CONSIDÉRÉ
dans sa vie politique, dans sa vie littéraire, dans sa vie privée.
Dans sa vie politique. — On aime à voir Charlemagne, dans ces as ■ semblées nationales, qu'il eut soin de convoquer souvent, proposer les Jois qu'il croit les plus avantageuses au bien public. Ses soins s'étendaient sur les parties éloignées de son vaste empire dans lesquelles il envoyait des missi dominici ou envoyés royaux, et sur toutes les classes d'hommes. Le peuple surtout fut l'objet de sa sollicitude. Partout il chercha à le soulager et à lui procurer quelques avantages. C'est dans cette vue qu'il répare les grands chemins, en fait de nouveaux, construit des ponts, rend les rivières navigables. Pour faciliter le commerce, il conçoit le noble projet d'établir une communication entre Y Océan et la mer Noire, en joignant le Rhin au Danube par un canal.
Les Capilulaires nous prouvent que Charlemagne comprenait les droits et savait respecter la propriété, et, jusqu'à un certain point, la liberté de ses sujets. Enfin, bien différent de ces conquérants qui ne font que dévaster la terre, il voulait réparer les désordres que les guerres, l'ignorance et la barbarie avaient faits partout.
Dans sa vie littéraire. Les efforts que Charlemagne fit pour dissiper les ténèbres de l'ignorance ne sont pas la partie la moins brillante de son règne. L'étude fut son occupation constante et journalière. Au camp comme à la cour, il avait des heures fixes pour cultiver son esprit; il aimait la société des savants; il les assembla de toutes les parties de l'Europe autour de lui, et forma dans son palais une espèce d'académie dont lui-même était membre, sous le nom de David. Le savant anglais Alcuin avait pris celui d' Horace. Charlemagne établit des écoles dans les cathédrales et les principales abbayes, pour y enseigner l'écriture, l'arithmétique et la grammaire. L'amour des lettres que montra ce grand monarque, les efforts qu'il fit pour les répandre et les multiplier, méritent tous les éloges de la postérité.
Dans sa vie privée. Bon père, bon époux, généreux envers ses amis pardonnant plus volontiers qu'il ne punissait, veillant lui-même à l'é-
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ducation do sa famille, faisant régner dans sa maison comme dans ses états l'économie et l'ordre, sa personne était un modèle de simplicité et de vraie grandeur. « Un seul mot peint ce grand homme, dit Montes- » quieu : il ordonnait qu'on vendît l'es œufs de ses basses-cours et les » herbes inutiles de ses jardins, et il avait distribué à ses peuples » tous les immenses trésors de ces Huns qui avaient dépouillé l'uni» » vers ! »
Assemblés nationales.
Sous les rois de la première race fut institué le Champ-de-Mars, assemblée toute militaire où les guerriers venaient, en rase campagne, apporter des dons à leurs chefs.
Pépin transporta au mois de mai la convocation périodique des Francs ; de là le nom de Champ-de-Mai. Ce ne fut guère que sous Charlemagne que les assemblées eurent un caractère moins exclusivement militaire. Les Ptaciies étaient composés de laïques et d'ecclésiastiques, qui réglaient ensemble les affaires d'administration et de gouvernement, sous la présidence du chef de l'empire. Prélats, abbés, ducs et comtes s'y trouvaient. Des Placites sont sortis les États-généraux après le mouvement communal des 11e, 12e et 13e siècles.
Lecîure : Histoire de la civi lis/ition en Europe, par M. Guizot. — Michelet,
Arabes d'Occident
HataiBle «île xérès. — Depuis la conquête de l'Egypte, les Sarrasins s'étaient emparés de toutes les provinces septentrionales de l'Afrique jusqu'à l'Océan. De là ils jetèrent un œil d'envie sur les belles provinces d'Espagne, voisines delà mer. ïls avaient plusieurs fois ravagé les côtes de la Vandalousie (aujourd'hui {Andalousie) ; mais leurs tentatives pour entrer dans ce pays furent inutiles. Quelques événements qui se passèrent en Espagne leur en ouvrirent les portes. Ce fut d'abord la vengeance d'un comte espagnol, nommé Julien, que Rodrigue ou Iioderic avait outragé dans l'honneur de sa fille, Ftorinde la Cava ou ia Méchante, pendant qu'il défendait en Afrique, avec gloire et succès, les possessions chrétiennes ; ensuite l'ambition des fils du cruel Witiza, qui voulaient remonter sur le trône de leur père, aidés par leur oncle Oppas, archevêque métropolitain de Séville. Les Sarrasins, qui prirent alors le nom de Maures, parce qu'ils partirent de la province d'Afrique appelée Mauritanie, entrèrent dans l'Espagne sous les ordres de leurs généraux Tarife et Abuzara. Tarik débarqua au pied du mont Calpé, qui dans la suite s'appela de son nom Gib-el-Tarik, montagne de Tarik, et par corruption Gibraltar. Il s'empara de la ville avec l'aide du comte Jidien, et fit brider ses vaisseaux pour ôter à ses soldats, qui murmuraient, tout espoir de retour sans la victoire. Après plusieurs petits combats, les deux partis se rencontrèrent à Xérès de la Frontera, et se livrèrent une bataille sanglante. Elle fut décisive : les Maures furent vainqueurs, et Piodrigue, de la famille des Wisigoths, se noya
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dans îe Bètis. Bientôt la consternation fut en Espagne; tontes les places se rendirent spontanément. Mouza, général sarrasin qui commandait en Afrique au nom du kalife Walîd, passa lui-même en Espagne avec de nouveaux soldats, en acheva la conquête et s'empara de Tolède, capitale du royaume wisigoth, qu'avaient abandonnée les grands et la plupart des habitants, et qui se rendit après une résistance de quelques jours.
En moins de cinq ans, après le débarquement de Tarik, les Maures s'emparèrent de toute l'Espagne, à l'exception de quelques canton?, stériles des Asturies, de la Cantabrie (Biscaye) et de la Navarre. La Septimanie ou le Languedoc passa avec l'Espagne sous la domination des Arabes. La victoire de Xérès mit fin au royaume des Wisigoths, et commença celui des Maures qui régnèrent en Espagne pendant sept cents ans.
Pelage, fils de don Favila, un des grands d'Espagne assassinés par le féroce Witiza, s'était retiré avec les débris du royaume wisigoth dans les montagnes des Asturies, où la cavalerie maure ne pouvait l'atteindre. Habile et courageux, il s'était distingué dans divers combats ; il fut élu roi par ses compagnons, fonda le petit royaume des Asturies, qui servit de point d'appui aux chrétiens pour reconquérir l'Espagne, et c'est avec lui que commence la monarchie espagnole proprement dite, ou la deuxième monarchie wisigothe. Atchaman, envoyé par le gouverneur Alasior, pour détruire le nouveau royaume, s'engage imprudemment dans les montagnes, est battu et tué, et l'archevêque Oppas, qui lui avait servi de guide, est fait prisonnier et puni, par la mort, de son apostasie et de sa trahison. A la mort de Pelage, son fils lui succéda ; puis vint Alphonse le Catholique qui, profitant des dissensions élevées entre les Maures et les Arabes, réunit aux Asturies la Galice, dont il chassa les Musulmans.
Arabes d'Orient»
&es «Ommiades et les ABïtoassâoles. — Nous avons vu que Mahomet, se sentant près de mourir, avait chargé son beau-père, Abou-Bekr, de le remplacer dans ses fonctions sacerdotales. Telle fut l'origine du /califat ou du vicariat du Prophète.
Les autres kalifes s'appelaient émirs, c'est-à-dire princes ou commandants. Ceux qui succédèrent à Abou-Bekr furent : Omar, qui fit brûler la bibliothèque d'Alexandrie ; Osmam-Ali, gendre de Mahomet, qui, entreprenant d'abaisser les Ommiades, dont l'ambition lui portait ombrage, voulut retirer le gouvernement de Syrie à Moavyah, perdit le kalifat, et mourut assassiné à Caffa.
Son fils Hassan fit de vaines tentatives pour lui succéder, et fut assassiné par sa femme. C'est alors que s'éleva la première famille héréditaire appelée Ommiade, parce que Moavyah, le premier de ces kalifes, l'tait le petit-fils d'Ommiah, l'un des princes de la Mecque, de la tribu des Koraïchites.
Ce fut sous cette dynastie qu'eut lieu la conquête de l'Afrique par Hassan, lieutenant du kalife Abdel-Méleck, et Mousa-ben-Naseïr, lieutenant de Walid, qui en acheva la soumission en 698, et força les habitants à embrasser la religion et les mœurs des conquérants ; la conquête de l'Espagne, les invasions en France, et la soumission d'une partie de l'Asie appartiennent aussi à l'époque des Ommiades. Alamortd'Omar II, le parti des Alicles voulut replacer sur le trône les légitimes descendants du Prophète ; mais, découragé par la pusillanimité des émirs de la race d'Ali, il se réunit en faveur des Abbassides, qui tiraient leur origine d'Abbas, oncle de Mahomet. Alors commença, sous Merwan II, la sanglante querelle des Noirs et des Bta?ics ou d'Abbas et d'Ommiah ; /la famille des Abbassides, victorieuse, succéda aux Ommiades, et devint ' célèbre. Leur chef est Abouls-Abbas (750). L'Egypte, la Mésopotamie, la Perse, furent conquises en une seule campagne.
L'empire des Arabes, sous les Abbassides, fut aussi considérable que celui des Romains, puisqu'il s'étendait, à l'époque du kalifat de Cordoue (en 756), de l'Océan Atlantique jusqu'au-delà du fleuve Indus, et avait pour bornes, au sud, les déserts de l'Afrique et les bords de l'océan Indien; il s'étendait en Europe jusqu'aux Pyrénées; il était borné au nord par la Méditerranée, et en Asie par la chaîne du Caucase, la mer Caspienne, les déserts au nord de l'Iaxartes et enfin les montagnes de l'Asie intérieure, bornes occidentales, de l'empire chinois. A Abouls- Abbas, premier kalife abbasside, succéda son frère Al-Manzor (754- 775). Il fonda la ville de Bagdad, qui devint la capitale du kalifat oriental.
KasStfat d'Occident. — Un descendant de Merwan I, Abdérame, avait échappé avec son fils au massacre de la famille des Ommiades et se tenait caché en Afrique. Il passa de là en Espagne où l'appelaient plusieurs Cheiks , se fit proclamer émir à Cordoue, et fonda ainsi le kalifat d'Occident (756-787). Les guerres qu'il lut obligé de soutenir contre les partisans des Abbassides l'empêchèrent de défendre ses possessions d'au-delà des Pyrénées, et lui firent perdre la Septimanie. Sous Issem I et Al-Hakkham I (de 787 à 822), les dissensions intérieures favorisèrent les progrès des chrétiens, qui avaient à leur tête Alphonse-le- Chaste, roi d'Oviédo.
L'époque du kalifat d'Occident est l'époque de la plus grande puissance des Sarrasins par l'étendue de leurs conquêtes, et de leur plus grande gloire par leur amour pour les sciences et par les progrès qu'ils y firent.
Observations snr les conséquences de l'irruption des Arabes en Espagne.
La conquête de l'Espagne par les Arabes produisit quelques effets salutaires pour l'Europe, qui lui doit en partie sa civilisation. Le goût des lettres se communiqua bientôt de Bagdad au Kaire, et des bords de
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l'Euphrate et du Nil au Tage. Les mathématiques, l'astronomie, la chimie, la botanique, la médecine étaient les sciences que les Sarrasins affectionnaient le plus ; ils excellaient dans la poésie, dans l'art de conter avec agrément. lihazès, Averrhoès, Avicenne sont du nombre de leurs philosophes célèbres.
Ainsi l'Espagne mahométane cultivant plusieurs sciences peu connues dans le reste de l'Europe, les chrétiens occidentaux s'y rendaient fréquemment pour se livrer à l'étude dans les écoles de Cordoue.
L'agriculture , les manufactures et la navigation durent beaucoup aux Arabes; leurs tapis et leurs broderies d'or et d'argent, leurs tissus de soie et ouvrages d'acier et de cuir, jouirent longtemps d'une perfection inconnue chez les autres nations de l'Europe. L'énumération décimale que les Arabes rapportèrent des Indes , les chiffres indiens que le moine Gerbert , qui devint le pape Sylvestre II , nous rapporta de la Péninsule, et auxquels la reconnaissance de l'Occident a donné le nom de chiffres arabes ; l'usage du papier de coton, de la poudre à canon, tout cela nous est venu de ces peuples, et principalement des Arabes d'Espagne. Le mot algèbre montrerait seul que c'est à eux qu'on doit cette langue merveilleuse, qui fit tant avancer les sciences, en abrégeant et facilitant le travail ; le nom arabe d'almanach est le premier qu'ils donnèrent à leurs recueils astronomiques. Enfin , il ne faut pas oublier cette architecture de la mosquée de Cordoue et du palais de Grenade, mélange de la grâce et de la pureté grecques avec le grandiose, et qui, s'unissant plus tard avec la grave architecture germanique, devait former cette architecture mixte que nous avons appelée gothique , et à laquelle nous devons de si beaux monuments.
fèa-©Mia-a!-B6.ïBsc3ii«8 ou le «gaasie ILalife. — Aroun était le cinquième kalife de la race des Abbassides ; il monta sur le trône en 786 et mourut en 809. C'était un prince inconcevable par le mélange de ses bonnes et de ses mauvaises qualités : brave , magnifique , libéral , mais perfide, capricieux, ingrat. Il répandit des bienfaits sur ses peuples et fit périr la famille des Barmécides, à laquelle il devait une partie de sa gloire. Il avait donné sa sœur en mariage à Giafar Barmécide, son favori; mais il lui imposa la condition de vivre avec sa compagne comme s'il eût été son frère, soit que sa politique craignît la fécondité de cet hymen, soit qu'il eût ressenti un funeste amour pour cette princesse, que la proximité du sang lui défendait de posséder. Barmécide manqua à sa promesse , et le kalife le condamna au dernier supplice avec cinquante des siens. Ses conquêtes s'étendirent depuis l'Espagne jusqu'aux Indes. Huit batailles qu'il gagna en personne , les arts et les sciences ranimées, les gens de lettres protégés , ont rendu son nom illustre. Ce kalife fit présent à Charlemagne, pour lequel il avait beaucoup de considération , d'une clepsijdre ou horloge d'eau , et d'un jeu d'échecs. C'est à lui que les Français doivent leurs meilleures espèces de fruits et de légumes.
Un seul trait fera connaître l'administration de ce prince : une femme
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va se plaindre à lui que ses soldats, dans leur marche, oui fait de grands ravages sur ses terres. Aroun lui rappelle qu'il est dit dans le Koran : « Lorsque les armées des grands princes vont en campagne, les sujets » sur les terres desquels elles passent doivent souffrir. — Oui, prince, » réplique cette femme, mais il dit aussi que les terres de ces princes » qui permettent l'injustice seront désolées. » Aroun lui fit rendre ce qu'elle avait perdu, et la combla de présents et d'éloges.
Aroun partagea, avant sa mort, son vaste empire entre ses trois fils, Amyn (809), Mamoun (813) etMotassem (833). Le règne d'Amyn ne présente que commotions et guerres civiles entre ce kalife et son frère Al-Mamoun. Son excessive indolence lui fait abandonner les rênes de son gouvernement à Aî-Fadel , qui donne à son maître le dangereux conseil de changer la succession, conseil fatal qui précipite Amyn du trône, sur lequel monte Al-Mamoun (813).
Lecture : De l'Espagne, par Viardot; tragédie des Barmêcides, par Laharpe
Empire romain d'Orient
Depuis la mort d'Héraclius (641) jusqu'à l'avènement des Comnènes (1081), les annales byzantines présentent une succession uniforme de crimes, rarement interrompue par l'apparition de quelque prince guerrier, plus rarement encore par celle d'un prince vertueux. Au milieu de révolutions sans intérêt et d'usurpations sans grandeur, une superstition universelle dégrade le culte et la morale publique, en donnant matière aux plus indécentes querelles religieuses, et en servant d'instrument à la politique. Nous signalerons dans cette période les querelles religieuses, le schisme de l'Église grecque, les guerres avec les Russes, avec les Bulgares, contre les musulmans et les Turcs Seldjoucides ; nous nous arrêterons à la guerre des iconoclastes.
Léon III l'Isaurien (717), empereur d'Orient, humilié des reproches d'idolâtrie que lui adressaient les musulmans, ordonna la destruction des images. Une secte d'iconoclastes ou briseurs d'images se forma dans l'Orient ; elle s'attacha à la lettre de la loi de Moïse, qui défend de rendre aucun culte à des idoles. Le pape Grégoire II se déclara contre l'empereur et condamna son édit, au deuxième concile de Nicée (787). Sous le règne des empereurs iconoclastes, cette ardeur, poussée à l'enthousiasme, fit cesser les travaux des artistes ; les églises, les monuments furent détruits de toutes parts. Ce ne fut qu'au temps de l'impératrice Théodora que les arts reprirent quelque empire à Constantinople (842).
Constantin IV Copronyme (l'ordurier) proscrivit, comme son père , 'Isaurien, le culte des images ; son fils Léon IV (775) se conduisit d'auprès les mêmes principes ; il avait épousé l'athénienne Irène, qui eut à sa mort (780) la régence de l'empire, et qui changea de système.
ïrècse. — Cette princesse remporta de grands avantages sur les Sarrasins et les Bulgares, et convoqua à Nicée un concile contre les iconoclastes. Dans la suite, son fils Constantin Porphijrogénète, voulant
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s'affranchir de sa dépendance, l'exila. Mais des pavtis se formèrent et 1» replacèrent sur le trône. Constantin fut renfermé dans un monastère, où on le priva de la vue ; Irène régna seule. Elle ne jouit pas longtemps de son triomphe; le trésorier Nicéphore la détrôna (802), et la relégua à Mytilène, où elle mourut peu après dans l'indigence. Elle a été, par ses crimes, la Frédégonde de l'Orient. Lecture : Irène, tragédie de Voltaire.
ÉGLISE
SBemys le Petîié, abbé romain, Scythe de naissance, qui vécut du temps de l'empereur Justinien, vers l'an de J.-C. 530, fut l'auteur de l'ère vulgaire, qui reçut sa forme actuelle vers l'an 720, par les soins de Bèrfe le Vénérable, moine anglais. Des chronologistes modernes ont fait observer que Denys et Bède s'étaient trompés dans leurs calculs, et font remonter la naissance de J.-G. jusqu'à trente-quatre ans plus haut. C'est ce qui a donné lieu à la distinction entre l'ère véritable de J.-C. et Y ère vulgaire ou dyonisienne que l'usage a consacrée. Cependant cette ère ne fut adoptée par les rois de France que depuis la fin du 9e siècle, et par les papes seulement depuis le 11e.
Puissance temporelle des Papes.
Six causes générales contribuèrent, surtout, à établir le pouvoir du clergé :
1° Le respect universel qu'ont inspiré les papes aux peuples par une longue succession de saints pontifes ;
2° Les services qu'ils ont rendus aux peuples de l'Italie en les sauvant de la fureur des Barbares ;
3° Les vastes domaines des évoques, qui leur firent prendre place dans cette hiérarchie de grands propriétaires à laquelle la société européenne a si longtemps appartenu ;
U° Leur intervention dans le Tégime municipal et la prépondérance qu'ils acquirent, en recueillant directement ou indirectement l'héritage des anciennes magistratures ;
5° Leur qualité de conseillers du pouvoir temporel, qui les mit à môme d'entourer les nouveaux rois et de les diriger dans leurs essais de gouvernement ;
6° Une dernière cause, plus puissante peut-être que les cinq premières, qui semblent n'en être que des conséquences, est la constitution de l'Église à cette époque. Le clergé formait alors un corps, une hiérarchie, une société complète, indépendante, possédant de nombreux moyens d'action. Seul il était fort et constitué au milieu de la faiblesse et du chaos des autres institutions ; seul il était éclairé au milieu des ténèbres générales. Le pouvoir spirituel, dominant, par les doctrines, les pensées et les volontés de tous, se trouvant ainsi à la tête de l'activité intellectuelle humaine, ne devait natrellement pas tarder à
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saisir le pouvoir temporel et à s'arroger le gouvernement du monde. D'un autre côté, l'Église, profitant habilement de l'état de désordre et de violence où se trouvait la puissance temporelle, devint, en défendant les peuples contre les rois, la protectrice des uns, la rivale des autres, et les domina tous.
C'est sur ces bases que s'éleva dans les États naissants le pouvoir épiscopal.
Deux circonstances particulières amenèrent une étroite alliance entre la royauté et la papauté : le péril que les Lombards faisaient courir aux papes, et le besoin que Pépin le Bref eut du pape pour faire sanctionner son titre de roi. Cette alliance remarquable est une véritable révolution politique : dans l'ordre civil la royauté prévalut; dans l'ordre religieux la papauté. Ainsi s'éleva une nouvelle race de souverains.
Le clergé, depuis cette époque, vit tous les jours augmenter sa puissance. Il s'assembla des synodes fréquents qui donnèrent plus d'unité et de force à son action, et, les papes à sa tête, il parvint à exercer une sorte de suprématie qui changea la face du monde barbare par le contre-poids salutaire qu'elle opposa à la force brutale des conquérants.
R'ature dGB'influcaace de l'Église saar la civilisation. — Epi
présence de la puissance de l'Église et de sa haute influence, nous devons dire en quelques mots quelle fut la nature de cette influence sur la civilisation.
Quoiqu'elle niât le droit d'examen dans les faits révélés, et voulût enlever à la pensée sa liberté, elle ne laissa pas pourtant de lui être favorable et de la développer. Ses conciles, où l'on procède par la délibération commune, ses écrits contre les hérésies, où elle est obligée d'employer la discussion, et souvent une discussion logique et profonde, entretiennent, excitent l'activité humaine, et telle est dans son sein l'énergie de la vie intellectuelle, que, malgré sa doctrine et ses principes, ce qui éclate de toutes parts en elle, c'est l'exercice de la raison et de la liberté. La distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, que firent d'abord les hommes d'église pour se rendre indépendants, se soustraire à la brutalité des conquérants barbares, et qu'ils ne respectèrent pas assez dans la suite; cette distinction , en soutenant l'indépendance du monde intellectuel en général , prépara l'indépendance du monde intellectuel individuel, l'indépendance de la pensée. Elle provoquait encore l'activité générale des esprits par la carrière qu'elle offrait à tous ceux qu'elle jugeait capables de la servir, carrière ouverte à tous les talents, à toutes les nobles ambitions de la nature humaine.
Sous le rapport intellectuel, l'influence de l'Église fut donc salutaire, et il ne faut pas 8e plaindre si le développement qu'elle imprima à l'Europe fut essentiellement théologique ; il n'en pouvait être autrement, et son système de doctrine et de préceptes était encore bien supérieur à tout ce qu'avait connu le monde ancien.
LE MONDE