FAMILLE D'ORANGE
Guillaume ÎII (de 1688 à 1702).
Guillaume III d'Orange, élevé au stathoudérat en 1672, rival souvent heureux de Louis XIV, contre lequel il nourrissait une animosité violente, avait épousé Marie, sa cousine, fille de Jacques II. Au lieu de soutenir son beau-père, il sut se ménager un parti puissant en Angleterre, et blâma hautement la conduite du roi, en s'offrant comme l'appui des protestants. Ses intrigues furent cause de la fuite de Jacques II.
Guillaume débarque à Torbay le 5 novembre 1688, et va établir aussitôt sa résidence au palais Saint-James, où il reçoit les félicitations du clergé, des différentes corporations et des fonctionnaires publics.
Le parlement se réunit en Convention, déclare d'abord le trône vacant et ensuite fait passer un bill qui dispose de la couronne en faveur de Guillaume et de Marie, déclarés tous deux souverains.
Cependant Jacques, soutenu par Louis XIV, prend les armes ; l'Ecosse s'était rangée du côté de Guillaume III ; l'Irlande, au contraire,
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foyer du catholicisme, était restée fidèle au roi Stuart, qu'elle reçut avec acclamation ; le gendre et le beau-père se trouvèrent en présence sur les bords de la Boy fie (1690). La victoire se déclare en faveur de Guillaume, qui prend aussitôt Dublin ; son courage et son indulgence pour les vaincus achevèrent d'affermir la couronne sur sa tête ; Jacques alla mourir au château de Saint-Germain-en-Laye, que Louis XIV lui avait donné pour résidence.
Guillaume n'oubliait pas le continent : la ligue d'Augsbourg avait armé l'Europe contre Louis XIV ; il fut fidèle à sa haine pour la France. D'abord vaincu à Steinkerque et à Nerwinde (1692) par Luxembourg, il sut se venger en prenant la citadelle de Namur (1693), et en forçant Louis XIV à le reconnaître roi d'Angleterre, par le traité de Ryswick (1697).
La mort de Charles II d'Espagne réveilla la jalousie de l'Europe contre le roi de France ; Guillaume voulut prendre une part active à cette nouvelle lutte ; à la fin de 1701, il se rendit en Hollande, et, malgré l'opposition des chambres, il fit une levée de 40,000 hommes et de 4,000 matelots ; mais il était extrêmement malade, une cbute de cheval augmenta ses douleurs, et, bien qu'il eût conservé l'activité de son esprit, il mourut le 16 mai 1702, dans la 52e année de son âge et la 13e de son règne.
Marie l'avait précédé au tombeau en 1691. Chose incroyable, mais qui caractérise bien les peuples ! Cromwell avait reçu les honneurs de funérailles publiques, et Guillaume III en fut privé. Cependant l'un avait renversé la constitution britannique, l'autre l'avait sauvée. Les Anglais disaient que Guillaume III avait été le stat bouder de l'Angleterre it le roi de la Hollande, parce qu'en effet il ne se plaisait que dans sa pat/.'ie, où il allait souvent oublier les mortifications dont on l'abreuvait en Angleterre. On dit même qu'il avait l'idée d'abdiquer son pouvoir, et qu'on trouva dans ses papiers un discours intitulé : Discours prononcé à l'occasion de l'abdication de Guillaume III du trône d'Angleterre.
Observations.
La seconde révolution d'Angleterre fut la tentative d'abolition de l'autorité absolue dans l'ordre temporel, comme la Réformation l'avait abolie en Europe et surtout en Allemagne dans l'ordre spirituel, et c'est en ce sens qu'elle a été européenne et qu'elle a exercé une grande influence sur les esprits dans le siècle suivant.
■ Sous le rapport local, elle détermina le caractère politique du peuple anglais et marqua sa place dans le système européen. Elle rétablit entre la nation et le gouvernement l'es liens qui avaient été si longtemps rompus et développa tous les éléments de prospérité que contenait l'Angleterre. Cependant une remarque doit être faite : c'est à dater de J'avènement de Guillaume III, et de l'intervention de ce prince dans les
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affaires continentales, que commence pour l'Angleterre cette dette énorme qui lui a causé tant d'embarras et qui lui en causera tant encore dans l'avenir. Elle s'élève aujourd'hui à près de 800,000,000 de livres sterlings (20 milliards).
RUSSIE
dynastie des nomanofs. — Les Russes, dans les siècles précédents, n'avaient joué qu'un rôle secondaire en Europe; dans le 16e siècle, on vit le czar Iwan Wasiliewitz conquérir les royaumes tartares de Kazan et d'Astrakhan et commencer à réduire la Sibérie. Nous verrons ce pays, dans le 18e siècle, sortir tout-à-coup de l'obscurité et s'élever à un haut degré de gloire.
Avec Fédor î, fils d'Ivan, s'éteignit la race de Rurik, et pendant quinze ans la Russie fut livrée à toutes les horreurs de l'anarchie. Plusieurs imposteurs essayèrent de s'emparer du trône; la Suède et la Pologne firent tous leurs efforts pour confisquer l'héritage de Fédor à leur profit ; mais enfin les Russes, pour se défaire de ces difficultés et abattre toutes les prétentions, conférèrent, par une élection solennelle, la couronne à Michel Fédéroivitz, de la famille des Romanofs, alliée aux Ruriks. Alors la Russie s'agrandit et commença à prendre rang parmi les puissances européennes.
ALLEMAGNE
La Hongrie devient héréditaire dansla maison d'Autriche.
— Depuis longtemps l'Autriche songeait à profiter des dissensions de la Hongrie pour y établir une monarchie héréditaire et absolue, lorsqu'en 1660 de nouveaux troubles y éclatèrent à l'occasion des persécutions sanglantes dirigées contre les protestants. Le palatin Wisseleny se mit à la tête des insurgés; mais il fut défait, et le tribunal redoutable, établi par la cour Vienne, fit tomber les têtes d'un grand nombre de ses partisans. Le comte Tèkèli, fuyant la persécution , excita la Turquie à faire la guerre à l'Autriche. Mais celle-ci, victorieuse des Turcs, profita de cet avantage pour déclarer le royaume de Hongrie héréditaire dans la maison de l'empereur Léopold (1687). L'Autriche réunit de plus la Transylvanie à la Hongrie, par suite de l'abdication du prince Michel. En 1703, le jeune Ragoizfa excita un nouveau soulèvement en Hongrie, et ce ne fut qu'en 1711 que ce pays fut complètement soumis à l'Autriche. La nation n'en conserva pas moins sa constitution et une sorte d'indépendance. Par suite de ces conquêtes, l'empire turc cessa d'être redoutable à l'Autriche.
ISatailIe de Tienne. — Enhardis par les guerres que se faisaient alors les États européens, et cédant aux sollicitations de plusieurs d'entre eux, les Turcs rompirent la trêve de vingt ans conclue avecl'Autriche, et vinrent mettre le siège devant Vienne, le 22 juillet 1683. Cette villo
semblait devoir enfin céder aux attaques vigoureuses de ses ennemis, lorsque les Polonais, accourus au secours de Léopold, sous la conduite de leur roi Jean Sobieski, délivrèrent la capitale de l'Empire, le 2 septembre suivant. Ces Polonais étaient les mômes qui avaient repoussé les bordes asiatiques.
Enfin la bataille de Zenta, remportée par le prince Eugène et suivie du traité de Carlowitz, en 1699, termina, entre l'Autriche et la Turquie, une guerre qui décida du sort de l'Europe en général et de l'Autriche en particulier. Cette première barrière renversée, on ne peut dire où se seraient arrêtés les envahissements des Turcs, et ce que serait devenue la civilisation européenne.
ESPAGNE
Entière espîBlsion des Maures. — L'Espagne, que nous avons vue si puissante sous Charles-Quint, n'était plus gouvernée que par des rois faibles; sous Philippe II, elle avait été encore redoutable. Ce prince n'avait pas la force et l'activité de son père, mais il en avait l'ambition, l'esprit pénétrant et vaste. Son cœur faux était fermé à tous les sentiments de la nature et de l'amitié ; il se fit craindre des souverains de l'Europe, et cependant ce fut lui qui le premier mina la monarchie espagnole par les guerres ruineuses où l'engagèrent son avidité, son despotisme et son fanatisme. Philippe III, Philippe IV et Charles II en hâtèrent la décadence, en abandonnant à leurs favoris toute l'administration de l'État. Les vices du gouvernement concouraient avec les vices de la constitution intérieure à entretenir l'anarchie. Les plus grandes places de l'État n'étaient que des bénéfices temporaires; les propriétés territoriales étaient dans les mains de la noblesses et du clergé, qui ne les faisaient pas valoir. Le défaut de circulation empêchait la formation d'aucun capital, et la puissance espagnole devait décroître tous les jours au milieu de tant de causes de misère et de faiblesse.
Philippe III chassa d'Espagne neuf cent mille Maures. La dépopulation produite par cette mesure est encore une des causes de l'affaiblissement de ce royaume. Henri IV fit traiter avec humanité les Maures qui passèrent en France ; d'autres se réfugièrent dans les Alpuxaras (1609). Le plus grand nombre de ces malheureux passa en Afrique, où leurs descendants languissent sous la tyrannie de l'empereur de Maroc, demandant chaque vendredi à Dieu de les ramener sous le beau ciel de Grenade.
Philippe IV perdit le Portugal, la Catalogne, l'Artois, et mérita qu'où le représentât sous l'emblème d'un fossé, avec ces mots : Plus on lui ôte, plus il est grand. ,
Sous Charles II, enfin, s'éteignit la maison d'Autriche en Espagne, et avec elle cette gloire, cette réputation qui l'avait placée au premier rang des puissances de l'Europe.
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PORTUGAL
B évolution de 1640. — Jean IV de Bragance. — Philippe II, maître du Portugal par la victoire du duc d'Albe, traita le pays comme une conquête, et ses successeurs, Philippe III et Philippe IV, suivirent son exemple. Le Portugal fut accablé d'impôts, le commerce ruiné, les colonies perdues, la noblesse écartée, le clergé appauvri ; en un mot, les Portugais furent réduits en servitude et eurent à gémir sur tous les maux qu'elle accompagne. Ce fut dans cet état de choses, et par l'excès du désespoir, que se trama la fameuse révolution de 16^0. L'oppression générale en fut la cause, Pi?ito l'agent, le duc de Bragance, son maître, l'objet, et la France le moteur secret : Richelieu la gouvernait.
L'archevêque de Lisbonne et d'autres grands seigneurs se réunirent en secret; ils projetèrent de chasser les Espagnols et de couronner le duc de Bragance, leur prince légitime. Celui-ci était d'un caractère doux, réservé et modeste, bien propre à endormir les Espagnols, qui l'estimaient trop peu pour le craindre. Sa femme, au contraire, Louise de Guzman, sœur du duc de Médina-Sidonia, possédait toutes les qualités mâles et actives si nécessaires dans les conjurations. Cette bizarre et heureuse combinaison de caractères plaça la maison de Bragance sur le trône.
L'indolence du duc, qui vivait paisiblement dans sa terre de Bragance, entretenait la confiance des Espagnols, tandis que l'activité de la duchesse et l'intelligence de Pinto, leur fidèle intendant, ralliaient les conjurés, préparaient les esprits, aplanissaient les difficultés et avançaient les événements. Au premier soupçon, la cour nomma le duc de Bragance commandant de toutes les forces en Portugal et lui donna l'inspection de toutes les places fortes. On voulait le faire arrêter par quelques-uns des gouverneurs, qui étaient tous Espagnols; mais cette politique adroite échoua. Le duc, trop bien accompagné pour être surpris, parcourut le pays, où il fit naître l'enthousiasme, mit à profit l'argent qu'on lui donna pour son voyage, et s'aboucha avec les conjurés.
Cependant la cour d'Espagne s'inquiète ; elle lui envoie l'ordre positif de se rendre à Madrid : il ne refuse pas; mais son départ est retardé sous de vains prétextes. Enfin, le matin du jour convenu, cinq cents conjurés, dans Lisbonne, fondent sur le palais ; ils égorgent Vasconccllos, le premier ministre, s'emparent de la vice-reine et de l'archevêque de Braga, et se servent de leur signature pour faire livrer la forteresse. Tout le royaume suit l'exemple de la capitale, et le duc de Bragance est roi sans combat, on pourrait presque dire sans soins et sans efforts.
Le roi d'Espagne , Philippe IV, fut le dernier à apprendre l'issue de cette révolution. Olivarès, son premier ministre, prit un tour singulier
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pour la lui annoncer : « Sire, dit-il, je viens vous donner une heureuse nouvelle; votre majesté vient de gagner tous les biens du duc de Bragance : la tête lui a tourné ; il s'est fait proclamer roi de Portugal : son imprudence vous vaudra une confiscation de douze millions. » Le roi se contenta de dire : « Il faut y mettre ordre. »
La nation portugaise gagna peu à recouvrer son indépendance visà-vis de l'Espagne; elle se trouva, il est vrai, dans un état un peu plus prospère, mais elle ne put reprendre les belles possessions coloniales que la lâcheté de l'Espagne avait abandonnées aux Hollandais, et l'Angleterre lui fit payer les secours qu'elle lui prêta par un traité qui commence l'édifice de sa domination sur le Portugal.
Travail : Tableau synoptique delà révolution du Portugal.
Lecture : Révolution du Portugal, par Vertot. — UAtlas historique de l'auteur.
ITALIE
Révolte des Napolitains : Masaaaf elîo. — 1647. Le royaume de Naples , soumis au roi d'Espagne, était gouverné par des vice-rois. La tyrannie que ceux-ci exerçaient et les impôts dont ils accablaient le peuple soulevèrent les Napolitains : le pêcheur Mazaniello (Thomas Aniello) se mit à leur tête. Ils se réunirent au nombre de cent cinquante mille; la révolution éclata, et Mazaniello fut déclaré chef du nouveau gouvernement. Ses cruautés et ses extravagances le rendirent bientôt odieux à ce môme peuple qui l'avait élevé. Il fut assassiné par les ordres du vice-roi.