‹ Nouveaux éléments d'histoire généralChapitre 120 sur 162 · A LA WJLN DV ONZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

A LA WJLN DV ONZIÈME SIÈCLE

lÊPOQUE DfiS CROISADES.

An 1095 à 1275 de Jésus-CbrisU

AOMB ST L'ALLisMAOïrc sout les pli issanccs dominantes de t*Oecident ; toutes deux se sont arrogé le droit de créer les rois, et la première prétend à celui de les déposer. La querelledes investitures , commencée entre Henri lY et Grégoire Yll, met l'Européen fteu.Les grands saisissent cette occasion de s*élever à i*indépendance ; l'anarchie règne dans les villes ; des armées de brigands ravagent les campagnes, et la malheureuse Germanie éprouve à la fois tous les maux de la tyrannie et de la licence.

X.A FRANCS commence à prendre une assiette un peu plus solide; la trêve de Dieu établie en 1041 par le clergé, faisant à de certains jours de la semaine déposer les armes aux fiers seigneurs, avait amorti Tespril guerrier, éteint les haines, empêché les vengeances. Le nombre des petits tyrans était aussi diminué. Le corps féodal renferme de grands vassaux en état de se faire craindre. Les ducê de Normandiey devenus redoutables depuis la conquête de TAngielerre , ont rendu tributaires les souverains mêmes de la Bretagne. VJquUaine a des ducs qui régnent sur ces vastes régions comprises entre la Loire et les Pyrénées, les Gévennes et TOcéan.

La plus grande partie du Languedoc obéit au comte de Toulouse.

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Les eomtes de Champagne possèdent la partie de la France qui porte le nom de cette province.

Les comtes de Flandre ajoutent à la possession de cette riche contrée l*honneur de recevoir l'hommage de plusieurs de leurs voisins.

Les ducs de Bourgogne, attachés au monarque par les liens ie$ phtê élroUs du sangy peuvent Taider de toutes les forces de ce premier duché du roydume. Le chef de ce corps de souverains domine depuis les rives de la Loire jusqu'à la Manche, et les droits attachés à sa dignité peuvent augmenter une puissance si considérable par ellemême. Enfin, pour être un roi respectable, il ne manque à Philippe I» que du génie et du courage; jouet de ses vassaux, esclave à la fois du plaisir et de la superstition, incapable de s'arracher à Tempire d'une femme qui le déshonore, et de repousser Pusurpalion des papes qiii le menacent , il languif dans une obscurité que partage la monarchie qu'il gouverne.

mm B8VAONE , deux rois continuent d'être la terreur des Mores. Sanche'Bamire,q\ï\ a joint la Navarre à l'Aragon, presse les infidèles dans les parties orientales, pendant qu'Alphonse de Gastille, guidé par les lumières, soutenu par le courage, animé par les vertus de l*immorte1 Rodrigue, surnommé le (Hd, leur enlève tous les Jours de nouvelles villes dans les provinces du midi.

En même temps , le nouveau comte de Portugal tourne ses conquêtes vers rOccideni, et sa valeur arbore le signe du christianisme sur les rives du Tage.

i.*Aaroi.BTBRRfi, réunie sous le farouche Guillaume, souffre de son avarice, s'affermit par sa prudence, montre des fers aux Gallois, présente déjà une marine qu'elle doit à ce prince; et , tandis que les particuliers gémissent sous un maître rigoureux, i*Etal se fortifie sous un chef habile.

&A MouAmm, accrue par les pertes de la Pologne, forme actuelle* ment une puissance remarquable, et sç range du côté de l'empereur, qui a donné à ses chefs le litre de roi.

LA HONGRis, plus faible, soutient les intérêts des pontifes qui ont couronné ses princes.

I.A POLOttitB n'est plus que l'image delà confusion, sous des ducs sans génie et sans pouvoir.

&A su±os ST LB BAMBBiAiLK sout eucore obscurs, et la Bussie est bien loin d'aspirer à quelque gloire.

&A FouiixB, LA ÇALABBB BT LA 8ICILB, réunics SOUS les bravcs Normands, se font respecter dans l'Europe, protègent l'Italie et sont Teffroi de l'empire grec.

l'bmvsbb obbg, sapé par toutes les causes qui détruisent un Etat, parvenu enfin sur les bords du précipice, semble ne plus attendre qu'une main qui l'y pousse, et s'il te soutient encore, ce n'est que par rextrême prudence et la finesse singulière de son empereur MexU Comnène»

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▼BVitB ST oAhss font les uniques puissances maritimes que montre rOccident. Maîtresses Tune et l'autre des mers, également actives et intelligentes dans un commerce immense, respectées toutes deux du chrétien et du musulman qu'elles servent en s'enrichissant, ces deux villes, rivales d'industrie et de pouvoir, commencent à se regarder avec un œil jaloux, et fomentent en secret le germe de ces querelles qui vont leur devenir si funestes.

v£ê CALIFBS de Bagdad, dépouillés entièrement de l*aatorilé du sceptre , n'ont plus que les vains honneurs de l'autel. Les Turcs ont fait une conquête ûx% de leur empire. Cinq trônes sont occupés en Asie par ces barbares : 1» celui de Perse, où domine un sultan^ depuis les montagnes de TArménie Jusqu'à rindus j 2» celui d'Antiocbe, qui possède-^ toute la Syrie ; 3» celui de Damas, qui possède la Palestine ; 4» celui de Cilicie, qui a eu en partage la Cilicicet les provinces adjacentes ; 5» celui de Nicée, où règne Soliman qui gouverne la Bithynie, et envoie des troupes qui portent la terreur au delà du Bosphore.

Les califes du Caire possèdent toujours l'Egypte ; mais ils voient avec effroi les Turcs, maîtres de la Judée, s'étendre jusqu'aux bords de risthme qui les sépare de l'Asie ; ils tremblent que ce peuple de conquérants, qui les regarde comme des hérétiques usurpateurs du sanctuaire, ne prenne le prétexte de la religion pour leur enlever un si riche apanage.

L'empire des Miramolim d'Afrique a eu le sort de tout Etat qui, fondé par la férocité, n'a pas été assuré par les lumières. Ils sont soumis aux rois de Maroc qui, maîtres des côtes de l'océan Atlantique, ont adopté le culte des Miramolins, en renversant leur trône. Ces princes , protecteurs des Sarrasins d'Espagne , passent souvent eo Europe, et les armées nombreuses qu'ils traînent après enx sont les plus grands obstacles que les rois de Gu$tille trouvent à une entière conquête.

Tel était l'état de notre hémisphère lorsque l'enthousiasme fit éclore un événement dont les siècles passés n'avaient point offert le modèle.

Tableau a faire. — Les explications seront écrites sur les deux colonnes latérales; au centre sera tracée la carte de l'ancien continent à cette époque.

CARACTtiis DU siÈCLB* — Réacliou de rOccident contre TOrient — Affranchissement des communes. — Renaissance du droit public.

ÉViNEMENTS.

PKAHGB. — 1119. Etablissement des communes par Louis VI. — 1113. Commencement de Id'Çuerre entre la France et l'Angpleterre. — 1159. Répudiation d'EIéonore de Guyenne. — 1180. Règne de Philippe- Auguste.

AWGLETBRRi:. — 1100. Henri I«r. — 1179. Conquête de I^Irlande par Henri II. — 1 189. Règne de Richard Cœur-de-Lion.

ALLBMAONs. — 1138. Maisou de Souabe, Conrad III, les Guelfes et les Gibelins. — 1153. Règne de Frédéric Barberousse. Grand interrègne, 115f-l173. — 1190. Henri YI et Constance.

BMviRB n'oRiEHT. — 1143. Règnc de Manuel Comnène.

svÈDE. -— 1157. Eric en Suède.

PORTUGAL.— 1139. Fondation du royaume de Portugal. - Alphonse Uenriquez.

iTAUB. — 1133. Renaissance du droit public. — 1129. Fondation du royaume de Sicile par Roger II. — Changement dans la constitution de Venise.

ASiB. — 1147. Deuxième croisade (voir le 11* siècle). --1149. Les Khowaresmiens en Perse.— 1171. Les Ayoubites en Egypte. — 1187. Saladin prend Jérusalem.— -1189. Troisième croisade.— 1191. Le Vieux de la Montagne. — Fondation des Hospitaliers à Jérusalem. — Cbevaliersde Malte. — 1113. Chevaliers du Temple. — 1118-1191. Chevaliers Teutoniques.

•iconiTBiiTBS. -- 1165. Oriflamme. — Egliie Notre-Dame de Parie,

DÉVELOPPEMENT

Vrance.

GOEBRE ENTRE LA FbANCE ET l'ÂNGLETERRB. — LOUÎS VI, dît

le Gros, fils de Philippe I®', et sacré du vivant de son père, esi un des meilleurs princes qui aient régné sur la France ; ses verlas et son courage rappellent plutôt Gharlemagne que l'indolent Philippe, et il montra à la fois les talents d'un grand capitaine , d*aa habile politique et les qualités d'un bon roi. Son règne vit naître deux événements qui devaient avoir la plus haute influence sur les destinées de la France : le commencement des guerres entre la France et l'Angleterre , et l'établissement des communes. La conduite qu'il tint en présence de deux faits de cette importance prouve autant en faveur de son esprit que de son cœur.

Henri P^ roi d'Angleterre, voyant avec peine la puissance nouvelle qu'acquérait Louis en domptant les grands vassaux révoltés» et craignant lui-même pour son duché de Normandie

qai relevait de la couronne de France, ne se contenta pas de favoriser les tentatives d*un fils de Bertrade , qui prétendait au trône, mais prit lui-même les armes et s*empara de la forteresse de Gisors, située sur les confins de la Normandie et de l'Ile-de- France, et restée neutre jusque-là. Tel fut le motif de la rup« ture entre les deux pays. La bataille de Brenneville, gagnée par les Anglais , procura cependant à Louis le Gras l'occasion de déployer son courage et d'obtenir une paix honorable. Le roi de France, redoutant à son tour la puissance d'un rival tel que le roi d'Angleterre, soutint les prétentions sur la Normandie de Guillaume Ciilon , auquel il donna le comté de Flandre, après avoir effrayé Henri V, empereur d'Allemagne, qui était entré dans la Champagne pour se venger de son excommunication, et dicté au monarque anglais les conditions d'un traité.

AFFRANCHISSEMENT DES COMMUNES. — Lorsquc Louis le Gros monta sur le trône, ce prince n*avait pour tout domaine que le duché de France et trente seigneuries environ. La royauté était faible et languissante , Taristocraiie entreprenante et forte. Louis résolut de rendre à la royauté sa dignité et sa puissance, d*abaisser Torgueil et les prétentions de la noblesse. Oihon le Grand avait voulu faire la môme chose en Allemagne , deux siècles auparavant; mais, par une fausse politique, il avait élevé Tordre du clergé aux dépens des vassaux. Plus tard , le clergé , devenu puissant par les empereurs, s*était tourné contre eux et rallié à leurs ennemis ; et à l'époque où nous sommes arrivés, Henri V était obligé de recomcnencer son œuvre. Louis le Gros, plus sage, s'en prit à la fois et à l'aristocratie et au sacerdoce , et résolut de les soumettre tous deux, en leur opposant un troisième ordre, le peuple, dont depuis longtemps il n'était plus question dans les aflOsiires de TEtat , et qui semblait à jamais disparu sous le triomphe de la féodalité. Pour arriver à son but, il n'eut qu'à «econder le grand mouvement qui s'opérait à cette époque, et bientôt les communes lui furent un puissant auxiliaire contre la fougue indépendante et les envahissements continuels des vassaux.

Quand la féodalité fut entièrement établie , que chacun fut à sa place , les villes alors commencèrent à acquérir quelque importance, à reprendre quelque activité. De nouveaux besoin se

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firent sentir aux possesseurs de fiefs , et de la nécessité de les satislaâre naquit un commeneemeiit de commeree et d'industrie. 1^ liabîtanu des TÎHes se livrèrent au travail et aeqoirent quelque aisance ; les habitants des campagnes , qui n'étaient pasattacliés à la glèbe , opprimés par des nobles avides et cruels , se réfugièrent an sem des villes pour trouver un peu de sécurité , et le droit d*asile que possédaient leurs églises y avait attiré des C0I0D& mal traités, des serfs poursuivis , même des gentilshommes proscrits. Mais ces villes, étant elles-mêmes soumises au régime féodal , se trouvaient sous la domination d'un seigneur qui exerçait des violences continuelles sur les réfugiés, de eriantes vexations sur les bourgeois commerçants. Des plaintes se firent bieaiôt entendre ; il restait encore au nom du roi une autorité qa*on invo<|ua , et le roi , bien aise de Toccasion , établit , d'abord dans les villes dépendantes de ses vassaux ecclésiastiques moins en état de résister , puis dans d'autres villes seigneuriales, des tribunaux pour réformer les jugements des seigneurs , et même juger sans eux certains cas particuliers , qu'on appela cas roifaux» Dépouillés ainsi de leur justice seigneuriale i les vassaux per* dirent de leur puissance, tandis que les bourgeois protégés s'eubardirent et réclamèrent leur indépendance. Quelques seigneurs cédèrent, et la leur vendirent pour ne pas être obligés de la leur donner plus tard ; la plupart refusèrent , et comme ils avaient eux-mêmes donné l'exemple de la résistance , les villes les imitèrent, et rin&urreclion éclata de toutes parts. La lutte fut longue, mêlée de succès et de revers, mais enfin le peuple l'emporta (car un peuple naissait enfin ) ; les seigneurs furent forcés de faire la paix , les traités furent les chartes , et les communes affranchies se constituèrent.

Louis le Gros, voyant le profit qu'il pouvait tirer do cet affranchissement communal , Tavait secondé de toutes ses forces. Le premier il avait accordé le droit de franchise à toutes les villes qui étaient sous sa dépendance , et avait , moyennant une certaine somme par tête , donné la liberté à tous les serfs de ses domaines. Il octroya de nombreuses chartes , ratifia celles que les communes obtenaient des vassaux; et, nous l'avons déjà dit, l'éta blisseiaent des juges royaux, qui dégoûta les seigneurs de rendre !a justice t pa^ce qu'alors ils étaient obligés de motiver et de

co.

soutenir leur sentence, tout en accroissant Tautorité royale» servit pourtant les intérêts des bourgeois et favorisa leur affranchissement. Peu à peu les seigneurs, qui avaient besoin d*argent pour se croiser , ou qui étaient revenus pauvres des croisades. Tendirent aux vassaux de leurs domaines le droit de bourgeoisie, aux serfs la liberté, et la civilisation commença avec les prérogatives que Louis avait accordées au peuple.

Constitution des communes. — Dans la guerre qu'ils aTaienl eue à soutenir contre les seigneurs, les boui^eois avaient été obligés de se gouverner eux-mêmes, et l'exercice de la souveraineté avait été pour eux une condition de résistance , un moyen de succès. Après leur victoire, ils continuèrent d'exercer des droits qui leur avaient valu la liberté, et chez elles, dans Fenceinte de leurs remparts , les villes furent souveraines. Les habitants des villes qui avaient juré la commune (et tous étaient obligés de le faire ou d'aller habiter ailleurs) se rassemblaient sur la place publique, au son de la cloche; là ils s'occupaient des affaires de la cité , réglaient les taxes et les impôts, déterminaient la milice qu'ils devaient fournir au roi et qui devait marcher sous la bannière du patron ; ils élisaient leurs magistrats , maires et échevins , qui , une fois l'assemblée dissoute , les gouvernaient à peu près arbitrairement , sans autre responsabilité que les élections ou les émeutes populaires.

Conséquencesdel'affrànchissementdes COMMUNES. — > 1® Cette constitution , tonte démocratique , semblait deVbir faire des communes des états indépendants, des républiques, et les soustraire à l'autorité royale qui avait protégé leur naissance , et qui prétendait être regardée comme leur suzeraine. C'est ce qui arriva en Italie, où les villes avaient toujours conservé une assez grande importance, où les Barbares n'avaient pas pris pied comme en France , où la municipalité avait toujours dominé la féodalité , où les communes n'eurent à lutter que contre des seigneurs voisins faibles, et des monarqueséloignés. En France, au contraire, la féodalité avait été puissante, avait tout envahi, tout absorbé, elle Tétait encore, elle n'avait cédé qu'avec peine, qu'avec répugnance , elle se tenait toujours prête à reprendre par la force ce que lui avait enlevé la force, à recouvrer ce qu'elle appelait sqs droits, à faire à la première occasion de

tigooreuses tenUiives contre ia liberté naissante des communes. Celles-ci, locales « isolées les unes des autres, sans aucun lien , sans aocun rapport , furent donc obligées de se tenir sous la sauvegarde du roi , de s*en faire un protecteur contre les seigneurs , parce que lui seul pouvait les défendre et assurer leur eiistence. Le midi des Gaules , qui se trouvait à peu près dans la même situation que Tltalie, où les villes avaient pris plus de développement et d'importance » où le système municipal avait conservé plus de vie et de régularité, essaya une tentative démocratique , et les communes voulurent se constituer en républiques indépendantes. Mais vint la croisade des Albigeois qui fut au fond la lutte de Tesprit républicain contre la féodalité; la féodalité l'emporta , et Simon de Monlfort ramena le midi de la France à Tuniié féodale. Dès lors, les communes du midi furent obligées, comme les autres, d'implorer la protection royale, et de cet état de choses sortit plus tard l'unité monarchique , premier effet de l'affranchissement des communes.

^ Cette protection que les communes réclamaient du roi, et que souvent le roi leur accordait, établit des relations, commença des rapports qui s'étendirent dans la suite et rapprochèrent peu à peu les bourgeois du gouvernement, dont pendant si longtemps ils avaient été éloignés. Dans peu nous allons les voir appelés à délibérer avec le clergé et la noblesse , et former bientôt une classe qui doit être d'un grand poids dans les affaires de l'Etat. Admission de la bourgeoisie dans le gouvernement général , deuxième effet de l'affranchissement des communes.

3^ Cette admission d'un ordre nouveau , jeune et énergique , avec deui ordres anciens, fiers , dédaigneux, et qui prétendaient s'arroger tout pouvoir, dut nécessairement amener des luttes fréquentes. Mais comme de ces trois classes, chacune forte par sa nature , et que la royauté d ailleurs avait soin de tenir en équilibre, aucune n'a pu vaincre ni dominer les autres, la lutte se prolongea ,il en est résulté un progrès ; puis un contact continuel les a rapprochées ; l'une a souvent demandé le secours de l'autre contre la troisième, toutes trois quelquefois se sont réunies contre la royauté, et malgré la diversité de situation et d'intérêts; il s'est formé entre elles une espèce de lien commun. Il est né un esprit général, une certaine communauté d'idées sur

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certains pointa , qui s*esl développée successivement, et qui h la longue a opéré In fusion et produit la nationalité. Done enfan* tement dans Favenir de la nationalité , troisième effet de Taffrancbissement des communes.

On voit que cVst de cet afTrancbissement qu'il faut dater Tèrc de la France moderne; c'est là qu*e|le a pris naissance; c'est là qu'étaient renfermés tous les germes des institutions qui devaient s'y développer.

Parlemeists. — Ce fut sous Louis Te Gros, au sacre de son fils , Louis le Jeune , que douze des plus grands vassaux de la couronne , séculiers et ecclésiastiques , qui devaient porter la main au diadème et poser la couronne sur la tète du roi , prirent le nom de pairs, pour désigner Tégalilé de leurs droits. Comme ces pairs composèrent une cour où l'on appelait des vexations des seigneurs , où l'on jugeait les querelles des vassaux , et que, dès 1154, nous voyons une cour des pairs à Moret, où les barons sassemblent pour juger les différends survenus entre Eudes, duc de Bourgogne , et Geoffroy, évéque de Langres , Ton a voulu retrouver là Torigine du Parlement, et fixer sa naissance à cette époque. Nous croyons qu'il faut remonter plus haut.

Sous la première race et sous les premiers rois de la seconde, les assemblées nationales ne se tenant qu'une fois l'année , les rois avaient besoin d'un conseil qui réglât les affaires quotidiennes du royaume. Le roi étant l'administrateur suprême de Injustice, c'était de l'avis de son conseil qu'il faisait les lois et rendait les arrêts; quand la féodalité se fut constituée et que les assemblées nationales eurent disparu , ce conseil resta avec les doubles fonctions d'administration et de justice. Mais ces doubles fonctions s'étendant avec l'autorité royale, il fallut les séparer, et la partie du conseil qui conserva l'administration de la justice , où Ton appelait des sentences seigneuriales , où Ton revisait les jugements des tribunaux des provinces , prit le nom de plaid on parlement. Comme le conseil primitif n'était composé que de seigneurs, ce furent aussi des seigneurs qui composèrent la nouvelle cour de justice , qui fut d'abord à la suite du roi , coffloe le conseil d'administration proprement dit. Mais plus tard , aprôs rétablissement des baillis , quand surtout la jurisprudence reparut ftQ ikirope avec le droit romain apporté de Constaoïinople

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^ répoqae des croisades , les nobles se dëgoûtèrent de leurs droits judiciaires, parce qu*on avait mis à ces droits une règle , an frein , parce qu'il fallait se livrer i Tétude pour les exercer, et dès lors les légistes les remplacèrent et entrèrent dans le parlement. Ce changement eut lieu sous Philippe le Bel. D'un autre cdté, Tadministration de la justice devenant de jour en jour plus compliquée à mesure que tombaient les droits féodaux et que croissait la royauté , ce parlement, d'abord ambulant, dut avoir 00 siège fixe , des séances réglées, et ainsi fut établi le parlement de Paris.

La cour des pairs n*avait nullement les mômes attributions que le parlement. Celui-ci s'occupait de toutes les affaires contentieuses; c'était un tribunal judiciaire suprême, une espèce de cour de cassation , conservant toutefois un reste de son origine première, discutant el revisant les lois qu'il était appelé à exécuter et à appliquer. L^autre n'était qu'un haut tribunal politique , jugeant ses égaux, c'est-à-dire les barons , sur l'ordre du roi , mais n'ayant pas une résidence fixe, permanente, et ne s'occopant nullement des affaires litigieuses qui survenaient entre les individus dans les classes inférieures.

La multiplication des intérêts particuliers, des contestations, obligèrent d'établir dans les provinces une cour de justice plus rapprochée des justiciables • et ce fut là l'origine des parle« ments de province. Le premier fut établi à Toulouse; il était d'abord dépendant de celui de Paris et il y avait droit d'appel , puis plus tard il jugea en dernier ressort. Cependant le parlement de Paris demeura toujours le plus puissant par son droit de remontrance et d'enregistrement des édits royaux , qu'il exerça jusqu'en 1788, el que ceux des provinces s'arrogèrent quelquefois, excités par des ministres qui, repoussés à Paris, leur demandaient secours. Mais ils ne tardèrent pas à se tourner contre ceux qui avaient bien voulu leur attribuer des droits qu'ils ne possédaient pas d'abord , et de là tous les désordres iKiscités par les prétentions des parlements.

En Espagne, les chrétiens, conduits aux Eiats-Générauxpar leurs prêtres , furent reçus parce qu'ils faisaient valoir les secours qu'ils donnaient au gouvernement contre les Mores.

En Angleterre , les barons et le peuple se coalisèrent contre

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les roîs, el les forcèrent , à main armée , à signer les chartes et les privilèges.

En Allemagne , la ligue des villes hansëatîques força les Etats- Généraux d'admettre à la diète de Tempire les jdéputés de ces mêmes villes puissantes par le commerce.

C'étaient la barbarie et l'ignorance qui avaient entretenu les peuples dans Tesclavage.

Ecole d'âbeilard a Paris. — liiS. Pendant que le-peuple reconquérait ainsi ses droits , la raison faisait aussi des efforts pour recouvrer les siens. Âbei^ard se mit à la léte du mouvement intellectuel contre l'usurpation de Vautorité, et prélendit que la raison avait le droit d'être quelque chose dans Phomme , d'intervenir dans ses opinions, même religieuses. Rosceiin et-Jean Erigène essayaient en même temps la même tentative f mais l'Eglise prit Talarme, et saint Bernard et saint Norbert, s'élevant avec force contre la nouvelle doctrine , firent condamner Âbeilard par les conciles de Sens et de Soissons, et le forcèrent à brûler lui-même ses livres sur la place publique. Cependant le principe était posé, et devait fructifier dans la suite. Une remarque à faire , c'est que les dialecticiens qui réclamaient le droit de la raison humaine, parlaient de l'affranchissement des communes comme du renversement de la société , et que les bourgeois qui combattaient avec passion pour la liberté , maudissaient les hérétiques et s'ameutaient contre eux. Dans le même siècle, Ârnauld de Brescia élève la voix contre le pouvoir temporel des papes, contre les biens de l'Eglise , et soutient que le clergé ne peut posséder des terres et des fiefs sans déroger àsoo caractère. 11 est brûlé par ordre d'Adrien lY. Angleterre.

BBimi ler , noi D^ARGLETERRB. — Troisième fils de Guiliaume le Conquérant y il usurpa la couronne sur son frère Robert qu'il tint prisonnier pendant vingt-liuit ans au cliâteau de Cardif; il succéda à Guillaume le Roux, son frère, abolit la loi du couvre-feu. rétablit les lois d'Edouard, abrogées par Guillaume le Conquérant, et donna une charte qui est la base des libertés de TAngleterre. Etienne de JSlois, petit-fils de Guillaume le Conquérant, lui succéda, et son règne fut troublé par les prétentions de Malhilde, fille de Henri I«^

COnQVÊTB SE L'IRLANDE PAR HENRI II. — AprèS la mOft

d'Etienne de Blois, âernier roi normand, Henri II, fils de Geoffroi Plantagenet el de Malhilde, monte sur letrOne et commence la lifi^ne

des Piantageneii. On voit sous ce prince la persécution et Passastinait de saint Thomas de Cantorbéry. qui refusait de se soumettre aux constUulions de Glarendon qu'il avait jurées : il 8*empara de Tlrlande en vertu d'une bulle du pape Adrien If^ y qui lui en donna l'investitore en 1155. Ce pays fut réuni à l'Angleterre.

L'Irlande était depuis longtemps gouvernée par des rois qui avaient partagé Vile en plusieurs royaumes. En 1169, les Anglais, sous le commandement de Slrongbow, comte de Pembroke, débarquèrent en Irlande. Trois ans après, Henri en personne opéra une descente dans nie pour en faire la conquête. Envahie par une armée puissante, et divisée, comme nous l'avons dit, entre plusieurs princes qui ne s'accordaient point, elle fut obligée de se soumettre aux Anglais. Le prince Jean , fils du roi d'Angleterre, fut le premier lord ou vice-roi de rirlande.

Henri II eut pour successeur Richard Cœur-de-Lton, qui passa toute sa vie à guerroyer; il se croisa avec Philippe-Auguste, prit et céda le royaume de Chypre, combattit vaillamment «Siti/àc/tn^ et, après avoir été prisonnier en Allemagne, alla mourir au siège de Chalus, près de Limoges.

Lbctube. — Ricliard Cœur-de-Lion, par Walier ScolU

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