Entérite chronique. — niarrbée de Cociiincbine
L'entérite chronique existe très-rarement seule et d'une manière protopathique. Elle est constante au voisinage des ulcérations et des néoplasmes, des corps étrangers, aux endroits resserrés par des brides quelconques, sur le collet des hernies.
Dans la dysenterie ancienne, l'entérite chronique est spéciale, mais laut-il regarderla diarrhée de Gochinchine et d'autres pays chauds comme une forme d'entérite chronique ou plutôt comme n'étant que la dysenterie chronique d'emblée, et alors différant par ses symptômes, sa marche^ même son traitement, tandis que les lésions sont celles de la dysenterie chronique, lentement réparée et laissant un état atrophique de l'intestin? Cette question est difficile à résoudre. Le Roy de Méricourt ne croit pas à l'identité anatomo-pathologique de la diarrhée de Gochinchine et de la dysenterie. Yillemin est d'un avis opposé. Kelsch, dont je partage jusqu'à plus ample renseignement la manière de voir, a trouvé une identité anatomo-pathologique. Il faudrait admettre des erreurs du diagnostic et des dysenteries prises pour des entérites de Gochinchine, pour que l'opinion contraire put prévaloir. Je ne pense pas que les divers parasites : Anguillula stercoralis et le Paramecium coli, signalés dans la diarrhée de Gochinchine, soient spécifiques et déterminent la maladie avec ses altérations intestinales.
Dans tous les cas, les lésions de l'entérite chronique ordinaire sont
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l'épaississement de la muqueuse et des tissus, sous-jacents la saillie dei follicules clos, la transformation kystique des glandes de Lieberkûhn, dont il a déjà été question longuement (pages 185 et 186). A un degré plus avancé, on trouve une atrophie de la muqueuse mêlée ou non de parties hypertrophiées.
L'empoisonnement urémique, la pellagre, ainsi que les autres maladies chroniques à déterminations intestinales, accompagnées ou non de lientérie et d'exulcérations, ne sauraient être distinguées anatomiquement par les caractères de leur entérite chronique.
Ulcérations intestinales. — Gangrène de l'intestin, s. — l'Icéi-nfions intestinales diverses.
Les ulcérations intestinales, qui sont des pertes de substance intéressant plus ou moins profondément les parois de l'intestin, ont une origine très-variable. Quelques-unes de ces ulcérations ont déjà été décrites ; elles peuvent être inflammatoires, folliculaires, toxiques, typhiques, dysentériques, tuberculeuses, syphilitiques, épithéliales ou cancéreuses, etc., etc.
Les ulcérations intestinales se développent de dedans en dehors sur la surface libre de la muqueuse. Il est exceptionnel que les ulcérations tuberculeuses, en particulier, puissent arriver de dehors en dedans ; c'est à elles et à toutes les ulcérations qui, par compression de tumeurs solides ou liquides, ou par envahissement de néoplasmes, viennent s'ouvrir dans l'intestin, que convient mieux le nom de perforation et non d'ulcéi'ation proprement dite (voy. Perforations intestinales).
Les ulcérations inflammatoires, comprenant les ulcères muqueux simples de Fœrster, sont les mêmes dans l'intestin que dans l'œsophage et même dans l'estomac (voy. p. 121). Elles résultent de l'entérite simple ou chronique, ou de la présence de corps étrangers, altérant l'intestin d'une manière mécanique. Telles sont encore les ulcérations situées audessus des points rétrécis, celles des hernies, des invaginalions, celles que produisent les matières fécales durcies dans la typhlite et la pérityphlite. Il est douteux que les Ascarides et les Ténias puissent produire des ulcérations, car les helminthes de l'homme, les Ascarides surtout, ne perforent pas l'intestin. Ils passent à travers une ouverture déjà formée.
L'Ankylostome duodénal ne détermine pas d'ulcération , mais une ecchymose autour des points où il s'attache.
Les ulcérations folliculaires ont un diamètre variable depuis la gros-
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seur d'un grain de millet à celui d'une lentille et plus ; leur fond est grisâtre ou jaunâtre, avec un liséré rougeâtre. Parfois éparses, ces ulcérations peuvent gagner en profondeur et même amener une perforation; si elles sont nombreuses, la surface de la muqueuse est comme criblée ; quand elles sont confluentes, leurs contours sont arrondis et sinueux. Legendre a bien décrit ces ulcérations folliculaires chez les enfants.
V ulcère simple du duodénum est a.ssez fréquent; il a les plus grands rapports avec celui de l'estomac (voy. p. il8), il présente les mêmes bords arrondis et taillés à pic, il est situé dans la première portion du duodénum, parfois empiétant sur le pylore. Il succède à des pertes de sidDstance par hémorrhagie interstitielle, à l'altération des glandes de Brunner, sorte d'inflammation furonculaire (Gubler). La cicatrice de ces ulcères peut gêner l'écoulement des liquides biliaire et pancréatique, ou produire des coarctations juxta-pyloriques.
L'ulcère perforant du duodénum arrive jusqu'aux viscères voisins; le foie et le pancréas sont atteints, et les vaisseaux artériels érodés peuvent donner lieu à des hémorrhagies mortelles. Si la perforation se fait après des adhérences préalables, on trouve des fistules et des communications anormales, soit avec le foie, la vésicule, les autres parties de l'intestin ou des trajets purulents, allant jusque sous les téguments externes.
Vulcère simple des autres points du tube digestif, de Viléon, du cœcum, du côlon, a été l'objet des recherches de Lebert, qui en a démontré l'existence (1). Cruveilhier admet l'ulcère simple du rectum dans son Atlas d'anatomie pathologique (voy. Rectum).
Des ulcérations duodénales, dont la production est difficile à expliquer, arrivent à la suite de brûlures étendues du tégument externe, d'érysipèle (Larcher), des lésions des centres nerveux. Elles sont étalées et superficielles, plutôt qu'arrondies et profondes; elles n'ont point le caractère perforant de l'ulcère simple ou ulcus rotundum.
Des ulcérations intestinales peuvent avoir pour cause la variole, le pemphigus, et succéder à de petits abcès des parois. Treitz a décrit les ulcérations urémiques gastro-intestinales, consistant en perte de substance surtout dans la fin de l'intestin grêle et le gros intestin. Elles occupent d'abord les follicules clos et envahissent les tissus environnants dans une étendue de plusieurs centimètres ; elles résultent, suivant lui, de la décomposition de l'urée en carbonate d'ammoniaque, mortifiant et érodant l'intestin.
(1) H. Lebert, Tndté d'anatomie pathologique générale et spéciale, t. II, p. 206, 1861.
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Le choléra a présenté, dans quelques épidémies (^Pirogoff, Wedel), des ulcérations, surtout à la période de réaction, et allant même jusqu'à la perforation (Hamernyck).
Les ulcérations typhoïdes des plaques de Peyer, ovales, allongées dans le sens longitudinal de l'intestin, et toutes spéciales, ont déjà été décrites, ainsi que les pertes de substance de la dysenterie aiguë et chronique (voy. p. 174 et i82) ; il est inutile d'y revenir.
Les ulcères petits et arrondis de la tuberculose peu étendue et ceux transversaux qui occupentune grande partie de l'intestin, sont remarquables (voy. Tuberculose de l'intestin) ; les ulcérations qui succèdent à la mortification des néoplasmes épithéliaux, aux lymphadénomes, etc., seront étudiées plus bas.
La syphilisT^eui produire dans l'intestin des ulcérations intestinales par ramollissement de gommes ; dans le rectum, les ulcérations syphilitiques sont variables (voy. Rectum).
Les altérations des vaisseaux de l'intestin par athérome, par l'état de dégénérescence amyloïde, par embolie dans les cas d'endocardite ulcéreuse ou de bouillie athéromateuse aortique, peuvent encore donner lieu à des ulcérations intestinales.
Les rétrécissements qui résultent de la cicatrisation des ulcérations curables, n'ont besoin que d'être indiquées; les ulcérations ayant amené des perforations et des fistules de dehors en dedans ou de dedans en dehors, après des pertes de substance des parois intestinales, seront mentionnées avec les perforations de l'intestin. •
•s. — Oangfène intestinale.
La gangrène intestinale est une terminaison rare de l'entérite ; elle est alors disséminée et sous forme de plaques ou de taches plus ou moins étendues. Elle peut envahir une grande partie de l'intestin dans l'invagination intestinale.
La gangrène par compression résulte ordinairement de l'étranglement herniaire et de l'étranglement interne. C'est à tort qu'on a admis deux formes de gangrène : celle où les parois intestinales sont rouges, foncées, noires ou bleuâtres, par arrêt de circulation sanguine, et celle où les tuniques de l'intestin ont perdu leur coloration et sont devenues flasques,
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semblables à du linge ou du papier mouillé et d'une couleur cendrée ou jaunàlre. Celte dernière seulement constitue anatomiquement la gangrène et en est caractéristique. Si, dans plusieurs cas de hernie, on a vu la perforation après réduction d'une anse de l'intestin d'un rouge foncé et turgescente, c'est que cette même portion est devenue grisâtre et flasque, en un mot, s'est mortifiée.
Les cylindres internes gangréneux, parfois considérables, de l'invagination intestinale, les lambeaux de muqueuse de la dysenterie, les détritus des plaques de Peyer ulcérées sont autant de produits de la gangrène.
Les maladies cbarbonneuses et les intoxicalions produisent parfois la gangrène intestinale, limitée à la mortification de la muqueuse, s'étendant rarement au delà.
Dans le degré extrême de la gangrène intestinale, les membranes de l'intestin sont réduites à l'état de bouillie fétide, et les éléments anatomiques ne sont plus reconnaissables.
La gangrène de l'intestin peut donc provenir de la constriction de l'organe dans une hernie, ou d'un volvulus ; d'autres fois l'appendice verraiforme se mortifie par suite delà compression d'un corps étranger.
Dans la fièvre typhoïde, il y a des tissus sphacélés par multiplication exagérée d'éléments cellulaires, ou par ulcération et destruction de parties dont la nutrition n'est plus possible.
Dans l'invagination intestinale, la portion d'intestin qui a pénétré dans le bout inférieur peut se sphacéler et s'éliminer au dehors (voy. Invagination).