SIXIEME EPOQUE
La sixième époque a duré plus de deux siècles. Elle offre un évène*> ment bien précieux, celui de la renaissance de tous les beaux-arts, qui, après avoir été si longtemps exilés de l'Occident, y reparurent sous les auspices des Médicis. Ces princes, à la fois littérateurs et marchands, donnèrent l'impulsion par la protection qu'ils accordèrent aux talents, et la chute de Gonstantinople sembla seconder le mouvement en nous envoyant des savants, qui reçurent, de la part des souverains de Florence, la plus généreuse hospitalité. C'est ainsi que l'Italie eut le bonheur de montrer la première les lumières à l'Europe, d'où elles se répandirent dans les royaumes voisins. En même temps que les lumières renaissent dans l'Europe occidentale, les sociétés semblent sortir de la confusion où elles ont été plongées jusqu'alors, se dessiner avec plus de netteté, prendre des formes moins vagues et plus arrêtées.
Le quatorzième et le quizième siècle offrent donc le travail le plus curieux que l'esprit humain puisse faire ; le mouvement intellectuel prend l'essor le plus élevé : politique, sciences, littérature, commerce, tout se ressent de cette impulsion qui fait présager une réforme sociale, Rodolphe de Hapsbourg nous semble, pour plusieurs raisons, mériter de donner son nom à cet âge, honneur dont jouissent ordinairement les deux Médicis. D'abord, l'élection de ce prince donna à l'Allemagne quelques instants de calme, après trois siècles de troubles; en second lieu, il peut être regardé comme le fondateur de la maison d'Autriche, qu'il assit sur une base inébranlable, éleva à un haut degré de puissance, et dont les forces, s'accroissant tous les jours, firent trembler l'Europe. Enfin, ce fut en Allemagne que le travail de l'organisation sociale à cette époque s'opéra avec le plus d'intensité, que se consomaièrent les changements qui s'effectuaient depuis longtemps. Rodolphe peut donc être considéré comme le représentant de cette Germanie qui avait pris une face nouvelle, et le chef de cette fédération formée au milieu des dissensions qui déchiraient son sein.
Travail à faire : Tableau synoptique et carte d'Europe.
ïiCCîare : Etudes historiques, par Chateaubriand. — Esprit de par Ferrand. — Philosophie de l'histoire de l'humanité, par Heid
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©e SIèele.
FÛIMTKDI WâË> ÉTATS M<DB18iniB&
CARACTERE BU SIECLE
Fondation des nouvelles monarchies. — Législation des peuples barbares — Commencement de la grande société chrétienne.
SOMMAIRE
Rrance. — 511. Mort de Cîovis. — Partage du royaume. —534. Destruction du
royaume des Bourguignons, — 534-5Û8. Conquêtes deThéodebald. Empire fosksïîî d'Orient. — 518-527, Race Justinienne. — Justin. — 533.
Publication du Code Justinien. — 534. Conquêtes de Bélisaire. — 553. Em- .
pire des Ostrogotîis détruit par Narsès. Italie — 526. Mort de Théodoric. — Fondation du royaume de Lombardie. —
568. Commencement de l'Exarchat de Ravenne. Espagne. — 507. Invasion des Wisigoths. — Amalaric. Eglise. — 590. Pontificat de saint Grégoire. Découvertes. —500. Vers à soie. — Fondation de l'église de Saint-Germain-
des-Prés de Paris. — Étriers.
Blopt €le Clovis et partage dn royaume (511). Conquête de la B©ssisg©gn®. — Clovis avait à venger la mort du père de Glotilde, assassiné par Gondebaud, qui s'était emparé du trône de Bourgogne. Aidé de Godégisile, frère du dernier roi et de l'usurpateur, il remporta une victoire facile : Gondebaud reconnut la souveraineté du conquérant et donna une partie de ses états à son frère qui l'avait trahi. Mais l'occasion de la vengeance s'étant présentée, Gondebaud la saisit et fait périr Godégisile. Clovis reprend les armes, est vainqueur, force le roi vaincu à abjurer la doctrine d'Arius pour embrasser le catholicisme, et à céder la province de Marseille à Théodoric, roi des Ostrogoths, qui l'avait soutenu dans cette guerre.
Clovis meurt en 511. Ses fils, entre lesquels il avait partagé la France, régnèrent d'abord en bonne intelligence et décla-
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aèrent la guerre à Sigismond, successeur de Gondebaud, ainsi *5u'à Gondemar, son frère, qui retenait injustement la dot de leur mère Clotilde. Ils battent Sigismond et s'emparent de ses états ; mais, barbares dans leur victoire, ils le jettent dans un puits que l'on comble de pierres, et le font ainsi périr près d'Orléans. Gondemar parvient à rentrer dans la Bourgogne et à se réintégrer dans les états de son frère. Glotaire et Clodomir se lient entre eux pour lui faire la guerre, le battent l'an 524, près de Voiron (Dauphiné), et Clodomir est tué dans le combat ; Childebert et Glotaire achèvent la conquête de la Bourgogne (534).
Les Bourguignons, nation Suève, qui avaient d'abord suivi la migration des Vandales, des Suèves et des Alains, s'arrêtèrent en &13 sur les rives du Haut-Rhin et dans l'Helvétie occidentale. Leur établissement définitif dans la Gaule date de l'année 456. Leur domination s'étendait alors sur la Bourgogne d'aujourd'hui, la Franche-Comté, le Lyonnais, le Dauphiné, la Savoie, le pays de Vaud, le Valais, tout le royaume portant le nom de Grand-llert (Allodium) des Bourguignons. Ce royaume, dans lequel le pouvoir royal ne tarda pas à devenir héréditaire, fut exposé à des troubles fréquents, causés par la turbulence de la noblesse, jalouse des lois et de la protection qu'elles accordaient aux sujets romains. La fermeté du roi Gondebaud, célèbre pour avoir publié la loi Gombelte (505), préserva cet état de la ruine dont le menaçait Clovis ; Childebert et Glotaire en firent la conquête, comme nous venons de le voir, mais cette conquête ne détruisit nullement la nationalité des Bourguignons.
La mort de Clodomir fut fatale à ses enfants. Malgré la protection et les prières deGlotilde, qui alors était retirée à Tours, deux périrent victimes de la cruauté et de l'ambition de Gfaiidebert et de Glotaire, leurs oncles, qui se partagèrent le royaume d'Orléans. Le troisième, plus heureux, put s'ersfuir et se faire moine dans l'abbaye qui, plus tard, s'appela de son nom Saint-Clodoald ou Saint-Cloud. C'est ainsi que nous verrons dans la suite les grands, et quelquefois les rois, se réfugier au sein de l'Église, et venir chercher dans le cloître un asile contre la politique cruelle de leurs rivaux, avec l'intention d'y passer paisiblement leur vie ou d'y attendre l'occasion favorable pour ressaisir ce qu'ils ont perdu.
Thierry, que d'autres appellent Theuderic, et qui n'avait pas pris part à l'expédition de Bourgogne, mena ses soldats dans l'Auvergne, épargnée seule dans le ravage général de l'Occident. Les descendants des Arvernes, si redoutables sous
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Jules-César, préféraient les Goths aux Francs; mais ceux-ci étaient protégés par le clergé, et saint Quinlien, évêque de Clermont, livre .e château à Thierry. Ce prince va de là aider Hermanfroy à dépouiller son frère Baldéric, roi de Thuringe, le fait ensuite empoisonner, et meurt en laissant la couronne à Théodebert, son fils.
Ce jeune prince, que ses actions ont fait regarder comme le plus brave, le plus fier et le plus magnanime des rois francs de l'époque, parvi ent à déjouer les projets de ses oncles, qui méditaient de s'emparer de ses états, et se joint à eux dans une nouvelle guerre contre la Bourgogne.
Justinien, empereur d'Orient, qui voulait s'attacher Théodebert, lui avait cédé tous les droits de l'empire sur la Gaule du midi. Le chef austrasien passe en Italie dans le dessein de combattre les Ostrogoths pour l'empereur ; mais bientôt il C& déclare contre celui-ci, parcourt l'Italie du nord au sud, réduisant en cendres les plus belles villes, et massacrant indistinctement et les Goths et les Grecs, puis fait alliance avec Totila, et se dispose à envahir l'empire d'Orient et à marcher sur Conslantinople, en descendant la vallée du Danube. Il meurt au moment d'exécuter son projet, en 547. Son fils, Théodebald ou Thibault, est battu par les troupes de l'empereur, meurt en Italie, et Clotaire s'empare de ses états au détriment de son frère.
Théodebert se faisait représenter sur ses domaines avec des ornements semblables à ceux des empereurs d'Orient, et leur donnait pour exergue le mot CONOB, que l'on trouve sur les monnaies des empereurs romains depuis Constantin sans qu'on en connaisse la signification précise.
La mort de Théodebert (547) est le terme des progrès des Francs ; Les Lombards les arrêtent en Italie ; l'Espagne ne les craint plus; Les Saxons rompent avec eux, refusent le tribut de cinq cents vaches qu'ils leur payaien t, et leur vouent une haine qui continue la lutte des Barbares, lutte qui s'accroît de siècle en siècle, et qui se manifeste encore de nos jours.
Observations sur Clovis.
La monarchie, à l'époque où nous sommes, était, pour ainsi dire, élective. Les quatre fils de Clovis, pour succéder à la couronne, durent obtenir le consentement des Francs, et leurs quatre royaumes formèrent une espèce de fédération avec une assemblée commune. Clotaire, l'un
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des fils de Clovis, hérita de ses trois frères, après avoir tué les fils de Clodomir élevés par Clotilde. A la mort de Clotaire, un nouveau partage eut lieu entre les quatre fils qu'ii laissa, toujours avec le consentement des Francs.
Ce partage causa, dans le principe territorial, une lésion profonde, dont l'effet se fit sentir dans les deux siècles suivants.
Lecture : VL Guizot,
EMPIRE ROMAIN D'ORIENl.
Race Justinlenne en ©rient. — Justin. — (518). Pendant que les peuples de la Germanie démembraient l'empire d'Occident, celui d'Orient, destiné à lui survivre malgré les vices de son gouvernement, était ébranlé par des dissensions religieuses et politiques, et ses frontières étaient exposées aux attaques successives des Huns, des Goths, des Bulgares, des Perses et des Arabes. Un gouvernement militaire et despotique, des vices de moeurs et de luxe, tel est en général l'aspect qu'offre l'empire de Byzance dans cette période, et, à peu de différence près, jusqu'à l'époque de sa destruction. Si son existence s'est prolongée malgré tant de maux qui l'affligeaient et les dangers qui le menaçaient, c'est grâce à l'heureuse situation de sa capitale, aux qualités éminentes de quelques empereurs, et à la désunion même de ses ennemis. Justin le Thrace, homme vulgaire, qui ne savait ni lire ni écrire, établit sa domination dans l'Orient, qui, depuis Arcadius, avait eu plusieurs souverains étrangers. Sous son règne, l'empire est assez tranquille ; mais Anastase (491) son prédécesseur, avait excité les Perses à prendre les armes, et ces derniers avaient enlevé l'Arménie et la Colchide. La guerre était assoupie, quand Justin parvint au trône, à l'âge de 68 ans ; elle se ralluma vers la fin de son règne. H voulait laver la tache imprimée au nom romain par le traité honteux qu'Anastase avait fait avec Cabadès, roi des Perses, qui avait enlevé aux Romains plusieurs provinces ; mais il ne vit pas la fin de cette guerre, et mourut presque aussitôt après l'avoir commencée. Justiaien, son neveu, que depuis longtemps il avait appelé auprès de lui, lui succéda en 527.
«lustinien. — Justinien (527-565) avait alors quarante-cinq ans. Son règne est une des plus brillantes époques du Bas Empire; sa Ion gueur, sa gloire et ses désastres le rendent digne do l'intérêt le plus vif. L'empereur était doué d'une belle figure ; il avait de la grâce et de la dignité dans ses manières, et donnait à ceux qui l'approchaient lïdée de cette majesté, objet de toute son ambition. Il avait l'art de choisir et d'employer les hommes : c'est ainsi qu'il donna 3a direction des finances à l'adroit Jean de Cappadoce, qu'il confia la législation à l'érudit Tribonien, et qu'il mit à la tête de ses armées, qu'il ne commanda jamais, l'intègre et vaillant Bétisaire, dont le courage lui conquit la Lombardie, l'habile et rusé Narsès, dont la perfidie fit perdre cetta province à son successeur, et Germain, son neveu, qui brilla même à côté de deux rivaux si redoutables. Naturellement pacifique, il fit pourtant respecter les armes romaines, depuis longtemps objet de la risée
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des Barbares, et releva la gloire de l'empire d'Orient, tombé si bas dans l'esprit des peuples. Il termina heureusement la guerre que son oncle avait commencée contre les Perses, et dicta en maître les concilions du traité. Il s'occupa du commerce, de la science économique, . ntroduisit la culture du mûrier, fit construire des fabriques de soie et des manufactures.
Mais les périodes de gloire ne sont pas toujours pour les peuples des périodes de bonheur. On a remarqué que chacune des trente-huit années du règne de Justinien fut marquée par quelque invasion des Barbares, et que chaque invasion coûtait cent mille sujets à l'empire. D'autres fléaux semblèrent se réu'ir pour faire expier leur gloire aux Romains. Deux cent cinquante mille personnes furent écrasées sous les somptueux monuments d'Antioche, métropole de l'Asie, détraite entièrement le 20 mai 52 3 par un affreux tremblement de terre, qui se renouvela à de courts intervalles jusqu'à la fin du siècle ; la peste, apportée de Péluse, décima encore la population, en sorte « que cette » période, illustrée par tant de monuments, peut être considérée avec » effroi comme celle des funérailles de l'espèce humaine. »
A tous ces malheurs venaient se joindre encore les dissensions intestines inséparables du gouvernement absolu, surtout tel qu'il était dans le Bas-Empire, où les chefs de l'État se mêlaient des disputes théologiques, et prétendaient imposer leurs opinions comme des articles de foi. Ce fut une des faiblesses de la vieillesse de Justinien, qui se jeta dans les obscures subtilités mises à la mode, dans ce siècle d'hérésies, aussi bien par le clergé orthodoxe que par les novateurs, et les doctrines d'Eutychès, qui depuis plusieurs années bouleversaient l'empire, furent de nouveau un sujet de troubles et de discordes.
Un autre motif vint aussi allumer une quasi-guerre civile et causer de grands malheurs. Dans les courses de chars, au cirque, les cochers étaient revêtus d'un uniforme vert pour les uns, bleu pour les autres. Il y avait entre eux rivalité, et la populace se partageait entre les deux couleurs ; de là deux factions, la faction des bleus et la faction des verts, chacune applaudissant et défendant ses héros. Jusque-là on s'en était tenu à des vociférations ou à quelques engagements partiels qui avaient été facilement réprimés.
Zvïais Justinien fut assez impolitique pour faire de cette rivalité une affaire d'état en embrassant l'un des partis, pour compromettre la dignité impériale et la majesté de la justice en se déclarant pour la faction des bleus, et en poursuivant les verts pendant tout son règne ; û faillit être la victime de son imprudence ; car, en 552, il s'éleva une révolte terrible, que l'on désigne sous le nom de son cri de guerre yica, ou Victoire. La capitale fut pendant cinq jours livrée à la fureur de la populace, excitée par les neveux d'Anastase, qui prétendaient au trône, et Justinien ne dut son salut qu'à la fermeté de Théodora, m femme.
Leclure : Histoire du Bas-Emvire^ de Lebea».
Code de Justinien.
Justinien construisit une foule d'édifices superbes ; il rebâtit avec plus de magnificence, sur la fin de sa vie, la cathédrale de Sainte- Sophie, qui avait beaucoup souffert, et avait été presque entièrement détruite dans la sédition qui 3vàït eu lieu au commencement de son règne ; mais ce qui lui assure une gloire plus solide que ses conquêtes et ses monuments somptueux, ce qui fait oublier les maux de son règne et pallie ses torts, c'est la collection et la publication de l'ancien droit romain. Il voulut faire un choix parmi les fois qui existaient déjà, et confia le soin de ce grand ouvrage à, dix des plus sages et des plus habiles magistrats, présidés par le savant Tribonien. Les Pandectes et le Code, qui furent mis en ordre et promulgués par les soins de Justinien, contiennent l'immense dépôt de la sagesse des âges précédents. N'est-il pas étonnant de voir une législation tout entière léguée par un barbare sorti de la fange du peuple, au milieu de la Grèce, aux descendants de Rome? Un cachet servile est sans doute quelquefois imprimé à ce beau travail des lois antiques ; mais ce n'en est pas moins un monument admirable, qui doit perpétuer le nom de Justinien et le recommander à l'estime de la postérité.
Quatre publications eurent lieu successivement :
1° Le Code de Justinien, ou Recueil des constitutions impériales depuis Adrien jusqu'en 529.
2° Les Insti tûtes, élément du droit romain à l'usage des écoles (533).
3° Les Pandectes (538).
4° Les Noielles ou Authentiques (534 et 536), de Justinien lui-môme.
Justinien mourut en 565, quatre ans avant la naissance de Mahomet. Son sceptre fut successivement transmis : 1° à Justin le Jeune (565- 574), prince faible et sans caractère, qui se laissa gouverner par Sophie, son épouse, dont l'orgueilleuse vanité mécontenta Narsès, et fit perdre l'Italie à l'empereur d'Orient (il ne lui resta plus qu'une province de peu d'étendue, que Longin, envoyé pour remplacer Narsès, parvint à soustraire aux Lombards, et qu'il gouverna sous le nom d'Exarchat de Iiavenne) ; 2° à Tibère II, prince doux et pacifique (578-582) ; 3° à Maurice, qui rétablit sur le trône de Perse Chosroès, dépouillé de ses états, et eut en lui un allié fidèle et un redoutable vengeur (582-602) ; k° à Phocas, soldat de fortune, assassin de Maurice et battu par le roi de Perse, qui voulait venger son bienfaiteur (602-610) ; enfin à Héraclius, que nous verrons au 7* siècle.
Lecture : Montesquieu.
Conquêtes de ®élisals*e? général des armées de Justinien, — . Bélisaire, né d'un paysan de la Thrace, avait fait ses premières armes sous Justin. La route des grandeurs lui fut préparée par sa femme
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Anlonia, confidente et amie de l'impératrice Théodora, l'une et l'autre de mœurs dépravées et filles de cochers du cirque. Il reçut l'ordre de passer en Afrique pour combattre Gélimer, homme ambitieux, qui avait détrôné Hildêric, fils de Genséric. Après avoir terminé heureusement la guerre contre Cabadès, roi des Perses, par un traité de paix conclu en 530, Bélisaire conduisit l'armée navale destinée à conquérir l'Afrique, prit Carthage, marcha contre Gélùner, détruisit le trône des Vandales, prit possession du royaume et se fit servir par les officiers du prince. Les Maures le reconnurent roi, et peu de temps après il défit le reste des Vandales, prit Gélimer (en 534) , et le mena à Constantinople. Ce malheureux prince fut un des ornemeuts de son triomphe. C'est ainsi que finit la monarchie des Vandales ariens. Nous devons rendre justice à Justinien, qui assigna depuis de vastes domaines en Galicie à Gélimer, et ce roi des Vandales effaça par son repentir le crime de son usurpation.
Bélisaire, ayant détruit le royaume des Vandales en Afrique, fut envoyé , avec Mundus , pour renverser celui des Goths en Italie. Depuis longtemps l'empereur d'Orient désirait ressusciter l'empire d'Occident, et cherchait l'occasion de faire valoir ses prétentions : Théodat la lui fournit bientôt en faisant étrangler dans un bain Amalasonthe, sa femme, cousine de l'empereur, et à laquelle il devait le trône. Ce fut sous prétexte de venger sa parente que Justinien envoya une armée en Italie. Arrivé sur les côtes de Sicile avec sa flotte, Bélisaire s'empara de Catane, de Syracuse, de Panorme et de plusieurs autres villes, par force ou par composition; il courut ensuite à Naples et la prit (536). De là il marcha sur Rome et en envoya les clés à l'empereur. Théodat, roi des Goths, ayant été assassiné pour avoir offert sa couronne au poids de l'or, Vitigès, son successeur, vint assiéger Rome ; Bélisaire le vainquit, le força de se renfermer dans Ravenne , le prit et le mena à Constantinople , après avoir refusé la couronne que les vaincus offraient à leur vainqueur. Tout le peuple de Constantinople avait le nom de Bélisaire à la bouche et ses grandes actions dans la mémoire. On le regardait comme le libérateur de l'empire.
Il fut hientôt obligé de quitter la capitale pour aller combattre Chosroès I, roi de Perse. Après l'avoir mis en fuite, il retourna en Italie contre Totila, élu roi des Goths, dont la bouillante valeur secondait l'ambition, et qui rêvait, aidé du roi franc Théodebert, non-seulement la délivrance et la conquête de l'Italie tout entière, mais le renversement de l'empire de Constantinople. L'envie s'était déjà attaquée à la gloire de Bélisaire et, soit par sa propre jalousie, soit à l'instigation des ennemis du grand homme , Justinien ne lui donna que peu de troupes et d'argent pour vaincre un des capitaines les plus courageux et les plus habiles que les armes romaines eussent eu à combattre depuis longtemps. Trop inférieur en nombre, Bélisaire fut plusieurs fois battu ; mais, malgré ses revers il sut encore assez imposer au vainqueur pour l'engager à ne pas détruire Rome, dont il avait déjà fait abattre les murailles, parvint à y
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rentrer lui-même, et la répara. Cependant, comme la cour de Constantinople, influencée par ses envieux, ne faisait pas droit à ses réclamations et ne lui envoyait pas les secours qu'il demandait pour terminer la guerre avec honneur, il se démit du commandement et abandonna l'Italie. Il reprit encore les armes dans sa vieillesse contre les Huns, qui avaient fait une irruption dans l'empire en 559, les chassa et les fit rentrer dans leur pays.
Les grands , de plus en plus jaloux des succès de Bélisaire , l'accusèrent (581) auprès de Justinien d'avoir voulu s'emparer du trône. L'empereur, ombrageux, lui ôta la dignité de patrice, lui retira ses gardes , et l'accabla de cruels traitements qui le conduisirent au tombeau la même année.
On a dit, sur l'autorité de quelques historiens du 11e et du 12e siècle^ que Justinien poussa la barbarie jusqu'à faire crever les yeux au vainqueur des Perses, des Goths et des Vandales, et qu'on vit l'illustre aveugle, alors âgé de plus de 80 ans, conduit par un enfant devant le couvent de Lauros, présentant un plat de bois pour demander l'aumône d'une obole.. Cette opinion, reproduite par un savant biographe anglais, lord Mahon, est aujourd'hui attaquée et regardée comme une fable. On croit même que la clameur publique fit repentir Justinien, qui reconnut la malice de ses courtisans, et rendit à Bélisaire ses bonnes grâces. Ce que l'on sait, c'est que le héros mourut le 13 mars 565, huit mois avant l'empereur.
Lecture : Gibbon, Décadence de l'empire romain, tom. ix ; Le Beau, Histoire du Bas-Empire ; Biographie de Bélisaire, par lord Mahon; tragédie de Bélisaire, par de Jouy; Bélisaire, de Marmontel.
ITALIE
Théodoric. — Trois frères, de la race des Amales, rois des Ostrogoths, Walmir, Théodemir et Wildimir, après la mort d' Attila, occupèrent les contrées désolées de la Pannonie , et maintinrent, par leuf habileté et leur courage, l'indépendance qu'une victoire venait de rendre à' leur nation. Ce fut de Théodemir que naquit Tkéodoric (455) , au moment où l'on apportait la nouvelle de la victoire de Walmir sur les Huns, qui avaient fait irruption dans ses états. Livré pour otage k l'âge de 8 ans, il fut élevé avec soin à Constantinople ; mais, dédaignant les lettres et les arts , il ne s'appliqua guère qu'aux exercices du corps et aux manœuvres de la guerre. Quand il revint en Pannonie , toute la nation des Ostrogoths reconnaissait le père de Théodoric pour son roi, et, après quelques heureuses expéditions, il monta sur le trône des Amales, que lui laissait la mort de Théodemir, en 475. Sa rapacité, excitée par le besoin , le forçait à opprimer les vastes provinces qu'il avait envahies, et déjà, d'accord avec ses sujets, il avait quitté son camp de Pannonie pour s'établir dans de riches contrées situées aux environs de la cour de Byzance, et que leur avait cédées la lâcheté des empereurs, qui confièrent aux' Barbares la défense de la partie bsss@
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du Danube. Après avoir aidé Zenon à remonter sur le trône d'Orient et avoir reçu de lui les dignités de patricien et de consul, il se révolta, répandit le feu de la guerre de Gonstantinople à la mer Adriatique, et fit d'affreux ravages dans la Thrace. Zenon parvint à l'apaiser, et afin d'occuper son infatigable activité et son humeur inquiète , l'engagea à attaquer une tribu de Gotbs qui avait soutenu Basiliscus dans sa révolte. La perfidie romaine et l'adresse du fils de Thriarius, qui commandait cette tribu , forcèrent Théodoric à embrasser le parti de Thriarius et à partager l'empire avec son rival. Ce dernier étant mort , toute la nation reconnut la suprématie des Amales, et l'empereur eut à craindre de nouveau Leur puissance et leur valeur. Haï des Romains et suspect aux Barbares , Théodoric forma un projet digne de son courage et de son ambition ; il obtint de Zenon l'autorisation de conquérir l'Italie et de la gouverner selon les lois de l'empire. Il se mit en marche avec toute sa nation, en 488, entraînant avec lui tous les aventuriers et les tribus errantes des pays qu'il traversait. Nous avons vu, dans le 5e siècle, Odoacre, chef des Hérules , prendre le titre de roi d'Italie; Théodoric marche contre lui, le défait successivement près à'Aquilée, à Vérone, sur les bords de YAdda, l'assiège dans Ravenne, où il s'était retiré. Il consent d'abord à partager l'Italie ave<* son rival; mais peu de temps après Odoacre fut assassiné, dans un festin, de la main même du roi goth, qui fit périr encore toute la famille et tous les amis de ce prince infortuné, qu'on accusa, selon l'usage, d'avoir conspiré (493).
Tel était l'effet de l'ancienne gloire de Rome, que. tous les vainqueurs du grand peuple voulaient se faire Romains. A peine Théodoric eut-il pris Ravenne, qu'il se revêtit de la pourpre impériale, et, maître de Rome, il établit dans sa cour barbare toutes les charges de la cour d'Orient, et s'arrogea tous les privilèges et toutes les prérogatives des empereurs* Il mit à profit les connaissances qu'il avait acquises pendant son séjour à Gonstantinople, et se conduisit avec autant de sagesse que de modération. Le partage des terres de l'Italie, dont le tiers échut à ses soldats, est peut-être le seul reproche qu'on ait à lui faire dans- les commencements de son règne ; partout ailleurs il montra un génie profond et une politique consommée. Il laissa subsister la police, les coutumes et les lois romaines ; modéra sans l'éteindre l'ardeur de ses soldats, protégea l'industrie de ses nouveaux sujets, dans le but de maintenir la séparation entre les Goths et les Italiens , et de réserver les uns pour les arts de la paix, et les autres pour le service de la guerre; il s'arrêta au milieu de l'enivrement de la victoire , rassura les Barbares de l'Occident, chez lesquels sa conquête avait répandu l'alarme, en leur montrant qu'il désirait la paix et n'en voulait pas à leurs possessions ; et s'il eut dans le cours de son règne quelques guerres à ■ soutenir, ce fut toujours pour se défendre; sa sagesse, aussi bien que , son courage, le rendit partout vainqueur. Diverses alliances unissaient sa famille aux plus puissantes monarchies de l'Occident; les peuples i los plus lointains envoyaient solliciter soa amitié. Dans le gouverne*
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ment de ses états , il avait pour maxime , dit un grand historien , de faire oublier qu'un barbare était sur le trône; et sous sa domination, Rome et l'Italie tout entière , le peuple et les nobles jouirent d'une prospérité qu'ils n'osaient plus espérer. Barbare , il défendit le duel ; arien , comme presque tous les Goths , il toléra longtemps les catholiques , dont les prêtres recevaient des honneurs dans son palais , et ce fut par la justice, par la sagesse de ses lois et de son administration, qu'il affermit un empire qui, outre l'Italie et la Sicile, embrassait une grande partie de la Pannonie , de la Rhétie , de la Norique , l'Espagne et la Gaule méridionale jusqu'au Rhône, sur laquelle il régnait coimne tuteur de son petit-fils. On pense que la nation des Ostrogoths seule comptait deux cent mille hommes capables de porter les armes ; mais on ne sait quelle était la population romaine des états de Théodoric.
Nous ne pouvons finir cette notice sans citer les crimes dont ce prince souilla sa vieillesse, et qui ont terni sa gloire. Les mauvais traitements qu'il fit essuyer au souverain pontife qu'il envoya à Constantinople pour arrêter la persécution commencée contre les ariens , et l'ordonnance par laquelle il défendit l'exercice du culte catholique après un jour fixé, démentent la modération qu'il avait montrée jusqu'alors, et l'on ne pardonnera jamais au roi goth la mort de l'intègre et savant Bo'êce, te dernier des Romains, dit Gibbon, que Caton ou Cicéron eussent reconnu pour leur compatriote (524) ; ni le meurtre de Symmaque (525), dont le crime fut de pleurer son ami, et dont la tête sanglante, apparaissant sans cesse à Théodoric, éveilla ses remords et avança sa dernière heure. Il mourut le 30 août 526 , après un règne de trente-trois ans, qui passa comme un brillant météore, sans laisser aucune influence durable. Nous avons une volumineuse collection des lettres de ce prince, écrites en son nom par Cassiodore, rhéteur un peu emphatique, mais qui nous a du moins laissé des documents précieux sur les relations politiques des nouveaux états.
Lecture : Histoire de Théodoric, par Du Roure (1846).
Aïiialasonf he , sa fille , héritière de ses talents , gouverne d'abord avec sagesse comme tutrice à'Athalaric, âgé de cinq ans, qu'elle avait eu d'Evaric de Mœsie, mort depuis quelque temps. Quoique les Goths, comme tous les autres peuples guerriers du Nord, n'eussent jamais placé de femme à leur tête , Amalasonthe resta pourtant sur le trône après la mort de son fils (534), et se montra digne de la confiance des Goths. Cependant elle crut devoir s'associer au trône le neveu de Théodoric, Théodat, qui s'était engagé à lui laisser l'administration suprême de l'État. Mais bientôt l'ambition du nouveau roi et les intrigues de Théodora , femme de Justinien, firent reléguer dans une île du lac de Bolsena, et ensuite étrangler dans un bain, Amalasonthe, qui appelait la vengeance de Justinien sur un époux ingrat. Son nom signifie Vierge des Amales.
Nous venons de voir comment Bélisaire et Narsès, par leurs victoires,
mirent fin à l'empire des Ostrogoths (535) , dont les états passèrent aux Grecs.
Fondation du royaume des Lombards. — Les Lombards, qui habitaient anciennement la partie septentrionale de la Germanie, sur l'Elbe, s'étaient enfin fixés dans la Pannonie, après avoir changé plusieurs fois de demeure. S'étant ligués avec les Avares contre les Gépides, ils vainquirent ces derniers. Suivant le traité qu'ils avaient fait, ils abandonnèrent le pays des vaincus à leurs alliés, bien qu'ils y fussent établis depuis quarante-deux ans; et rassemblant leurs femmes, leurs enfants, leurs vieillards, leurs esclaves, ils brûlèrent leurs maisons et se mirent en marche pour une nouvelle patrie. L'eunuque Narsès, dont la vanité de Sophie, femme de Justin, avait méconnu les services et blessé l'orgueil en lui envoyant une quenouille et le faisant rappeler de son gouvernement, se déclara indépendant et appela les Lombards à son secours. Ceux-ci se dirigèrent vers le nord de l'Italie et s'en rendirent maîtres sous Alboin, leur chef. Longin, envoyé pour succéder à Narsès, ne put leur arracher qu'une petite province qui prit le nom d'Exarchat de Ravenne, et qu'il gouverna au nom de l'empereur. Tout le reste, depuis les montagnes de Trente jusqu'aux portes de Ravenne et de Rome, se soumit sans siège ni sans bataille. Pâme seul résista à ses armes, mais elle fut prise après un siège de trois ans, et les Lombards en firent la capitale de leurs États.
Alboin, leur premier roi (568-573), n'eut pas le temps de voir fleurir son nouvel empire : Rosemoncle, sa femme, le fit assassiner. Il l'avait contrainte à boire dans le crâne de son père, Cunimond, roi des Gépides, qu'il avait tué dans une bataille. La coutume de ces peuples était de se servir du crâne de leurs ennemis comme de coupe dans leurs festins solennels. A sa mort (573), le royaume retomba dans l'anarchie jusqu'à Luitprand (712-744), dont le règne est célèbre par la conquête de la Pentapole et par le commencement des démêlés avec les papes. — Son troisième successeur, Astolphe (749-756), conquit l'Istrie sur les Grecs, et mit fin à la domination des empereurs de Gonstantinople dans le nord de l'Italie, en s'emparant de Ravenne (752). C'est alors qu'il marcha vers Rome ; mais le pape Etienne II ayant imploré le secours de Pépin le Bref, roi de France, l'Exarchat fut donné au Saint-Siège. De cette époque commence Y autorité temporelle des papes.
Observations sur l'exarchat de Ravenne*
L'exarchat remonte à Narsès (568), le vainqueur des Goths; il y eut dix-huit exarques, ou vices-rois, et dura 184 ans. Les villes principales étaient Ravenne, capitale ; Oderzo, Padoue, Adria ; — Bologne, Ferrare, et les cinq villes de la Pentapole, données au pape par Pépin : Rimini, Pesaro, Fano, Sinigaglia et Ancône. — Il avait partagé ses états en 36 duchés qui se rendirent indépendants jusqu'au règne d'Autharic (584-590), dont les conquêtes s'étendirent jusqu'au détroit de Regium. Rolharic3 l'un de ses successeurs (636-652), publia, en 643, à la diète de Pavie,
30G 0e SIECLE,
un code de lois célèbre, revu et développé par les rois Grîmoald (662- 671} et Luitprand (712-744).
ESPAGNE
Imvasfoîa «les Wlsîgalhs &m Italie, en datsle et en Espa» gne. — Pendant que les Vandales, les Suèves et les Alains dévastaient les Gaules et s'établissaient en Espagne, l'Italie était envahie une seconde fois par les Wisigotbs sous le roi Alaric, de la race des Baltes (408) ; il venait sous le prétexte de venger l'assassinat commis par les ordres de l'empereur sur la personne de Stilicon. La lâcheté et la mauvaise foi d'Hojiorius furent la cause du pillage de Rome, qu'Alarïc avait deux fois épargnée. Ce roi mourut à Cosenza> en Calabre, lorsqu'il allait passer en Sicile (410).
L'arrivée des Wisigotbs dans la Gaule méridionale (412) fut l'effet d'une convention entre le roi Asîolphe, beau-frère d' Alaric, élu par la nation, et l'empereur Honorius, privé de l'autorité nécessaire pour combattre l'anarchie qui désolait ses provinces. Ces désordres donnèrent lieu aux premiers établissements des Bourguignons dans la Gaule orientale (413).
Les Goths, sous Asîolphe, d'abord maîtres des pays entre les Alpes, le Rhône, la Méditerranée, la Garonne, les Pyrénées, où ils furent tantôt les auxiliaires des Romains et tantôt leurs ennemis, se fixèrent ensuite au-delà de ces dernières montagnes, et firent de Barcelone la capitale de leur empire.
Val'da, successeur à? Asîolphe, obtint l'Aquitaine pour prix de ses services, et choisit Toulouse pour résidence (415). C'est l'époque de la fondation de la monarchie des Wisigoths dans la Gaule méridionale, et dans cette partie de l'Espagne qui comprend aujourd'hui la Navarre et la Catalogne. Les successeurs de Vallia lui donnèrent une plus grande extension.
La défaite et la mort d' Alaric II à Vouglé (507) entraînèrent la perte d'une partie des provinces que les Wisigoths avaient possédées dans la Gaule ; néanmoins, par l'intervention de Théodoric, roi des Ostrogoths en Italie, ils conservèrent le Languedoc ou la Septimanie. A la mort d'Amalaric, qui avait régné sous la tutelle de Théodoric, s'éteignit la dynastie d' Alaric,- et la couronne devint purement élective (526). Après le règne de Léovigild (568-586), qui acheva la conquête de l'Espagne par la destruction du royaume des Suèves, et releva l'autorité royale (584), la monarchie des Wisigoths subit les conséquences funestes que le clergé exerçait sur le pouvoir politique, depuis la conversion de Récarède, fils de Léovigild, à la religion catholique. La plupart des rois wisigoths, jusqu'à Roderic (586-601), périrent de mort violente.
Lecture s Jornan,dès, Origine des Goths. — Esquisses historiques, de l'auteur,
6e, SIECLE. 807
EGLISE
L'église àe Rome profita du double avantage d'avoir été fondée par saint Pierre, le prince des Apôtres, et de compter parmi ses membres des personnages considérables, auxquels leur rang et leur naissance donnaient une grande influence à la cour.
La translation du siège de l'Empire nuisit aux relations hiérarchiques entre l'évêque de l'ancienne résidence impériale et celui de la nouvelle, entre le plus puissant patriarche de l'Orient et le premier évoque des pays orientaux. Bien que la plupart des lettres des évoques témoignent «de leur respect à une autorité supérieure , cependant le pape tenait le premier rang dans l'ancienne capitale du monde, et dirigeait seul son vaote diocèse dont le zèle des missionnaires reculait sans cesse les limites. Plusieurs événements préparèrent la grandeur du Saint-Siège et la supériorité de l'Europe sur les autres parties du monde.
L'histoire nous montre les premiers papes inébranlables dans la foi, toujours prêts à subir le martyre, prodigues de leur patrimoine envers les pauvres, attentifs à rendre le culte public plus imposant, et à maintenir leur dignité par des mœurs austères. Parmi eux nous remarquerons Grégoire le Grand, qui fut élevé presque malgré lui au pontificat, dans le temps que Rome était ravagée pas la peste (590). Il était fils du sénateur Gordien, d'une illustre origine patricienne ; il fut préteur et il eut pour mère sainte Sijlvie. Aux avantages de la naissance, Grégoire joignait une figure noble, des manières affables, des talents supérieurs, et des vertus dignes du pontificat. Il succéda, en 590, à Pelage IL Il mérita le surnom de Grand par son zèle infatigable et sa politique habile. Il envoya des missionnaires qui convertirent une grande partie de l'Angleterre et le roi de Kent. Il étendit de tout son pouvoir la religion chrétienne, et fit à Rome de sages institutions. Il voulait qu'on employât la douceur et non les voies de rigueur, pour ramener les hérétiques. Ce sage pontife donna l'exemple du gouvernement ecclésiastique. C'est celui de tous les papes dont il nous reste le plus d'écrits.
Ce fut au sixième siècle, en 529, que saint Benoît, né près de Nursie (Norcia), chez les Sabins, établit sur le Mont Cassin, dans le royaume deNaples, une société de cénobites destiné? ;;. devenir le chef-lieu d'une immense congrégation ; approuvée par .saint Grégoire, elle se répandit rapidement dans toutes les provinces de l'Eglise latine, et dans la suite d'immenses services furent rendus par les Bénédictins à la religion, à l'humanité et aux lettres. Jusqu'à cette époque, les moines n'étaient pas encore membres du clergé, et on les regardait plutôt comme des laïques. On connaît bien parmi eux des prêtres et des évêques, mais c'est seulement au commencement du sixième siècle que les moines furent regardés comme faisant partie du clergé proprement dit.
Lecture : Le Christianisme chez Us Francs» par Oaanaw (Chapitre de Grégoire le Grand}.
S6 Siècle.
IIMKD1I1T ou Yongiïiô des empires à'Oriewl.
CARACTÈRE 23U SIÈCLE
En Europe, Héraclius soutient la puissance chancelante de /'empire d'Orient. Les nouveaux états de /'empire d'Occident sont toujours dans la confusion. Les Mérovingiens se laissent gouverner par les maires d'Austrasie. Z/Heptarchie partage toujours les Anglo-Saxons ; Venise prend plus de consistance ; mais les lumières de l'intelligence sont toujours éclipsées. L'Asie occidentale est envahie par les Arabes sous la conduite de Mahomet et des kalifes, ses successeurs, et la doctrine ma" hométane s'établit par les armes dans l' Afrique septentrionale.
SOMMAIRE
France. — 575-613. Rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. — 687. Victoir
deTestry, par Pépin-d'Héristal.
Empire d'Orient. — 610. Héraclius, empereur d'Orient. — Défaite de Chos-
roès, roi de Perse.
Arabie. — 622. Hégire de Mahomet. — Origine du mahométisme. — -
Abou-Bekr, premier kalife, publie le Koran. — 640. Conquête la Syrie et de
l'Egypte, par Omar. — 648. Fin du second empire des Perses. —653 Prise
de Rhodes par les Sarrasins.
Découvertes. — 600. Plumes à écrire, Invention des moulins à vent par les
Arabes. — Abbayes de Chelles et de Saint-Denis (622).
FRANCS
RiTalUé de Frédégonde et de Brnnebant (575). Le second partage de la monarchie venait d'avoir lieu entre les quatre fils deClotaire (560- Caribert, roi de Paris, mourut après six ans de règne, et son royaume fut encore divisé entre ses frères. Gontran fut roi d'Orléans et de Bourgogne; Chilpéric, roi de Soissons ou de Neustrie, et Sigebert, roi d'Austrasie, épousèrent les deux sœurs, Galsuinde et Brunehaut, filles iïJthanagilde, roi des Wisigolhs. Frédégonde, suivante de Galsuinde, avait su par ses intrigues et sa beauté s'attirer
l'amour du roi, qui bientôt négligea pour elle son épouse légitime, et cette princesse, s'opposantà l'élévation de l'ambitieuse concubine, fut trouvée morte dans son lit. Cet assassinat ne pouvait être que le crime de Frôdégonde, et Brunehaut, pour venger sa sœur, alluma la guerre entre les deux royaumes d'Austrasie et de Neustrie.
Après quelques combats, les deux rois font la paix, et Sigebert va se faire prendre par les Huns qu'il poursuivait. De retour dans ses états, il s'empare par surprise de la ville d'Arles, qui appartenait à Gontran. Celui-ci, par droit de représailles, prend Avignon qui faisait partie du royaume d'Austrasie, et va assiéger son frère dans Arles même, Gontran et Sigebert se réconcilient, et marchent contre Chilpéric qui, pendant que ses deux frères guerroyaient, avait fait envahir par son fils Clovis, la Touraine et le Poitou, provinces du royaume d'Austrasie. Clovis est chassé de Tours et de Poitiers par Mummol ; mais bientôt son fils aîné, plus heureux, taille en pièces Gondebaud, général de l'armée de Sigebert. Ce prince, vaincu, appelle à son secours plusieurs peuples d'Allemagne, ses tributaires, et Gontran redoutant, après la victoire, la force d'un allié si puissant, se range du côté de Chilpéric. Les deux armées sont bientôt en présence; on n'ose s'attaquer, et les trois rois font de nouveau la paix.
Les Allemands, frustrés du butin qu'ils se sont promis, se révoltent, et c'est avec peine que Sigebert parvient à les faire rentrer dans le devoir. Cependant Chilpéric, aidé du roi de Bourgogne, viole le traite, et son fils Théodebert est défait et tué par deux généraux du roi d'Austrasie. Gontran, prince faible et versatile, abandonne Chilpéric malheureux et embrasse le parti du vainqueur. Sigebert va ceindre le diadème de Neustrie, qui lui est offert par quelques seigneurs mécontents, et s'avance triomphant jusqu'à Vitry pour assiéger son frère, et prendre possession de son royaume. C'est là que l'attend Frédégonde : le poignard de deux assassins la délivre d'un ennemi si terrible et sauve la Neustrie, En même temps cette princesse a soin défaire arrêter Brunehaut, qui ignore encore le meurtre de son époux; mais Gondebaud parvient à lui dérober le fils de sa victime et le fait proclamer à Metz roi d'Austrasie, sous le aom de Childebert II (515). Mérovée s'éprend des charmes de Brunehaut, prisonnière à Rouen, et l'évèque Prétextât bénit feur union. Frédégonde profite de cette occasion pour perdre