HOLLANDE
Abolition du Statliois aérât. — Depuis que le traité de Westphalie avait reconnu l'indépendance des Pays-Bas , l'état florissant de cette république augmentait de plus en plus; sa belle marine, son commerce étendu, lui attiraient l'alliance des souverains, et La Haye était devenue peu à peu le centre de la politique européenne. L'Angleterre voyait tant de prospérité avec envie : elle voulut en vain faire baisser pavillon à la Hollande devant les vaisseaux britanniques : la guerre fut déclarée : c'est alors que se distinguèrent Tromp et Ruyter, marins hollandais. Ruyter entre avec sa flotte dans la Tamise et jette l'épouvante dans Londres même. Cependant, par le traité de Bréda (1067), les Anglais obtinrent le signe de prééminence sur mer. Lors du traité de Westminster (165/i) , Gromwell , qui craignait l'alliance de la maison d'Orange avec celle des Stuarts, ayait profité de la haine qu'on portait à Guillaume II , à cause de ses entreprises contre la liberté , pour faire abolir le staihoudêrat ; et en vertu d'un article secret, dicté par le ressentiment du grand pensionnaire Jean de Witt, les États de Hollande s'étaient engagés à ne jamais élire stathouder Guillaume, fils posthume
de Guillaume II. Les choses étaient dans cet état , lorsque Louis XIV porta la guerre en Hollande.
Guerre contre îa France. — 1672. Louis XIV, environné de sa cour, passa le Rhin avec son armée commandée par Condé, Turenne, Luxembourg : les provinces furent envahies ; les États se réfugièrent à Amsterdam. Guillaume III, prince d'Orange, fut nommé stathouder, malgré Corneille et Jean de Witt, qui furent massacrés par la populace. L'amiral Ruyter remporta la victoire dans le combat naval de Soults- Bay et repoussa des côtes de Hollande les flottes de France et d'Angleterre, bientôt dispersées par une tempête.
ILïgwe d'Augs»ossa*g contfre Lonis XIV. — 1686. Guillaume, prince d'Orange, en exagérant l'ambition du roi de France, forma contre lui la ligue d'Augsbourg. Elle était composée de l'empereur, de la Hollande, de l'Espagne, du duc de Savoie, du pape Innocent XI lui-même. Louis XIV attaqua le premier : il eut des succès du côté de l'Allemagne. Le Palatinat , soumis par Louvois , fut livré aux flammes. Guillaume venait de détrôner Jacques H, son beau-père ; Louis XIV reçut Jacques II et mit. tout en œuvre pour le rétablir : il eut dans l'Angleterre une puissance de plus à combattre. Ses succès sur les Anglais ne purent rendre le trône à Jacques.
Le stathoudérat fut déclaré héréditaire dans la maison d'Orange. Guillaume fut un des adversaires les plus acharnés de Louis XIV; il ne cessa d'exciter l'Europe contre lui, tournant toute son activité du côté de la politique extérieure et se contentant au dedans de former dans les États et le gouvernement des hommes qui fussent animés de ses principes : il fonda de cette manière une école d'habiles diplomates qui persistèrent dans son système d'opposition constante à la France et d'alliance avec l'Angleterre. C'est en effet l'esprit qui a animé la Hollande dans les grandes guerres du commencement du 18e siècle.
SUÈDE
Gustave-Adolphe. — Depuis la mort de Gustave-Wasa, en 1560, les annales de la Suède offrent peu d'événements remarquables; mais les destinées de ce pays changèrent complètement à l'avènement de Gustave-Adolphe, fils et successeur de Charles IX. Il rétablit les finances épuisées, remplit ses ports de vaisseaux, disciplina admirablement ses armées, et acquit, par ses exploits, la réputation de grand capitaine. La guerre de Trente-Ans mit son génie au grand jour. Les protestants confédérés le placèrent à leur tête ; Gustave prouva bientôt qu'on ne l'avait point revêtu d'un vain titre : en 1631, il battit à Leipsick les impériaux commandés par ïilly ; l'année suivante , il leur porta des coups plus décisifs dans les plaines de Lutzen, où Wallenstein était à leur tête (18 novembre 1632). Frappé au milieu de son triomphe, ce prince laissa aux habiles généraux formés à son école la gloire d'avoir affranchi l'Allemagne. Une aile de cinq ans, unique postérité du grand Gustave, fut
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proclamée souveraine par ses soldats encore plongés dans la douleur : ses généraux continuèrent de faire triompher les armes suédoises, tandis que l'habileté du chancelier Oxenstiern* premier ministre, conservait encore, dans toutes les cours de l'Europe, l'influence que les victoires de Gustave-Adolphe avaient acquise à la Suède.
Ahdieation de Christine. 1654. Charles X. — Le règne de Christine n'offre pas d'événements très remarquables. Cette reine fit fleurir les arts; elle s'entourait de savants? Descartes et Grotius étaient ses amis. Jalouse de sa liberté, elle, ne voulut pas se marier, et abdiqua, en 1654, en faveur de Charles-Gustave, son cousin, de la maison de Deux- Ponts. Ce prince guerrier se disposait à soumettre la Pologne , et était déjà, engagé dans une guerre très vive, lorsqu'il mourut subitement au milieu de ses projets.
Portrait de Christine. — Cette princesse montra, dès sa jeunesse, une grande pénétration d'esprit , mais une indépendance de caractère peu propre à gouverner sagement un État : aussi l'amour de la liberté, autant que' celui des lettres, lui inspira-t-il le dessein d'abandonner un peuple qui ne savait que combattre : elle abdiqua la couronne à vingthuit ans et quitta la Suède peu après. Christine, travestie en homme, se rendit à Bruxelles, y embrassa la religion catholique, et de là passa à Inspruck, où elle abjura solennellement le luthéranisme. Elle fit un voyage en France , où la cour de Versailles lui rendit de très grands honneurs. C'est alors qu'elle fit assassiner son grand-écuyer Monadelschi dans la galerie de Fontainebleau.
Cet assassinat resta impuni ; mais il inspira pour Christine une horreur générale. Enfin, elle se fixa à Rome, où elle mourut en 1689, dans sa soixante-troisième année. On reprochera toujours à cette princesse ses bizarreries, son humeur, l'emploi dangereux qu'elle fit de son esprit et de ses connaissances, et enfin sa conduite toujours légère, toujours inconséquente, et criminelle au moins une fois.
Charles-Gustave. — Formé à l'école du grand Gustave-Adolphe, ambitieux et plein d'activité, Charles-Gustave porta sur le trône ses projets de conquêtes, et les poursuivit sans relâche pendant tout son règne. Jean-Casimir, roi de Pologne , fils de Sigismond qui avait été élu roi de Pologne en 1587, et que son oncle Charles IX dépouilla du trône de Suède, voulut faire valoir ses prétentions. Ce fut une occasion pour Gustave de commencer la guerre et d'essayer la réalisation du projet de former des trois royaumes du Nord une vaste monarchie ; il prit Varsovie, et, malgré la Russie, l'Autriche et le Brandebourg, qui s'étaient déclarés contre la Suède, il força, par le traité de Roskild, le Danemark à lui céder plusieurs provinces. L'année suivante, tourmenté par son ambition, il alla mettre le siège devant Copenhague ; mais l'Europe se souleva contre lui : il fut obligé de se retirer et mourut subitement en * 1660. Alors rien ne s'opposa plus à l'a conclusion d'une paix définitive ; t le traité de Copenhague avec le Danemark, et celui d'Oliva avec la Po-
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logne, assurèrent la prépondérance de la Suède. Par ce dernier traité, l'électeur Frédéric-Guillaume obtint l'indépendance du Brandebourg soustrait désormais à la suzeraineté de la Pologne. Ce fut aussi à la suite de ces guerres que la couronne de Danemark fut déclarée héréditaire dans la famille du prince régnant Frédéric III , et le roi souverain absolu, en vertu de Yacte de souveraineté et de la loi royale publiée en 1661.
Lecture : Révolutions de Suède, par Vertot.
TURQUIE
Mègne de Mahomet IV — Paix de Carlowiiz. — L'empire turc, autrefois redoutable, s'affaiblissait de jour en jour par la mollesse et la stupidité de ses sultans. Les janissaires, milice séditieuse et indisciplinée, usurpaient sur le trône le môme droit que les gardes prétoriennes s'étaient arrogé dans l'ancien empire romain. Cependant, en 1667, le siège et la prise de Candie, sur les Vénitiens, après vingtquatre ans de guerre, firent honneur à leurs armes. Cette conquête est due au fameux Achmet-Kouprouli, vizir de Mahomet IV. Les Vénitiens, en rendant la ville de Candie, conservèrent dans l'île et dans les états adjacents trois places, savoir : Suda, Spinalonga et Gabarusa.
Le règne de Mahomet n'offre d'ailleurs qu'une série de guerres ; celle de Hongrie fut des plus funestes à l'empire ottoman. Une ligue puissante, formée entre l'Autriche, la Pologne, la Russie et la république de Venise, accabla les Turcs. Ils essuyèrent de grands revers dans cette guerre, ainsi que nous venons de le voir. Imputant ces malheurs à la mollesse de leur sultan, ils le déposèrent. Mustapha II, troisième successeur de Mahomet IV, termina cette lutte funeste par la paix de Carlowitz (1699), qui suivit la bataille de Zenthe. Les Turcs y perdirent toutes leurs possessions en Hongrie, à l'exception deTemeswar et de Belgrade. Ils rendirent à la Pologne la forteresse de Kaminiec, avec la Podolie, et la partie de l'Ukraine en deçà du Dnieper qui leur avait été cédée par les traités antérieurs. Les Vénitiens obtinrent, par leur traité avec la Porte, la cession de toute la Morée, dont ils avaient fait la conquête pendant la guerre ; celle des îles de Sainte-Maure et de Leucade, de même que les forteresses de Dalmatie, Chinim, Sing, Gabella, Castelnovo, Bisanete. Enfin la Porte renonça au tribut que la république de Venise lui payait auparavant pour l'île de Zante, et la république de Raguse fut maintenue dans son indépendance à l'égard de celle de Venise.
Lecture : Guerre des Turcs, par Delacroix.
ÉGLISE
Saint Vincent de Paul se distingua par une foule d'établissements utiles, parmi lesquels nous distinguerons : 1° la congrégation des pre-
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très de la mission, nommés Lazaristes ; 2° l'institut des Filles de Charité, destinées à soigner les malades : 3° l'hôpital des Enfants-Trouvés, ceux de Bicêtre et de la Salpétrière. Sa charité était une sorte de providence ; quelques paroles de ce saint homme attendrissaient les cœurs, les rendaient sensibles aux maux des infortunés. Ce bienfaiteur de l'humanité, ce héros de la charité chrétienne, était né à Pouy, diocèse d'Acqs, en 1576, de pauvres parents : il reçut l'ordre de la prêtrise en 1600. Dans un voyage par mer, de Marseille à Narbonne, il fut pris par les Turcs et conduit en captivité. Il ramena à la foi de ses pères un de ses patrons, qui était renégat, s'enfuit avec lui, et aborda à Aiguës-Mortes, en 1607. Ayant été chargé de quelques affaires pour Henri IV, il devint aumônier de la reine Marguerite ; il se fit ensuite connaître de Louis XIII, qui lui donna l'abbaye de Saint-Léonard de Chaume. Saint Vincent de Paul mourut le 5 septembre 1660, âgé de près de 85 ans; Clément XII le canonisa le 16 juin 1737.
E.es jansénistes. — Jansénius, évêque d'Ypres, laissa en mourant (1638) un livre intitulé YAuguslinus, où il avait commenté la doctrine de saint Augustin sur la grâce ; aussitôt sa publication, cet ouvrage fut attaqué et défendu avec acharnement. Deux partis se formèrent, les Jansénistes et les Molinistes ; ceux-ci soutenaient les opinions du jésuite Molina sur la grâce et le libre arbitre. La doctrine de Jansénius fut solennellement condamnée. Louis XIV appuya les décisions de l'Église.
Le Jansénisme, comme adversaire du Jésuitisme, provoqua f'esprit d'investigation et fit regagner à la France ce qu'elle avait perdu par l'expulsion des protestants. L'influence des jésuites dans les affaires de l'Europe donna encore un caractère politique au Jansénisme qui joua alors le rôle d'opposition.
MBéelaraftion du clergé de France. — Les discussions de Louis XIV avec Innocent XI, au sujet de la régale, amenèrent en 1682 la convocation d'un concile national, où furent dressés quatre articles relatifs à la puissance ecclésiastique et aux principes des relations du clergé avec la cour de Rome ; ils furent rédigés par Bossuet, et portaient : 1° que le pape n'a aucune autorité sur le temporel des rois ; 2° que le concile est au-dessus du pape ; 3° que la puissance apostolique ne doit pas porter atteinte aux libertés de l'Église gallicane; 4° que les décisions du pape ne sont irrévocables qu'après que l'Église les a confirmées. La convocation de cette assemblée fut un des derniers actes du ministère Colbert.