SITUATION GIÉNÉRALE DE L'ITALIE
DHin côté la lutte des villes lombardes contre les empereurs, cVstà-dîr« de la démocralie contre le système féodal, la papauté se liguant avec les Guelfes contre les Gibelins dont elle redoute la puissanctf. Milan, les deux Frédéric, Innocent III , Grégoire IX, Alexandre III ; d*un autre côté , les querelles des podestats , d*une foule de petits tyrans qui se disputent les provinces septentrionales de Pltalie et ravagent ses plus belles contrées ; la prospérité commerciale des républiques mariiimes au milieu de leurs constantes rivalités el de leurs guerres sanglantes ; Venise dominant Gênes, Gênes dominant Venise et ruf nant Pise qui , si longtemps , lui disputa la mer ; Florence sortant de son obscurité, tour à tour guelfe et gibeline : tel est le spectacle que nous offre Tltalie au treizième siècle. Au milieu de ce trouble et de cette espèce de chaos, de fréquents changements s*opèrent dans les constitutions ; partout la démocratie se restreint , et le gouvernement tombe entre les mains des nobles. La puissance papale, après avoir atteint avec Innocent III son apogée, semble en décadence ; une réaction a lieu contre elle, et bientôt, si elle est encore inQuente, elle ■e sera plus terrible. Boniface Vlll va en être une preuve.
voMTiricAT Ds BON iFACB VIII. — QuerelU avec Philippe le Bel, Institution du jubilé.— Boniface monta sur le trône pontifical avec toutes les prétentions de Grégoire VII et d'Innocent III. Il soutenait que la puissance séculière n'était qu*une émanalion du pouvoir ecclésiastique. Il chercha à affermir sa puissance par des moyens violents , ne comprenant pas les progrès que les lumières, Popinion des peuples et Pautoriié des rois avaient faits depuis le commencement du treizième siècle. Il voulut établir un évêché à Pamiers sans l*autorisalion de Philippe le Bel, et défendit à celui-ci de lever des taxes sur le clergé, en lui déclarant que le roi de France était soumis au pape tant au temporel qu'au spirituel. Sa déclaration lui valut une lettre commençant ainsi : « Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français,
« à Bonifdce prétendu pape, peu ou point de salut. Que votre très* t grande fdfuilé sache que nous ne sommes soumis à personne pour « le temporel, etc. » Le prestige était évanoui, le mépris commençait ; on n'était pas loin de la raillerie ou de l'indifférence. La bulle d*excom^ raunicâtion qui survint , ausculta j filf, fut brûlée publiquemeot , et les Etals, assemblés par Philippe, se déclarèrent contre les prétentions de la papauté. Philippe en ayant appelé de la bulle au futur concile et aux papes futurs , fait faire son procès au pape. Boniface tombe entre les mains d*un Colonne, son ennemi, qui le soufflette, est livré aux Français , et, prisonnier , va mourir à Rome d'une fièvre frénétique. L'exemple du roi de France ne manqua pas d'imitateurs parmi les princes séculiers ; presque tous proclamèrent leur indépendance à regard du j[)OUvoir spirituel.
C'est à Boniface YllI qu'on doit rinstilution du jubilé , publié en 1500, avec indulgence plénière pour tous ceux qui viendraient à Rome visiter la basilique de Saint-Pierre et de $aiut*Paul. Une foule immense accourut alors de tous les pays de la chrétienté dans la capitale du monde chrétien, et y apporta son argent. Ce Jubilé, qui, selon la bulle de Boniface, In cœnâ Domini, ne devait se célébrer que tous les cent ans, fut réduit à cinquante par Clément Yl» à trente par Urbain YI, el à vingt*cinq par Paul II el Sixte lY.
Asie.
OEHois-XAN. — Au nord de la Chine habitaient des peuples pasteurs qu'on appelait Mongols ou Mogols, et que Ton confond presque toujours avec les Tarlares, Ils étaient sous la protection des kUans ou Kins, empereurs de la Chine appelée alors KcUax.
Dans le 13* siècle, ces Mongols %^ révoltèrent et trouvèrent en GengiS'Kan le défenseur le iilus intrépide de leur liberté. Ce prince portait au paravant le nomde Témugin, qu'il avait pris d'un roi <iu*il avait vaincu ; celui de Gengis-Kan lui fut donné par ses peuples , à cause de sa puissance et des conquêtes qu'il avait faites ; il signifie roi des rois.
Gengis-Kan s'empara de la partie septentrionale de la Chine , et donna à ses sujets un code civil et militaire; il tourna ses armes yers l'Occident et marcha contre son plus grand ennemi: c'était Mahotnmedy Tartarc indépendant, au midi du lac Aral, alors maître de la Syrie, de la Perse et de l'Arménie.
Gengis-Kan marchait à la tête de sept cent mille hommes; l'armée de sçn rival n'en comptait que quatre cent mille: une bataille sanglante se'livra dans les plaines qui avoisinent leJaxarle (Tartarie indépendante). Gengis-Kan fut vainqueur ; cette victoire le rendit mailre des pays situés entre la Syrie, à Touesl, et la mer de la Chine. C'est à Tonka (Tartarie indépendante) qu'on vint rendre hommage à ce roi des rois j plus de cinq cents ambassadeurs représentaient les peuples vaincus; et c'est là qu'un de ses fils lui fit présent de cent mille chevaux.
Gengis'Kan mourut en 1926 : ses Etals furent partagés entre ses quatre fils. Les Mongols de la Crimée , soumis par Catherine II, impératrice de Russie, descendaient ées sujets de Gengis-Kan.
lECTDBS. — L'Orphelin de la Chine, tragédie, par Voltaire,
LB8 MAMELVKA BW jÈèfrTPTB. — Mamcluk siguific escUive guerrier, nom donné à une milice qui se rendit très-puissanle en Egypte et finit par y usurper l'autorité souveraine qu'elle conserva longtemps.
Il y a eu deux dynasties de Mameluks en Egypte. Les premiers étaient des habitants du Kaptchak, qui, faits esclaves par les Mongols, furent vendus à des marchands de Syrie et menés en Egypte. Modje meddin, sultan ayoubite, les acheta, fit élever les enfants avec beaucoup de soin dans la ville de Raoudah , située au bord de la mer. ce qui leur valut le nom de Bahariles ou marins^ et ensuite il en composa sa garde. Quelques-uns d'entre eux parvinrent aux premières charges de Tempire, renversèrent du trône le sultan Almodan, dernier ayoubite, et sur le refus de Louis IX alors captif, et qu'ils voulaient mettre à sa place, élurent Ibegh, un des leurs, qui rendit la liberté au roi de France. Les Mameluks Bahantes possédèrent TEgypte durant 126 ans,jusqu*en 1882 quMs furent chassés par les Mameluks Circoêêienx ou Borgnes. Cfui-ci restèrent maîires du royaume ]usqu*à Sél/m /«'» qui fit pendre leur su'ian T^u^nan Bals, et réduisit l'Egypte en province de l'empire turc en 1517.
LB8 MOB60L8 A LA CHiRB. — 1280. Les Mongols, couduits par Octaî y s'emparèrent de toute la Chine. Ce prince avait été ministre des finances sous Gengis-Kan, et onze mois après sa mort il s'était fait proclamer grand-kan. Il commença la vingtième dynastie des empereurs chinois qui se maintint jusqu'au 14« siècle.
LES oTTOMAMs BABS L*ANATOLiB. — Les Seljoucfdes avaient pris à leur solde des peuples du Turkeatan dont une milice particulière s*était établie au nord de l*Asie Mineure, et avait pour capitale Brusa ou Prusa,
A rapproche de Gengis-Kan , ils s'étaient dispersés; un de leurs émirs ou chefs descendit dans l'Asie Mineure « et fonda un Etat qui fxiste encore, et qui renferme une partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique.
Cest à'^Oaman ou ù'Olhman que descendent les Turcs d'aujourd'hui. Son fils Orkan agrandit ses Etats et conquit même une partie de la Thrace. Amurat /«' fit d'Andrinople le siège de son empire , et créa les janissaires , qui étaient les meilleures troupes de la Turquie, et que Mahatnoud 11 a détruits»
S90 14* 81ÈCLB.
«4|a SIÈCLE.
GAaAcxtRB. — Perfectionnement de la natîonalilé. — Importance que commence à prendre le peuple dans tes affaires ; esprit d*émancipation et de liberté manifesté par des réToUes ou des associations. -— Continuation de la décadence de la papauté.
ÉYÉN£BIENTS.
m ANGE. — 1309. Première convocation des Etals Généraux. —
1307. Abolition des Templiers. — 1328. Prétentions d'Edouard sur
la France. — Philippe de Valois. — 1350. Jean IL — 1356. Bataille
de Poitiers. — 1363. Seconde maison de Bourgogne. — 1357. £iats
Généraux. — 1358. La Jacquerie. — 1364. Charles V le iiage. — -
1366. Les grandes Compagnies.
AHGLETEKKB. — 1307. Règncs d*Edouard II et d*£douard III >-
1399. Avènement de la rose Rouge ou des Lancastres, sous Henri IV. ALLEUAGNS. — 1356. La bulIc d'Or sous Tempereur Charles IV. ssPAGifB. — 1350. Pierre le Cruel, roideCastille. — 1347. Pierre le
Cruel, roi d*Aragon.
VOI.OGNB. — 1386. Les JagellODS en Pologne; établissement du
christianisme.
ITALIE. — • 1312. Règne de Jeanne l'«. — 1347. Rlenzî, tribun de
Rome.
VOKTVGAL. — 1279-1325. Communes. —1357. Pierre le Justicier.
— Inès de Castro. — 1385. Maison d'Avis, sous Jean IL ftvissB. — 1308. Confédération helvétique. BC088B. — 1370. Les Sluarts sur le trône d*£cosse. — 1595. Edouard
Baillol et David Bruce.
£tat8 ou nom». — 1397. Union de Calmar ; Marguerite de Val-
demar.
ASIE. — 1310. Les chevaliers de Saint -Jean à Rhodt's. — 1356.
Tamerlan. — 1360. Etablissement des Turcs en Europe. éoLiss. ^ 1313. Pontificat de Clément VI. — 1378. Grand schisme
d'Occident.
DtcovvEATES. — 1306. Découvertc de la boussole. — Papier
de linge. — 1321. Usage de la poudre à tirer. — 4330. Notes de
musique. — 1338. Armes à feu. — 1346. Canons. — 1360. Art
de tirer les métaux. — 1360. Eau-de-vie. — 1560. Epingles.
— • 1370. la Bastille. — 1372. Usage des bombes. — 1380. Caries
à jouer.
COUP d'oeil sur LB quatorzième SIÈCLE.
Ce siècle est Texpression du premier mouvement politique qui s'opère dans les Etats; il y a eu de grands essais d*organi«ation tentés
€D Europe, mais iU échouèrent tous. La société ii*était pas assez avancée pour se prêter h l'unité; tout était encore trop local, trop spécial, trop droit, dit M. Guizot, trop divers dans les existences et les esprits. Il n*y avait ni intérêts généraux, ni opinions capables de dominer les intérêts et les opinions pariiculières. Les esprits les plus hardis n'avalent aucune idée d'administration , ni de justice vraiment publiques. Il fallait évidemment qu'une civilisation très-aclive, très-forte, vint d*abord mêler, assimiler, broyer, pour ainsi dire , ensemble tous les éléments incohérents; il fallait qu'il se fit d'abord une puissante centralisation des intérêts, des lois , des mœurs, des idées ; il fallait, en un mot , qu'il se créât un pouvoir public et une opinion publique. Les siècles suivants devaient continuer ce grand travail.
AGRICULTURE , inDUSTRIE.
L'Angleterre commençait à sentir Tnnportance de ^agriculture; elle s*apptiqiia à perfectionner ses belles laines; ce pays avait déjà de si beaux troupeaux, qu'Edouard III (l'?77) en envoya un à Alphonse, roi de Caslille, comme un riche présent; les mérinos d'Espagne datent de cette époque.
La chimie avait trouvé la manière de décomposer les chiffons en une espèce de bouillie, avec laquelle on pouvait fabriquer du papier; un nommé Pax^ de Padoue (1301), appela la mécanique à son secours, pour établir dans cette ville une manufacture de papier, montée en grand.
Jean^ Kemp porta le premier, en Angleterre, Tart de fabriquer les draps fins (1326-1327), et de cette époque date aussi la naissance des armes à feu.
La haute mécanique inspirant Valcy-Fort, abbé de Saint-Alban, dans ce même pays , il construisit une horloge sur les bases fixes et positives du calcul et des mathématiques; mais ce fut en France que fut oITerte en 1380, à Charles V, la première montre ou pendule de poche, L'Angleterre acquérait de nouvelles richesses en industrie ; les toiles ne se fabriquaient alors que dans le Brabant ; mais en 1356 des tisserands étant venus s'établir à York, et plus tard (1386), une compagnie s'étant formée à Londres pour la fabrication des toiles des PaxS'BaSj ce travail resta depuis naturalisé en Angleterre.
L'Angleterre commençait à battre monnaie (131 4). Les villes hanséatiques étaient le centre où se réunissaient tous les courtiers des divers produits de la Flandre; Venise était aussi un comptoir célèbre, et cette ville, qui seule avait le droit de commercer en Egypte et en Syrie, était alors la plus riche d'Europe (1345), rivale de Florence. ■ Sa fortune était plus solide, parce qu'elle ne la devait pas à la circu* lation des billets de crédit.
C'est de cette même époque, en 1345, que daterétablissement de la banque de Gènes; toutes les autres vinrent beaucoup plus tard. Tel était enfin le mouvement commercial de cette époque, que les Chinois
89^ lâ«* SIÈCLE.
cui-mémes sortaient de chez eux et portaient les productions de leur industrie Jusque dans le golfe Persique et dans la mer Rouge.
La chimie tourne ses applications yers les arts utiles. La première fonderie de canons a lieu en Angleterre (1327) et en France (1558) ; cependant les effets de la poudre étaientbien connus antérieurement ; il en fut de cette découverte comme de celle de la boussole; il serait difficile d'indiquer le premier inventeur de la boussole, et le temps précis où a été faite cette précieuse découverte. Il paraît qu^en Chine elle était connue antérieurement au 14» siècle, mais qu*elle ne consistait qu'en une pierre d'aimant suspendue sur Teau, au moyen d'un liège. Quoi qu*il en soit, on a des preuves incontestables qu'en Europe les marins provençaux faisaient usage de cet instrument dans leur navigation. Cependant le perfectionnement de la boussole est dû à un citoyen d'Amalfi, nommé Flavio Gioja ; il en divisa le cercle en trente-deux parties par rapport aux trente-deux vents, et fixant l'aiguille aimantée sur le pivot, il la préserva des déviations occasionnées par les secousses de la mer.
La boussole contribua aux progrès étonnants de la navigation et du commerce des Européens à la fin du 15« siècle. Dans celui-ci, on prévoit déjà les changements importants qui vont naître de la décou* verte de cet instrument ; la navigation est encore bornée à la mer Méditerranée , à la Baltique et aux côtes de l'Océan ; mais déjà on essaye de longer les côtes d'Afrique.
Les peuples de l'Europe , à cette époque, étaient accablés sous des fléaux ; des nuées de sauterelles et plusieurs années de mauvaises récoltes avaient produit une famine épouvantable à laquelle succéda une peste apportée, disait-on, de l'Orient en Italie par des vaisseau^ génois; plus d^un million de pèlecJns s'étaient rendus celte année j^ Rome, pour y recevoir des absolutions à l'occasion du jubilé papal. Un grand nombre moufut sur le retour, et ce terrible fléau fut apporté dans toute l'Europe par les survivants, et enleva deux cinquièmes de sa population. Pour remédier à ces malheurs, des fanatiques insti^ tuèrent l'ordre des Flagellants, qui parcouraient V Allemagne et la France^ et vinrent inviter le pape Clément, à Avignon, de se joindre à cet acte méritoire; le pape npn -seulement refusa, mais il en fit brûler plusieurs. On accusa les Juifs d'avoir empoisonné les sources et d'avoir ainsi causé la peste. La protection du pape et de quelques rois ne put les sauver tous; les préjugés à cette époquQ étaient plus forts que la puissance temporelle et spirituelle.
DÉVELOPPEMENT
Vrance.
Philippe lil , le Hardi (iâ70-iS85) , qui avait accompagne son père au siège de Tunis , lui avait succédé ; son règne sert de complément à celui de son prédécesseur et forme la transition à une nouvelle période. On v voit le développement de la
14* 8IÊCLE. S9»
puissance royale pour la réunion dëdnilive da comté de Tou-* loQse (iStli) ei la punition d'une tentative de révolte de la part du comte de Foix (1272). On y trouve aussi le premier exemple d'une charte d'anoblissement en faveur d'un roturier ; mais eu même temps une ordonnance déclarait que les nobles seuls avaient droit à la chevalerie.
Philippe lc Bel ouvrit un des siècles les plus féconds en transformations sociales, et lui-même fut une nouveauté; il connut la raison d'Etat et commença la conversion du vassal en sujet. Son gouvernement est le premier organisé depuis les Romains , et il donna naissance à Tesprit de la monarchie absolue.
L'unique pensée de ce gouvernement était l'argent , parce que Philippe sentait que c'était par l'argent seul qu'il pouvait atteindre son but , en épuisant les autres et en se fortifiant lui-même* Aussi tous les actes de son règne tendent-ils à s'en procurer : l'expulsion des Juifs, l'abolition des Templiers, la convocation des Etats , l'altération des monnaies , et même l'établissement du parlement sédentaire. L'avidité de l'or donna naissance i ValcMmie. C'est au charbon qu'on demanda d'abord des richesses ; ensuite au diable» puis à l'homme^ c'est-à-dire au Lombard et au Juif qui avaient alors le monopole du commerce. Ceux-ci prêtaient à un taux exorbitant , et exigeaient pour gpge le corps de l'emprunteur. Le règne de Philippe le Bel peut se résumer en deux mots : confiscation , exaction.
Les règnes des trois frères de Philippe le Bel sont remplis par des embarras financiers qui donnèrent lieu à de fréquentes convocations des Etats Généraux. Sous Louis X le Hutin , Ënguerrand de Marigny , surintendant des finances , fut pendu ^ condamné par une commission de barons. Ainsi la justice semble reculer et être moins avancée que dans les Etablissements de saint Louis. Les serfs. furent aussi affranchis dans tous ses domaines, moyennant certaine somme par tète, et cet acte devint le signal de l'émancipation de la masse du peuple. LicTURK. -- Histoire de France^ par Michelet.— Capefigue.
Abolition de l'ordre des Templiers. -— L'ordre des Templiers avait été établi à Jérusalem en 1 d 18 , par plusieurs gentilshommes français qui firent vœu de chasteté et d'obéissance entre les maias du patriarche j et promirent d'employer leurs hiens et
894 t4* SIÈCLE.
lenr vie au fiervice et à la défense de la Terre-Sainte. Le roi Baudouin II leur assigna nn logement dans le Temple , d'où ils forent appelés Templiers. Ils firent de belles actions sous les rois de Jérusalem , et acquirent de grandes richesses dans tous les royaumes de l'Europe ; mais ces grands biens les perdirent. Bientôt , Torgueil > la fierté , Tindépendance , Tesprit du monde , le luxe et les plaisirs de la table eurent infecté tout Tordre. On les accusa , sous le règne de Philippe le Bel , des crimes les plus atroces, des excès les plus épouvantables , et ils furent tous arrêtés en un seul jour par tout le royaume; ce fut un ordre secret qui fut exécuté le i5 octobre 1307. Au premier interrogatoire qu'on fit subir aux cent quarante chevaliers , il n'y en eut que trois qui nièrent absolument les crimes qu'on leur imputait ; mais on ajoute , pour infirmer ces aveux , qu'ils ont été extorqués par la violence» et que la plus grande partie des chevaliers révoquèrent leurs confessions, et soutinrent qu'on les leur avait arrachées à force de tourments. Quoi qu'il en soitf cinquante-neuf, parmi lesquels il y avait un aumônier du roi , furent livrés en France au bras séculier. On les conduisit hors de la porte Saint-Antoine , dans un champ voisin de l'abbaye du même nom , où ils furent brûlés vifs et à petit feu, en 1509. On leur avait promis la vie s'ils avouaient. La plupart , pour échapper aux tortures inouïes qu'ils enduraient , avouèrent tout ce qu'on voulut; mais on les avait trompés, et tous périrent. Il y en eut neuf à Senlis et un grand nombre en différents endroits de la France, qui souffrirent ce cruel tourment avec fermeté. Enfin, le 22 mars 1512, le pape ClémentY, dans on concile tenu à Vienne , donna une bulle qui cassait , supprimait et annulait l'ordre militaire du Temple, et cet ordre demeura pour toujours proscrit et aboli.
Le 48 mars de Tan 1314, Jacques deMolay, grand maître de Tordre, fut brûlé sur la place Dauphine , avec Gui , dauphin d'Auvergne et commandeur d'Aquitaine; ils citèrent, dit-on, le roi et le pape au tribunal de Dieu, Philippe IV dans Tannée, et Clément V dans quarante jours. Ils moururent Tun et Taulre à Tépoque fixée par cet ajournement.
^ On dii>posa ensuite de leurs biens en faveur des chevaliers de Saint' Jean, dévoués à la défense des saints lieux, et qui venaient
i4* SIÈCLE. SOS
de donner de nouvelles preuves de leur zèle par la conquête de Tiie de Rhodes. Cet ordre semble vouloir se reproduire aujourd'hui ; mais» comme tant d'autres» il s'éteindra insensiblement.
Lecture. ^ La tragédie des Templiers^ par M. Raynouard.
Prehièbb convocation Des Etats Généraux. — La première convocation des Etats Généraux eut lieu en 1502, sous Philippe le Bel. Ils s'assemblèrent le 28 mars dans Téglise de Notre-- Dame, à Paris. On avait élevé dans cette église un trône pour le roi ; il avait près de lui le comte d'Evreux,son frère, le comte d*Artois, son cousin, les ducs de Bourgogne , de Bretagne, de Lorraine, les comtes de Hainaut, de Hollande, de Luxembourg, deSaint-PoK de Dreux, etc. Les évéques étaient très-peu nombreux. Les députés du peuple occupaient en grand nombre un ûes côtés de l'église ; ils présentèrent à genoux une supplique au roi. Les premiers Etats furent clos le 10 avril, mais les affaires restèrent dans la même situation. On les assembla de nouveau le 23 juin 1503 à Paris, puis en 1308 à Tours, et de nouveau le 29 juin 1314, afin d'obtenir de la nation des subsides. Gette fois rassemblée se tint dans la cour du palais où Ton avait élevé une estrade très-étendue. Le prévôt des marchands de Paris promit une aide de la part de sa ville , et son exemple fut suivi par les députés des autres villes ; mais la plupart de ces assemblées nationales tournèrent beaucoup plus souvent au profit du pouvoir qu*à Tavantage des citoyens, car leur rôle se réduisit fréquemment à voter des subsides et rien de plus. Il y eut jusqu'à Louis XVI 33 tenues d'Etats Généraux.
a sous Philippe le Bel. — 2 sous Philippe le Long. — 2 sous Philippe VL — 5 sous Jean IL — 1 sous Charles V. — 5sous Charles VI. — Osons Charles Vil. — 2sous LouisXl. -- 2 sous Louis XIL — 3 sous François II et Henri III. — 2 sous Louis Xill et Louis XVI. -- Toul 33.
DÉVELOPPEMENT
Le roi, placé dans une position difficile, et par les exigence» de Boniface VIII et par les Flamands, et surtout par le besoin d'argent, se décida à réunir les députés des trois ordres de la nation.
JnsquUci nous avons vu le peuple d'abord serfet vilain, soumis à un seigneur sans aucun droit civil ni politique • puis s'éman*
506 14* S1ÈCL£.
cipant en membre de la commune, et recouvrant avec la liberté les droits du citoyen. Maintenant son importance s'est accrue ; il s'est rendu nécessaire aux rois, et nous allons le voir se mêler aa gouvernement de TËtat dont jusqu'alors il avait été constamment éloigné, et exercer enfin quelques droits politiques. Pour la première fois» depuis les premiers rois de la seconde race, il apparaît dans une assemblée de la nation, et, sous le nom de Tiers Etat, se trouve appelé à former un troisième ordre qu'on ne connaissait pas encore, et qui un jour dominera les autres.
Déjà dans la lettre qu'il écrit au pape, il se montre plus éclairé que la noblesse, plus ferme que le clergé, et soutient dignement les droits du trône et les libertés de la nation envers le pouvoir spirituel. Cependant son rôle est encore humble , de peu d'importance» et se réduit au vote des impôts et au droit de pétition , c'est-à-dire d'adresser au roi des doléances qui sont rarement écoutées. Il est encore obligé de s'attacher au trône , sou abri naturel contre les deux autres ordres qui le jalousent et ne manqueraient pas l'occasion de le soumettre, ou du moins de lui ôter son influence*
Quant à l'influence générale des Etats Généraux, elle fut plus indirecte que directe, moins dans le présent que dans l'avenir. Sans rien de fixe ni de régulier, c ils furent, dit M. Guizot, un pis-aller politique pour le peuple comme pour les rois ; pis-aller pour les rois quand ils n'avaient pas d'argent ; pour le peuple quand le mal était devenu si grand qu'on ne savait plus quel remède y appliquer. > Lorsque la royauté se fut organisée , fut devenue assez forte pour dominer les trois ordres, on bien elle se passa des Etats Généraux, ou si un moment de crise la forçait à les convoquer, elle eut toujours soin de les tenir en laisse ; si la nécessité exigeait quelques concessions, ces concessions ne furent que momentanées, et bientôt elle reprit le dessus et recouvra tout ce qu'elle avait perdu. Aussi voyons-nous ces assemblées , le plus souvent insignifiantes , devenir quelquefois terribles; mais leur domination n'est que passagère, leur colère s'éteint avec la crise qui les a enhardies, et aucune de ces mesures qui ont agi sur la société, aucune réforme vraiment importante n'est émanée de leur sein. Elles n'ont eu réellement qu'un effet moral ; elles ont été une protestation contre la servitude politique,
14** blÉCLE. JIU9
la proehniatiou de certains principes qui defaiont plus lard être, appliqués, passer dans les faits et valoir au peuple français sa libmé et l'exercice de sa souveraineté.
Les Etats Généraux ne furent jamais convoqués régulièrement ; tenus plusieurs (bis sous un règne, plusieurs autres règnes se passaient sans qu'ils le fussent de nouveau ; le caprice ou le besoin des rois en décidait. Cependant leur existence , bien ou mal assurée, se perpétue jusqu'à LouisXlII (1614). Cea'est que deux cents ans après qu'ils reparaissent avec un édat inouï. Alors le Tiers Etat, tout-puissant, a la haute main^ il^détruit la puissance politique de ses anciens adversaires , et domine à son tour la noblesse et la royauté.
La dernière assemblée des Etats Généraux s'ouvrit à Ver-* sailles le 5 mai 1789, après une interruption de 175 ans. Elle se composa de 1214 membres, et formait la réunion nationale la plus nombreuse et la plus imposante qu'on ait vue jusque-là ; il y avait 508 ecclésiastiques, 285 députés de la noblesse et 621 députés du tiers état. —* Le 17 , les membres du tiers état, après avoir vérifié les pouvoirs de toutes les députations , < se c déclarent la seule réunion légitime , et se constituent imméc diatement en activité sous le nom d'Assemblée nationale, » Il ne faut pas se le dissimuler cependant, les Etats Généraux ont eu la vertu de maintenir dans les esprits les droits à la li* berté, mais ils ne sont jamais entrés dans l'organisation politique ; ils n'ont jamais atteint te but pour lequel ils avaient été formés : la fusion en un seul corps des sociétés diverses qui se partageaient le pays.
Lecture. ^ Histoire des Etats Généraux , par Charles Naudel.
Philippe VI de Valois. — Charles IV étant mort sans enfants, Irtrône appartenait de droit à Philippe de Valois , son parent ; mais Edouard III , roi d'Angleterre , prétendait à la couronne comme fils d'Isabelle, sœur du dernier roi. Les Etats annulèrent ses prétentions en vertu de la loi salique interprétée pour la première fois à l'avènement de Philippe le Long par les Etats, qui déclarèrent qu*au royaume de France femme ne succède pas, malgré les maximes du droit féodal, d'après lequel presque tous les grands fiefs tombaient de lance en quenouille^ et Philippe de Valois fut reconnn roi en 4528. — D'heureux événements
99â 44* SIÈCLE.
signatèrent le commencement de ce règne. Le monarque, qui protège ^e comte Louis, combattes Flamands en personne, et les force à tomber aux genoux de leur souverain , après les avoir vaincus à Cassel. Mais Robert d'Artois ayant perdu au tribunal de Philippe un procès contre la duchesse de Bourgogne, ce prince invile l'Angleterre à seconder sa vengeance; le Fhmsiné Ârtevélde, dont le crédit est sans bornes dans sa r ' ie, montre à Edouard III ses compatriotes prêts à soutenir ses prétentions.
Lecture. — V Histoire de Belgique racontée aux enfanta, par A. Ferrier (!)•
Bientôt la guerre éclate entre la France et TÂnglelerre ; la marine anglaise triomphe à la journée de VEcluse; Edouard entre en France, s'avance sans obstacle jusqu'à Paris; repoussé par l'armée française, il passe la Somme; mais la malheureuse bataille de Crécy , en J346, fait perdre à la France environ trente mille hommes. Il paraît que ce fut à cette bataille que pour la première fois les Anglais firent usage de Tarlillerie.
Le siège de Calais suit cette bataille (1547) ; les assiégés, commandés par Jean de Vienne, se défendent pendant onze mois ; réduits à Textrémité , ils demandent à capituler ; c'est alors qu'eut lieu l'admirable dévouement d'Eusiache de Saint-Pierre et de quatre de ses parents. Us allaient être décapités, lorsque la reine Philippine se jette aux pieds d'Edouard III et désarme sa colère. Pendant que l'heureux Edouard cueillait des lauriers dans les champs de Crécy , Philippine de Flandre en avait fait une ample moisson dans l'Ecosse , où elle avait gagné une grande bataille, et elle arrivait en ce moment pour épargnera son mari une cruelle action. Enfin une trêve de trois ans est conclue. Cependant la France éprouva des malheurs intérieurs ; les impôts se multiplient et le tribut qui se lève sur l'eau et le sel est ima- {^iné par Philippe. Les droits de la couronne et de l'Etat , défendus avec fermeté par Cugnière contre les usurpateurs du clergé , sont trahis par un roi ou timide ou superstitieux. Cependant, la couronne acquit, sous ce règne, le Dauphiné, qu'Humbert aux blanches mains donna au roi , à condition qu'il deviendrait l'apanage du fils aine des rois de France, qui porterait le
(I) Bruxelles, Hauman et C«. 1 volume in-i8.
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Bom de Dauphin. Jean II , le Bon , plas faible que son père , augmenta encore les maux de sa patrie. Des coups d^autorité frappés imprudemment sur le comte d'Eu , et sur Charles d'Évreax, roi de Navarre , les deux premières têtes de TEtat, lui aliènent le cœur de la noblesse , et les révoltes continuelles qo*OGcasionnent ces rigueurs achèvent de bouleverser la France. Le prince de Galles , digne fils d'Edouard III , et son rival de gloire 9 poursuit les succès de TAngleterre. Jean marche contre loi à la tête de 80,000 hommes et rencontre à Poitiers ce prince qui n*en a que 8,000. Là se livre la fameuse bataille où les Anglais, se servant de toutes les ressources du génie, renversent avec une poignée de soldats Tarmée française à Maupertuis près de Poitiers. Le prince Noir fait le roi de France prisonnier , remmène à Bordeaux » et de là à Londres. La première noblesse de France périt dans cette bataille.
Lbctuiib. — La tragédie du Siège de Calais, par Dubellqy. — Les chroniqueurs, Froissart, par M. Lévi.
hk Jacquerie. — Pendant la captivité du roi , de violents troubles s'élèvent en France. Charles le Mauvais , sorti de pri< son, se met à la tête des révoltés : Etienne Marcel , prévôt des marchands, et Robert Lecocq , évéque de Laon , le secondent et entreprennent de le nommer roi. Charles de Navarre assiégeait Paris 9 qu*on se disposait à lui livrer. Jean Maillard , capitaine des gardes , sauve la ville en immolant Marcel. Le Dauphin y rentre en triomphe. Pendant que Paris était ainsi agité , les provinces étaient ravagées par hs Jacques (nom de mépris que l'on donnait aux paysans) qui brûlaient les châteaux. Le malheureux traité de Bréligny et le retour du roi ramenèrent un peu de ralmp dans le rnvaiime.
Considérée politiquement, la laegtitfrte fut un mouvement national contre Tinvasion anglaise, et un des premiers effets de Taffranchissement des serfs sous Louis le Iluiin; elle apprit aux paysans qu'ils pouvaient se battre aussi bien que les seigneurs, etleurdonna la conscience de leur force. Lez compagnies fs-anches que Doguesclin mena en Castille et contre les Anglais , étaient toutes composées de ;acçue« ou paysans réunis spontanément en , ce pays. De là datent nos armées nationales; car après les déi^as* I très de Crécy, Poitiers et Azincourt, il ne resta plus de nobles
pour défendre la patrie. C'est après tes désastres qu'il faut placer rextinciîon dé la première aristocratie et rappariiion d'ane nou- ▼elle noblesse t de même que la seconde noblesse franque 6*élait montrée après la bataille de Fontenay.
Lectithb. — Les guerres civiles^ dans les Esquisses hisforiquet de Tauteur.
Charles V, le Sage. — Jean mourut à Londres où il était allé remplacer son fils, le duc d*Ânjou , otage fugitif d Edouard, Charles V, qui avait gouverné le royaume pendant la captivité de son père , rendit le peuple heureux par un règne pleio de sagesse. Après avoir vaincu les Etats pendant sa régence, il négligea de les convoquer sous son r^ne , et les remplaça par une espèce d'assemblée composée de prélats, de nobles et d'officiers municipaux , afin d'obtenir un simulacre d'autorisation pour la levée des impôts. On lès verra reparaître rarement ; la couronne, qui avait éprouvé leur force , en eut peur, et c est W parlement qui usurpera le pouvoir politique qui leuréchappe pour quelque temps. Bertrand Duguesclin , chevalier breton j vainquit le roi de Navarre , qui n'avait pas cessé ses hostilités. Charles loi accorda la paix , protégea les lettres , le commerce, et fonda la Bibliothèque royale. Ce fut la gloire de ce règne d'avoir eu en môme temps le prince le plus sage et le général le plus habile. Charles V institua les lits de justice, où furent admis les grands officiers, quelques prélats, des députés de la bourgeoisie et de l'Université; ce fut aussi ce prince sage qui fixa la majorité des rois à quatorze ans.
L'ordre que les sages mesures de Charles V avaient rétabli fut de nouveau troublé sous son successeur (1580-442S}. Pendant que les princes du sang, oncles du roi mineur» se disputaient le pouvoir , les Etals Cénéraux firent quelques tentatives pour reprendre l'autorité qui leur échappait. Le duc d'Anjou , qui avait obtenu la régence , en profita pour piller le trésor royal et pour lever des taxes arbitraires malgré la résisunce des Etats. Ces abus du pouvoir firent éclater l'insurrection parisienne des maillotins, qui ne fui réprimée que parla force des armes. L'op* pression s'étendit sur toute la France; une taille générale fut imposée au royaume, sans que le clergé et la noblesse fussent exceptés. Le roi, parvenu à la majorité (1588) , essaya de gou-
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Teiîier, en éloignant ses oncles et en choisissant des ministres plus populaires.
Le connétable Olivier de Clisson eut une grande part à la direction des affaires. Le peuple avait Tespoird^étre soulagé, lors-» que la démence du roi plongea le pays dans de nouveaux mal* tears (1592) et le livra aux guerres civiles causées par la révolte des maisons d'Orléans et de Bourgogne , qui se disputaient le pouvoir en trompant le peuple. La haine des deux^factions trouva on aliment dans la conduite imprudente dlsabeau de Bavière « épouse de Tinfortuné Charles VI.
L^assassinat du duc d'Orléans (1407) , frère du roi , tué par les ordres de Jean sans Peur , duc de Bourgogne , mit le comble k Tanimosité des deux partis , et accrut la puissance du dernier de ces ducs, qui recherchait la popularité. Le comte d'Armagnac , connétable de France , devint le chef de la. ligue qui se forma contre Jean sans Peur.
Toute la France se divisa en deux camps , que la reine tra* bissait tour à tour. La guerre étrangère vint se joindre à ces calamités (1415) ; le pays, écrasé d'impôts, fut livré à la fureur des factions et aux attaques des Anglais. Le duc de Bourgogne fut poignardé sur le pont de Montereau par Tanneguy-Duchâtel (1419) ; sa mort mit tin aux négociations entamées par le dauphin Charles. La reine, alliée à Philippe le Bon , hâta la conclu sion du traité deTroyes (1420) , qui enleva au Dauphin la su cession au trône, et fit passer le sceptre à Henri V, roi d'Anglcterr époux de Catherine de France. La capitale fut ouverte aux Anglais. A la mort de Charles Vt (1422) , précédée de celle de Henri , son gendre , Henri de Lancastre , encore au berceau , fut proclamé roi de France sous la régence du duc de Bedford , son oncle y tandis que Charles YH , errant sur les rives de la Loire , confiait le sort de la couronne à la fidélité et à la bravoure d'un petit nombre de partisans.
13Ô6. — Les grandes Compagnies, Ces grandes compagnies étaient un mélange de toutes les nations, mais la plupart Anglais, Gascons et Bretons, ces derniers en petit nombre ; ce ramas de brigands était redoutable et redouté ; ils ravageaient tout sur leur passage, et la France souffrait alors tellement de leurs déprédations, qu'à ccUe époque ils avaient fait, de la LÉvr. 54
C^- l«* 61ÈCLB.
Guyenne à la Champagne, une vaste plaine de raines. Ce qa exaspérait le plus les Français contre les grandes Compagnies^ c*est qu*on y comptait beaucoup d'Anglais : pour s'en débarrasser, on traita avec eux et on leur proposa d*aller àla croisade: ils refusèrent. Licenciées par TÂnglais, repoussées de Tlle-de- France, de la Normandie , de la Bretagne , de TAquitaine , ces bandes refluèrent sur le centre ; elles se promenaient par le fierri, le Limousin, etc. Cependant quelques-unes allèrent en^ Alsace et furent massacrées ; mais la grande masse s*écoula vers TËspagne ayant à sa tête Duguesclin. Passant par Avignon , ces aventuriers, dont Tarmée se grossissait sur la route, rançonnèrent le pape ; de là ils allèrent en Aragon, demandant le passage et les vivres ; enfin , dans ce siècle , on les trouve partout , et souvent combaitant les uns contre les autres ; ils disparaisse .i au 15* siècle.
LxcTORB. — LeL Armagnacs et les Bourguignons dans n otr" Histoire de France ; ^histoire des ducs de Bourgogne, par M. dt Barante.
Angleterre.
coRQv^TB SB x.'Écos8B PAR EDOUARD t»'. — L^aucienue race des rois d'Ecosse s'éta ni éteinte avec Alexandre III, on vit parailr« une foule de prélendants qui se contestèrent les droits au trône : parmi eux on distinguait Jean de Bailleul, Français d'origine, et Robert Bruce, de famille angolaise. Edouard /«', roi d'Angleterre, qui songeait à soumettre PEcosse, s^offrit pour arbitre, et BaiUeul Alt choisi, parce qu'il consentait à être vassal de TADglelerre.
Le nouveau roi ayant senti toute la lâciieté de son procédé, et indigné des mauvais traitements d*Edouard, se révolta et fut vaincu; c'est alors qu'Edouard fit transporter en Angleterre le sce^^lre et la «ouroiine d^Ecossç, et particulièrement la pierre fameuse du destm^ sur laquelle se faisait Tinauguration du roi, et d*où, suivant le préjugé populaire, dépendait la destinée de la monarchie. Mais il restait un défenseur à l'Ecosse : Guillaume WalUce, simple gentilhomme, soulève ses compatriotes et chasse tout les Anglais qui ne conservent que la seule ville de Bervick ; mais la Ortune l'abandonne dans «a glorieuse entreprise : trahi par plusieui^ grands jaleux, il est vaincu iti livré aux Anglais qui le font mouriew Les Ecossais ne se rendent point encore et trouvent un autre défenseur dans Robert Bruce : ce héros, après des alternatives de succès et de défaites, régna glorieusement sur les Ecossais, et mérita le litre de lion Robert.
Au règne brillant et sage d'Edouard l«s succéda celui d'Edouard II, en 1507. Ce prince se laissa gouverner par ses favoris, Gaveston et Spencer. Les barons indignes, CKités par sa femme Isabelle et oar
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Horttmer, se soulevèrent contre luU le forcèrent à résigner sa couronne, et renfermèrent dans le château de Berktey. Là on le fit mourir en lui enfonçant un fer chaud dans les entrailles, h (ravers un tuyau de corne, afin quMl n^en restât pas de trace. Edouard li était ^fié de quarante-deux ans. Le règne sage et glorieux de son fils « Edouard III, dont nous avons parlé plusieurs fois dans ce siècle, sauva l'Angleterre. Ce fut lui qui établit Tordre de la Jarretière, resté un des cinq grands ordres de TEurope. Dans une fête, Alix, comtesse de Salisbury et dame du roi, laissa tomber le ruban bleu qui altacbait le bas de chausse qu*on portait alors ; Edouard le releva , et quelque temps après institua Tordre de la Jarretière. G*est à cette occasion qu*on grava sur les monnaies anglaises : •Honni soit qui malx pense, »
AVÉHEBKSRT SBS LAVGASTRES.— Richard II, fils du prince Noir, s*étant fait délester pour sa tyrannie, fut détrôné par Henri de Lancastre, son cousin germain, qui prit le litre de Henri IV, Ce prince ne fut pas indigne du trône qu'il avait usurpé sur les York. Plusieurs révoltes qui s'élevèrent furent comprimées avec vigueur. Percy, comte de Norlhumberland, chef des mécontents unis aux Ecossais, fut vaincu à la sanglante bataille de Shrewsbury, Tarchevèque d'York condamné i mort et exécuté, les Lollards condamnés au feu. (;e prince mourut en 1413, laissant pour successeur ^enrs f^ son fils, Tun des plus grands rois de TEurope.
"wiGLEr. — Jean Wiclef, né en 1324 â Wiclef , bourg de la province d'York, indigné des concussions de la cour de Rome et de la dissolution du clergé, protégé par le duc de Lancastre et par la princesse de Galles , se mit à demander la réforme ecclésiastique et à prêcher contre les abus de la puissance papale. Grégoire XI , qui voyait la suprématie du saint-siége compromise par le nombre de partisans que se faisait ce nouvel apôtre , prit Talarme et le fit citer devant le tribunal de Tarchevèque de Gantorbéry et de Tévê(|ue de Londres qui le renvoyèrent en lui faisant promettre de garder le silence. Il éleva de nouveau la voix à Tépoque du schisme , attaqua même la puissance des princes temporels, excita un soulèvement de paysans qui eut les plus fâcheux résultats. Il s*en prit ensuite au dogme; condamné par le concile de Londres, il refusa de se rétracter et mourut hérétique le i décenobre 1384. Le concile de Constance condamna de nouveau ses erreurs , et ordonna que son corps serait déterré et ses os brûlés ; ce qui fut exécuté.
LscTORB. — Hittoire des variations, par Bossuet. — Règne de Robert Bruce dans Walter Scott ( Histoire d" Ecosse).
AUemag^ne.
BVuuB D*oa. —L'empire allemand, que nous avons vu troublé par les dissensions intestines, depuis le 12* siècle jusqu'au milieu du 13v époque à laquelle Rodolphe fut appelé au trône, ne fut pas plus tranquille sous ses successeurs, Adolphe de Nassau (1291), Al-
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(eft/«'(1298â 1SÛ8). Ce dernier no fbt hêtirenx n fen Bohème, dont il voûtait assurer la possi'ssion à sa famille à la mort de H^eneeslan^ fils à'Ollokar, né en Mi9nie,ei où, au mépris de toute justice, 31 pr<^tendail faire valoir les droits acquis, disait-il, par Adolphe de Nassau, ni surtout en Suisse où, par ambition, ce prince voulut augmenter son patrimoine aux dépens des communautés libres. Louii de Bavière (1314-1547) , prince doué de grandes qualités, fut le dernier empereur dont les Italiens reconnurent Tautorité (1328); mais Tempire prit une forme un peu plus slat)le sous Gtiarles IV de Luxem- Itoiirg, roi de Botiéme, petit-âls de Henri vu. Il fît à Nuremberg (1356) cette fameuse constitution appelée bulle d^or; le Jurisconsulte Barthole la rédif^ea. Cette base principale de la constitution germanique est appelée bulle d'or à cause du sceau d'or qu'on nommait bulla dans la basse latinité \ on voit aisément par là pourquoi les édils des papes sont appelés bulles. Le style de cette charte se ressent de la barbarie du siècle. On commence par apostropher les sept péchés mortels; on y prouve la nécessité des sept électeurs par le chandelier à sept branches de l'Apocalypse (Révélation de saint Jean).
Par celte loi, loi fondamentale :
1<> Le nombre des électeurs est fixé à sept ;
S» On assigne à chacun d'eux une charge à la couronne;
30 On règle le cérémonial de l'élection et du couronnement;
40 On élabiit des vicariats ;
5<» Les électorals sont déclarés indivisibles ;
60 On confirme aux électeurs tous les droits de la souveraineté, appelée souveraineté territoriale ;
7^ Le roi de Bohême est placé à la tête des électeurs séculiers.
On voit que cette bulle, tout en posant des limites au pouvoir royal et à celui des Etati», et en mettant un frein à Tanarchie féodale, fut néanmoins plus favorable à la puissance des électeurs qu'à Tautorite monarchique, et elle est la preuve que Charles sacrifiait la dignité impériale aux intérêts de sa famille et de sa couronne héréditaire de Bohème.
Cette loi de Tempire, conprvée à Francfort , et écrite sur du vélin très-propre, en très-mauvais latin, avec un grand sceau ou bulle d*or au bas, fut faite en présence et du consentement de tous les princes, des abbés et même des députés des villes impériales, qui, pour la première fois, assistèrent à ces assemblées de la nation teuto-' nique.
Four donner quelque idée du faste qui accompagnait la promulgation de la Bulle d'Or, il suffira de dire que le duc de Luxembourg, neveu de l'empereur, lui servait à boire; que le duc de Saxe, comme grand maréchal, parut avec une mesure d'argent pleine d*avoine qu'il prit dans un gros tas devant la salle à manger : l'électeur de Brande» bourg donnait à laver à l*empereur et à l'impératrice, et le comte palatin posait les plats sur la table.
Différents événements ont eu sur le règne de Charles I? de* résultats immenses, tels que la grande fédération de la ligue hansèa"
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HquB, qui faisait le commerce de presque (out Tunivers ; elle devint une puissance formidable; eiie eut des flottes , des armées , et exerça sur tout le nord de i*Europe une influence que les empereurs les plus puissants n'avaient pu obtenir. Elle soutint la guerre contre les rois de Danemark et de Suède, et Jes força de reconnaître son influence. Charles IV ne songeait qu'à l'agrandissement de son patrimoine ; il réunit par des alliances et par des achats le haut Palatinat et le pays de Schweidnilz à son royaume de Bohême et de Sitésie. Il réussit à faire couronner son fils Wenceslas comme roi d'Allemagne, et mourut en 1378. Le règne de ce prince fut agité ; il protégea les Hussites et fût toujours en guerre avec le clergé; ses accès de rage et ses vices révoltèrent ses sujets , qui Tarrèlèrent , le jetèrent dans une geôle où il subit tout ce que la captivité a de plus insupportable; les Allemands le réclamèrent aux Boliémiens, mais leurs électeurs le déposèrent, et nommèrent à sa place Robert^ comte palatin, qui vécut 10 ans; Josffe de Moravie, cousin germain du malheureux Wenceslas ; enfin Sigismonit, son propre frère, qui n^avait Jamais cessé de lui nuire (1410).
Espagne.
viBRRE LE CKUEL, TOi de Castille. né à Burgos le 30 août 1334, succéda, en 1350, à son père Alphonse Xî. Il rendit son règne célèbre par ses cruautés. Il eut quelques démêlés avec Pierre IV, roi d'Aragon. Ses crimes excitèrent la révolte des grands de son royaume; il crut pouvoir se mettre au-dessus de leur ressentiment en faisant mourir Frédéric, son frère, don Juan« son cousin, et Blanche de Bourbon, son épouse, qu'il avait déjà fait jeter dans les fers, et dont le malheur avait touché les Castillans. Ces nouveaux crimes firent donner la couronne à Henri de Transtamare, frère naturel de Pierre. Réfugié en Guyenne, Pierre fut, en 1567, rétabli sur son trône par le« Anglais; mais. Tannée suivante, Transtamare, avec l'aide de Duguesclin, vainquit son frère h Monteil^et le tua. Il fut lui-même abandonné par ses sujets, et demanda des secours aux Mores.
nsiLiiB IV, roi d'Aragon, surnommé aussi le Cruel, succéda, en 1336, à son père Alphonse IV. Il ne se fit pas beaucoup plus aimer que celui dont nous venons de parler ; il se fit plutôt craindre de ses sujets, qui se portèrent à quelques révoltes dont le souverain triompha , mais non toujours sans peine. Malgré ces troubles, il s'unit aux rois de Castille et de Navarre pour combattre les Mores, et le fit avec succès. Les troubles de la Sardaigne, que son prédécesseur Jacques II avait enlevée aux Pisans, et ses démêlés avec Pierre de Castille, l'occupèrent aussi pendant une grande partie de son règne. Il avait su mettre à profit la rivalité des divers corps de PEtat, et remporté une éclatante victoire sur les barons révoltés contre la royauté, sans pouvoir cependant la rendre absolue. Il avait été obligé de se soumettre à la censure du grand Jusiiza , magistrat populaire, juge des différends entre le roi et les Etats et des Etats entre eux. Toutefois il avait réussi à rétablir la paix , et i*on venait de célébrer la cinquantième
année de son règne, !or«qQl1 mourut le Sjantier 1587, âgéde soisanle» buU ans. Jean, son fils aîné, lui succéda. Portasal.
COMMUNES. — C^est à la fin du 13" et au commencement du 14« siècle que remonte Torigine des communes en Portugal. Le roi Denis favorisa les associations communales en accordant des affran* chissements dans ses domaines. Ce fut lui qui fonda aussi TOniversité de Lisbonne.
piSRKB !•', roi de Portugal, né à Coïmbre, en 1320, fils et successeur d'Alphonse IV, monta sur le trône en 1357. Son premier soin fut de venger la mort de Tinforlunée Inès de Castro, son épouse, qui avait été assassinée par les ordres de son père.Il donna dos règlements utiles, diminua les impôts : en un mot, 11 se fit aimer de ses sujets et mourut fbrt regretté, le 18 janvier 1367, à Tâge de quarante-sept ans. Son histoire, écrite par Fernand Lopez, a été publiée avec des augmentations par Joseph Pereira Bayam, prêtre de Lisbonne.
Lectubk. -^Epxsodeû^Inësde Castro, dsins\a Lusictde de Camoém^
MAISON D*AVis. — La desccudance légitime des rois de Portugal Issus d*Alphonse Henriquez vint à manquer avec don Ferdinand, fils et successeur du roi don Pedro. Ce prince avait une fitle unique^ nommée Béatrix, née d'une alliance criminelle avec Eléonore Tellez de Mendès qu^il avait enlevée à son époux. Désirant faire succéder à | la couronne celte^rincesse. il la maria, dès Tâge de onze ans, à Jean, 1 roi de Gastille, en assurant le trône aii fils qui naîtrait de cette union, et en substituant à ce fils le roi de Gastille, son gendre. Ferdinand \ étant mort immédiatement après ce mariage, don Juan, son frère naturel et grand maître de l'ordre d^Avis, profita de Taversion que les Portugais avaient pour les Castillans, et s*empara de la couronne dont il dépouilla la reine douairière. Le roi de Gastille voulut alors mettre le siège devant la ville de Lisbonne; mais ayant échoué, les Etats de Portugal, assemblés à Coïmbre, donnèrent le trône à don Juan, qui remporta la victoire sur les Castillans et contribua par sa fermeté à consolider le pouvoir royal. Ce fut lui qui donna le signal «les conquêtes portugaises en Afrique par la prise de Ceuta. Italie.
aiiONs SE JSANNB i'«. — La première maison d'Aniou, issue de Charles, frère cadet de saint Louis, était sur le trône de Naples. La reine Jeanne P», fille de Robert, roi de Naples, se voyant sansenfants« adopta un prince cadet de sa maison, Charles Durazzo, lui fit épouser sa nièce, et le désigna pour son successeur. Ce prince ingrat, dévoré du désir de régner, prit les armes contre la reine, poussé par le pape . Urbain YI contre lequel Jeanne s'était prononcée en faveur de Clément VU, et qui Tavait déposée. C*est alors que Jeanne adopta Louis I«% frère puîné de Charles Y, roi de France, et fondateur de la seconde maison dUnjou. Mais Charles, s'étant rendu maître de Naples et de la i^sonne de la reine, la fit mourir et se maintint sur le trône cootre
son adversaire, Louis d* Anjou, qui ne recueillit de la sur.cession de la reine Jeanne que le seul comté de Provence quMl transmit à ses des* cendantSy avec ses prétentions au royaume de Naples.
ieanne !'• avait élé mariée à André de Hongrie, qu'elle haïssait. On le trouva assassiné; elle prit pour nouvel époux Louis de Tarente, soupçonné de ce meurtre. Louis de Hongrie marclia contre elle pour venger la mort de son frère. Jeanqe fut obligée de se réfugier en Provence; elle recouvra néanmoins sa capitale. Son second mari et un troûième qu*elle prit étant morts, elle en épousa un quatrième. Ce fat elle qui vendit Avignon à Clément V.
sisnsi , T&iBUN SB KOMB. — 174S. Depuls quclc pape Clément V avait transféré le saint^siége à Avignon, Tltalie était dans Tanarctiie la plus complète. Le premier empereur d^Allemagne qui voulait passer les monts pouvait renouveler tes prétentions de Charlemagne et des Olhons : c'est ce qui arriva. Secondé des Colonne, Tune des familles romaines les plus nobles, Henri VII, de la maison de Luxembourg, se rendit maître de Rome et y établit un gouverneur. Louis de Bavière, qui lui succéda, fut déposé par le pape Jean XXII. L^empereur, accom^ pagné de Gastracani de Lucques, convoqua à Rome une assemblée dans laquelle il privait le pape de tout bénéfice; mais les troubles recommencèrent à Rome au départ de Louis. La reine de Naples, Jeanne, vendit Avignon au pape en 1548, et les pontifes y restèrent jusqu*en 1371 : c*est ce que les Italiens appellent la captivité de Babylone, Pendant ce temps, les Romains s'étaient choisi pour tribun Nicolas Rienzi, homme éloquent, hardi, persuasif, et par conséquent capable des grandes choses qull entreprit i il régna quelques mois d'une manière absolue, se fit craindre, respecter des souverains de PEurope, et osa citer à sa barre les deux empereurs rivaux : il s'intitulait chevalier candidat dtt Sahit-EsprU ; sévère et clément Ubéraleurde Rome; zélateur de rUaUe, amateur de l'univers et tribun auguste. Il voulait renouveler Tancienne république sous 1h nom de ^on^/at, et déclara que tous les peuples dUa^ie étaient libres et citoyens romains ; son règne fut court. Rienzi finit comme les Gracques qu'il avait pris pour modèles. Obligé de fuir une première fois et de se cacher, il reparut à Rome pour en chasser un successeur, ^i- tribun Baroncelli, et y ressaisir son autorité. Puis une émeute populaire le renversa de nouveau. Livré au pape Clément VI, il fut fait sénateur par son successeur Innocent, qui le jugeait propre à ses desseins, et tomba assassiné par la faction des familles patriciennes et surtout par les Colonne, qui étaient à la tête du parti gibelin.
Lecture. — Portrait de Rienzi {Cours de lUlérature) ;, tragédie de Rienzi»
Pologne*
KBS JAGELLQNB BBf POLOS H c. — Depuis le dJxiôme siècle,. 1» maison de Piasi avait régné glorieusement en Pologne , lorsque £dwig0t Tun des dernier» reietoas de cette famille, fut élue reine de
'«os U« 81ÊCLB.
Pologne, a condition qu'elle prendrait un mari de faveu de la nation ; elle épousa Jagellon, grand-duc de Litbuanie, qui réunit ses Etats à la Pologne. Jagellon , qui était idolâtre, se fil baptiser et prit le nom de Ladislas. Son fils. Ladislas II, qui lui succéda, monta sur le trdne à IMge de neuf ans. Il battit en personne les Turcs ; les Hongrois lui oflrirent la couronne; mais ayant rompu le traité conclu avec le Grand Seigneur, il renouvela la gugrre et fut tué à peine majeur, à la célèbre bataille de Warna.
Les élections laissèrent le trône dans sa famille : elle donna un des plus grands rois à la Pologne, Sigismond, qui vaiiiquit les Russes, les Valaques, les Prussiens, mais qui eut la douleur de voir la Bohême, la Hongrie, la Silésie, tomber , par un mariage, entre les mains de la maison d'Autriche. Il vécut jusqu^à quatre-vingts ans; son fils lui succéda , et mourut sans descendants mâles ; en lui Véteigoitla race masculine des Jageltonê, en 1579.
Salsse.
COBfFÉDéKATXON HELVÉTIQUE. — GUILLAUSIS TELL. — l>e
lous les pays de TËurope, celui qui avait conservé le plus la simplicité «^t la pauvreté des premiers âges, c'était la Suisse. Si elle n'était pas devenue libre, elle n'aurait pas de place dans Thisloire du monde. Des rochers arides, une neige éternelle , c'est là tout ce que la nature a fait pour les trois quarts de cette contrée. Cependant on se disputait la souveraineté de ces rochers , avec la même fureur qu'on s'égorgeait i>our avoir le royaume de Naples et l'Asie Mineure.
Albert, archiduc d'Autriche, étant parvenu à l'empire et voulant composer une principauté pour un de ses fils, sollicitait les trois cantons d'Uri, de Schwitz et d'Unterwalden de reconnaître la souveraineté de sa maison. Ces pays , qui jouissaient sous la protection de )*erapire d'une heureuse liberté, refusèrent de livrer leur indépendance. Alors des gouverneurs sévères y furent envoyés, et abusèrent de leur pouvoir.
Un bailli d'Uri, nommé Gessler^ s'avisa d'un genre de tyrannie ridicule et horrible. Il fit mettre, dit-on, un de ses bonnets au haut d'une perche sur la pl^ce publique, et ordonna qu'on saluât le bonnet sous peine de la vie. Un paysan, nommé Guillaume Tell, ne salua point le bonnet; le gouverneur le condamna à être pendu, et ne lui donna sa grâce qu'à condition que le coupable, qui passait pour uh archer très-adroit, abattrait d'un coup de tiècbe une pomme placée sur la tête de son fils ; le père, tremblant , tira , et fut assez heureux pour abattre la pomme. Gessier, apercevant une seconde flèche sous l'habit de Tell, lui demanda ce qu'il en prétendait faire : « Elle était destinée pour toi, dit le Suisse, ai f avais blessé mon fils. »
Les Suisses, indignés, prirent la résolution de secouer un joug si lyran nique. Trois paysans des trois cantons opprimés formèrent la conjuration du Rûtli, et le 1»' janvier 1308 fut témoin du courage et "^It naître l'indépendance de la Suisse. Melchtal, Stauffàcher et ^altet Fur si furent les premiers foudateurs de la liberté helvétiçiue.
LM Crois cantons se liguèrent d*abord pour dix ans et soutinrent leur indépendance les af-mes à la main. La victoire de Mor-' garten fut suivie de la ligue de Brumen, conclue à perpétullé,et qui est la base du système fédératif de la Suisse. La bataille de Sempach, illustrée par la mort héroïque d^Arnould de AVinkelried, ainsi que rappui des maisons de Luxembourg et de Bavière , cimentèrent Tunlon des Suisses et augmentèrent le nombre des cantons. Lucerne adhéra à la ligue en 1332 et conserva son gouvernement démocratique ; Zurich en 1350 ; obtinrent le second rang, Glaris, Zug, Berne, de 1350 à 1353. La longue trêve de Zurich, conclue avec TAulriche en 1389, garantit tes droits respectifs de la confédération et de la maison d'fiapsbourg. La ligue de Brumen fut renouvelée' en 1393. OBSERVATIONS
La tentative républicaine, faite vainement dans le midi de la France par les Albigeois, réussit mieux dans les montagnes de la Suisse. Là, le théâtre était fort étroit ; il n'y avait à lutter que contre un souverain étranger. La lutte fut soutenue avec courage. La noblesse féodale suisse s^alliaen grande partie avec les villes ; puissant secours qui altéra cependant la nature de la révolution quMl soutint , et lui imprima un caractère plus aristocratique et plus immobile qu'elle ne semblait devoir le porter.
Lecture.— Guillaume Tell (Cours de Httéralure). Quelques pas»ages de la tragédie de Schiller. Histoire^ de la nation suisse y par Zschokke (1).
lËcoftse.
tss 8TVA&TS AV T&oiiB i>'écôs5e. — David Bruce, fils du grand Robert, fut longtemps retenu en Angleterre par Edouard III , son beau-frère, qui battit plusieurs fois les Ecossais sans pouvoir les dompter. Son neveu, Robert II, fils de Gauthier Sluart, grand séné chai, et de Marguerite Bruce, lui succéda, et avec lui la maison des Stuarts monta sur le trOne d'Ecosse; elle s^y maintint jusqu'à IVpoquc (1605) où ce royaume fut réuni à 1* Angleterre à la mort d Elisabeth, par l'avènement de Jacques VI, fils de Marie Stuart. On a remarqué que la plupart des rois de celte famille furent malheureux.
1» Jacques !•% après avoir été dix>huit ans prisonnier en Angleterre, mourut assassiné par la main de ses sujets.
2o Jacques II péril à vingt-neuf ans, dans une bataille contre les Anglais.
3» Jacques III fut tué par les révoltés.
4* Jacques IV est tué à la bataille de Flodden.
5^ Marie Stuart, après une captivité de dix- huit ans, a la tète tranchée en Angleterre.
e» Charles !•', petit-fils de Marie, vendu par les Ecossais et Jugé par tes Anglais, périt sur tm échafaud.
(1) 1 volume tn-18. Bru&elleâ, Hauman et C«.
410 44* SIÈCLR,
7« Jacques II,. fils de Charles W, est chassé de son royaume, etf» mourir en France, à Saint Germain-en-Laye.
Ëtats du IVord.
vmoH DE caluah. — marousaits db valdsmar , surnommée la Sémiramis du Nord. Celle princesse, descendant des rois de Danemark, épousa le roi Haquin de Norwége. Dans la suite, les seigneurs suédois , pour s^afifranchir de la tyrannie d^Albert de Mecklembourg, offrirent la couronne de Suède à Marguerite; celle-ci valnquil Albert à la bataille de Falkœping et devint maîtresse des trois royaumes du Nord. Pour en consolider Tunion, elle assembla à Calmar une dièle générale el fit jurer à tous les dépulés le maintien de la réunion des tlals du Nord. Cet acte, approuvé parles Eiats, en consacrant Tunion des trois royaumes, réservait néanmoins à chacun sa conslilulion, son sénat et sa législation particulière. Il ne produisit pas les heureux effets qu^on devait en atleiidre, parce quUl y avait trop d'éléments de discorde dans celte confédération et pas assex de force dans le pouvoir chargé de la maintenir. Aussi la verrons-oous se dissoudre dès le siècle suivant.
Aftie.
CBsvALis&s SE sAivT-JEAiT A RHODES. — lls s^emparèreot de riie sur les Turcs; leur grand maître. Foulques de Villa r«t, s*y ' établit. L*ordre prit le nom de Rhodes, comme depuis, en 1530, il^ prit celui de Malle, lorsqu*il s'empara de celle île.
TABSEALAH DAHS L^IIIDE ET DANS LA PB&8S. — TamerlSn,
roi des Mongols, descendant de Gengis-Kan, soumet Tlnde, la Perse, TArménie, s'avance jusquVn Aussle ; il va perler la guerre en Turquie, défait le sultan Bajazet à Ancyre (Asie Mineure, aujourd'hui Angora), et s'empare de ses Elats. Tamerlan meurt peu de temps après ; la puissance des Mongols s^éteint avec lui ; une petite poriion de ce vasle empire reste sous la domination du grand-mogol (dans, les Indes) ; Babour, petit fils de Tamerlan, Tavait fondé.
LES TURCS EN EUROPE. — Olhman avait jeté sur les côtes de la raer Noire les fondements du second empire turc ; Orkan , son fils, fondateur de la milice des janissaires, étendit ses conquêtes jusque sur la Chersonèse de Thrace. Amurat !•', successeur d'Orkan, disciplina la milice des janissaires , formée par son prédécesseur. 11 tourna ensuite ses forces contre les chrétiens, en Asie et en Europe; la soumission de l'Arménie lui coûta peu d'efforts. Il avait auparavant penélré en Europe et s'était emparé d'Andrinople, où il fixa le siège <le son empire. Amurai ayant élé tué à la bataille de Cossova, Bajazet l«' coniinua Poeuvre de son frère, remporta la victoire de Wicol'olis sur Sigismond de Hongrie, soumit la Servie et la Bulgarie , assiégea Constantinople et ne fut arrêté que par Tamerlan qui le fit prisonnier.
GRAND scHisMs d'ocgzdeiit. — Apfès U moH du pape 6r4-
foire XI, qui avait transporté à Rome le siège pontifical, les cardinaux se trouvèrent forcés d'élire Urbain VI ; mais ensuite ils révoquèrent cette nomination et élurent de nouveau Clément VIT , qui se fiia à Avignon ; dès lors TEglise fut divisée, et le grand schisme d*Occident prit naissance. Urbain VI, ce vieillard auslère, avait sévi avec vigueur contre les abus qui s'élaient glissés dans le clergé. Les prélats mécontents avaient donc élu le cardinal Robert, dernier rejeton de l'ancienne famille des comtes genevois ; il prit Avignon pour sa résidence. L'Angleterre et l'Allemagne se déclarèrent pour Urbain, b France reconnut Clément. La fête du Saint-Sacrement fut instituée par le premier, à cause de onze mois de sécheresse.
aussiTEs^ hérétiques de Bohême, ainsi nommés de Jean Huss, d'^iple de AViclef et brûlé vif par ordonnance du concile de Gon- «tance (1415). Sans nier la présence réelle du corps et du sang de J^sus-Christ dans Teucharistie, les hussiles ont les mêmes opinions qur les calvinistes contre le pape et les prêtres. Ils célébraient la fête du martyre de Jean Huss, le 8 juillet, et rejetaient la messe que cet apôtre avait toujours dite. Pendant vingt ans la guerre des hussites ravagea l'Allemagne, et rendit célèbres les noms de Zisca et de Protope, leurs chefs. Ils se mêlèrent ensuite dans les guerres des luthériens. Ferdinand II les chassa de Bohême ; ils se réfugièrent en Pologne, et là ils s'unirent en 1750 dans le synode de Sandomir avec les luthériens et les znritigliens de Pologne, quoique la confession fût différente.