CHARLES P
De 1625 à 1649.
CAUtBS. — Les premières années du règne de Charles !« présageaient les commotions terribles qui devaient le précipiter du trône. Les esprits fermentaient déjà par les disputes théologiques et la situation affligeante du trésor public.
Buckingham , ministre «t fovori du roi, attaque tans succès l*Espagne par haine contre Oiivarè.S| ministre de Philippe IV. Le parlement, ayant refusé les subsides demandés par le roi , est dissous le 15 juin. Des emprunts forcés irritent les esprits contre Buckingham , \ qui passe en France, y étale un faste sans exemple, et se voit obligé de retourner en Angleterre , après s'être attiré la haine de Louis XIII et de Richelieu.
DÉVELOPPEMENT
Buckingham veut se venger et fait embrasser à Charles I«r le parti des prole^tants de la Rochelle, assiégés par Richelieu avec toutes les forces de la France. Les Anglais, chassés d^ahord de Vî[e de Ré, éprouvent un nouvel échec , près de la digue qui fermait le port de la Rochelle. Buckingham avait été assassiné le 33 août par un lieutenant nommé FeUon, irrité du refus quUI lui avait fait d*une compagnie vacante.
Charles, hors d'état de continuer la guerre, conclut, le 24 aoûtl6i9, un traité de paix avec la France.
Plusieurs années se passent en discussions vives entre le parlement et la royauté, sur leur autorité respective. Le roi convoque le parlement, puis le casse, et ne conserve que rassemblée du clergé, qui accorda un subside pour la guerre d'Ecosse. Charles soulève les esprits en voulant faire adopter à ce pays le culte anglican.
Le covenant ou la ligue du peuple donne le signal d*une guerre ouverte : les Ecossais marchent vers les frontières d'Angleterre et 8*avancent jusqu'à Newcaslle , dont ils se rendent maîtres* Bientôt cependant ils demandent la paix ; le roi convoque le parlement, qui devait lui faire perdre la vie. Depuis celte époque l'anarchie règne partout ; Charles W et le parlement s'attaquent les armes à la main ; les Irlandais se soulèvent, ils font un massacre terrible des Anglais; le prince Kuperl, frère de l'électeur palatin, se dislingue dans toutes les rencontres, à Newhury, à Newmark, à York; mais ayant cherché à poursuivre ses avantages à Marstonmoor, il est vaincu.
Olivier Cromwell, qui devint si fameux dans la suite, eut part au gain de la bataille dTork , ville que les parlemenlaires reprirent. Le comte de Strafford , ministre d'Etat et lord lieulenanl dMrlande, fut accusé d^avoir fait revenir l'armée d'Irlande en Angleterre pour pimir les rebelles; il fui décapité en 1641. Trois ans plus tard, Guillaume Laud, archevêque de Cantorbéry, subit le même sort. Lord Thomas Fairfax est déclaré chef des troupes de la commune, de plus en plus puissante ; Cromwell, chef des fanatiques indépendants, prend un grand ascendant sur ce nouveau général. Le roi perd successivement plusieurs batailles, se relire à Newcasile, où les Ecossais le vendent aux Anglais, le 20 janvier 1647, pour 400,000 livres sterling. Le roi est conduit à Tile de Wighl, dans le château de Carrisbrook, oik Tarmée l'avait fait transporter.
Il est amené à Londres, où 70 juges, dont Cromwell était le clief
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le condamnèrent 5 mort. La sentence ftit exécutée le 9 fétrî^r 16^9, devant le palais môme de Charles !•', Ce prince avait alors 49 ans, il en avait régné 25.
CONBl^QtJBNCfiS.
CARACT^RS eéNéllAL DE LA AÉVOLUTIOIT D'ANGLETERRE.
C'est en Ang;1e(erre qu'eut lieu le premier choc des deux faits essentiels, nés des luîtes du 16« siècle: le libre examen, qui prévalait dans la société religieuse , et la centralisation du pouvoir, qui prévalait dans la société civile.
L'un amenait la décadence de Pancienne monarchie ecclésiastique ; l'autre consommait la ruine des anciennes libertés féodales et communales. Avec le libre examen , on était arrivé au moment de Taffranchissement de la pensée individuelle, tandis qu'avec Tautre on n*en était encore qu'à la ceulraliçalion de tous les pouvoirs en un pouvoir général.
L'Angleterre (enta la première d'abolir le système absolu dans l'ordre spirituel ; ce fut la cause de la révolution de 1649 et de la chute de Charles 1er.
Pourquoi celle lutte s'est -elle enf^agée en Angleterre plutôt qu^aiiieurs? C'est que, depuis Henri YIU, la royauté se prétendait absolue et supérieure à toules les lois.
Un autre molif, non moins puissant, c'était le développement de la richesse induslrielle dans les mains de la gentry, ou petite noblesse, et des bourgeois. Si nous ajoutons à ces deux faits un mouvement nouveau des esprits, un désir, un besoin de liberté, nous aurons donné la principale cause de la terrible catastrophe qui précipita les Stuarts du trône. Dans cette puissante crise , trois partis principaux se montrent :
1» Le parti de la réforme légale ; il voulait le redressement des abus , mais il voulait aussi la conservation et la souveraineté absolue du roi j de plus , il tenait à l'épiscopal , comme appui nécessaire à la prérogative royale. Les principaux chefs étaient : Çlarendon , lord Falkland.
S» Le parti de la révolution politique ; il voulait restreindre Tautoriié du roi et placer dans la chambre des communes la prépondérance politique : ces idées , d'abord confuses , conduisaient directement à la souveraineté du peuple. Les presbytériens voulaient faire dans l'Eglise une révolution analogue; plus hardis, plus entreprenants que les révolutionnaires politiques^ ils faisaient gouverner l'Eglise par des assemblées. On remarquait dans ce parti politique Mampden, HoUis, peu favorables, au fond, au syslème des fanatiques presbytériens.
3» Le parti républicain ; il voulait changer le fond et la forme du gouvernement, dont il regardait la constitution politique comme vicieuse et fatale; c'était donc une réforme complète qu'ils méditaient. Parmi ces républicains, les uns tenaient à la théorie, comme Ludiow,
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Harrington, MiUon ; d*aulres ne connaissaient qne leurs intérêts t^ leurs situations, tels que les principaux chefs de l*armée, Ireton, Cromweli, Lambert.
Le parti républicain relif^^icux nVtait pas moins tranchant ; il ne reconnaissait d'autre pouvoir légitime que celui de Jésus-Christ, et, eo attendant sa venue, ii voulait le gouvernement de ses élus.
Ces trois partis luttèrent ensemble pendant douze ans ; aucun ne réussit.
Enfin, en 1655, Cromwell se fit nommer Protecteur*
y&OTSCTORAT DB GROM-WBLL.
La république anglaise avait commencé en 1649. Le prince de Galles, alors à la Haye, prit le litre de Charles II : il fit une alliance avec TEcosse , marcha contre Cromwell , qui le battit à Dunbar et à Worcester. Charles se vit obligé de repasser la mer.
Cromwell, vainqueur, était devenu si puissant, qu'il excitait déjà la Jalousie ; il prévint ses ennemis, et résolut d'être le maître de TAngleterrc. Le parlement, contre lequel il avait soulevé Tarmée, voulut lui retirer le titre de généralissime, qu*il lui avait donné. Cromwell ût investir par ses soldats la salle des séances , et entrant brusquement : « Xe Seigneur n'a plus besoin de vous , • dil-il , et aussitôt il fait chasser tous les membres, ferme la porte et met la clef dans sa poche. Quelque temps après , il se fait nommer Protecteur par une nouvelle chambre, toute composée de ses créatures.
Quand les principaux ofiBciers de Tarroée vinrent le féliciter de «'être contenté du titre de Protecteur , il reçut leurs compliments avec un air plein de fierté , et mettant la main sur la garde de son épée : « C'est celle-ci, leur dit-il, qui m'a élevé au rang que i*occupe, • et quand )e voudrai monter encore plus haut, je saurai m'y main- « tenir par son moyen. Allez faire le devoir de vos charges. »
Cependant Cromwell fut un grand roi, et sous lui l'Angleterre se vit respectée au dehors et tranquille au dedans; les armées anglaises se couvrirent de gloire, une paix avantageuse fut conclue avec la Hollande, dont BlHke avait humilié la marine, qu'illustraient pourtant Tromp et Ruyler,
Les rois briguaient l'alliance du Protecteur : Mazarin Pobtini contre TEspagne, alors en guerre avec la France.
La Jamaïque devint une province militaire de l'Angleterre ; Jamais les relations commerciales n'avaient été plus actives \ jamais la marine ne s'était vue si puissante. Le règne d^Elisabeth n'avait pas été marqué par tant d'éclat et de prospérité.
Cromwell mourut le 12 septembre 1658, âgé seulement de 59 ans. Un de ses chapelains annonça, au nom de Dieu, « que le Protecteur était monté au ciel ; qu'il y était assis à la droite de Dieu , implorant la miséricorde divine pour les péchés du peuple anglais. •
On fil au Protecteur des obsèques magnifiques. On l'enterra à Westminster. Presque toutes les cours de l'Europe, et particulièrement celle de Yersaillesy prirent le deuil.
Le poeCe Waller, paren( et ami de Gromwell, fit de très^beaux vers à celle occasion : il saisit avec bonheur IMncident d'une tempête tio* lente, qui éclata le jour même de la mort du Protecteur. Le philosophe Locke, lui-même, ne dédaigna pas, pour la première fois, de prendre la lyre poétique; mais son essai ne fut pas heureux.
iiirA&cBiB , aïoiiK , asaTAvaATioir.
La mort de Gromwell réveilla la fureur des partis, assoupis par la fermeté du Protecteur. Richard Gromwell, homme de mœurs paisibles, n'accepta qu'à regret le protectorat et Tabdiqua avec empressement et plaisir en 1659. Il fallait légaliser celle abdication ; une quaran* talne de membres du long parlement sous Gromwell survivaient *en* core; les chefs militaires les convoquèrent; mais Topinion publique les flétrit d'un surnom ridicule (crou/^tofi^).
Lambert voulait s'emparer du gouvernement; mais les esprilsétalent fatigués de l'anarchie et des anarchistes.
Le général Monk, alors gouverneur de PEcosse, forma le projet de rétablir les Stuarts sur le trône. Aimé du peuple, adoré de son armée, il concevait l'espoir de réussir.
Bientôt Lambert est Jelé dans une prison ; Fleelwood abandonné ; le parlement cassé. Monk , après avoir traversé victorieusement l'Angleterre, fait convoquer un nouveau parlement, composé de presby* tériens modérés, des royalistes et des pairs qui n'avaient pas voulu servir la cause de Gromwell.
L'entoyé de Charles II est reçu avec enthousiasme , et le fils de Charles I«' est proclamé en 1660. Ainsi finit la première révolution d'Angleterre ; ses résultats ne furent ni favorables à la religion , n! utiles à la politique. Chaque parti conserva son opinion et se tint en garde. L'agitation semblait calmée par les nouvelles concessions de la royauté; mais une seule étincelle pouvait rallumer l'incendie. La ré* ▼olullon fit natire une foule de sectes; c'est à cette époque que remontent les Quakers dont le principe est de faire du bien aux hommes et de ne jamais verser le sang; les Millénaires, qui pensaient que Jésus-Christ devait être, pendant mille ans, le seul roi sur la terre.
Cependant, comme ïï arrive dans toutes les secousses politiques, le peuple et les nobles s'étaient rapprochés , s'étalent mieux connus; la noblesse n'avait pas dédaigné de se livrer au commerce, qui avait |)ri8 UD développement remarquable. L'exaltation des esprits avait aussi produit de grands génies : c'est alors que parurent le poeie épique Milion, le satirique Butler, le philosophe Hobhes,