TROISIEME EPOQUE
La troisième époque comprend près d'un siècle et demi. Elle nous montre l'Europe continentale moderne à peu près au même point où elle était sous les derniers empereurs romains, c'est-à-dire, presque entièrement réunie sous un seul homme, et le nom d'empire renouvelé,5 après trois cent vingt-quatre ans (476 à 800), par un des descendants^ de ses plus redoutables ennemis. A cette révolution succède bientôt le système féodal, qui étend son réseau administratif sur toute l'Europe occidentale, et l'on voit aussi les communes et les villes s'armer pour leur propre défense.
Deux hommes se partagent, à cette époque, notre admiration : tous deux également grands par leur valeur et leur puissance, tous deux s'efforçant de semer quelques étincelle» au milieu de cette nuit profonde où se trouve plongé le monde tout entier ; tous deux au-dessus de leur siècle, luttant contre la barbarie et laissant de beaux monuments de leur génie et de leur courage. Ces deux hommes sont Charlemagne et Alfred le Grand; celui-ci sort d'une retraite obscure pour reconquérir un trône dont l'ont dépouillé de nouveaux Barbares, soumet et chasse de ses états ces sauvages Danois qui renouvelaient, dans la Bretagne, les désastres de l'invasion saxonne, et donne à son peuple des lois qui assurent sa prospérité et sa gloire ; l'autre, à la fois conquérant rapide, profond législateur, prince éclairé et administrateur habile, recueille l'héritage de ces Romains qu'avaient combattus ses ancêtres , donne une nouvelle vie à l'Europe, et surtout à la France, qui devient la reine du monde.
Ils sont également dignes de donner leur nom à ce siècle ; mais comme les institutions d' Alfred se bornèrent à son île et ne franchirent pas les mers qui l'entourent, Charlemagne nous a semblé le plus propre à personnifier et à caractériser une époque qu'il créa, pour ainsi dire, où il joua toujours le principal rôle par sa position et l'étendue de son influence sur le continent tout entier, et parce qu'il ne lui a manqué que des successeurs dignes de lui pour être le sauveur et le restaurateur de la civilisation.