Epitbélioiue du rectuu
Vépithéliofiie ou cancer rectal est primitif ou secondaire, il se développe surtout dès la seconde moitié de la vie. Les deux formes principales sont le cancer circonscrit et le cancer* diffus ; dans le premier cas on voit des masses du volume d'un pois,arrondies, ou en plaques d'une dureté cartilagineuse ; dans le second le tissu sous-muqueux est épaissi et traversé par ' des traînées blanchâtres ou bleuâtres qui donnent un aspect spécial. L'épithéliome occupe ordinairement la moitié inférieure du rectum, tantôt la paroi antérieure, tantôt la postérieure.
Dans une période moyenne le cancer envahit la circonférence rectale et produit un rétrécissement à ce moment surtout. Hecker affirme que l'atrésie ne se produit que dans le cancer primitif; la raison en est dans la mort rapide qui survient, dans le cancer secondaire, avant que le rétrécissement ait pu se manifester. Né souvent dans le tissu sous-muqueux, jl'épithéliome se développe de haut en bas, la muqueuse résiste assez {longtemps, la tunique vasculaire est souvent hypertrophiée. Au-dessus Idu rétrécissement il y a dilatation rectale et ulcération de la muqueuse.
Dans la période ultime on trouve les ulcérations et la propagation du néoplasme, les ulcères ont les bords durs, irréguliers, élevés, à fond inégal, une couleur foncée, et une suppuration sanieuse et fétide. La propagation se fait vers le col et le corps utérin; quelquefois le périnée, les grandes lèvres sont atteints : le rectum forme alors un cloaque avec le vagin, ou bien il s'établit une communication avec la vessie et l'urèthre. Les ganglions lymphatiques du mésorectum sont envahis, de même ceux des parties latérales du bassin quand le cancer a dépassé le rectum, et ceux de l'aine quand l'épithéliome est à l'anus.
Les variétés les plus fréquentes du cancer rectal sont l'épithéliome cylindrique, après lui vient le fibreux ou squirrheux, les autres sont plus rares. Vidal (de Cassis) a signalé le squirrhe atrophique, Cruveilhier le l'oUoïde, Gross le cancer mélanique secondaire.
Je vais décrire et figurer un bel exemple d'épithéliome glandulaire colloïde (fig. 56).
APPAREIL DE LA DIGESTION
Homme, quarante-huit ans, mort avec une tumeur colloïde dans le rectum et une autre pareille dans l'estomac. La tumeur rectale s'étend de la muqueuse jusqu'au-dessous du péritoine. Les glandes sont en partie conservées, en partie dissociées ou atrophiées; le cul-de-sac glandulaire (fig. 56, a) est rempli d'épi-
F;g. 56. — Épithéliome glandulaire, colloïde du rectum *.
thélium dont les cellules sont déformées, tantôt hypertrophiées, globuleuses ou allongées ; (c, c, c) d'autres sont libres, presque toutes sont devenues trèsgranuleuses. Dans beaucoup d'entre elles, le noyau est difficile à reconnaître. Les cellules vues de profil sont allongées, fusiformes. La matière colloïde a
' Fig. 56. — Épithéliome glandulaire et colloïde du rectum, a, a, a, a, cellules épithéliales -vues de face, granuleuses, hypertrophiées, montrant ou non leur noyau ; elles sont groupées et réunies, mais souvent séparées entre elles par une matière colloïde ougélatiniforme ; li,h,h, fibres élastiques à double contour très-net et onduleuses ; c, c, c, cellules allongées, l'une d'elles arrondies et placée en bas à gauche de la figure ; le noyau est plus ou moins distinct et nucléole ;
d, gouttelettes de graisse déposées dans des cellules vues de profil et d'autres en amas libres. Entre les cellules vues de face et les fibres élastiques sont d'autres cellules vues de profil et des libres lamineuses. Grossissement 450 diamètres.
INTESTINS
dissocié et en grande partie atrophié les fibres lamineuses ; on retrouve des fibres élastiques, à double contour très-net, et flexueuses ou contournées (fig. 56 b, b, b). Des amas de matière granulo-graisseuse et de véritables gouttes de graisse (d, d) se sont déposés dans plusieurs cellules ou occupent la place de celles-ci après atrophie, dans beaucoup de points de cette tumeur d'origine glandulaire.
s. — ■ Tuberculose et scrofule «lu rectum.
La iuberculisation rectale est rare; les tubercules y produisent des ulcérations multiples, transversales, à base indurée, tendant à la confluence; autour d'elles on constate quelquefois des granulations tuberculeuses et des tramées lymphatiques de même nature.
Scrofule. — On a confondu souvent les ulcérations scrofuleuses du rectum avec des ulcérations phagédéniques compliquées d'œdème ; cependant la scrofule maligne peut se propager au rectum. Mais l'anatomie pathologique ne permet pas de les reconnaître sûrement, et c'est en ayant égard aux signes cliniques, aux cicatrices bridées et réticulées, à la marche serpigineuse du mal, qu'on parviendra à reconnaître ces ulcérations scrofuleuses.
4, — §iyphilis du rectum.
Le chancre simple a été vu dans le rectum ; le chancre pliagédénique s'y développe assez facilement; la présence du chancre infectant n'est pas contestée, mais elle est tout à fait exceptionnelle.
Quant à la syphilis tertiaire, on a constaté quelquefois des ulcérations tertiaires d'emblée, parfois uniques, le plus souvent multiples et coïncidantalors avec d'autres manifestations syphilitiques dans d'autres organes. Les gommes ont été rencontrées dans l'épaisseur des parois rectales et autour du rectum. A. Fournier a décrit un néoplasme en plaque : îe syphilome ano-rectal. Dans ce cas la surface de l'intestin est inégale, mamelonnée par places, dégénérant en tissu fibreux, rétractile, et causant des rétrécissements. Ne s'agirait-il point là de lésions gommeuses à évolution particulière?
HyperJiémies, Hémorrhagies rectales.
La muqueuse congestionnée du rectum est hyperhémiée, rouge, avec des arborescences vasculaires ; les tissus renferment plus de sérosité ; si cet état d'érectilité vasculaire persiste, la congestion peut être l'origine de
APPAREIL DE LA DIGESTION
dilatations veineuses (hémoniioïdes) sous l'influence de causes variées, diathésiques, pathologiques ou médicamenteuses.
Les ectasies vasculaires veineuses constituant les hémoniioïdes seront décrites plus bas. (Voy. Veines.)
Rétrécissements et déplacements.
t. — Rétrécissements du rectum.
11 ne sera question que des rétrécissements proprement dits, car les rétrécissements congénitaux et ceux qui accompagnent diverses maladies ont déjà été décrits.
Pour qu'il y ait rétrécissement il faut une diminution du calibre de l'intestin avec épaississement de ses parois ou leur transformation fibreuse. Le siège habituel des rétrécissements est la moitié inférieure du rectum. Le plus souvent unique, la coarctation rectale est annulaire, quelquefois cependant elle a la forme d'un repli membraneux, d'un croissant ou d'une bride ; tantôt il y a un diaphragme avec un seul orifice, ou bien c'est un infundibulum, qui peut atteindre jusqu'à 9 centimètres. L'orifice a en général 2 ou 3 centimètres. Dans le cas célèbre de Talma l'orifice était presque nul.
Ordinairement, le rétrécissement est formé par un tissu dense, fibreux, grisâtre ou blanc bleuâtre, criant sous le scalpel, rappelant le tissu fibrocartilagineux; ce tissu existe au milieu des tuniques rectales. Au niveau du rétrécissement la couche musculaire est hypertrophiée. Au-dessus de la portion rétrécie, parfois à son niveau, il y a des végétations à éléments conjonctifs jeunes ; de plus et toujours au-dessus il y a une muqueuse ulcérée, qui disparaît même, et alors on trouve de jeunes éléments cellulaires. Il en est de même du tissu sous-muqueux ; entre les faisceaux (le fibres musculaires, on voit déjeunes éléments embryonnaires et quelquefois de petits abcès. Au-dessous du rétrécissement, tantôt la muqueuse est rouge, épaissie, boursouflée avec de fins bourgeons charnus, tantôt il existe de véritables ulcérations, qui peuvent se cicatriser au niveau de la partie rétrécie ; Malassez a signalé un tissu analogue à celui des bourgeons charnus, tandis qu'un peu plus bas on voit le tissu cicatriciel ordinaire.
Les complications des rétrécissements du rectum sont la rupture de l'intestin, la péritonite, les fistules multiples à trajets nombreux ; parfois des hémorrhagies surviennent dans les ulcérations des rétrécissements.
INTESTINS