Hyperhémies du Toie
Le foie est un des organes les plus exposés aux hyperhémies (ainsi que la rate), à cause du double système de capillaires dOnt il est pourvu. La tension arrive jusqu'aux radicules des veines sus-hépatiques dans la plupart des lésions du cœur et des poumons ; elle se produit dans les petits vaisseaux porte, à la suite des altérations de la circulation intestinale et des lésions emboliques des intestins, de la rate, etc.
Le foiehyperhémié peut être très-différent d'aspect suivant les individus et aux différents âges de la vie. Le foie normal do l'un serait pathologique pour un autre sujet.
La congestion ou l'hyperhémie active du foie n'est pas facile à retrouver sur le cadavre, mais celle qui est liée h une forte pression, à une tension
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exagérée du sang dans les veinules sus-hépatiques, quand il existe une maladie organique du cœur, est très-appréciable : le foie, dans ces cas, a été appelé foie muscade et foie cardiaque. Voici un exemple de cette disposition :
Homme, cinquante-neuf ans, succombant avec un rétrécissement et une insuffisance mitrales. Le foie congestionné pèse 1750 grammes, et il mesure ^9 cenlirnètres, dans non diamètre transversal. Il est de conformation régulière, mais agrandi dans sa totalité, la consistance est ferme. Le péritoine, lisse et tendu, présente, le long du lignment falciforme, de légères opacités, mais il n'y a point de péritonite récente. La couleur est rouge sombre, un peu bleuâtre et même violacée par places, avec des marbrures fines, des arborisations, des ramifications (l'un rouge foncé, entourées de parties plus claires.
A la coupe, il s'écoule du sang noir et fluide, les vaisseaux ont leur orifice béant. La surface de section offre une marbrure spéciale, et la distinction apparente, au summun, des deux substances du foie anciennement admises.
Il y a, en effet, dans les lobules, ou acini, une portion foncée centrale entourée d'un cercle plus clair d'un jaune rougeâtre, ressemblant un peu à la disposition de l'enveloppe de la noix muscade. Avec la loupe on constate très-nettement que les endroits foncés en couleur répondent au milieu des lobules, et que les parties claires sont au contraire péripliériques.
Au microscope, sur une coupe mince et à un faible grossissement, les détails de riiyperbémie sont encore plus précis, les radicules veineuses sus-hépatiques centrales sont très-dilatées, les veinules porte, périphériques, péri- ou interlobuiaires, ne sont point congestionnées au même degré, ni dilatées ou distentluespar !e sang. Il n'y a point d'ecchymoses appréciables. A un fort grossissement, je trouve les cellules du foie de volume normal et même un peu volumineuses, ayant de 10 à 15 ces cellules hépatiques, juxta-centrales, sont remplies de granulations jaunâtres et brunâtres, sans gouttelettes graisseuses, plusieurs offrent des grains de pigment brun. Les parois des veinules sus-hépaliques sont manifestement plus épaisses sur quelques points qu'cà l'état normal ; elles sont à la fois dilatées et épaissies dans leurs parois.
La rate est congestionnée pareillement, ainsi que la membrane muqueuse de l'estomac et du tube digestif.
Dans l'hyperhémie avec augmentation de volume du foie, la stase sanguine dans les radicules des veines sus-hépatiques est caractéristique, et l'état de non réplétion des radicules porte est des plus nets. Si l'on se rapporte à la distribution normale des vaisseaux du foie, les radicules de la veinule centrale sus-hépatique efférente occupant le tiers interne de l'acinus, les ramuscules périphériques des veinules porte remplissant le tiers externe environ, et enfin le tiers moyen étant plus spécialement irrigué parles dernières ramifications de l'artère hépatique, on voit que dans le
FOIE
foie muscade c'est le tiers interne, c'est-à-dire la zone sus-hépatique qui est dilatée. La ligure 83 montre bien cette disposition.
L'aspect du Ibie muscade, Muscatnussleber des auteurs allemands, est caractéristique de la congestion due aux dilatations sus-hépatiques, et en outre, comme la pigmentation est fréquente dans ces cas, de plus, que
FiG. 83. — Hyperliéiiiie du foie *.
une portion centrale et périphérique est souvent anémiée, la disposition de ces colorations est encore plus frappante. Mais il Huit bien savoir que dans le foie gras (voy. Stéatose du foie, page 31 l'aspect de noix muscade, c'est-à-dire ressemblant aux plis qui revêtent le fruit du muscadier avec son arille, ou encore avec l'aspect réticulé de la feuille de chêne sur sa face postérieure, l'aspect, dis-je, est toujours le même ; car, sur le foie gras, le centre de l'acinus est rouge foncé et le pourtour chargé de graisse est d'un jaune mat. Il faut donc distinguer anatomiquement ces deux états. ^
L'hyperhémie du foie ne s'accompagne pas constamment de l'augmentation de volume. Parfois il y a diminution avec induration de l'organe;
* FiG. 83. — Fragment injecté d'un foie hyperliémié. Les veinules sus-hépatiques forment un réseau dilaté de capillaires, au centre des lobules, et l'espace réservé aux cellules hépatiques est ainsi devenu plus étroit au voisinage de ces veinules centrales; cet espacé est plus étroit que le calibre des vaisseaux. U en résulte une atrophie partielle des cellules hépatiques (Frerichs).
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cette induration atrophique diffère de la cirrhose et de l'atrophie proprement dite. L'exemple suivant montre l'hyperhémie chronique du foie, mais accompagnée de diminution de volume.
Femme, soixante ans, succombant brusquement à im anévrysme de la crosse de l'aorte, cœur dilaté, hypertrophie du ventricule gauche. Le foie pèse 1420 gr. et il mesure 2G centimètres dans son diamètre transversal. Sa surface est un peu ridée, mais non mamelonnée, ni granulée ; sa consistance dure. La couleur est d'un rouge foncé, violacée. A la coupe, les vaisseaux sont gorgés de sang, et l'apparence des deux substance (foie muscade) est très-nette. A la loupe, on voit les veinules sus-hépatiques centrales bien fournies, la périphérie est claire et jaunâtre.
Au microscope, les cellules centrales des acini sont rares, petites, rétractées et pigmentées; sur plusieurs points elles ont presque disparu. Les cellules périphériques des acini paraissent à l'état normal ; quelques-unes sont un peu granuleuses.
Cet état d'hyperhémie avec diminution de volume a été fort étudié, et plusieurs auteurs y trouvent souvent un commencement de cirrhose, en admettant une production conjonctive intra et péri-lobulaire. Voici comment les choses se passent d'ordinaire : les veinules sus-hépatiques, dilatées d'une manière permanente au centre des acini, ou des lobules, occupent en réalité une partie de l'espace réservé aux cellules du tiers moyen : ces cellules, comprimées, sont moins volumineuses et puis se détruisent, aussi les vaisseaux remplacent les cellules, ou en d'autres termes occupent la place des cellules disparues. Virchow a décrit cette forme d'hyperhémie, sous le nom d'atrophie rouge, et Rindfleisch a suivi son exemple.
En fait, il y a atrophie, mais le phénomène dominant est l'hyperhémie, qui fait par compression disparaître les cellules. La figure 84 montre bien cette disposition.
La congestion avec diminution de volume (atrophie rouge), produisant le foie muscade pigmenté, n'offre point la dureté ordinaire, l'aspect granulé du loie cirrhotique; mais on trouve néanmoins les veinules centrales épaissies et un peu de tissu néo-conjonctif au centre des lobules; il en est de même à la périphérie lobulaire et le long de la capsule de Glisson. L'hyperhémie a produit à la longue un trouble de circulation avec altération de tissu ; il y a un léger degré de cirrhose, mais moindre que dans la sclérose interstitielle, où l'on remarque une multiplication des éléments lamineux de la charpente du foie, d'où les granulations des hépatites interstitielles sclérosiques.
La congestion hépatique est liée à un grand nombre de maladies et d'états particuliers de l'économie : les maladies virulentes, les empoison-
FOIE
nements la produisent, les fièvres et surtout les fièvres intermittentes prolongées, la lièvre jaune, la dysentérie, la goutte, la syphilis, le rhumatisme, le scorhut, etc., sont accompagnées de l'hyperhéniic du foie.
Frerichs fait remarquer expressément que la sécrétion biliaire ne paraît pas modifiée par la congestion, ni par la stase sanguine hépatiques ; il n a pu î'onslater que la sécrétion augmentât ni diminuât. Dans le principe, la nutrition des cellules du foie n'est point modifiée; plus tard on voit se déposer une certaine quantité de graisse dans les cellules, près des origines des veines
hépatiques. Décela, il me paraît résul- truae atrophie rougo *.
ter que les fonctions glycogénique et
de dédoublement du foie sont probablement plus atteintes que la fonction biliaire par une forte hyperhémie lobulaire.
•e. — llpniori'bagieN <lu foie.
Les hémorrhagies hépatiques se montrent tantôt sous la forme d'un piqueté rouge, constitué par de petits foyers distincts d'extravasation sanguine, tantôt sous l'apparence de collections volumineuses siégeant sous la capsule de Glisson, plus rarement dans le parenchyme. D'autres fois, les extravasations du sang donnent à une partie du foie l'apparence d'une bouillie noirâtre où on ne distingue plus le tissu normal. Les hémorrhagies piquetées accompagnent les maladies miasmatiques, les fièvres pernicieuses, le scorbut, etc. ; les attritions hépatiques, suites de contusions, produisent les collections noirâtres avec rupture et imbibition des tissus. Les ecchymoses sous-péritonéales du foie surviennent quelquefois dans les accouchements laborieux, et sont observables en même temps qu(; l'atélectasie pulmonaire chez les nouveau-nés.
Il a déjà été question des hémorrhagies dans le cancer ou épithéliome (page 309) ; on les trouve encore, dit-on, à la suite des piqûres de serpents, dans la fièvre jaune, etc.
" Fio. 8-i. — Atrophie rouge aiguë du foie, congestion et dilatation des veinules sus-hépatiques, a, veine centrale d'un lobule ou acinus ; cl, tissu conjonctif ou lamincux, intcrlobulaire, épaissi. Les cellules de la zone centrale de l'acinus sont en partie atrophiées. (E. Rindflcisch ).
APPAREIL DE LA DIGESTION
Déplacements du foie.
Il no doit êlre question- ici que des déplacements non congénitaux, ceux-ci devant être présentés ailleurs (voy. Vices de conformation du foie) , et ces déplacements sont à considérer sur le vivant et à l'amphithéâtre.
Le volume du foie sur le vivant n'est appréciable que par les rapports de l'organe perceptibles à travers la paroi thoraco-abdominale soit par l'inspection, soit surtout par la percussion ou la palpation. Or, la dilatation des viscères abdominaux et du bas-ventre refoule le foie en haut ; la pleurésie du côté droit avec épanchement abondant, et même Fhydro-péricarde abaissent le foie en bas et à droite. Le foie peut basculer sur son axe, le bord inférieur devenant antérieur. Les vêtements serrés, le corset, sur les inconvénients duquel Cruveilhier a insisté, étranglent le foie et peuvent étaler le lobe gauche en forme de corde à nœuds. La forme totale du foie peut aussi être cylindroïde.
Diverses maladies arrondissent les bords du foie, lui donnent des scissures ou un aspect lobé anormal (état gras, amyloïde, cirrhoses, syphilis, etc.). Les périhépatites, les péritonites soudent la capsule extérieure avec les intestins ou la rate. Le lobe droit, à la suite d'abcès guéris, de poches hydatiques vidées, s'amoindrit et disparaît presque.
Enfin, les tumeurs des organes voisins peuvent déplacer le foie, le couvrir et l'empêcher d'être perçu parles moyens d'exploration ordinaire. Parfois des tumeurs périph('riques des intestins, des épiploons surtout (voy. Péritoine), simulent sa présence, tandis qu'il est refoulé ou déplacé par ces mêmes tumeurs.
Plaies et ruptures du foie.
Les plaies du foie n'ont pas un très-grand intérêt pour l'anatomopathologiste. Les ruptures ont lieu par coup direct ou à la suite d'hyperhéraie considérable, de maladies générales avec modifications de tissu, .l'ai vu une rupture avec hémorrhagie mortelle, sans déchirure k la peau, à la suite d'une chute de quatre mètres de hauteur, le foie ayant porté sur le rebord d'une pièce de bois. Les fistules sont étudiées plus bas (voy. Vaisseaux biliaires).
FOIE
Parasites du foie; Bchinocoques et kystes hydatiques, Linguatules.
Les parasites les plus ordinaii-es du foie sont les Hydatides à Échinocoques, dont il a déjà été question (voy. page 2 12), et qui ne sont que l'un des premiers états, avec la forme dite scolex d'un ver cestoïde : Tœnia echinococcus, acquérant chez les carnassiers, tels que le chien et le loup, son développement ultime et des organes génitaux. Le Gysticerque du Ténia armé (voy. page 241), qui rend le porc ladre, est analogue à l'Échinocoque de la vésicule hydatique ; ces Ëchinocoques se développent dans des kystes spéciaux, et constituent une ladrerie particulière qu'on peut appeler : ladrerie hydatique humaine.
Le foie est le siège habituel des kystes à Ëchinocoques; on y trouve aussi des kystes dûs aux Linguatules, et enfin d'autres kystes sans parasites, qui seront étudiés avec les voies biliaires (voy. Dilatation et kystes des conduits biliaires). Des parasites exceptionnels, tels que des Ascarides et des Douves, se rencontrent presque exclusivement dans les voies biliaires.