‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 103 sur 166 · DE LA FÉODALITÉ · texte numérisé non relu

DE LA FÉODALITÉ

C'est sons les premiers successeurs de Chariemagne qu'achève de se constituer la féodalité. Mais sans être entièrement déterminée, sans former une institution complète, elle existais en germe depuis longtemps, et c'est dans le commencement de la monarchie, à l'époque de la conquête, qu'il faut remonter pour trouver son origine. Nous rencontrons sous la première race les qualifications qui composèrent dans la suite la terminologie féodale ; seulement alors elles désignaient des charges, tandis que plus tard elles devinrent des titres, et représentèrent des droits au lieu d'exprimer des fonctions. L'histoire nous explique assez comment s'est opéré ce changement.

Primitivement les ducs étaient des gouverneurs de provinces, chargés de faire exécuter les ordres du roi, de lever les

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impôts déterminés par le monarque ou les assemblées nationales, et de commander les hommes armés. Leur traitement consistait dans les revenus des domaines qui leur étaient assignés. Les Comtes rendaient la justice dans les cités ou diocèses qui leur étaient confiés, levaient les impôts, étaient à la tête des guerriers de leur arrondissement, et relevaient des Ducs. Leur traitement était aussi le revenu des domaines qui leur étaient assignés. Lorsqu'ils étaient appelés à la défense de quelque frontière, on les appelait marck-grafs, c'est-à-dire comtes de marche ou de frontière, d'où est venu notre mot français Marquis. Dans l'administration de la justice, ils avaient des assesseurs ou échevins, et des officiers inférieurs, appelés centeniers à cause du nombre d'hommes libres auxquels ils étaient préposés ; les Comtes leur assignaient pour traitement quelque domaine ou quelque droit.

Sous les rois fainéants de la première race, ces grands officiers de la couronne avaient étendu leurs attributions et augmenté leur puissance; leurs charges, à quelques-uns, devinrent inamovibles. Pépin confirma leurs usurpations pour se les attacher, et enfin Gharles-le-Chauve, par le capitulaire de Kierzy, en 877, autorisa la transmission héréditaire des duchés et des comtés, et changea ainsi l'essence de l'ancienne constitution. Les offices de Ducs et de Comtes devinrent par là de véritables fiefs, qui eurent sous leur mouvance les anciens fiefs territoriaux compris dans le ressort de leur juridiction, et ainsi se constitua le gouvernement féodal.

Ces anciens fiefs étaient possédés par les Barons, hommes puissants par leurs terres, leurs serfs et leurs clients. Leurs propriétés étaient de deux espèces : les terres leur appartenant en propre, sans aucune obligation ni condition particulière, portaientlenom de terres-franches ou francs-alleux, et faisaient nommer leurs possesseurs Leudes ; ou bien elles composaient des fiefs assujettis à des prestations, à des redevances, à certains services ; et ceux qui en jouissaient étaient les vassaux du roi : la première espèce seule était héréditaire.

Ces fiefs prirent naissance au moment de l'invasion où les guerriers recevaient de la part de leur chef une portion de territoire à condition d'un service militaire, et ils étaient d'abord appelés bénéfices. Les rois mérovingiens, qui possédaient d'immenses domaines, fruit de la conquête, les démembrèrent pour en constituer des fiefs en faveur des guerriers ou des favoris,

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et nous voyons Charles-Martel partager entre ses Leudes ou Antrustions à titre de bénéfices, les biens des églises qu'il avait dépouillées. Ces bénéfices furent d'abord temporaires, puis à vie, et enfin devinrent héréditaires, ainsi que les alleux, et c'est alors qu'ils prirent le nom de fiefs. Le régime féodal devint donc une intime combinaison de l'état des personnes avec l'état des choses.

Les vassaux du roi donnèrent à leur tour des bénéfices à des hommes libres ou à des affranchis qui reconnurent leur suzeraineté et s'obligèrent aussi à un service militaire et à une redevance annuelle ; ou bien ils reçurent des hommes libres opprimés, comme nous l'apprend Salvien, la propriété de leurs terres, pour les défendre. Par la suite, ils la leur rendirent à condition qu'ils prendraient les armes pour leurs protecteurs, et de là la formation des arrière-fiefs. De cet ordre de choses étaient nés des droits et des devoirs réciproques entre les suzerains et les vassaux, et laféodalué formait ainsi une chaîne d'obligations qui s'étendaient du roi jusqu'au dernier de ses sujets. C'est ce qu'exprime parfaitement le mot Féodalité, du latin fœdus qui signifie alliance. Mais ce régime, qui aurait pu être si sage, subit par degrés les plus funestes altérations par l'injustice et les cruautés des seigneurs envers leurs subordonnés.

A l'époque de la féodalité, les terres étaient de trois espèces:

4° Les Alleux. C'est ainsi que l'on appelait les terres qui n'étaient point soumises à la féodalité; on leur donnait aussi le nom de Terres libres : il y en avait très peu de cette espèce. Les alleux étaient de deux sortes, le noble et le roturier ; le noble était celui qui entraînait justice ou mouvance ; le roturier était celui auquel ces conditions manquaient.

2° Les Terres nobles. C'étaient les fiefs, qui se subdivisaient en deux parties : les fiefs simples, et les fiefs de dignités ou terres titrées, savoir : les duchés, les comtés, les baronnies, et par la suite les vidamies.

Quelquefois le fief se changeait en alleu, mais l'alleu finit presque toujours par se perdre dans le fief.

3° Les Rotures. On appelait ainsi certaines terres relevant de fiefs possédés par des roturiers soumis à la féodalité et sujets des seigneurs.

Si de l'état des terres nous passons à celui des personnes,

sous le régime féodal, nous distinguons quatre classes principales :

\° Les Hommes libres, propriétaires de biens allodiaux, et jouissant de tous les droits civils et politiques. On les nommait Arimans ; ils étaient peu nombreux, et par la suite ils devinrent seigneurs.

2a Les Seigneurs, suzerains et vassaux tout à la fois, possédant les fiefs dans lesquels ils exerçaient la souveraineté, en battant monnaie, levant des impôts et rendant la justice. Ils formaient, depuis le roi jusqu'au vidame et à Pécuyer, une hiérarchie qu'il est utile de faire connaître.

Le roi était le premier seigneur, le suzerain universel. Cependant, quand il possédait des terres dans la mouvance d'une seigneurie, il devenait lui-même vassal du possesseur de cette seigneurie ; mais alors il se faisait représenter pour prêter, comme vassal, foi et hommage à son propre vassal.

On distinguait deux classes de vassaux :

•1° Les Vassaux majeurs , relevant immédiatement de la couronne, tels que les Ducs, qui étaient les premiers, et quelques comtes puissants à qui le roi avait accordé ce privilège.

2° Les Vassaux mineurs , subordonnés ou aux vassaux majeurs comme les Comtes, ou à d'autres vassaux mineurs, auxquels ils rendaient foi et hommage pour les fiefs qu'ils tenaient d'eux. Ainsi le Figuier était le vassal du Comte • le Baron, celui du Viguier-, le Chevalier était soumis au Baron, et VEcuyer reconnaissait la suzeraineté du chevalier.

L'hommage était lige ou simple. L'homme lige s'engageait à servir en personne son seigneur; le vassal simple pouvait fournir un remplaçant. Tantôt le vassal était obligé àplège ou hpléjure, tantôt à service de corps, à devenir caution ou champion pour son seigneur. Tout vassal était obligé, sous peine de dégradation ou de confiscation, de prendre part aux querelles de son suzerain, d'embrasser son parti, et de lui fournir pour la guerre le nombre d'hommes que comportait son fief. Les vassaux pouvaient prendre les armes contre leur suzerain pour déni de justice, pour vengeance de famille, et dans quelques autres cas déterminés. Alors le roi, loin de traiter de rebelles les vassaux insurgés, déclarait qu'ils devaient obéir à leur suzerain immédiat et le suivre à la guerre sous peine de

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félonie. Le vassal devait à son seigneur une aide d'argent ou une aide militaire.

Les services militaires consistaient dans Vost ou chevauchée, où les vassaux étaient appelés en temps de guerre après la/ convocation du ban et de Y arrière-ban. .

Le ban était la convocation faite parle roi aux gentilshommes»» vassaux immédiats de la couronne.

Varrière-ban était la convocation faite par ces derniers aux vassaux mineurs, et se composait de leurs tenants et coutumiers, c'est-à-dire de ceux qui se trouvaient dans leur mouvance ou juridiction.

L'importance du fief réglait non- seulement le nombre d'hommes, mais encore le genre de service et de prestations, l'espèce d'armes et la qualité des équipages.

Le fief banneret fournissait vingt-cinq hommes d'armes complètement équipés, et chaque homme d'armes avait deux archers bien montés, un page et un varlet, avec chacun leur cheval.

Le fief de haubert devait un cavalier armé de toutes pièces, bien monté et accompagné de deux ou trois varlets.

Le fief de simple écuyer ne fournissait qu'un vassal armé à la légère.

Tous ceux qui étaient tenus du ban et de l'arrière-ban devaient ainsi, à leurs frais, un service de trois mois dans le royaume, et de quarante jours au delà des frontières, sans compter le temps de se rendre au camp. Les femmes envoyaient des hommes d'armes en leur nom, et les évêques et abbés étaient contraints de se présenter eux-mêmes.

3° La troisième classe de personnes comprenait les Colons tributaires et les Affranchis, qui, libres de leurs personnes, payaient au seigneur une redevance annuelle sur le produit de leurs terres, mais n'étaient tenus à son égard ni d'hommage ni de service militaire.

4° Les Serfs composaient la dernière classe. Le serf attaché à la terre qu'il cultivait était transmis avec elle et s'en pouvait être arraché. Les serfs qui remplissaient quelques offices auprès de leur seigneur étaient appelés ministériaux. Quelquefois ils devenaient les vassaux de leur maître qui leur donnait une certaine étendue de terrain à charge d'hommage; d'où vient qu'on a souvent confondu vasselage et ministérialité.

Le servage féodal était une modification de l'esclavage gau-

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lois et romain. La différence consistait en ce que l'esclave était entièrement dépendant de la volonté ou du caprice de son maitre et lui appartenait en propriété sans aucune rétribution, tandis que le serf appartenait plutôt à la terre ou au château qu'au seigneur, et qu'il obtenait souvent quelques conditions favorables à son intérêt.

Droits et Privilèges du Seigneur.

Les droits seigneuriaux étaient de quatre sortes : militaires, fiscaux, honorifiques et judiciaires. Nous avons déjà vu ce qu'étaient les droits militaires. Les droits fiscaux étaient des impôts que les seigneurs pouvaient établir dans leurs domaines, les taxes qu'ils y prélevaient. Ainsi les biens d'un enfant naturel, serf, roturier ou main-mortable, qui mourait sans héritier, revenaient au seigneur. Le seigneur s'emparait des choses perdues , de la dépouille des naufragés, de la succession des étrangers ; c'était ce qu'on nommait les épaves et le droit d'aubaine. Les droits honorifiques servaient de marques à une souveraineté locale. Il faut ranger parmi ces derniers ces sortes de divertissements rustiques qu'on peut regarder comme les abus de la force et les effets d'un bizarre caprice. Ainsi le serf ou le vassal apportait au seigneur une alloueite traînée sur un char attelé de quatre bœufs, était obligé de contrefaire l'ivrogne ou de baiser la serrure, et une foule d'autres usages aussi grossiers qu'absurdes. La justice seigneuriale était arbitraire, et le seigneur prononçait en souverain. L'appel aux justices royales était permis non de droit, mais de doléance, et à la porte de chaque chef-lieu des seigneuries, dit Chateaubriand, s'élevait un gibet composé de quatre piliers de pierre, d'où pendaient des squelettes cliquetants.

Quant aux privilèges, le gentilhomme ne payait pas la taxe personnelle, ne logeait point de gens de guerre, avait seul le droit de chasse et pouvait faire mourir un de ses serfs ou de ses vassaux, si ce malheureux avait tué un lièvre de ses garennes, un pigeon de son colombier, un chevreuil de ses forêts. Une foule d'autres privilèges lui étaient encore accordés par les coutumes particulières.

Quatre causes soutenaient la féodalité :

1° L'asservissement dans lequel le despotisme des seigneurs tenait le peuple, qui était alors sans énergie ;

â° L'égalité des forces entre les principaux seigneurs, et

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entre ceux-ci et le roi, ce qui les rendait tous également incapables de prendre l'ascendant les uns sur les autres ;

3° La souveraineté des justices des seigneurs qui régirent longtemps eux- mêmes leurs terres, sans qu'aucune puissance supérieure pût réviser leurs jugements ;

4° Le droit de guerre que chaque seigneur possédait.

Conséquences de la Féodalité.

L'exercice continuel des armes, chez une noblesse fière, intrépide, active, et toujours en guerre ou pour elle-même ou pour ses suzerains, les liens qui unissaient entre eux les possesseurs de fiefs et d'où découla le principe du dévouement, de la loyauté, de la fidélité aux engagements, enfantèrent la chevalerie; le langage de l'honneur tempéra la barbarie du langage féodal, et l'honneur remplaça l'instruction. La vie de château favorisa les développements de l'existence domestique, resserra les liens de la famille, et ce fut alors que la femme acquit une importance qui devint de plus en plus grande. Mon Dieu, ma dame et mon roi, telle fut bientôt la devise du chevalier.

L'esprit d'hérédité, étant inhérent à l'esprit de famille, ne prit nulle part un aussi grand développement que dans la féodalité. C'est là l'effet de la nature de la propriété à laquelle la famille était incorporée. Transformant toutes les existences en modes de possession territoriale, elle introduisit nécessairement cette hérédité, règle naturelle de transmission des successions privées, et détruisit l'élection, règle naturelle de transmission pour les emplois publics.

C'est encore de la féodalité, c'est-à-dire de cette foule de grandes et petites souverainetés indépendantes qu'est sortie l'unité monarchique, la France moderne, telle que nous la voyons aujourd'hui. En effet, les seigneurs s'étant reconnus astreints d'une manière régulière et générale à la loi de l'allégeance et de la féauté, l'obligation entre le vassal et le suzerain fut d'abord le lien réciproque ; mais peu à peu les rois recouvrant des fiefs par héritage ou confiscation, s'affranchirent; de cette gêne et continuèrent à exiger gratuitement la fidélité et la sujétion féodales. De là la monarchie absolue.

Quoique radicalement mauvaise en elle-même sous le point de vue social, n'ayant pu fonder ni ordre légal ni garanties politiques, n'ayant pu se régulariser ni s'étendre, la forme féo-

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dale conserva cependant et sut faire valoir dans la société européenne, le droit de résistance, auquel la plupart des peuples modernes doivent leur liberté.

Louis-le-Gros détruisit l'asservissement du peuple en établissant les communes ; institution qui permet! ait aux membres de chaque commune de s'assembler, de délibérer, de gouverner et de veiller à leur sûreté.

Philippe-Auguste détruisit l'égalité des forces, en confisquant à son profit les terres que Jean sans Terre possédait en France, ce qui le mit à même d'avoir une armée capable d'imposer aux grands vassaux.

Saint Louis détruisit la souveraineté des justices seigneuriales en établissant, dans tout son royaume, des tribunaux pour rendre la justice, et en admettant l'appel dujugementdes seigneurs.

Phiiippe-le-Bcl sut faire cesser les guerres que les seigneurs se faisaient entre eux, et faisaient souvent même aux rois, en établissant une monnaie commune pour toute la France. Les seigneurs, qui jusque-là battaient monnaie, et pouvaient avec leurs richesses suffire aux frais de la guerre, se virent contraints d'y renoncer.

Ainsi que nous venons de le voir, les quatre soutiens de la féodalité étaient détruits sous le règne de Philippe-le-Bel ; mais les fiefs subsistèrent encore jusqu'au règne de Louis XVI, où la révolution vint les renverser en 1789.

Lecture : Histoire de la civilisation en Europe, par Guizot ; — Gaule poétique à l'article Féodalité, par Marchangy ; — Les Eludes historiques, par Chateaubriand ; — Esprit des Lois, par Montesquieu ; — Histoire antique de l'établissement de la monarchie française, par l'abbé Dubois; — Lettres sur l'Histoire ae France, par A. Thierry.

A faire ■ Tableau de la féodalité.

Me® successeurs de GiHurlesaleBCuauTty Jus»

qu'à dharles-Ie-Sluiiaple. —Les progrès de la féodalité et les ravages des Normands, des Esclavons et des Hongrois, continuèrent sous les successeurs de Charles- le-Chauve (Louis lî, le Bègue, 877-879 ; — Louis III et Garioman 879- 884, et Louis le Germanique, en Allemagne). -- Charles~le- Gros, son troisième fils, appelé à gouverner la France à la mort de Garioman, à l'exclusion de Gharles-le-Simple, fils de Louis-le- Bègue, réunit sous son sceptre la plupart des pays qui avaient composé l'empire de Charlemagne (884). Ce prince fut incapable de maintenir son autorité contre Pin-

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subordination des vassaux; la lâcheté dont il fit preuve au siège de Paris (885-886), que le comte Eudes, fils Robert-le- Fori, et l'évêque Godin défendirent vaillamment contre les Nornands, acheva de le rendre méprisable et le fit déposer successivement par les Italiens, les Allemands et les Français à la diète de Tribur (881).

Cette déposition, suiviede la mort de l'empereur(888), sépara à jamais les peuples qui avaient obéi à Charlemagne; Guy, duc de Spolète, et Bérenger, duc de Frioul, deux princes du sang carlovingien, se disputèrent la couronne d'Italie. Les Allemands décernèrent la royauté à Arnoul, duc de Carinthie, fils naturel de Carioman, roi de Bavière et d'Italie. Les seigneurs de France élurent roi Eudes, comte de Paris, pour le récompenser des services qu'il leur avait rendus contre les Normands. C'est la victoire des Neustriens contre les Austrasiens.

C'est à la même époque (888) que se forma, sous Rodolphe Guelfe (Welf), arrière-petit- (ils de l'impératrice Judith, le royaume de la Bourgogne transjurane, par la réunion d'une partie de la Savoie, du Valais, du pays de Genève et de la Suisse occidentale.

Fseé©I^ MstforËque et généalogique de la sm&ia

son de Bourgogne.— Les plus célèbres d'entre les Celtes, les Eduens, habitaient encore la Saône et la Loire, c'est-àdire une pariie du pays nommé depuis la Bourgogne, et compris sous les Romains dans la Première Lyonnaise.

En 415, le pays des Eduens fut envahi par les Burgundes, peuple belliqueux, dont l'origine est incertaine, mais qui, suivant Pline, était vandale. Les Burgundes ou Bourguignons avaient alors pour roi Gundi'tihaire ; ils s'emparèrent insensiblement du pays entre le Rhône et les Alpes, et le royaume qu'ils fondèrent fut gouverné par cinq rois jusqu'en 534 ; il tomba alors au pouvoir des Francs, qui se le partagèrent.

Clotaire î, qui survécut à ses frères, réunit à la monarchie Iran que tout le royaume de Bourgogne , à sa mort, il devint un royaume particulier.

Les Carlovingiens le confondirent de nouveau avec la monarchie, et lors du parlage de la France entre les enfants de Louis-le-Débonnaire, Charles-le-Chauveeut la partie de l'ancien royaume de Bourgogne située à la droite de la Saône, et connue, depuis cette époque, sous le nom de duché de Bourgogne. Lothaire eut le reste de ce royaume.

En 855, deux fils de Lothaire héritèrent du royaume de Bourgogne : Lothaire eut la Bourgogne transjurane, c'est-àdire, la Suisse et la Franche-Comté, avec quelques portions de l'Alsace ; et Charles, la Bourgogne cisjurane, qui comprenait les pays situés entre la Saône, le Rhône, la mer et les Alpes.

Charles-le-Chauve confia le gouvernement de la Bourgogne cisjurane, à son beau-frère Bozon, qui, en 879, se fit élire roi de ce pays, connu depuis sous le nom de royaume d'Arles ou de Provence. Son fils Louis, qui lui succéda, conquit une partie de fltalie et porta le titre d'empereur.

La Bourgogne transjurane, échue à Louis-le-Germanique, fils de Lothaire, lui fut bientôt enlevée par Rodolphe, qui se fit couronner roi à Saint-Maurice en Valais (888), et depuis ce temps elle eut ses rois particuliers.

Les deux Bourgognes furent réunies sous Conrad le Salique; empereur d'Allemagne, en 1223; mais ses successeurs, et même les Souahes Hohenstaufen, n'eurent que le titre de rois et les hommages qui y étaient attachés. Le vaste pays de Bourgogne, profitant des querelles de l'empire avec les papes, se démembra presque aussitôt.

L'existence du duché de Bourgogne date, comme nous l'avons dit, du règne de Charles-le-Chauve (863). Eudes, troisième duc de Bourgogne, fut élu roi de France en 888 ; les ducs continuèrent à tenir ce duché jusqu'en 1001, époque à laquelle il retourna au roi Robert le Pieux, qui en fit porter le titre à Henri, son second fils.

Henri I, en montant sur le trône de France, donna, en 10 32, le duché de Bourgogne à la race capétienne. Cette branche subsista trois cent vingt-neuf ans, sous douze ducs, et s'éteignit en 1 361 , dans la personne de Philippe de Rouvres.

Le duché de Bourgogne passa alors à Jean il, roi de France, par sa mère, Jeanne de Bourgogne, grand'tante du dernier duc. Jean le donna à son quatrième fils, Philippe, surnommé le Hardi. Ce dernier prince fut la souche de la seconde branche des ducs de Bourgogne, qui finit avec Charles, dit le Téméraire, en 1477, après avoir duré cent treize ans, sous quatre ducs. Ce fut alors que Louis XI réunit pour toujours le duché de Bourgogne à la couronne de France.

Marie de Bourgogne, unique héritière de Charles-le-Téméraire, fut forcée d'épouse* le prince Maximilien, archiduc

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d'Autriche ; elle lui apporta en dot le reste de ses vastes Etats. Ce mariage fut la cause de longues guerres entre les maisons de France et d'Autriche.

• Les ducs de Bourgogne de la première branche se sont montrés courageux et grands guerriers. Henri I, petit-fils de Robert, premier duc, passa en Espagne, vainquit les Maures, et prit le titre de comte de Portugal ; ce fut son fils, Alphonse Henriquez, qui lut le premier roi de ce pays (1139). On remarque particulièrement Hugues fl, qui accompagna saint Louis dans son voyage d'outre-mer, en 1248, et dont un des fils, Jean, seigneur deCharolais, épousa Agnès de Bourbon. De ce mariage naquit Bêatrix de Bourgogne, héritière de Bourbon , mariée à Robert de France, un des fils de saint Louis, dont la postérité prit le surnom de Bourbon. Elle descendait au quinzième degré de Robert-le-Fort.

La seconde branche des ducs de Bourgogne a jeté beaucoup plus d'éclat que la première, et son ambition a causé de grands désordres en France.

1° Philippe le Hardi, brave, puissant et habile, mais qui fut tellement prodigue, qu'à sa mort ses créanciers vendirent publiquement ses meubles (1 404). Il avait épousé Marguerite de Flandre, héritière de la Flandre, de l'Artois et de la Franche-Comté, de Nevers, de Réthel, veuve de Philippe de Rouvres.

2° Jean sa?is Peur, que l'on voit à la tête des guerres civiles sous Charles VI. Il fit assassiner Louis d'Orléans (f 407), et fut lui-même assassinée Montereau par Tanneguy-Duchâtel[\ 4 1 9).

3° Philippe le Bon, qui désola la France pour venger soi: père, en signant le traité de Troyes (1 420). Il hérita du Luxembourg, du Brabant, de la Hollande, et institua la Toison d'Or.

4° Charles le Téméraire, célèbre par son ambition, par sa politique et ses querelles avec Louis XL II fut tué devant Nancy en 1477. (Voir le quinzième siècle.)

Cette maison de Bourgogne donne une suite de princes bien funestes à la France par leur caractère et leur puissance; et, quand elle s'éteint, elle lui crée par son héritage, dans la maison d'Autriche , un rival et un voisin dangereux.

A» faire : Tableau généalogique des ducs de Bourgogne.

Lecture : Quelques passages de VHis(oire"des ducs de Bourgogne, pai M. de Barante ; les généalogies européennes, de l'auteur. — Histoire de France de l'auteur.

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