses ont parfois de 2 à 5 [j. de diamètre.
Après durcissement, je trouve des fibrilles conjonctives ou lamineuses, minces, larges de 1 environ, enroulées, tassées, anastomosées, séparées les unes des autres par des espaces alvéolaires irréguliers. Ces espaces sont très-visibles après
ESTOMAC
avoir enlevé les cellules nombreuses qui les remplissent. Les cellules ont de 10 à 25 elles renferment un, deux et parfois trois noyaux; les nucléoles sont bien visibles sur plusieurs.
Les masses du péritoine et du foie présentent les mêmes éléments histologiques.
FiG. 25. — Cellules d'un épitliéliome glandulaire mou, ou encéphaloïde de l'eslomac *.
Le liquide renfermé dans l'estomac a offert dans le fait suivant des particularités importantes à connaître :
Femme, cinquante-six ans, ayant succombé avec une induration dans la région épigastrique, après avoir offert des vomissements noirs à plusieurs reprises.
L'abdomen étant ouvert, je trouve l'estomac un peu agrandi. Après avoir été incisé, il présente sur la sm-face du grand cul-de-sac, sur la petite courbure et vers le pylore, des saillies épaisses et des tumeurs molles largement sessiles, sur lesquelles la muqueuse est détruite, ramollie, réduite en pulpe, avec des inégalités fongoïdes, ecchymosées, rougeàtres et brunâtres. Au pourtour, les bords des parties détruites sont calleux, relevés, épaissis et fongueux.
Dans plusieurs points du reste de la muquense, des portions isolées sont gonflées, peu résistantes, et plusieurs sont ecchymosées fortement. Le reste de la surface est plutôt lisse que mamelonné. Sur un point en arrière, près de la grande courbure, une destruction des parois est très-manifeste, celles-ci sont presque perforées et le péritoine épaissi adhère à la rate qui est volumineuse. Le reste de la muqueuse est épais et de teinte ardoisée.
Un liquide noirâtre et très-odorant, acide, se trouve dans l'eslomac.
Sur la coupe des tumeurs stomacales, je trouve un tissu blanchâtre, avec des ecchymoses nombreuses sous forme d'un pointillé et de petites taches rouges. Un suc lactescent s'écoule par la pression. Au microscope, je constate l'existence de grandes cellules pâles à noyau volumineux, ayant de0'""',015 à 0""",02 et jusqu'à
* FiG. 25. — Éléments cellulaires obtenus par la pression et en chassant au pinceau les cellules de leurs alvéoles, a, a, cellules à un seul noyau; b, cellule à noyau vésiculeux; C, c, cellules dont le noyau est nucléolé et graisseux; D, grandes cellules à noyaux multiples; e, cellule dont le noyau est devenu graisseux; f, cellules petites et remplies do gouttelettes graisseuses; g, goutte d'aspect réfringent et do nature grasse. Grossissement, 350 diamètres.
APl'AREIL DE LA nif.ESTlON.
0""",03 = 15 à 20 ot 30 p, ovahiires ou iri'éi^ulièromeiit aiTondios, de gouttelettes graisseuses abondantes, et de plus, de nombreux globules rouges du sang.
Le liquide renfermé dans l'estomac est composé de fines granulations et de débris alimentaires, cellules végétales et fibres musculaires , gouttelettes de graisse. En outre, j'y constate la |)résence d'une grande ([uantité de Sarcines, éléments végétaux sous forme de petites masses cubiques, allongées, élastiques, formées de cellules séparées entre elles p:ir de fins sillons (Voyez page 151 et figures 32 et 33). ■
Après avoir fait durcir divers points des tumeurs stomacales plus ou moins volumineuses, on constate de la manière la plus évidente un stroma libreux composé de libres lamineuses fmes, chacune en particulier ayant O""",001 = i et pressées les unes contre les autres, circonscrivant des loges ou petites aréoles. Ces aréoles sont garnies d'éléments cellulaires qui ne sont pas adhérents les uns aux autres, mais facilement enlevés par le pinceau. Les cellules arrondies en général, d'autres ovales ou terminées par des prolongements, ont une moyenne de 0'"'",016 à 0"'™,0:25 = •16 p. à 25 y- dans la plus grande largeur, les noyaux de 0""",007 à 0'""',01"2 = 7 p. à 12 fi de diamètre.
La forme deré;)/^/i-e//o»îe ou du cancer stomacal anciennement appelé colloïde et actuellement aréolaire, colloïde , muqueux on nnjœomateux, est remarquable par l'état de mollesse et l'apparence gélatiniforme de la masse des tumeurs :
Homme, soixante-deux ans, ayant succombé dans le marasme. A l'ouverture de l'abdomen, l'estomac, dont le volume ne paraît pas augmenté, offre sous la séreuse péritonéale de petites nodosités mollasses, situées sur la petite courbure et vers la région pylorique. Après avoir été ouvert, le ventricule montre plusieurs tumeurs larges, étalées, diffuses, d'une teinte grisâtre et demi-transparentes, faisant corps avec la muqueuse et les tuniques sous-jacentes. L'une de ces tumeurs mesure huit centimètres de long sur cinq de large.
Les parties de la muqueuse stomacale situées entre ces tumeurs sont d'un gris jaunâtre et un peu rouge; les glandides sont saillantes, mais l'estomac est à peine mamelonné.
Le pancréas e'. le foie offrent des tumeurs grisâtres et demi-transparentes, d'aspect colloïde, ainsi que les ganglions lymphatiques voisins de tous ces organes. L'épiploon est lui-même atteint en plusieurs endroits.
A la coupe, les tumeurs sous-péritonéales, depuis celles petites comme des grains de blé jusqu'à celles qui égalent la grosseur d'une noix, ont la même apparence. Elles ont une consistance molle, un aspect lisse, un peu gris rosé, avec des points très-nombreux et transparents à la manière d'une gelée ou de la gélatine demi-fluide. Sur les tumeurs les plus grosses, on voit à la loupe de très-fines alvéoles renfermant la substance gélatineuse ou colloïde. Les ganglions
ESTOMAC
lymphatiques ont pux-mèmes l'apparence colloïde, mais plusieurs ont plutôt l'apparence du cancer dit encéplialoïde avec ([uelques points plus clairs et gélaliniformes. Il en est de même pour les tumeurs du foie ot surtout du pancréas.
Au microscope, je trouve un suc abondant, mais transparent, peu ou point et par places seulement. Les cellules sont assez petites en général, ayant de 15 f- à 20 p, mais en très-grand nombre; ({uelques-unes cependant sont fort grandes et renferment deux ou trois cellules emboîtées ; elles ont de :23 y. à 30 i^. Les noyaux sont volumineux. La matière enveloppante ou protoplasmique est colloïde, homogène ou, au coniraii'e, vésiculeuse et comme kystique, les noyaux sont rarement uniques et le plus souvent au nombre de deux, trois ou quatre. De nombreuses granulations moléculaires se trouvent aussi dans les cellules et à l'état libre. Beaucoup de cellules sont érodées et sans noyau; d'autre part, plusieurs noyaux sont libres sans corps cellulaires.
Le tissu conjonctif ou lamineux est très-fin, les fibres minces peu serrées, de 1 (/., un peu dissociées par un liquide muqueux, circonscrivent de gi'ainles et légères alvéoles ou travées arrondies.
Après durcissement dans l'alcool absolu et la gomme, les alvéoles arrondies sont très-visibles, leurs fibrilles sont nettement appréciables, souvent interrompues et de dimensions variables. Plusieurs à la périphérie sont très-garnies de fibres et englobent un certain nombre d'alvéoles secondaires; celles-ci sont parfois peu complètes et leurs libres ont elles-mêmes disparu. Les vaisseaux sanguins assez nombreux le long des alvéoles sont par places rompus et ont laissé sortir leurs globules rouges, très-apprécialiles.
Vépithéliome mélanique ou cancer niélanique de rcstomac frappe au premier abord par sa teinte noire. Les granulations rnélaniques caractéristiques sont déposées dans les cellules dégénérées :
Femme, trente-huit ans, ayant succombé à l'hôpital Necker après avoir subi, dans un service de chirurgie, l'extirpation d'un œil regardé comme cancéreux. Je n'ai pas constaté de vomissements noirs. L'estomac est de volume ordinaire. Après avoir été fendu, il présente sur la petite courbure une série de tumeurs noirâtres plutôt qu'ardoisées. Le reste de la muqueuse est mamelonné, sans pigmentation dans le grand cul-de-sac; cette membrane est assez diffluente et très-ramollie (digestion post nuirtcm). Des masses noirâtres de graïuleur variable, depuis le diamètre d'une lentille à celui d'une pomme se trouvent dans l'abdomen sur l'épiploon, le foie, etc., et dans la poitrine, sur la plèvre et dans les ganglions thoraciques. Les ganglions abdominaux sont eux-mêmes tuméfiés, et plusieurs sont noirâtres.
En incisant les tumeurs de l'estomac, je trouve une résistance peu considérable, et la pression fait écouler un suc gris foncé ou noirâtre.
Les cellules sont grandes et moyennes, ayant de 25 à 20 u. Elles ont un noyau volumineux, et leurs contours sont bien accusés; dans leur intérieur, je trouve un grand nombre de granulations fines, noires, de 1 à 2 ij., refoulant le noyau sur un coin ; sur des coupes durcies je m'assure plus tard que les fibres
AIM'ARKIL DK LA DIGESTION.
conjonctives on laminenses ont entre elles des granulations noires. Celles-ci sont abondantes dans les tumeurs de l'épiploon, du foie et de la plèvre, ainsi que dans les ganglions tlioraciques. Les ganglions abdominaux en renferment beaucoup moins.
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— Duron, Observ. de cancer de l'estomac, perforation de la paroi abdominale, communication avec le côlon transverse (Bordeaux médical, 1875).
De l'épitiii-:liome cylindrique et de l'épitiiéliome glandulaire. — Les nombreuses tumeurs rassemblées sous le nom de cancer de l'eslomac, comprennent en majeure ]3artie les épithéliomes dont je viens de donner des exemples. Les plus fréquents étant l'épithéliome cylindrique et surtout l'épitbéliome glandulaire, ce sont eux qu'il convient détudier d'une manièi'e plus générale et plus complète.
Les épithéliomes cylindriques c'est-à-dire les néoplasmes constitués par l'épitliélium cylindrique, peuvent envabir toutes les muqueuses ot!i se trouve normalement cette variété d'épithébum, mais leur siège le plus babituel est le tube digestif, depuis l'estomac jusqu'au rectum. Tantôt les tumeurs ont l'apparence papillilorme, cl j'en ai donné un exemple remarquable. On voit dans ces cas des excroissances fungiformes ou fongueuses, revêtues d'épitbélium cylindrique. Des masses plus ou moins considérables du même épilbélium se développent peu à peu dans les glandules et de la sorte on a, suivant l'expression de Fœrsler, un papillome destructeur; celui-ci devient eniîn par passages insensibles un épithéliome ou un carcinome glandulaire.
Les deux ligures 26 et 'il montrent une végétation stomacale papilli-
ESTOMAC
l'orme, libre à la surface de la muqueuse et la coupe d'une néoplasie épithéliale cylindric{ue, intéressant, les cavités Iblliculeuses en long- et en travers.
FiG. 26. — Végétations papilliforuies d'un épithéliome cylindrique de l'estomac *.
Dans répithéliome cylindrique constitué, les cavités glandulaires s'agrandissent et pendant que leur intérieur se remplit, elles bourgeonnent latéralement, l'épithéliuin s'inliltre dans les tissus environnants et peut subir diverses transformations.
Du reste l'épitliéliome cylindrique forme non-seulement des saillies fongiformes papillaires, mais très-souvent il a l'apparence de tumeurs ou de nodosités mamelonnées. La consistance est molasse, la teinte grisâtre ou rougeàtre. La pression fait sourdre un suc peu abondant composé de cellules d'épithélium cylindrique plus ou moins nettes, olfrant parfois l'aspect fusiforme ou en raquette, pouvant être creusées de cavités, ou ayant deux et plusieurs noyaux ressemblant enfin à d'autres formes épithéliales.
If
FiG. 27. — Section pratiquée sur un épithéliome cylindrique
* FiG. 28. — Ou voit sur la coupe d"un épithéliome cylindrii(ue de Festouiac, les végétations papilliformes ressemblant à des excroissances renflées et revêtues de cellules épithéliales cylindriques. Grossissement, environ 300 diamètres. (E. RindAeisch.)
* FiG. 27. — Coupe d'un épithéliome cylindrique, a, cellules cylindriques détachées et libres; b, cavité l'oUiculeuse vue dans le sens de la longueur; c, cavité semblable plus agrandie et vue coupée en travers. Ces cavités sont recouvertes d'une couche de cellules cylindiiques à Tintérieur et entourées de tissu conjonctif ou lamineux. Grossissement, 300 diamètres. (V. Cornil.)
APPAIIEIL DE LA DIGESTION
Peu ù peu el au bout d'un temps variable les tumeurs formées par répitliélium pavimenteux prennent un aspect différent de celui du début, elles s'ulcèrent à la surface, les bords s'indurent pendant que le centre se creuse et se détache. Les vaisseaux sont peu nombreux en général ainsi que le tissu conjonctif et leur rapport de nombre avec celui des follicules, envahis détermine la vai'iété de la tumeur plus ou moins libroïde et vasculaire. La gravité de cet épitlu'liome est au moins aussi grande que celle des autres formes, elle tend à l'ulcération des tissus environnants, par extension et puis par destruction de ses éléments propres. Les dég('nérescences graisseuses et surtout colloïdes sont fréquentes, j'ai vu des portions sphacélées, prêtes à se détacher.
J'aurai soin plus tard de distinguer l'épithéliome pavimenteux de l'adénome proprement dit.
L'épithéliome ou carcinome glandulaire comprend plusieurs variétés principales : le squirrlie, l'encéphaloïde, les cancers colloïde, mélanique, etc. J'ai décrit déjà en partie ces formes diverses. V épithéliom,e glandulaire fibreux, dur, eonnectif, si connu sous le nom de cancer squirrheux, est remarquable par sa structure et son développement. Sa dureté depuis si longtemps observée le caractérise tout d'abord. Les tumeurs qui le constituent ne sont pas végétantes, ni riches en suc, elles sont au contraire, étalées, lîbroïdes, résistantes au point de n'être coupées qu'avec peine, la surface de section est d'un blanc grisâtre parsemée de traînées (l'un blanc net. A un examen moins superficiel, on trouve toujours dans les épithéliomes durs des portions moins compactes et moins fibreuses; les parties les plus résistantes et les plus blanches ont des zones ou des portions voisines plus molles. Il y a souvent des couches superposées et de petits espaces qui sont occupés par des traînées grisâtres ou rougeàtres plus ou moins épaisses ; d'autres sont jaunâtres avec un aspect un peu ]ij)omateux.
A un point de vue général, on peut dire que l'épithéliome dur ou le cancer squirrheux est composé d'une masse fibreuse, ou stroma, renfermant entre ses mailles ou ses aréoles incomplètes des cellules épithéliales plus ou moins dégénérées ou transformées. Ce n'est point seulement la disposition aréolaire qui caractérise le tissu morbide, mais aussi la pré-l sence de ces corps cellulaires en multiplication qui donnent au néoplasme sa gravité el son mode de développement.
Les cellules renfermées dans le tissu fibreux sont parfois extrêmement grandes, de '30 à 80 ij. et jusqu'à 35 le plus souvent, de 15p. à ï25 y. avec des noyaux énormes de 10 p. à 15 ix réfractant fortement la lumière. Ouand ces cellules sont tassées, elles prennent l'aspect polyédrique ; quand elles sont, au contraire, en régression on les trouve ordinairement avec de.'
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goutteletles graisseuses et même remplies de graisse. Ce sont ces cellules •qui donnent l'apparence jaunâtre aux. traînées qu'on observe sur la coupe fibreuse dessquirrhes de l'estomac et de la mamelle.
Les épithéliomes durs se rétractent souvent à leur partie centrale et ils s'ulcèrent à leur partie libre, il se peut alors que la surface devienne plus végétante qu'on ne l'aurait supposé, mais ordinairement la destruction de tissu est lente et la perte de substance va diminuant peu à peu sous l'action des sucs de l'estomac et de légères hémorrhagies.
Vépithéliome glandulaire, mou, encéphaloule, médullaire, offre une mollesse et une couleur blanchâtre, grisâtre et rosée qui rappelle la teinte du cerveau, d'où lui vient son nom ordinaire. Il est formé par des masses, souvent •considérables, lobées ou lobulées, tendant à s'accroître et laissant sourdre du sang à leur surface pendant que des hémorrhagies se produisent à l'intérieur. La coupe offre une section ressemblant à une pulpe molle €t laisse suinter par la })ression un suc abondant composé de cellules nombreuses de forme et de grandeur variables, tantôt simples, taqtôt avec des noyaux multiples nucéolés. La grandeur des cellules est de 18 p. à 20 et jusqu'à 30 dans le plus grand diamètre .
J'ai donné (page 133) la représentation de plusie\u s cellules que j'ai dessinées dans un épithéliome glandulaire mou de l'estomac, voici d'autres formes de ces cellules {fig. 28) provenant de tumeurs analogues et que Cornil a iigurées. Fig. 28. — ceiiuies du suc dit can-
Sur des coupes durcies, l'épithéliomeglan- ' ■'■.' '^"■^ ''"^ répithéiiome giandudulaire mou, offre un stroma fibreux mince '""^ qui forme de larges alvéoles où se trouvent les cellules précédemment indiquées : celles-ci sont tassées, comblant les alvéoles, se détachant sans peine, car elles ne sont pas reliées les unes aux autres, ni cimentées entre elles. Les cloisons ont, en outre, une grande quantité de vaisseaux,
' Fig. 28. — Cellules diverses trouvées dans le suc de répilhélioni'î glandulaire a, a, a, a, cellules irrégulières, mais non spliériques ; b, h, cellule presque sphérique ; c, c, c, c, cellules so rapprocliant de la forme prismatique; d, cellule fusiforme; e, cellule en sablier; f, f, grandes cellules à vacuoles et noyaux multiples, h, li, cellules excavées. Grossissement, 250 diamètres. (V Cornil, Mémoires de VAcadémie de médecine, t. XXVII, page 318j.
-UO AIM'AREIL DE LA DIGESTION
(;e qui explique la nutrition facile du tissu néoplasique et les liémorrliagies qu'on y trouve si fréquemment.
Une variété de la forme molle ou encéphaloïde de l'épithéliome, est le carcinome héviatode ou érectile rare à l'estomac. Nous verrons en traitant des lésions des vaisseaux capillaires, que ces derniers peuvent dans certains cas devenir extrêmement abondants, ectasiés, dilatés en chapelet ou en massue et produire par leur rupture des épanchements sanguins souvent abondants.
VéjntJiéliome colloïde, alvéolaire, muquoux, myxomateux, résulte de la dégénérescence colloïde ou muqueuse des cellules qui remplissent les
FiG. 29. — Coupe d'un épithélionie colloïde *.
alvéoles d'une tumeur analogue à l'encéphaloïde qui vient d'être décrit. L'aspect de gelée, de miel frais, en un mot gélatiniforme, est tout à fait spécial et il se reproduit dans toutes les tumeurs qui se manifestent secondairement. C'est en vain que Fœrster a voulu distinguer un carcinome muqueux et un épitliéliome muqueux ; les deux ordres de tumeurs sont identiques.
L'épithéliome colloïde porte en Allemagne le nom de cancer ou carcinome alvéolaire, parce que les faisceaux fibrillaires des alvéoles sont trèsfeciles à voir, ceux-ci étant remplis d'un liquide gélatiniforme (fig. Ï19) et peu vasculaires. Les travées du stroma sont régulièrement arrondies, parce que la substance colloïde s'accumule en masses sphériques; de plus, la substance gonflant toujours, les cloisons finissent par s'atrophier et disparaître, et finalement la grande alvéole qui en résulte prend à son tour la forme ari'ondie.
Fig. 29. — Épitliéliome colloïde, muqueux ou gélatiniforme, sectionné, et montrant les travées ! de tissu conjoiictif ou lamineux circonscrivant des aréoles remplies de cellules ainsi que dC; liquide colloïde et muqueux. Grossissement, 200 diamètres. (E. Rindfleisch.)
ESTOMAC
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Les cellules qui remplissent le siroma sont très-souvent vésiculeuses, mais elles ne diffèrent pas réellement des cellules épithéliales que nous connaissons déjcà. Elles sont volumineuses, ayant de \% y. à "20 f/., 30 et jusqu'à iOa; souvent une cellule en renferme une autre et les noyaux sont trèsvolumineux et réfringents (fig-. 30).
L'origine de la matière colloïde ou mu- . queuse provient en partie de la métamorphose régressive d'un grand nombre de cellules épithéliales, mais il est difficile d'admettre que ce soit une cause unique, et le problème de la production est encore à résoudre. Quoi qu'il en soit, cette matière envahit tous les tissus avec une extrême facilité et se propage de la manière la plus dangereuse.
FiG. 30. — Éléments cellulaires de l'i'iiitlicliome colloïde*.
Vépithéliome mélanique, ou le cancer mélanique, est caractérisé au premier coup d'œil par sa coloration : les cellules contenues dans le stroma se touchent sans interposition de substance mélanique et c'est dans leur intéricui' que se trouve la matière granuleuse noire. Les cloisons lîbrillaires elles-mêmes peuvent être infiltrées de ces mêmes grains noirs, mais il faut qu'il n'y ait à la fois des granulations dans les cellules et le stroma ; sans cela, et si le troma seul était infdtré de matière mélanique on aurait plutôt un sarcome mélanique qu'un épithéliome. Ces deux sortes de tumeurs histologiquement distinctes se généralisent très-facilement.
Le développement des épithéliomes glandulaires est très-controversé, comme celui de l'épithéliome pavimenteux. Je reviendrai sur ces questions difficiles en traitant de la mamelle.