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A LA FIN DU ONZIÈME SIECLE

ÊPOÛUE DES CROISADES

De 1095 à 1273 de Jésus-Christ.

loiae et î'^î^usMagme sont les puissances dominantes de l'Occident ; toutes deux se sont arrogé le droit de créer les rois, et la première prétend à celui de les déposer. La querelle des investitures, commencée entre Henri IV et Grégoire VIÏ, met l'Europe en feu. Les grands saisissent cette occasion de s'élever à l'indépendance; l'anarchie règne dans les villes; des armées de brigands ravagent les campagnes, et la malheureuse Germanie éprouve à la fois tous les maux de la tyrannie et de la licence.

la France commence à reprendre une assiette un peu plus solide ; la trêve de Dieu, établie en 1041 par le clergé, faisant à de certains jours de la semaine déposer les armes aux fiers seigneurs, avait amorti l'esprit guerrier, éteint les haines, empêché les vengeances. Le nombre des petits tyrans était aussi diminué. Le corps féodal renferme des grands vassaux en état de se faire craindre. Les ducs de Normandie , devenus redoutables depuis la conquête de l'Angleterre, ont rendu tributaires les souverains mêmes de la Bretagne. V Aquitaine a des ducs qui régnent sur les vastes régions comprises entre la Loire et les Pyrénées, les Gévennes et l'Océan.

La plus grande partie du Languedoc obéit aux comtes de Toulouse.

Les comtes de Champagne possèdent la partie de la France qui porte le nom de cette province.

Les comtes de Flandre ajoutent à la possession de cette riche contre l'honneur de recevoir l'hommage de plusieurs de leurs voisins.

Les ducs de Bourgogne, attachés au monarque par les Liens les pli

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étroits du sang, peuvent l'aider de toutes les forces de ce premier duché du royaume. Le chef de ce corps de souverains domine depuis les rives de la Loire jusqu'à la Manche, et les droits attachés à sa dignité peuvent augmenter une puissance si considérable par elle-même. Enfin , pour être roi respectable, il ne manque à Philippe I que du génie et du courage; jouet de ses vassaux, esclave à la fois du plaisir et de la superstition, incapable de s'arracher à l'empire d'une femme qui le déshonore, et de repousser l'usurpation des papes qui le menacent, il languit dans une obscurité que partage la monarchie qu'il gouverne.

En Espagne , deux rois continuent d'être la terreur des Maures. Sanche-Ramire , qui a joint la Navarre à l'Aragon , presse les infidèles dans les parties orientales , pendant qu'Alphonse de Gastille , guidé par les lumières, soutenu par le courage, animé par les vertus de l'immortel Rodrigue, surnommé le Cid , leur enlève tous les jours de nouvelles villes dans les provinces du Midi.

En même temps le nouveau comte de Portugal tourne ses conquêtes vers l'Occident , et sa valeur arbore le signe du christianisme sur les rives du Tage.

1/ Angleterre 9 réunie sous le farouche Guillaume, souffre de son avarice, s'affermit par sa prudence, montre des fers aux Gaulois, présente déjà une marine qu'elle doit à ce prince ; et, tandis que les particuliers gémissent sous un maître rigoureux, l'état se fortifie sous un chef habile.

La fsolaême, accrue parles pertes de la Pologne, forme actuellement une puissance remarquable, et se range du côté de l'empereur, qui a donné à ses chefs le titre de roi.

E.a Hongrie , plus faible , soutient les intérêts des pontifes qui ont couronné ses princes.

La Pologne n'est plus que l'image de la confusion , sous des ducs sans génie et sans pouvoir»

I La Suède et le Danemark sont encore obscurs , et îa Russie est

bien loin d'aspirer à quelque gloire.

; La Pouîlle, la Calafcre et la Sielîe, réunies sous les braves Normands , se font respecter dans l'Europe , protègent l'Italie et sont l'effroi de l'empire grec.

1/Emnire grec, sapé par toutes les causes qui détruisent un état, parvenu enfin sur les bords du précipice, semble ne plus attendre qu'une main qui l'y pousse, et, s'il se soutient encore, ce n'est que par l'extrême prudence et la finesse singulière de son empereur, Alexis Comnène.

Venise etSJênes sont les uniques puissances maritimes que montre l'Occident. Maîtresses l'une et l'autre des mers, également actives et intelligentes dans un commerce immense, respectées toutes deux du chrétien et du musulman qu'elles servent en s'enrichissant, ces deux villes.

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rivales d'industrie et de pouvoir, commencent à se regarder avec un œil jaloux, et fomentent en secret le germe de ces querelles qui vont leur devenir si funestes.

!Les§ l&sslîffes «le ifiagdad, dépouillés entièrement de l'autorité du sceptre, n'ont plus que les vains honneurs de l'autel. Les Turcs ont fait une conquête fixe de leur empire. Cinq trônes sont occupés en Asie par ces Barbares : 1° celui de Perse, où domine un sultan, depuis les montagnes de l'Arménie jusqu'à l'Indus; 2° celui d'Antioclie , qui possède toute la Syrie ; 3° celui de Damas, qui possède la Palestine ; k° celui de Cilicie, qui a en partage la Cilicie et les provinces adjacentes; 5° celui de Nicée, où règne Soliman, qui gouverne la Bythinie et envoie des troupes porter la terreur au-delà du Bosphore.

Les Kàlifës du Kaire possèdent toujours l'Egypte ; mais ils voient avec effroi les Turcs, maîtres de la Judée, s'étendre jusqu'aux bords de l'isthme qui les sépare de l'Asie ; ils tremblent que ce peuple de conquérants , qui les regarde comme des hérétiques usurpateurs du sanctuaire, ne prenne le prétexte de la religion pour leur enlever un si riche apanage.

L'empire des Miramolins d'Afrique a eu le sort de tout état qui, fondé par la férocité, n'a pas été assuré par les lumières. Il est soumis aux rois du Maroc qui, maîtres des côtes de l'Océan Atlantique, ont adopté le culte des Miramolins en renversant leur trône. Ces princes , protecteurs des Sarrasins d'Espagne , passent souvent en Europe , et les armées nombreuses qu'ils traînent après eux sont les plus grands obstacles que les rois de Castille trouvent à une entière conquête.

Tel était l'état de notre hémisphère, lorsque l'enthousiasme fit éclore un événement dont les siècles passés n'avaient point offert d'exemple.

Tableau à faire : Les explications seront écrites dans les deux colonnes latérales; au centre sera tracée la carte de l'ancien continent à cette époque,

1SC- Siècle.

CARACTERE DU SIECLE

Réaction de l'Occident contre l'Orient. — Affranchissement des communes* — Renaissance du droit public.

SOMMAIRE

France. — 1118-1119. Affranchissement des communes par Louis VI. — Parlement. — 1119. Bataille de Brenneville.

Angleterre. — 1100. Henri I. — 1172. Conquête de l'Irlande par Henri II. — 1189. Kègne de Richard Cœur-de-Lion. — Guerres d'Angleterre.

Allemagne.— 1138. Maison de Souabe, Conrad III, les Guelfes et les Gibelins. — 1152. Règne de Frédéric Barberousse. —1190. Henri VI et Constance.

Enspire d'Orient — 1143. Règne de Manuel Comnène.

Suéde. — 1155. Eric en Suède.

Portugal. — 1139. Fondation du royaume de Portugal. — Alphonse Henriquez.

Italie. — 1133. Renaissance du droit public. — 1130. Fondation du royaume de Sicile, par Roger II. — Changement dans la constitution de Venise.

Asie. — 1147. Deuxième croisade (voir le 11e siècle). — 1193. Les Khowaresmiens en Perse. — 1171. Les Ayoubites en Egypte. — 1187. Saladin prend Jérusalem. — 1189. Troisième croisade. — 1191. Le Vieux de la Montagne. — 1113. Fondation des Hospitaliers dans Jérusalem. — Chevaliers de Malte. — 1118. Chevaliers du Temple. — 1191. Chevaliers Teutoniques.

Découvertes. — 1150. Les armoiries en Europe. — 1170. Le papier de toile.

FRANGE

Bataille de BrenifieTilIë. — (M 19), Louis VI, dit le Gros, fils de Philippe I, et sacré du vivant de son père, est un des meilleurs princes qui aient régné sur la France; ses vertus et son courage rappellent plutôt Charlemagne que l'indolent Philippe, et il montra à la fois les talents d'un grand capitaine, d'un habile politique et les qualités d'un bon roi. Son règne vit naître deux événements qui devaient avoir la plus haute influence sur les destinées de la France : le commencement des guerres entre la France et l'Angleterre, et l'établissement des communes. La conduite qu'il tint en présence de "deux faits de cette importance, prouve autant en faveur de son esprit que de son cœur.

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Henri J, roi d'Angleterre, voyant avec peine la puissance nouvelle qu'acquérait Louis, en domptant ses grands vassaux révoltés, et craignant lui-même pour son duché de Normandie qui relevait de ia couronne de France, ne se contenta pas de favoriser les tentatives d'un fils de Bertrade, qui prétendait au trône, mais prit lui-même les armes et s'empara de la forteresse de Gisors, située sur les confins de la Normandie et de PIle-de-France, et restée neutre jusque-là. Tel fut le motif de la rupture entre les deux pays. La bataille de Brenneville ( ! 119), gagnée par les Anglais, procura cependant à Louis-le-Gros l'occasion de déployer son courage et d'obtenir une paix honorable. Le roi de France, redoutant à son tour la puissance d'un rival tel que le roi d'Angleterre, soutint les prétentions de Guillaume Cliton sur la Normandie, auquel il donna le comté de Flandre, après avoir effrayé Henri V, empereur d'Àlîemagne, qui était entré dans la Champagne pour se venger de son excommunication, et avoir dicté au monarque anglais les conditions d'un traité.

Âfffi»aBâcIîisgeBneBBt cies communes» — (1113). Lorsque Louis-le-Gros monta sur le trône, ce prince n'avait pour tout domaine que le duché de France et trente seigneuries environ. La royauté était faible et languissante, l'aristocratie entreprenante et forte. Louis résolut de rendre à la royauté sa dignité et sa puissance, d'abaisser l'orgueil et les prétentions de la noblesse. Othon le Grand avait voulu faire la même chose en Allemagne, deux siècles auparavant ; mais, par une fausse politique, il avait élevé Tordre du clergé aux dépens de ses vassaux. Pins tard, le clergé, devenu puissant par les empereurs, s'était tourné contre eux et rallié à leurs ennemis ; et, à l'époque où nous sommes arrivés, Henri- V était obligé de recommencer son œuvre. Louis-le-Gros, plus sage, s'en prit à la lois à l'aristocratie et au sacerdoce, et résolut de les soumettre tous deux, en leur imposant un troisième ordre, le peuple, dont depuis longtemps il n'était plus question dans les affaires de l'état, et qui semblait à jamais disparu sous le triomphe de la féodalité. Pour arriver à son but, il n'eut qu'à seconder le grand mouvement qui s'opérait à cette époque, et bie tôt les communes lui furent un puissant auxiliaire contre la fougue indépendante et les envahissements continuels des vassaux.

Quand la féodalité fut entièrement établie, que chacun fut à

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sa place, les villes alors commencèrent à acquérir quelque importance, à reprendre quelque activité. De nouveaux besoins se firent sentir aux possesseurs de fiefs, et de la nécessité de les satisfaire naquit un commencement de commerce et d'industrie. Les habitants des villes se livrèrent au travail et acquirent quelque aisance ; les habitants des campagnes qui n'étaient pas attachés à la glèbe, opprimés par des nobles avides et cruels, se réfugièrent au sein des vilies pour y trouver un peu de sécurité, et le droit d'asile que possédaient leurs églises y avait attiré des colons maltraités, des serfs poursuivis, même des gentilshommes proscrits. Mais ces villes, élant elles-mêmes soumises au régime féodal, se trouvaient sous la domination d'un seigneur, qui exerçait des violences continuelles sur les réfugiés, décriantes vexations sur les bourgeois commerçants. Des plaintes se firent bientôt entendre ; il restait encore au nom du roi une autorité qu'on invoqua, et le roi, bien aise de l'occasion, établit d'abord dans les villes dépendantes de ses vassaux ecclésiastiques, moins en état de résister, puis dans d'autres villes seigneuriales, des tribunaux pour réformer les jugements des seigneurs, et même juger sans eux certains cas particuliers, qu'on appela cas royaux. Dépouillés ainsi de leur justice seigneuriale, les vassaux perdirent de leur puissance, tandis que les bourgeois protégés s'enhardirent et réclamèrent leur indépendance. Quelques seigneurs cédèrent et la leur vendirent pour ne pas être obligés de la leur donner plus tard; la plupart refusèrent, et comme ils avaient eux-mêmes donné l'exemple de la résistance, les villes les imitèrent, et l'insurrection éclata de toutes parts. La lutte fut longue, mêlée de succès et de revers ; mais enfin le peuple l'emporta (car un peuple naissait enfin); les seigneurs furent forcés de faire la paix, les traités furent les chartes, et les communes affranchies se constituèrent.

Louis-leGros, voyant le profit qu'il pouvait tirer de cet atfranchissement communal, l'avait secondé de toutes ses forces. Le premier, il avait accordé le droit de franchise à toutes les villes qui étaient sous sa dépendance, et avait, moyennant une certaine somme par tête, donné la liberté à tous les serfs de ses domaines, il octroya de nombreuses chartes, ratifia celles que les communes obtenaient des vassaux ; et, nous l'avons déjà dit, l'établissement des juges royaux, qui dégoûta les seigneurs de rendre la justice, parce qu'alors ils étaient

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obligés de motiver et de soutenir leurs sentences, tout en accroissant l'autorité royale, servit pourtant lesintérêts des bourgeois et favorisa leur affranchissement. Peu à peu les seigneurs, qui avaient besoin d'argent pour se croiser, ou qui étaient revenus pauvres des croisades, vendirent aux vassaux de leurs domaines le droit de bourgeoisie, aux serfs la liberté, et la civilisation commença avec les prérogatives que Louis avait accordées au peuple.

Constitution des Coninnames. — Dans la guerre qu'ils avaient eue à soutenir contre les seigneurs, les bourgeois avaient étéobligés de se gouverner eux-mêmes, et l'exercice de la souveraineté avait été pour eux une condition de résistance, un moyen de succès. Après leur victoire, ils continuèrent d'exercer des droits qui leur avaient valu la liberté, et chez elles, et dans l'enceinte de leurs remparts, les communes furent souveraines. Les habitants des villes qui avaient juré la commune (et tous étaient obligés de le faire ou d'aller habiter ailleurs) se rassemblaient sur la place publique au son de la cloche ; là ils s'occupaient des affaires de la cité, réglaient les taxes et les impôts, déterminaient la milice qu'ils devaient fournir au roi et qui devait marcher sous la bannière du patron ; ils élisaient leurs magistrats, maires etéchevins, qui, une fois l'assemblée dissoute, les gouvernaient à peu près arbitrairement, sans autre responsabilité que ies élections ou les émeutes populaires.

Conséquences cl© l'affranchissement clés communes. — 1° Cette organisation, toute démocratique, semblait devoir faire des communes des États indépendants, des républiques, et les soustraire à l'autorité royale qui avait protégé leur naissance, et qui prétendait être regardée comme leur suzeraine. C'est ce qui arriva en Italie, oùlesviiles avaient toujours conservé une assez grande importance, où les Barbares n'avaient pas pris pied comme en France, où la municipalité avait toujours dominé la féodalité, où les communes n'eurent à lutter que contre des seigneurs voisins faibles et des monarques éloignés. En France, au contraire, la féodalité avait été puissante, avait tout envahi, tout absorbé; elle n'avait cédé qu'avec peine, qu'avec répugnance; elle se tenait toujours prête à reprendre par la force ce que lui avait enlevé la force, à recouvrer ce qu'elle appelait ses droits, à faire à la première occasion de vigoureuses tentatives contre la liberté

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naissante des communes. Celles-ci, locales, isolées les unes des autres, sans aucun lien, sans aucun rapport, furent donc obligées de se tenir sous la sauvegarde du roi, de s'en faire un protecteur contre les seigneurs, parce que lui seul pouvait les,' défendre et assurer leur existence. Le midi des Gaules, qui se' trouvait à peu près dans la même situation que l'Italie; où les villes avaient pris plus de développement et d'importance, où le système municipal avait conservé plus de vie et de régularité, essaya une tentative démocratique, et les communes voulurent se constituer en républiques indépendantes. Mais vintla croisade des Albigeois, qui fut au fond la lutte de l'esprit républicain contre la féodalité ; la féodalité l'emporta, et Simon de Montfort ramena le midi de la France à l'unité féodale. Dès lors les communes du midi furent obligées, comme les autres, d'implorer la protection royale, et de cet état de choses sortit plus tard l'unité monarchique, premier effet de l'affranchissement des coma unes.

2° Cette protection que les communes réclamaient du roi, et que souvent le loi leur accordait établit des relations, commença des rappoitsqui s'étendirent dans la suite et rapprochèrent peu à peu le? bourgeois du goivernement, dont, pendant si longtemps, ils avaient été éloignée. Dans peu nous allons lès voir appelés à délibérer avec le clergé et la noblesse, et former bientôt une classe qui doit èire d'un grand poids dans les affaires de FEtat. Admission de la bourgeoisie dans le gouvernement général, deuxième effet de l'affranchissement des communes.

3° Cette admission d'un ordre nouveau, jeune et énergique, avec deux ordres anciens, fiers, dédaigneux, et qui prétendaient s'arroger tout pouvoir, dut nécessairement amener des luttes fréquentes. Mais comme de ces trois classes, chacune forte par sa nature, et que la royauté d'ailleurs avait soin de tenir en équilibre, aucune n'a pu vaincre ni dominer les autres, la lutte se prolongea : il en est résulté un progrès, puis un contact continuel les a rapprochées ; l'une a souvent demandé ie secours de l'autre contre la troisième, toutes trois quelquefois se sont réunies contre la royauté, et malgré la di-i versité de situation et d'intérêts, il s'est formé entre elles une espèce de lien commun, il est né un esprit général, une certaine communauté d'idées sur certains points, qui s'est développée successivement, et qui, à la longue, a opéré la fusion

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et produit îa nationalité. La nationalité est aonc le troisième effet de l'affranchissement des communes.

On voit que c'est de cet affranchissement qu'il faut dater l'ère de la France moderne ; c'est là qu'elle a pris naissance ; c'est là qu'étaient renfermés tous les germes des institutions qui devaient s'y développer.

Lecture : Histoire de France, de l'auteur, règne de Louis VI.

Pssfi'ieBMCBais. — Ce fut sous Louis-le-Gros, au sacre de son fils, Louis-le-Jeune, que douze des plus grands vassaux de la couronne, séculiers et ecclésiastiques, qui devaient porter la main au diadème et poser la couronne sur la lête du roi, prirent le nom de pairs, pour désigner l'égalité de leurs droits. Gomme ces pairs composèrent une cour où l'on appelait des vexations des seigneurs, où l'on jugeait les querelles des vassaux, et que, dès \ 154, nous voyons une cour des pairs à Moret, où les barons s'assemblent pour juger les différends survenus entre Eudes, duc de Bourgogne, et Geoffroy, évêque de Langres, l'on a voulu retrouver là l'origine du Parlement, et fixer sa naissance à cette époque. Nous croyons qu'il faut remonter plus haut.

Sous la première race et sous les premiers rois de la seconde, les assemblées nationales ne se tenant qu'une fois l'année, les rois avaient besoin d'un conseil qui réglât les affaires quotidiennes du royaume. Le roi était l'administrateur suprême de la justice, c'était de l'avis de son conseil qu'il faisait les lois et rendait les arrêts; quand la féodalité se fut constituée et que les assemblées nationales eurent disparu, ce conseil resta avec les doubles fonctions d'administration et de justice. Mais ces doubles fonctions s'étendant avec l'autorité royale, il fallut les séparer, et la partie du conseil qui conserva l'administration de la justice, où l'on appbiàit des sentences seigneuriales, où l'on révisait les jugements des tribunaux des provinces, prit le nom de plaid ou parlement. Gomme le conseil primitif n'était composé que de seigneurs, ce furent aussi des seigneurs qui composèrent la nouvelle cour de justice, qui fut d'abord, à la suite du roi, comme le conseil d'administration proprement dit. Mais plus tard, après l'établissement des baillis, quand surtout la jurisprudence reparut en Europe avec le droit romain, apporté de Gonstantinople à l'époque des croisades, les nobles se dégoûtèrent de leurs droits judiciaires, parce qu'on avait mis à ces droits une règle, un frein, parce

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qu'il fallait se livrer à l'étude pour les exercer, et dès lors les légistes les remplacèrent et entrèrent dans le parlement. Ce changement eut lieu sous Philippe-le-Bel, 23 mars 1302. D'un autre côté, l'administration de la justice devenant de jour en jour plus compliquée, à mesure que tombaient les droits féodaux et que croissait la royauté, ce parlement, d'abord ambulant, dut avoir un siège fixe, des séances réglées, et ainsi fut établi le parlement de Paris.

La cour des pairs n'avait nullement les niêmes attributions que le parlement. Celui-ci s'occupait de toutes les affaires contentieuses ; c'était un tribunal judiciaire suprême, une espèce de cour de cassation, conservant toutefois un reste de son origine première, discutant et révisant les lois qu'il était appelé à exécuter et à appliquer. L'autre n'était qu'un haut tribunal politique, jugeant ses égaux, c'est-à-dire les barons, sur l'ordre du roi, mais n'ayant pas une résidence fixe, permanente, et ne s'occupant nullement des affaires litigieuses qui survenaient entre les individus dans les classes inférieures.

La multiplication des intérêts particuliers, des contestations, obligea d'établir dans tes provinces une cour de justice plus rapprochée des justiciables, et ce fut là l'origine des parlements de province. Le premier fut établi à Toulouse : il était d'abord dépendant de ceux de Paris, et il y avait droit d'appel, puis plus tard il jugea en dernier ressort. Cependant le parlement de Paris demeura toujours le plus puissant par son droit de remontrance et d'enregistrement des édits royaux, qu'il exerça jusqu'en 1789, et que ceux des provinces s'arrogèrent quelquefois, excités par des minières qui, repousses à Paris, leur demandaient secours. Mais ils ne tardèrent pas à se tourner conire ceux qui avaient bien voulu leur attribuer des droits qu'ils ne possédaient pas d'abord, et de là tous les désordres suscités par les prétentions des parlements.

En Espagne, les chrétiens, conduits aux états- généraux par leurs prêtres, furent reçus parce qu'ils faisaient valoir les secours qu'ils donnaient au gouvernement contre les Maures.

En Angleterre, les barons et le peuple se coalisèrent contre les rois, et les forcèrent, à main armée, à signer les chartes et les privilèges.

En Allemagne, la ligue des villes Anséatiques força les états-généraux d'admettre à la diète de l'Empire les députés de ces mêmes villes, puissantes par le commerce.

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C'étaient la barbarie et l'ignorance qui avaient entretenu les peuples dans l'esclavage.

Ecole d' Abélard à Paris.— îH8. Pendant que le peuple reconquérait ainsi ses droits, la raison faisait aussi de& efforts pour recouvrer les siens : Abélard se mit à la tête dujj mouvement intellectuel contre l'usurpation de Yautorlté , el1 prétendit que la raison avait le droit d'être quelque chose dans l'homme, d'intervenir dans ces opinions, même religieuses. Roseclin et Jean Scot Erigène (natif d'Erin, Irlande), essayaient en même temps la même tentative ; mais l'Église prit l'alarme, et saint Bernard et saint Norbert, s'élevant avec force contre les novateurs, firent condamner Abélard par les conciles de Sens et de Soissons, et le forcèrent à brûler lui-même ses livres sur la place publique. Cependant le principe était posé, et devait fructifier dans la suite. Une remarque à faire, c'est que les dialecticiens qui réclamaient le droit de la raison humaine parlaient de l'affranchissement des communes comme du renversement de la société, et que les bourgeois qui combattaient avec passion pour la liberté maudissaient les hérétiques et s'ameutaient contre eux. Dans le même siècle, Arnaud de Broscia élève la voix contre le pouvoir temporel des papes, contre les biens de l'Église, et soutient que le clergé ne peut posséder des terres et des fiefs sans déroger à son caractère, il est brûlé par ordre d'Adrien IV.

ANGLETERRE

Normands et Plantageasts.

Henri E? r©i d'Angleterre. — Troisième fils de GuiUaume-le- Conquérant, il usurpa la couronne sur son frère Robert, qu'il tint prisonnier pendant vingt-huit ans au château de Cardif; il succéda à Guillaume-te-Roux, son frère, abolit la loi du couvre-feu, rétablit les lois d'Edouard, abrogées par Guillaume-le-Conquérant, et donna une charte qui est la base des libertés de l'Angleterre. Etienne de Mois, petit-fils de Guillaume-le-Conquérant, lui succéda, et son règne fut troublé par les prétentions de Mathilde, fille de Henri I.

©©nqnêàe de l'Irlande par Elenrill. — Après la mort à? Etienne de Mois, dernier roi normand, Henri II, fils de Geoffroy Plantagenet efc de Mathilde, monte sur le trône et commence la ligne des Plantagenets* On voit sous ce prince la persécution et l'assassinat de saint Thomas de Cantorbery, qui refusait de se soumettre aux constitutions de Clareadon, qui restreignaient le pouvoir du clergé (1171). Henri s'empara

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do l'Irlande en vertu d'une bulle du pape Adrien IV, qui lui en donna l'investiture en 1155. Ce pays fut réuni à l'Angleterre.

L'Irlande était depuis longtemps gouvernée par des rois qui avaient partagé l'île en plusieurs royaumes. En 1169, les Anglais, sous le commandement de strongboiu, comte de Pembroke, débarquèrent en Irlande. Trois ans après, Henri en personne opéra une descente dans l'île pour en faire la conquête. Envahie par une armée puissante, et divisée, comme nous l'avons dit, entre plusieurs princes qui ne s'accordaient point, elle fut obligée de se soumettre aux Anglais. Le prince Jean, fih d'Angleterre, fut le premier lord ou vice-roi de l'Irlande.

Henri il eut pour successeur Richard Cœur-de-Lion, qui passa toute sa vie à guerroyer; il se croisa avec Philippe-Auguste, prit et céda le royaume de Chypre, combattit vaillamment Saladin, et, après avoir été prisonnier en Allemagne, alla mourir au siège de Chalus^ près de Limoges.

Lecture : Richard en Palestine, par Walter-Scott.

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