‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 89 sur 166 · ÉTAT DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L'EUROPE

C'est pourtant de ce chaos que doit sortir un monde nouveau; c'est là que sont renfermés les germes que nous allons voir se développer, et qui doivent produire le moyen-âge.

A l'époque où nous sommes arrivés, les conquêtes sont achevées, les rivalités sont éteintes, et dans chaque contrée domine une puissance qui a soumis et vaincu toutes les autres. Les Barbares, une fois maîtres du pays qu'ils convoitaient, arrêtent leurs courses désastreuses et cessent de sillonner l'Europe dans tous les sens et de la bouleverser. Ils s'établissent dans leurs possessions; leur domination s'y affermit; une société commence, qui Va succéder à l'ancienne et la remplacer, et nous voyons alors se fonder les monarchies et se former les États modernes.

Trois éléments entrent dans la constitution de la société nouvelle : l'élément barbare, l'élément chrétien et l'élément romain.

Pour connaître la proportion de chaque élément, il nous foui jeter un coup d'oeil sur la société en général chez les Barbares, et dire un mot de l'esprit du christianisme. La civilisation romaine nous est connue, et il serait inutile d'y revenir.

Il est très difficile de se faire une idée de la société chez les Barbares; brutalité, matérialisme, égoïsme, stupidité, voilà ce qu'on y trouve ; mais aussi on remarque dans son indépendance individuelle un sentiment noble, qui tire sa puissance de la nature morale de l'homme ! C'est le plaisir de se sentir homme! Ce sentiment était nouveau dans la vieille Europe, il était inconnu dans le monde romain, inconnu même à la naissante Église chrétienne. C'est par les Barbares qu'il a été importé, déposé dans le berceau de la civilisation moderne. Ce sentiment, ce goût de l'indépendance personnelle, qui a produit de si beaux résultats, est un des principaux éléments de l'organisation des États modernes.

Un second élément de civilisation dû aux Barbares est le patronage militaire : ce lien s'établissait entre les individus, les guerriers, et, sans détruire la liberté et en quelque sorte l'égalité, fondait cependant une subordination hiérarchique, commençait cette organisation aristocratique qui est devenue plus tard la iéodalité. Ainsi, dans la civilisation ancienne, on trouve la liberté politique; l'homme est dévoué à une association, il se sacrifie pour une association. Dans l'Église chrétienne, c'est encore un grand attachement, une obéissance aveugle à la cor-

poration chrétienne, à ses lois, à ses exigences; c'est l'abnégation de sa liberté, de sa volonté propre en faveur de la volonté de l'Église ; dans la société barbare, au contraire, c'est la liberté personnelle. Nous trouvons donc, à la chute de l'empire romain , presque tous les éléments qui se rencontrent dans le développement progressif de notre civilisation : l'élément romain qui nous donne la société municipale ; l'élément barbare, qui entante immédiatement la féodalité, et contient en germe la liberté politique; l'élément chrétien, qui sert à adoucir l'élément barbare dans sa férocité, et dont la nature nous fait déjà pressentir l'influence qu'il doit exercer un jour.

Leclure : Histoire de la civilisation en Europe, par M. Guizot.

Caractère de l'état social pendant le moyen4ge.

La civilisation romaine survit au bouleversement du 5e siècle. VÉglise chrétienne combat la brutalité et l'ignorance. L'Esprit de liberté s'unit à l'énergie de caractère des peuples conquis. Trois éléments concouraient à l'organisation sociale aux premiers siècles du moyen-âge : l'église, la féodalité, la royauté.

Elle est médiatrice entre la

Page 1