‹ Nouveaux éléments d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 13 sur 74 · LAUR1NEES · texte numérisé non relu

LAUR1NEES

térieur. On chauffe ; le camphre se sublime et s’attache à la paille, d’où on l’enlève en grains grisâtres, humides et impurs* c’est le Camphre brut.

Il en existe deux sortes dans le commerce : le Camphre du Japon , qui est le plus estimé ; le Camphre de Chine , qui est de qualité inférieure.

Pour le purifier, on le place , avec un peu de chaux , dans un matras à fond plat, entièrement plongé dans un bain de sable , que l’on chauffe jusqu’à ce que le camphre entre en ébullition et que l’eau se soit toute

é\ aporée. AI01 S on Fig. 496.— Ojnnamomum Cainphora , d’après Moquin-Tandon . découvre peu à peu

le haut du matras, qui se refroidit ainsi, et le camphre s’y condense. Quand tout est sublimé, on laisse refroidir, puis on brise le matras.

Le camphre ainsi obtenu est dit Camphre raffiné ; il se présente sous forme de pains de 1 à2kilogr., convexo-concaves , arrondis sur les bords, pourvus d’une large ouverture circulaire et médiane. Il est incolore, transparent, très-onctueux au toucher, fragile, à cassure brillante et à texture cristalline ; il peut cristalliser en octaèdres ; sa saveur est âcre , aromatique , un peu fraîche ; son odeur forte, pénétrante, caractéristique. Il est plus léger que l’eau, inflammable et volatilisable à chaud sans résidu ; soluble dans l’alcool , l’éther, les huiles grasses et volatiles , à peine soluble dans l’eau , à laquelle pourtant il communique une odeur et une saveur très-marquées.

On le pulvérise généralement à l’aide d’un peu d’alcool ou d’éther, mais la poudre ainsi obtenue se tasse et s’agrège facilement ; aussi est-il préférable de le râper. Le lait en dissout, dit-on , 1/8 de son poids et l’acide carbonique paraît aider sa dissolution dans l’eau.

Le camphre a pour formule C20 H16 O2. Il existe dans beaucoup de végétaux ; les Labiées , les Zingibéracées , les racines de la plupart.

APÉTALES HERMAPHRODITES APÉRISPERMÉES.

des Gannelliers en renferment; on peut aussi l’obtenir en traitant, par l’acide azotique, les essences de Valériane et de Semen contra.

Le camphre desLaurinées dévie à droite le plan de polarisation de la lumière ( Camphre droit ) ; celui des Labiées n’exerce aucune ac- I tion sur la lumière polarisée (Camphre inactif} . Quand on recueille à part les portions de l’essence de Matricaire , qui distillent entre 200° et 220°, il s’y dépose, par le refroidissement, un camphre qui dévie la lumière à gauche (Camphre gauche).

Les solutions alcalines n’exercent pas d’action manifeste sur le camphre. L’acide azotique en excès et bouillant,- le convertit en Acicle C amphorique (G20 H16 O8).

On trouve dans le commerce, sous le nom d’ Huile de camphre , une matière liquide qui paraît être un mélange de camphre et d’un hydrocarbure (G20 H16) isomère de l’essence de térébenthine. L’huile de camphre (G20 H16 O) est évidemment le premier degré d’oxydation de l’hydrocarbure ci-dessus ; elle se transforme en camphre solide, sous l’influence de l’oxygène ; l’acide azotique opère la même transformation.

Le camphre sert en quelque sorte de type aux huiles volatiles concrètes.

Nous aurons plus tard à revenir sur ce sujet, à propos du Camphre de Bornéo.

On falsifie quelquefois le camphre avec du chlorydrate d’ammoniaque. En triturant avec de la chaux ce camphre adultéré , il se produit des vapeurs d’ammoniaque aisément reconnaissables à leur odeur. L’eau dissout le chlorhydrate et non le camphre ; l'alcool, au contraire , dissout le camphre et non le chlorhydrate.

Administré à petites doses , le camphre est sédatif ; à doses plus élevées, c’est un excitant énergique. On l’a préconisé pour combattre l’irritation de la vessie, surtout quand elle provient de l’action des Gantharides. On le prescrit à l’intérieur, seul, ou suspendu dans l’eau, à l’aide d’un jaune d’œuf, ou bien mêlé à l’opium , à l’azotate de potasse etc. A l’extérieur, on le prescrit soit en pommade , soit dissous dans l’alcool , ou dans l’éther.

« La solution éthérée semble produire une anesthésie locale (C laisse) ; une dissolution, en parties égales , du camphre dans le chloroforme paraît donner les mêmes résultats ( Martenot ). » Dorvault.

Avocatier ( Persea gratissima Gærtner, Laurus Persea L.). Ge grand arbre, originaire de l’Amérique méridionale, fournit un fruit gros comme une poire, et qui est recherché aussi bien par l’Homme que par les animaux.

TAL'RINÉES,

2° Tribu: Cryptocaryées.

Fleurs hermaphrodites, rarement dioïques,3-(rarement 4-) mères ; 9, 6, 3 (très-rarement 4) étamines ; staminodes souvent irréguliers, quelquefois nuis ; fruit entièrement recouvert par le calice, ou dont le sommet fait saillie tardivement , rarement adné. Feuilles coriaces, toujours vertes.

Mespilodaphne pretiosa Nees, var. y. angustifolia Nees. {Cryptocary a pretiosa Mart.). Arbre du Brésil, dont l’écorce , appelée Ccisca preciosa par les indigènes , a une odeur agréable de cannelle , de sassafras et de rose, selon M. de Martius.

On donne le nom de Noix de Girofle ou deRavensara au fruit cîe YAgathophyllum aromaticum'WiWA. {EvodiaBavensara Gærtn.), arbre de Madagascar, dont l’écorce et les feuilles sont également pourvues d’une forte odeur de girofle. Feuilles, écorce et fruit ne sont guère usités qu’à Madagascar. Les feuilles sont d’ordinaire repliées plusieurs fois sur elles-mêmes , puis enfilées en chapelet ; elles ont une odeur très-aromatique et persistante. Les fruits sont gros comme une petite noix ; leur odeur est forte , analogue à celle de la cannelle giroflée et du piment Jamaïque.

On trouve, dans la Guyane française, un arbre qu’Aublet a décrit imparfaitement , sous le nom de Licarici Guianensis , et qu’il rapporte aux Laurinées. On ne peut dire encore à quelle tribu il appartient, ni même si c’est une Laurinée véritable. M. Meissner le place parmi ses Lciuraceœ obscur œ et quoad orclinem dubiœ .

Le bois de cet arbre est jaunâtre , peu compacte ; il est appelé Licari Kanali par les indigènes, et Bois cle rose mâle par les colons. L’âcreté de sa poussière l’a fait surnommer Bois de poivre par les ouvriers de Paris.

3e Tribu : Oréodaphnées.

Fleurs dioïques, plus rarement hermaphrodites, 3-mères; 9 étamines fertiles, les 3 intérieures pourvues' de 2 glandes à la base; staminodes nuis ou tout petits , sessiles , de formes diverses ; baie supère, nue ou entourée à la base par le calice, mais jamais incluse.

Bébééru ( Nectandrg Bodiei Rob. Scliomburgk). Arbre de la Guyane anglaise , dont les tourneurs et les ébénistes anglais employaient le bois, sous le nom de Green-hecirt (cœur vert) ; feuilles opposées , coriaces , ovales ou oblongues , un peu aiguës ou brièvement acuminées , très-brillantes à la face supérieure ; panicules courtes, subsessiles, un peu tomenteuses ; fleurs à calice blanc , d’odeur de Jasmin.

APÉTALES IIERMA PROBITES APÉRISPERMEES.

Le Luit , le bois et l’écorce de Bébééru sont dépourvus de principe aromatique, mais ont une saveur très-amère. L’écorce est blanchâtre et unie; dans le commerce, on la trouve en fragments grisâtres , plats , épais de 6 à 8 millimètres , un peu fibreux , durs , fragiles et pesants. Le fruit est une drupe , qui renferme une amande très-amère, à lobes charnus et jaunâtres, devenant bruns et très-durs par la dessiccation.

Le docteur Ptodie a découvert dans l’amande et dans l’écorce du Bébééru un alcaloïde (?) , qu’il a nommé Bébéérine (G38 H21 Az O6). Ce principe est employé comme fébrifuge, ainsi que les parties d’où on le retire.

La bébéérine se présente sous forme d’une poudre amorphe ou de cristaux aiguillés; elle est incolore, inodore, inaltérable à l’air, presque insoluble dans l’eau ; fort soluble dans l’alcool et dans l’éther, surtout à chaud. On l’administre à dose double de la quinine, dont elle constitue un bon succédané, mais qu’elle ne peut remplacer.

Fèves de Pichurim On trouve, dans le commerce, deux sortes de semences de ce nom : l’une, que Guibourt appelle vraie , est produite par le Nectandra Puchury major Nees ; l’autre, que Guibourt appelle bâtarde , est produite par le Nectandra(?) Puchury minor Nees. Ces semences sont récoltées dans la province de Rio Negro , en Brésil ; les indigènes les emploient beaucoup , comme toniques et excitantes. La Fève de Pichurim vraie est plus aromatique et se recouvre à la longue de cristaux fins, analogues à ceux de l’acide benzoïque ; la fève bâtarde n’en présente jamais.

Enfin, le genre Nectandra fournit encore un bois, appelé Bois d’Anis ou Sassafras de FOrénoque, qui paraît produit par le Nect. cymbarum Nees. Guibourt l’attribue à YOcotea Pichurim , Kunth, espèce que M. Meissner rapporte à un arbre 'du Venezuela, VAydendron (?) Laurel Nees. Ce bois est souvent confondu avec le*sassafras ; il est gris verdâtre, assez pesant, et possède une odeur d’Anis.

Sassafras ( Sassafras officinale Nees, fig. 497). Ce grand arbre croît du Canada à la Floride et au Missouri. Feuilles alternes, pétiolées, ovales, aiguës ou obtuses, entières ou 2-3-lobées, un peu pubescentes en dessous. Inflorescence en corymbes lâches ; fleurs dioïques, entourées plusieurs ensemble par un involucre : les mâles à pistil rudimentaire, et pourvues de 9 étamines, dont G fertiles, 3 stériles, avec 2 glandes à la base; les femelles à 6. étamines stériles, courtes; ovaire ovoïde à style canaliculé d’un côté, et à stigmate un peu concave; fruit : drupe bleuâtre, entourée à sa base par le calice cupuliforme.

Le rois de t a racine RE Sassafras est. réputé sudorifique.

LAURINÉES.

Ce bois est fauve, léger, poreux, d’une odeur forte , agréable, qui se rapproche un peu de celle du Fenouil.

L’écorce est beaucoup plus odorante, grisâtre au dehors, couleur de rouille en dedans ; sa saveur est piquante et aromatique.

On retire du bois et de l’écorce unehuile volatile , plus lourde que l’eau, d’a- •hord incolore et qui jaunit avec le temps.

Le sassafras se trouve, dans le commerce , en tronçons plus gros que la cuisse. On le divise en copeaux , pour l’usage médicinal ; il fait partie des 4 bois sudorifiques. L’écorce est beaucoup plus aromatique que le bois et devrait lui être préférée.

Cannelle Giroflée. Cette écorce vient du Brésil, où elle est fournie par le Dicypellium caryophyllatum Nees. Elle est en cylindres longs de 80centimètres, formés d’un grand nombre d’écorces roulées les unes sur les autres, minces, compactes, de couleur brun foncé, dures sous la dent, de saveur ^haiide et aromatique, d’odeur de girofle très-forte.

4° Tribu : Litséacées.

Fleurs dioïques, rarement hermaphrodites, en ombelle, ou agglomérées (rarement solitaires) dans un involuere 4-6-phylle ou plurisérié, qui les recouvre dans leur jeunesse; anthères toutes introrses, staminodes nuis.

Laurier commun ou Laurier d’Apollon ( Laurus nobilis L.). Arbre à feuilles alternes, ovales, lancéolées, sinueuses sur les bords, fermes et luisantes, penninerviées ; fleurs dioïques ou hermaphrodites, en ombelles géminées involucrées ; calice pétaloïde à 4 lobes décidus, verdâtres ou jaunâtres; fleurs mâles et hermaphrodites : 12 étamines fertiles, en 3 séries; chaque filet pourvu d’une double

Fig. 497. — Sassafras officinale, d’après Guibourt.

APÉTALES HERMAPHRODITES APÉRISPERMÉES .

glande snbsessile; anthères toutes introrses, biloculaires ; pistil rudimentaire ou nul ; fleurs femelles : 4 étamines stériles, alternes aux lobes du calice ; style court, stigmate trigone, obtus ; baie ovale, placée au-dessus de la base du calice.

Les feuilles du Laurier sont stimulantes et servent surtout de condiment. Le fruit est formé d’un péricarpe charnu, mince, enferfermant une amande à cotylédons gras et aromatiques ; le péricarpe et l’amande renferment une huile grasse et une huile volatile , que Ton en retire par expression à chaud. Le mélange est vert, grenu, aromatique ; c’est V huile de Laurier.

On vend, sous ce nom, dans le commerce, une pommade obtenue par la décoction des fruits et des feuilles du Laurier, dans de la graisse : c’est la pommade ou onguent de Laurier du Codex.

L’huile de .Laurier étant traitée par l’alcool froid, celui-ci en dissout l’essence et la matière verte et laisse une substance grasse , la Laur o stéarine , qui en forme la majeure partie. La laurostéarine pure (C54 Hso O8) est une substance blanche, brillante, légère, composée d’aiguilles très-petites, souvent groupées en étoiles : c’est un laurate de glycérine.

Les baies de Laurier renferment, en outre, une substance neutre, la Laurine , qui est volatile et cristallise en prismes; une matière grasse fluide, de la résine etc.

THYM ÉLÊES.

Arbustes ou arbrisseaux, quelquefois herbes annuelles , à feuilles entières, alternes ou opposées, sans stipules; fleurs ordinairement hermaphrodites, axillaires ou terminales , solitaires ou fasciculées, en épis, grappes etc. : périanthe coloré, tubuleux, à 4 ou 5 divisions imbriquées, souvent caduc ; 8 ou 10 étamines sur deux rangs , à fdet très-court, insérées à la gorge du périanthe ; ovaire supère uniloculaire , avec un seul ovule pendant; style court; stigmate simple. Le fruit est une drupe ou un akène ; embryon homotrope apérispermé.

Les plantes de cette famille sont en général pourvues, dans leurs feuilles, leurs fruits et leurs écorces, d’un principe âcre et vésicant, qui les fait rechercher comme épispastiques et dont l’action, à l’intérieur, est extrêmement âcre et énergique. Les plus employées sont les suivantes:

Garou ou Sain-Bois ( Daphné Gnidium L., fig. 498). Arbrisseau du Midi de la France, à rameaux effilés et à feuilles éparses, aiguës, étroites ; fleurs petites, blanchâtres, odorantes , en panicules terminales ; périanthe infundibuliforme , 4-fide , 8 étamines bi-sériées. Le fruit est une baie pisiforme. La semence est très-âcre; on l’em-

THYMÉLÉES.

ployait jadis comme purgatif, sous le nom de C<occa gnidia , d’où le nom de Coquenaudier donné à l’arbre.

Mézéréon ou Bois Gentil (. Daphné Mezereum L.). Arbrisseau de 1 mètre de hauteur au plus, à feuilles lancéolées, sessiles, éparses , à fleurs purpurines , sessiles et ternées le long des rameaux et précédant les feuilles ; fruits rouges , charnus , un peu ovoïdes.

Lauréole (D. Laureolah.). Arbrisseau à feuilles lancéolées, coriaces , luisantes , persistantes ; fleurs verdâtres en petits faisceaux axillaires ; fruits d’abord verts, puis rouges et même noirâtres.

Thymélée (D.

Thymelea L.). Plante * suffrutescente, haute de 10 à 20 centim. , à tiges multicaules , et à feuilles sessiles, lancéolées ; fleurs jaunes, subsessiles, solitaires , géminées ou ternées.

La Thymélée croît en Italie, en Espagne et dans le midi de la France. Glusius rapporte que, en Espagne , ses feuilles servent comme purgatives ; on la trouve aux environs de Narbonne , mais nous n’avons jamais appris qu’on l’y employât à cet usage.

L’écorce du Garou et celle du Mézéréon sont employées comme épispastiques. La première est la plus usitée ; elle est mince, couverte à l’extérieur d’un épiderme lisse, gris rougeâtre, piqueté de petites taches blanches, tuberculeuses ; l’intérieur est d’un blanc jaunâtre,filandreux et formé de fibres d’une grande ténacité. On la trouve sous deux formes : ou bien pliée longitudinalement en deux, et en bottes longues de 20 à 30 centimètres, ou bien repliée plusieurs fois

APÉTALES HERMAPHRODITES APÉRISPERMÉES .

sur elle-même et en paquets longs de 10 centimètres environ ; l’épiderme est toujours placé en dedans.

L’écorce de Garou fraîche , ou après avoir été trempée pendant une heure dans de l’eau, détermine la vésication, quand on l’applique directement sur la peau. A l’intérieur, on l’a préconisée comme diaphorétique et antisyphilitique; elle est vénéneuse à haute dose. On en prépare une pommade épispastique fort usitée.

M. Hétet, professeur à l’école de médecine navale de Toulon, a proposé de remplacer l’écorce de Garou, par celle d’une plante de la même famille , la Trintanelle mal herbe ( Dctphne [P asserina Trag.] Tarton-raira L.). La pommade préparée avec cette écorce est beaucoup plus active , que celle obtenue avec le Garou.

D’après l’analyse de Baër et Gmelin, l’écorce de Garou contient , entre autres substances, de la Daphnine, principe neutre, cristallin, analogue à l’asparagine, et une résine très-âcre. Dublanc a retiré du T). Mezereum une matière cristalline, une résine sans âcreté, une matière résineuse, verte , demi-fluide , très-âcre , qui est un mélange de chlorophylle et du principe actif. Gelui-ci est insoluble dans l’eau , soluble dans l’alcool , l’éther et les corps gras ; c’est probablement la même substance, que l’huile volatile âcre, qui se transforme lentement en résine, et que Yauquelin avait trouvée dans le D. alpina L.

Quelques plantes exotiques sont employées aux mêmes usages que le Garou : au Cap, on se sert de feuilles du Gnidia simplex L. et du Gn. pinifolia L.; dansl’Amérique du Nord, on emploie l’écorce du THrca palustris L., et dans l’Inde celle du Daphné cannabina Lour.

Au voisinage des Thymélées, Endlicher, Lindley et Ad. de Jussieu placent deux petites familles : les Aquilarinées et les Pénéacées , plantes toutes exotiques, et qui fournissent très-peu de produits utiles.

Sarcocoile. On employait jadis, sous ce nom , une substance d’une nature mal déterminée, que l’on croyait tirée delà Perse ou de l’Éthiopie, et qui est fournie par le Sarcocollier ( Penœa Sarcocolla L.). Celle que l’on trouve aujourd’hui, dans les. officines, est en petits grains irréguliers , jaunâtres , d’odeur faible , de saveur légèrement âcre, amère et douce ; elle paraît en quelque sorte tenir le milieu entre les gommes et les sucres. On en retire un principe amorphe (S arco colline) , à la fois doux et amer, un peu odorant , soluble dans 40 p. d’eau froide, dans 25 p. d’eau bouillante, et en toutes proportions dans l’alcool. L’acide azotique bouillant le transforme en acide oxalique.

Le nom de Sarcocoile (colle-chair) indique les propriétés de cette substance.

SANTALACEES . 1^3

il existe dans le commerce, sous le nom de Garo, un bois que Ton confond avec le Bois d’Aloës ou de Ccdcimbac vrai ; ce dernier est fourni par une Légumineuse, Y Aloexylum Agallochurn Lour.

Le Garo est produit par plusieurs arbres du genre Aquilaria Lam., surtout parles Aq. Malaccensis Lam. , Aq. Agallôcha Roxb , Aq. secundaria DG. Les Portugais le nomment Pao de Aguila ; il est d’un gris jaunâtre, veiné de noir, avec des excavations remplies de résine ; sa saveur est un peu amère ; son odeur rappelle celle de la résine animé ; quand il brûle, il répand, une odeur lorte et agréable ; il noircit avec le temps.

APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES,

OVAIRE IXFÈIVfcL

SANTALACÉES.

Plantes la plupart exotiques, à l’exception de quelques-unes appartenant aux genres Thesium L. et Ostjris L. Ge sont des herbes, des arbrisseaux ou des arbres, à feuilles alternes ou opposées, sans stipules; fleurs petites, en grappes, épis ou particules, parfois solitaires : périanthe tubuleux à 4 ou 5 divisions ; 4 ou 5 étamines opposées à ces divisions et insérées à leur base; ovaire infère, uniloculaire, à 2 ou 4 ovules pendants du sommet d’une sorte de columelle centrale, libre , plus ou moins contournée ; embryon homotrope, axile, inclus dans un périsperme charnu.

Les Santalacées renferment peu de plantes utiles. La plus usitée est le Santal blanc ( Santaliim album Roxb.), qui fournit le Bois de Santal. Ge bois, dont on distingue deux qualités, le blanc et le citrin , était jadis employé comme sudorifique. Ges deux sortes de Santal ne sont guère usités qu’en fumigatioiis, à cause de l’odeur qu’ils répandent en brûlant. Ils servent aussi dans l’ébénisterie.

La plupart des auteurs rapportent les deux espèces de Santal (blanc et citrin), au Santal blanc, qui croit dans les montagnes voisines de la côte du Malabar. On tire actuellement des îles Sandwich , le bois du Saut. Freycinetianum Gaud. ,, qui a une odeur de rose. Ges divers bois n’ont guère de valeur thérapeutique et ils ne méritent pas de nous arrêter plus longtemps. Nous parlerons plus tard du Santal rouge , qui est fourni par une Légumineuse , le Ptero carpus santalinus L.

APÉTALES HERMAPHRODITES PÉiUSPERMÉES.

ARISTOLOCHIACÉES

Végétaux tantôt herbacés à rhizome rampant ou tubéreux , tantôt sous-frutescents, ou frutescents, souvent volubiles ou grimpants, à tige simple ou rameuse; feuilles alternes, parfois écailleuses, le plus souvent pétiolées, de forme variée , cordées ou réniformes, penninerves ou pédatinerves , simples, entières, sans stipules; fleurs rarement terminales, plus souvent axillaires , solitaires ou réunies en cymes spiciformes ou racémiformes, parfois petites, plus souvent assez grandes, de couleur brune ou rougeâtre, quelquefois jaunes , d’odeur souvent fétide, ordinairement anomales. Périanthe tubuleux . souvent terminé en languette oblique, parfois trilobé, irrégulier, plus rarement à peu près régulier; 6 ou 12 étamines (très-rarement 18 ou 36), à fdets libres, ou soudés en une sorte de disque épigyne, ou sessiles et soudées au style ; ovaire infère, rarement un peu supère, à 6, rarement à 3 ou 4 loges ; style simple, surmonté par un stigmate à 6 rayons ; fruit : capsule, plus rarement baie, à graines nombreuses, horizontales ou ascendantes, dont le périsperme charnu ou corné contient un embryon très-petit à radicule infère.

Cette famille a été divisée par M. Duchartre en 3 sousordres: 1° Asarées : Asarum A. Gray; 2° Bragântiées : Br ag and a Lour. , Thottea Klotzsch ; 3° Aristolochiées:

Holostylis Duchtre , Aristolochia Tourn.

Le genre Asarum A. Gray, fournit quelques plantes utiles , dont deux exotiques , VA .

Canadense L. et Y As. Arifolium Michx., ont à peu près les mêmes propriétés que l’espèce indigène: A. europœum L. (fig. 499).

L’Asaret d’Europe est une

plante à souche horizontale, grosse comme une plume de Corbeau, ou moins, quadr angulaire , géniculée et contournée , de saveur et d’odeur poivrées ; de cette souche partent des sortes de hampes assez couites, terminées par une fleuret par deux feuilles géminées, longuement pétiolées, réniformes, fermes,

Fig. 499. — Asarum europœum, d’après Guibourt-

AUlS'tOLOCMÎÂ.CÉKS.

persistantes; Heurs brunes, campanulées, à 3 divisions, portées sur un pédoncule très -court et recourbé; 12 étamines libres extrorses; style hexagone, stigmate à 6 lobes; fruit : capsule à 6 loges polyspermes.

L’Asaret d’Europe croît dans les lieux ombragés.

11 est vulgairement appelé Cabaret ou Oreille cl Homme. Le premier nom lui vient sans doute de ses propriétés vomitives énergiques, que l’on utilisait contre l’ivresse; le second est dû à la forme des feuilles.

Les feuilles ont été employées comme sternutatoires , et c’est à ce titre qu’elles entrent dans la poudre de Saint-Ange.

Les Asarum sont, en général, des plantes stimulantes et en même temps vomitives et purgatives. Ils renferment une matière camphrée volatile [Asarite'), une huile grasse, âcre, et une matière amère et nauséeuse (Asarine).

Le genre Aristolochia Tourn. tire son nom (apurcoç très-bon, >o/£ia lochies), des propriétés qu’on lui attribuait.

Il comprend des plantes herbacées ou sous - frutescentes , à tige souvent volubile ; feuilles alternes ; fleurs irrégulières, renflées à la | base, à limbe oblique, ligulé ; 6 étamines soudées au style, stigj mate à 3 lobes ; fruit : capsule à 6 loges polyspermes , à déhiscence septicide.

Aristoloche ronde {Aristolochia rotunda L.). Feuilles alternes, cordiformes, obtuses, presque sessiles ; fleurs solitaires à l’aisselle des feuilles, jaunes au dehors , brun orangé au dedans. Plante amère, âcre, aromatique, dont on employait jadis la souche, sous le nom de racine.

Cette souche se présente en tubercules arrondis et mamelonnés , assez gros, ligneux et pesants ; sa saveur est amère et son odeur désagréable, surtout quand on la pulvérise ; elle est brunâtre au dehors, jaunâtre à l’intérieur. Elle vient du Languedoc et de la Provence.

Aristoloche longue ( Aristolochia long a L.). Cette plante ressemble beaucoup à la précédente, et croît dans les mêmes contrées* Feuilles réniformes, pétiolées ; fleurs jaunes, rayées de brun ;• racine ( souche ) longue de 15 centim., brune extérieurement , jaune à l’intérieur, grosse comme le pouce ou plus, d’odeur faible, de saveur âcre et nauséeuse.

Aristoloche Clématite (Aristolochia Clematitis L.). Feuilles cordiformes-aiguës, grandes, pédatinerves, longuement pétiolées * fleurs petites, jaunes, axillaires, en cymes fasciculées ; racine (souche) grosse comme une plume d’Oie, brune, très-longue, d’odeur forte, de saveur âcre, amère, fort désagréable.

Cauvet. II. 9

APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPËRMÉES.

Aristoloche crénelée ( Aristolochia Pistolochia L.). Feuilles cordifo raies, obtuses, sinuées sur les bords ; fleurs solitaires, jaunes, à languette brune ; racine (souche) gris jaunâtre, aromatique, âcre, amère , garnie de radicelles nombreuses et très-longues. Ces différentes Aristoloches sont réputées emménagogues et excitantes.

Serpentaire de Virginie ( Aristolochia Serpentaria L.). La racine de cette plante est douée de propriétés actives ; elle est formée d’une petite souche garnie de radicules courtes, très-fines, chevelues, repliées sur elles-mêmes et formant un petit paquet emmêlé ; son odeur est forte, pénétrante, camphrée ; sa saveur amère et aromatique.

C’est un stimulant puissant, que l’on emploie, mêlé au quinquina, dans les fièvres adynamiques.

Guibourt a signalé quatre sortes commerciales de Serpentaire, qu’il a essayé de rapporter â des plantes déjà décrites. M. Duchartre range les vraies Serpentaires dans sa section Aster olytes , qui comprend YAr. Serpentaria L. et YAr. reticulata Nutt. Voici quelles sont les sortes admises par Guibourt, avec les noms correspondants de la plante ou de ses variétés, d’après M. Duchartre.

A. — Première Serpentaire de Virginie : Ar. Pistolochia , seu Serpentaria virginiana , caule nodoso Pluck. ; Ar. Serpentaria Woodville; Ar. Serpentaria , var. latifolia Guib. ; Ar. Serpentaria L. , var. a Duchtre. C’est la sorte décrite ci-dessus.

B. — Seconde Serpentaire de Virginie : Ar. ofjicinalis Nees d’Esenb. ; Ar. Serpentaria Bigelow (selon Guibourt) ; Ar. Serpentaria, var. angusti folia Guib.; Ar. Serpentaria L., var. (3 Bartonii Duchtre. Elle est formée de radicules « jaunâtres, manifestement plus grosses que dans la première sorte, moins pourvues de chevelu, plus longues , plus droites , et formant des faisceaux allongés et plus réguliers» (Guibourt).

G. — Serpentaire de Virginie a feuilles hastées : Ar. polyr rhizos, auricularibus foliis Pluck. ; Ar. Serpentaria , var. hastata Guib., Ar. Serpentaria L.,Var. £ hastata Duchtre. «Radicules assez fortes, droites et perpendiculaires » (Guibourt).

D.- — Fausse Serpentaire de Virginie : Ar. Serpentaria Jacq. et Nees d’Esenb. ; Ar. pseudo-Serpentaria Guib. ; Ar. Serpentaria L., var. a Duchtre. « Radicules plus grosses, moins nombreuses et beaucoup moins aromatiques, beaucoup moins camphrées, surtout » (Guibourt). D’après la description incomplète que Guibourt donne de la plante, cette racine semble plutôt fournie par YAr. reticulata Nutt., dont la racine, selon M. Duchartre, a des propriétés identiques à celles de la Serpentaire de Virginie et sert aux mêmes usages. Nous l’avons rapportée à YAr. Serpentaria , var. a de M. Duchar-

POLYGONÉES.

tre, à cause de la synonymie admise par Guibuurt. Nous ferons observer aussi que YAr. Serpentaria Bigelow, que Guibourt croit être YAr. officinalis Nees d’Esenb., est rapporté par M. Duchartre à VAr. Serpentaria L., var a.

On emploie au Brésil, sous le nom de Mil-Homens, la racine de plusieurs sortes d’ Aristoloches. Celle qui paraît être la plus active est fournie par YAr. ctjmbifera Mart. et Zuccar. (Ar. grandi flora Gomez), var. $ genuina Duchtre. Cette racine est, dit-on, vénéneuse à l’état frais ; sèche, elle est employée comme antiseptique.

Beaucoup d’Aristoloches sont réputées très-actives ; on cite à cet égard YAr. trilobata L. des Antilles et de l’Amérique intertropicale, dont les vertus sont dites supérieures à celles de la Serpentaire ; YAr. fœtida Kunth, nommée Yerba del Indio , que l’on emploie en décoction, au Mexique, contre les ulcères etc.

Les propriétés excitantes de toutes ces plantes paraissent dues à une huile volatile.

APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES

OVAIRE SEPÈRE.

POLYGONÉES,

Les Polygonées sont des plantes herbacées ou frutescentes , à feuilles toujours pourvues d’un ochréa (vov. t. I, p. 375, fig. 270). Elles contiennent un petit nombre de genres ; nous donnerons les caractères des' plus importants , sans nous préoccuper des caractères généraux de la famille.

Polygonum L. (fig. 500-501).

Fleurs hermaphrodites, quelquefois polygames ; périanthe pétaloïde persistant, à 4, plus souvent 5 divisions profondes , à préfloraison quinconciale ; 5, plus souvent 8 étamines , dont 5 extérieures introrses , alternes aux divisions périgoniales , 3 intérieures extrorses , alternant 500-501. — Fleur et fruit du Folygonuui Fagopyrum.

avec les angles de l’ovaire 5 ovaire généralement triquètre, unilocu-

APETALES HERMAPHRODITES PERISPERMEES.

laire, inoïiosperaie, surmonté par 2 ou 3 styles à stigmate capité ; ovule basilaire , orthotrope. Le fruit est un akène souvent triquètre , accompagné par le calice.

Bistorfce ( Pol . Bistorta L.). Rhizome ligneux, aplati, contourné en S, noirâtre extérieurement et marqué de lignes transversales qui le font paraître vermi culé, rouge à l’intérieur et d’une saveur très-astringente ; tige simple, renflée aux nœuds ; feuilles radicales, cordiformes, allongées, ondulées, â pétiole triangulaire, ailé au sommet; les caulinaires, plus étroites, à gaine surmontée d’une languette membraneuse, très -allongée , aiguë ; fleurs roses en épi solitaire, terminal ; fruit : akène ovoïde â 3 angles arrondis , uniloculaire, monosperme ; graine orthotrope à embryon droit ou un peu courbé.

Le rhizome de la Bistorte, improprement appelé Racine de Bis- Torte, est un astringent puissant, que l’on a employé en décoction, soit à l’intérieur contre les hémorrhagies passives, la diarrhée etc. , soit à l’extérieur et en injection dans les écoulements chroniques du vagin.

Ce genre fournit encore le Blé noir ou Sarrasin (Pol. Fagopyrum L., Fagopyrum esculentum Mœncli , Fag. tatciricum Gærtn.), dont les semences produisent une farine très-nutritive ; le Poivre d'eau {Pol. Hydropiper L.), qu’on a employé à l’extérieur , comme irritant ; la Persicaire (Pol. Persicciria L.), qui passe pour vulnéraire. Les fruits de la Renouée Gentinode ou Traînasse (Pol. aviculare L.) sont réputés émétiques ; la Persicaire à Indigo (Pol. tînctorium Lour.) fournit un indigo très-usité en Chine etc.

Piumex L.

Fleurs hermaphrodites , ou polygames , ou dioïques par avortement; périanthe herbacé à 6 divisions, dont 3 extérieures plus petites, 3 intérieures plus grandes, persistantes, accrescentes, conniventes , souvent munies d’un tubercule à la base ; 6 étamines opposées deux à deux aux divisions extérieures du -périanthe ; ovaire trigone, uniloculaire, monosperme, dont chaque angle est surmonté d’un style terminé par un stigmate plumeux et glandulaire. Le fruit est un akène recouvert par les divisions périgoniales internes, qui sont opposées à ses faces. Inflorescence en cvmes pauciftores ou multiflores.

Parmi les plantes de ce genre, les unes sont acides, et renfermant du bioxalate de potasse ; les autres sont âpres, toniques ou légèrement purgatives.

Patience (Rumex Patientla L.). Racine longue, grosse comme le pouce, brune au dehors, jaune à l’intérieur tige pouvant atteindre

POLYGONÉES.

deux mètres de hauteur, cannelée, rameuse au sommet ; feuilles inférieures allongées, aiguës, sagittées; feuilles supérieures ovales, lancéolées , ondulées , à pétioles membraneux et canaliculés ; divisions périgoniales internes en cœur, réticulées, une seule pourvue dyun tubercule à sa base. Cette plante croît dans les lieux humides de France, d’Allemagne etc.

La souche de cette plante est employée , récente ou sèche , sous le nom de Racine de Patience, contre les maladies de la peau. Sa saveur est âpre et amère; elle renferme un peu de soufre. Dans le commerce , elle est coupée en tronçons. On lui substitue sans inconvénient celle de plusieurs autres espèces ( R . crispus L., IL nemorosus Schrader, R. obtusifolius L. etc.).

Guibourt rapporte la Patience au IL acutus L. ; mais il paraît démontré que cette espèce n’est point réelle, et que le nom de IL acutus est synonyme de diverses autres espèces de la section Lapatha. Telle paraît être l’opinion de M. Endlicher Œnchiriclion , p. 191).

Les espèces de la section Acetosœ ne méritent guère de nous arrêter ; l’acide qu’elles renferment permet de les substituer les unes aux autres. La plus employée est l’Oseille ou Surelle ( R . Ace tosa L.), dont les feuilles servent d’aliment ou sont prescrites comme rafraîchissantes. Elles jouissent de la propriété de neutraliser presque instantanément l’inflammation déterminée par une plante âcre, que l’on aurait mâchée. Toutes ces plantes doivent leur acidité à Y Acide Oxalique (G2 O3, HO ou mieux G4 H2 O8).

Rheum L.

Périanthe pétaloïde, blanc ou jaunâtre, â 6 divisions profondes, égales, non accrescentes ; 9 étamines, dont 6 opposées deux à deux aux divisions extérieures du périanthe, 3 opposées aux divisions intérieures ; ovaire trigone, surmonté par trois stigmates subsessiles, discoïdes, peltés ; akène à angles saillants, ailés.

Ge genre est très-important au point de vue médical ; il fournit les diverses espèces de Rdmbarbe.

La plus anciennement connue de ces racines venait des bords du Pont-Euxin ; on la désignait sous le nom de Rha-ponticum . Plus tard on en importa, de la Scythie, une autre que l’on nomma Rha~ barbarum.

Rhapontic ( Rheum Rhaponticum L.). Gette plante croît à Tétât sauvage en Sibérie, depuis le versant de l’Altaï jusqu’à la mer Gaspienne ; on la cultive en Europe.

Feuilles très-grandes, cordiformes, sinueuses, presque planes, à pétioles longs, presque cylindriques, sillonnés en dessus; fleurs

150 APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES.

petites, jaunâtres, disposées en panicules ; racine grosse et charnue, brune à l’extérieur, jaune et marbrée à l’intérieur.

La racine de Rhapontic se trouve dans le commerce européen , sous les noms de Rhubarbe: indigène, anglaise, de France, d’Allemagne, de Hongrie etc. , mêlée avec les racines des Rheum undulatum, Rh. compactum, Rh. palmatum , Rh. hybridum. On la substitue à la Rhubarbe de Chine.

Elle se présente en morceaux cylindriques, pelés, épais d’environ 3 à 4 centim. , ou plats, mondés au vif* et de couleur jaune ocracé

ou rougeâtre , à l’extérieur.

. si. SOÆ//Y -

Fig. 502. — Coupe transversale d’n:

Rhubarbe indigène.

Coupée transversalement (fig. 502) , elle présente un aspect rayonné caractéristique, formé de lignes alternativement blanches et rouges , qui se dirigent du centre à la circonférence : les lignes blanches sont plus larges que les lignes rouges. Un peu avant d’atteindre la circonférence , dans les morceaux cylindriques , ou tout à fait à la périphérie , dans les morceaux plats, les lignes rayonnantes sont coupées par une zone brune, circulaire dans les premiers, plus ou moins interrompue dans les seconds, mais toujours visible. Si l’on mouille la surface de section, avec une goutte d’eau ou avec la langue, la radiation et la zone brune extérieure ( couche cambiale ou gé-

nératrice) apparaissent très-nettement.

Les lignes blanches sont formées d’un parenchyme lâche, contenant de l’amidon et des cristaux d’oxalate de chaux ; leur centre offre quelques trachées. Les lignes rouges sont constituées par des rangées de cellules arrondies ou ovales, remplies d’une matière colorante orangée.

D’après O. Rerg, les rayons médullaires sont formés d’une rangée , très - rarement de deux rangées de cellules quadrilatères , allongées radialement.

Dans les morceaux cylindriques, le centre est généralement déprimé ou comme pulpeux, souvent creux, ou du moins formé par un tissu lâche, spongieux, rempli de lacunes.

Les morceaux plats sont, comme la Rhubarbe de Chine plate , * convexes d’un côté, concaves de l’autre ; mais dans la Rhubarbe de Chine, le côté plan-concave ne présente guère que deux dépressions

POLYGONÉES.

latérales, entre lesquelles le centre se dessine comme un renflement longitudinal; dans la Rhubarbe indigène, au contraire, le centre est creusé , concave , et Ton ne voit pas ainsi les deux dépressions latérales et parallèles de la Rhubarbe de Chine.

La Rhubarbe française et la Rhubarbe de Hongrie sont parfois d’une grande beauté (au point de vue commercial), et elles peuvent être mêlées à la Rhubarbe de Chine, dont il est difficile de les distinguer au premier abord. Aussi ne saurait-on trop recommander d’examiner la Rhubarbe morceau par morceau, de taire une section transversale de ceux qui paraissent douteux et d’en comparer l’aspect aux figures ci-jointes.

M. Hepp nous a rapporté avoir reçu une Rhubarbe de très-bel aspect extérieur, peu mondée, anguleuse, ridée comme une racine succulente désséchée, molle, presque humide, à cassure non rayonnée', marbrée, avec prédominance de parties blanches, ne croquant, pas sous la dent, et ayant une saveur faible de Rhubarbe. Cette racine , qui ne fut d’ailleurs pas acceptée , paraît connue des commerçants ; d’après les renseignements recueillis à cet égard , elle venait du Hanovre.

La Rhubarbe indigène croque sous la dent et teint la salive en jaune ; elle donne une poudre rougeâtre, qui est hygrométrique et se pelotonne ; son odeur est faible , sa saveur amère , mucilagineuse et astringente.

Rhubarbes. Les racines de ce nom sont produites par des plantes du genre Rheum, et que l’on croit, mais sans preuves à l’appui, pouvoir rapporter aux espèces suivantes: Rh. palmatum L., Rh . cruenfum PaJL, Rh. compactum L. , Rh. leucorhizum Pall. (Rh. nanum Siev.) , Rh. tataricum L. , R. undulatum seu Rhabarbarum L. , Pih. hybridum Ait. , Rh. Emodi Wallicli (Rh. australe Don), Rh. crassinervium Fischer, Rh. Webbxanum R.oyle, Rh. spiciforme. Royle , Rh. Moorcroftianum Royle. Quelques-unes de ces espèces croissent en Sibérie ; les autres croissent dans les pays montagneux qui confinent au plateau central de l’Asie.

On distingue, dans le commerce , plusieurs sortes de Rhubarbes ? que l’on a dénommées principalement d’après les lieux d’où on les exporte. Quelle que soit leur origine, les vraies Rhubarbes se distinguent aux caractères suivants :

Racines compactes, mondées au couteau ou à la râpe, couvertes d’une poudre jaune, à cassure marbrée de rouge, de jaune et de blanc, d’une saveur amère, devenant aromatique, croquant plus ou moins sous la dent, d’une odeur sui generis , forte, aromatique. Leur surface étant frottée, pour en enlever la poudre , se» montre couverte d’un fin réseau â mailles ovales ou rhombiques, dont la

APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES.

couleur blanche se détache nettement sur un fond jaune qui, examiné à la loupe, se décompose en une masse blanche, garnie d’un grand nombre de raies ou de points rougeâtres. Ce fin réseau se montre sur toute la surface des racines cylindriques ; dans les racines piano-convexes, il n’occupe que la face convexe : la face plane présente des marbrures plus ou moins étoilées et irrégulières.

Leur coupe transversale offre des lignes irrégulières, jaunes, rouges et blanches, parfois disposées en étoiles de forme variable, et dont l’aspect général marbré , jaune, rouge ou brun, sur un fond blanc ou blanc jaunâtre, diffère absolument de celui de la Rhubarbe indigène. Jamais , comme dans cette dernière (fig. 503), on n’y ob- A b serve ces rayons ?[ui

se dirigent en ligne droite du centre à la circonférence.

La Rhubarbe de Chine , mondée incomplètement, présente sur les bords de sa circonférence des rayons à peu près droits, dirigés vers l’extérieur; mais le plus faible examen suffit à montrer que ces rayons naissent en majeure partie dans la zone cambiale et résultent d’une multiplication des .rayons de la couche ligneuse.

La zône cambiale des vraies Rhubarbes est assez mal définie. Dans la Rhubarbe de Chine plate, elle correspond à la dépression longitudinale, que nous avons signalée à propos de la Rhubarbe indigène; elle se montre comme une ligne sinueuse plus sombre, peu apparente d’ailleurs , et formée par une série à peu près continue de petits systèmes radiés. Dans la Rhubarbe de Moscovie, elle est encore moins indiquée, et composée de systèmes radiés, généralement distincts, et à courts rayons.

Rhubarbe de Moscovie ou de Russie. Cette Rhubarbe paraît due à diverses espèces , qui croissent dans les steppes de la Tatarie chinoise. Elle venait jadis de la Sibérie, par voie de Moscou. Le gouvernement russe avait alors établi à Kiachta, petite ville du gouvernement d’Irkoutsk, un entrepôt où les racines, apportées par les marchands Bucliares, étaient troquées contre des pelleteries. Des commissaires spéciaux les examinaient avec soin, les faisaient

(*) A) Rhubarbe de Moscovie. - RO Rhubarbe indigène,

Fig. 503. -

Coupe transversale de V extrémité de deux racines de Rhubarbe (*).

POLYGONÉES.

monder, rejetaient ou brûlaient les morceaux inférieurs et les débris ; enfin les racines conservées étaient expédiées à Moscou, où on les examinait de nouveau avant de les verser dans le commerce.

Depuis quelques années, la Couronne de Russie paraît s’être débarrassée de ce soin, et, la Rhubarbe de Moscovie est devenue trèsrare. O. Berg la décrit comme suit : elle se présente en petits morceaux cylindriques ou fusiformes, à arêtes arrondies, offrant, une cassure à grains très-fins, marbrée à la loupe, et dans laquelle prédominent les cellules rouges. Elle s’éloigne essentiellement de l’ancienne Rhubarbe de la Couronne et aussi de celle de Canton ; elle renferme peu d’amidon , souvent* même elle en est dépourvue.

Nous n’avons jamais vu cette sorte de Rhubarbe.

Voici quels sont les caractères de l’ancienne Rhubarbe de Moscovie, d’après un échantillon que nous a confié M. Bæer, pharmacien à Strasbourg, et d’après les divers spécimens du droguier de l’École supérieure de pharmacie de la même ville.

La Rhubarbe de Moscovie est en morceaux généralement planconvexes, de couleur jaune brunâtre extérieurement (récente, elle est jaune) , marqués, sur la face convexe, d’un fin réseau de lignes blanches sur un fond jaune brun , et souvent pourvus d’un trou arrondi ; la face plane est parfois , non toujours, pourvue d’une double dépression latérale , et présente un nombre plus ou moins considérable de petites étoiles à rayons courts , droits , coupés en quelque sorte , vers leur milieu , par une ligne circulaire ou elliptique , noirâtre ou brun foncé. Les étoiles se montrent donc comme des cercles réguliers ou des ovales , du centre desquels partent des rayons qui en dépassent la circonférence (voy. fig. 505 a).

En examinant une coupe transversale (fig. 504) de ces racines, on les voit composées de lignes jaunes, sur un fond blanc , distinctes , parfois anastomo sées, longues, sinueuses, et dont les intervalles sont souvent occupés par des systèmes radiés.

Ces étoiles sont de grandeur variable , de forme circulaire ou plus ou moins allongée ; leurs rayons, jaune clair au voisinage du centre , brunissent en se rapprochant de la circonférence , où ils offrent , en général , une teinte très-foncée.

JL.J’ûS/zV

Fig. 504.

Coupe transversale de Bhubarbe de Moscovie.

154 APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES.

Parfois les radiations brunes partent des lignes jaunes , et se dirigent perpendiculairement ou obliquement, par rapport à ces dernières.

Comme dans le Rhapontic, les lignes jaunes se dirigent du centre à la circonférence. Cette direction est masquée d’ordinaire par la présence des systèmes radiés interposés et par la flexuosité des lignes ; elle ne devient manifeste que vers la circonférence , dans les racines ou leurs parties qui n’ont pas été mondées trop profondément, et encore alors les lignes jaunes sont-elles sinueuses.

On trouve mêlée à la Rhubarbe de Moscovie une sorte de racine , dite blanche , et qui est caractérisée par la prédominance du fond blanc : les lignes jaunes et les étoiles étant relativement peu nombreuses, moins foncées, plus minces. L’échantillon que nous croyons pouvoir rapporter à cette sorte , est ovoïde , blanchâtre en dehors et garni sur toute sa surface de lignes blanches anastomosées, formant un fin réseau à mailles rhomhoïdales, étroites, allongées. La coupe transversale, pratiquée à Tune de ses extrémités , montre une zone cambiale formée d’étoiles distinctes, mais rapprochées et irrégulières: cette disposition n’est plus aussi manifeste à l’autre extrémité. Le tissu est moins compacte que dans la sorte précédente.

« La Rhubarbe de Moscovie a une odeur très-prononcée et une saveur amère astringente. Elle colore fortement la salive en jaune safrané, et croque sous la dent» (Guibourt). Sa poudre est d’un jaune orangé. Cette Rhubarbe est moins dense que la Rhubarbe de Chine.

Rhubarbe de Chine. Cette sorte est à peu près la seule que l’on trouve aujourd’hui dans le commerce. Elle se présente en morceaux cylindriques ou ovoïdes , plus souvent allongés , plan-convexes ,

marqués d’un fin réseau blanc sur la face convexe , simplement marbrés sur la face plane, qui n’offre pas de petits systèmes radiés , comme la Rhubarbe de Moscovie.

Selon O. Berg, elle est percée de grands trous et saupoudrée de rhubarbe en poudre ; sa cas- Fig. 505. — Coupe transversale delà Rhubarbe de Chine(*). SUre (faite à la hache) est

à gros grains , veinée , marbrée , avec des veines plus larges et un fond blanc plus apparent.

Examinée sur une coupe transversale (fig. 505), elle se montre for-

(* «) Étoile de la face plane d’une Rhubarbe de Moscovie,

POLYGONEES.

niée de rayons jaune clair, qui se dirigent du centre à la circonférence , en décrivant des lignes très-flexueuses ; ces lignes semblent souvent anastomosées, et figurent, à l’endroit de ces prétendues anastomoses, des sortes d’étoiles très -irrégulières, dont le côté extérieur est garni d’un plus grand nombre de rayons que le côté intérieur. Cette disposition se montre surtout dans la zone cambiale , et résulte , ainsi que nous l’avons dit , de la multiplication des rayons de la couche ligneuse. Il est facile de s’en assurer au moyen de la loupe. Comme dans la Rhubarbe de Moscovie , l’intervalle des rayons est parfois occupé par des étoiles; mais celles-ci nous ont paru moins nombreuses, moins distinctes , plus petites et dépourvues du cercle brun ou noirâtre qui caractérise les premières.

Dans une très-belle Rhubarbe de Chine , provenant de la pharmacie de l’hôpital civil de Strasbourg, les lignes jaunes sont parfois un peu orangées, très-fines et tellement serrées que la surface de section, non mouillée et brossée avec soin, offre une couleur gris jaunâtre. Cette surface, étant à peine mouillée avec la langue, prend rapidement une teinte rouge orangé, tachée de jaune clair.

« La Rhubarbe de Chine colore la salive en jaune orangé et croque très-fort sous la dent. Elle est généralement plus pesante que la Rhubarbe de Moscovie, et, pour la couleur, sa poudre tient le milieu entre le fauve et l’orangé» (Guibourt). Cette poudre est plutôt jaune orangé très-clair.

Guibourt décrit, sous le nom de Rhubarbe de Perse , une Rhubarbe que Pereira et O. Rerg rapportent à la Rhubarbe de Chine et que les Anglais appellent Dutch-trimmed ou Batavian Rhubarb. Cette sorte, aussi nommée Rhubarbe de Turquie et d’ Alexandrette , venait autrefois du Thibet, par la Perse et la Syrie ; on la tire actuellement de Canton. Elle est en morceaux cylindriques ou planconvexes , mondés au couteau , plus denses et plus compactes que ceux de la Rhubarbe de Chine, dont elle paraît être une qualité supérieure. On ne la trouve plus dans le commerce français.

Rhubarbe de Bucharie. «D’après Pereira, cette sorte croît en Bucharie et arrive à Saint-Pétershourg par voie de Nichni-Novogorod et Moscou. Elle est plus légère , plus spongieuse et d'une couleur plus foncée cpie la Rhubarbe de Moscovie , et ne croque pas sous la dent ; elle se présente en morceaux arrondis ou aplatis , mondés au couteau ou au râcloir-, et percés d’un trou petit et trèsnet » (O. Berg).

Rhubarbe de l’Inde. Elle est généralement en morceaux fort détériorés et ne se trouve qu’ accidentellement dans le commerce. Cependant , si elle était récoltée et préparée avec soin , elle pourrait constituer une belle sorte commerciale.

APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES.

Plusieurs Rheum fournissent encore , dans l’Himalaya , des racines improprement appelées Rhubarbes , et qui , par leurs qualités, se rapprochent beaucoup du Rhapontic.

Si les voyages effectués dans le plateau central de l’Asie ont amené la connaissance d’un certain nombre d’espèces de Rheum , on ne sait pas encore, avons-nous dit, à quelles plantes doivent être rapportées les sortes commerciales , dites de Moscovie , de Chine , de Perse. Guibourt pense que la Rhubarbe de Chine est produite par la Rh. palmatum ; Pereira indique , d’après Pallas , le Rh. leucorhizum comme la source de la Rhubarbe de Moscovie blanche , et le Rh. undulatum comme fournissant la Rhubarbe de Bucharie ; enfin, le même auteur admet que la Rhubarbe de l’Inde (Himalayan Rhubarb) est produite par les Rheum australe et Webbianum. Le Rh. australe , cultivé avec soin par M. Batka , de Prague, lui a donné une racine « très-croquante sous la dent, colorant la salive en jaune , et d’une saveur très-amère et astringente » (Guibourt).

Au point de vue histologique, les Rhubarbes de Chine et de Moscovie présentent les différences suivantes, selon O. Ber g (Anatomîscher Atlas etc., planche XII, fig. E, I).

1° Rhubarbe de Moscovie. — Rayons médullaires formés, en général , de 3 rangées de cellules ovales ou arrondies ; amas d’oxalate de chaux arrondis, ou aplatis et étoilés, composés de cristaux dont l’extrémité libre se termine en une pointe aiguë ; couche cambiale constituée par 3 ou 4 rangées de cellules très-étroites et allongées.

2° Rhubarbe de Chine. — Rayons médullaires généralement formés de 2 (rarement de 3) rangés de cellules ovales , subcylindriques , plus grandes- que dans la sorte précédente ; amas d’oxalate de chaux disposés en rosace, et composés de cristaux dont l’extrémité libre se termine par une arête arrondie , offrant une pointe aiguë en son milieu ; couche cambiale constituée par 5 ou 6 rangées de cellules polyédriques non allongées.

La Pihubarbe renferme , outre une grande quantité d’oxalate de chaux, un principe cristallin jaune, Y acide Chrysophanique (C20 H8 O6), trois résines [Aporétine, Phaiorétine , Erythrorètine ), des acides gallique et tannique etc.

L’acide chrysophanique existe aussi dans le Parmelia parietina , dans la racine de Patience et dans les Rhubarbes indigènes. Dans les Rhubarbes, il paraît être en dissolution dans le liquide rouge ou orangé qui occupe les cellules des rayons médullaires , et qui, lorsqu’on en déchire les parois , se répand en une foule de gouttelettes jaunâtres, sans se mélanger avec l’eau.

CHÉNOPODÉES.

Divers procédés ont été proposés pour distinguer les Rhubarbes. Selon John Cobb , 8 gr. de teinture de Rhubarbe de Chine , étant traités par 4 gr. d’acide azotique étendu de son volume d’eau , le mélange s’est troublé après 3 ou 4 heures ; la teinture de Rhubarbe de l’Inde s’est troublée en un quart d’heure ; celle de Rhubarbe indigène s’est troublée en ûne demi-heure.

L’acide iodhydrique ioduré donne une teinte verte au décocté de la Rhubarbe de Moscovie , une teinte brune avec celui de la Rhubarbe de Chine . une teinte rouge foncé avec la Rhubarbe anglaise , une teinte bleue avec la Rhubarbe française.

Selon M. Rillot , l’acide azotique colore les Rhubarbes indigènes en jaune et les RLubarbes exotiques en orange ; les huiles essentielles donnent au Rhapontic une teinte variant de l’orange à la couleur de chair, tandis que la Rhubarbe de Chine n’en est à peu près pas affectée ; broyée avec de la magnésie et de l’essence d’Anis , la Rhubarbe de Chine n’est pas sensiblement affectée , tandis que le Rhapontic se colore en orange saumoné. M. Rillot affirme que l’on peut ainsi reconnaître la présence du Rhapontic dans la poudre de Rhubarbe exotique.

La Rhubarbe agit comme tonique , à la dose de 1 à 5 décigr. ; à dose plus élevée, elle purge. On doit la prescrire soit en morceaux que l’on mâche , soit en poudre , ou bien en infusion , mais non en décoction. On l’administre aussi sous forme d’extrait, de teinture, de sirop (simple ou composé) etc. L’usage de la Rhubarbe colore l’urine en rouge et la sueur en jaune.

CHÉNOPODÉES.

Plantes annuelles ou vivaces, quelquefois frutescentes, à tige continue ou articulée ,'à feuilles alternes, rarement opposées, de forme et de consistance variables , dépourvues de stipules et de gaîne ; fleurs très-petites, hermaphrodites ou diclines par avortement, axillaires ou terminales ; périanthe à 3-4-5 divisions plus ou moins soudées , le plus souvent accrescentes , devenant parfois charnues autour du fruit, qui ressemble alors à une baie ; 3-4-5 étamines opposées aux divisions périgoniales , attachées au réceptacle ou au périanthe, et parfois alternant avec des écailles hypogynes ; ovaire supère , uniloculaire , monosperme ; style simple avec 2 ou 4 stigmates ; fruit : akène inclus dans le périanthe ; graine réniforme , à embryon recourbé autour d’un endosperme farineux , ou roulé en spirale et presque apérispermé.

Cette famille ne renferme guère de plantes à propriétés énergiques ; beaucoup d’entre elles sont alimentaires ; telles sont :

158 APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES.

l’Épinard ( Spinacia oleracea L. ) , l’Arroche des jardins

(A triplex hortensis L.), le Bon-Henri ( Chenopoclium bonus Henri eu s L.) etc.

D’autres , appartenant aux genres Scilsola L ., Suœda Forsk., Salicor ni a Tourn., et qui croissent sur les bords de la mer, fournissent

une quantité considérable de soude, que l’on en extrayait par incinération ; c’est ainsi que l’on obtient les Soudes nommées Salicor de Narbonne , Blanquette d’ Aigue- Mortes etc.; la plus estimée Venait des environs d’Alicante.

Le Salsola Tragus L., qui croît sur les côtes de la Manche, est intéressant en ce sens qu’il ne renferme pas de la soude, mais bien de la potasse et de la chaux, ce qui confirme la théorie de l’élection parles racines.

Les Chénopodées fournissent aussi quelques espèces médicinales; telles sont les suivantes :

Camphrée ( Camphorosma Monspe liaca L.). Cette plante est ainsi nommée à cause de l’odeur de camphre qu’on lui attribue. Nous l’avons récoltée souvent aux environs de Narbonne, où elle est très-commune , et jamais nous n’avons pu y reconnaître la moindre odeur de ce genre. On la regardait comme excitante ; elle est âcre , amère , aromatique ; inusitée.

Botrys ( Chenopodium Botrys L.).

Plante du Midi de la France , à odeur forte et agréable , à saveur âcre et amère ; on l’a employée contre les catarrhes.

Ambroisie (Ch. ambrosioides L. , fig. 506). Plante originaire du Mexique et naturalisée dans le Midi de la France; Fig. son. — chenopodium, ambro- elle répand une odeur agréable, qui Sioides, d api es Moqum-Tandon. pêrgjs^e qang \R plante sèche; Sa Sa-

veur est aromatique; on en administre les sommités, comme stomachiques et carminatives.

yf.

CHÉNOPODÉES.

En Amérique, on emploie , comme anthelminthiques , les fruits du Ch. anthelminthicum L.

Vulvaire (Ch. Vulvctrîa L.). En 1817, MM. Ghevalliër et Lassaigne avaient annoncé que cette plante contient du sous-carbonate d’ammoniaque tout formé ; M. Dessaignes, en 1851 , pensa que l’odeur de Poisson pourri qu’elle exhale est due à de la Propylamine , et ses recherches dans ce sens furent confirmées.

Selon M. Wittstein, la Vulvaire doit son odeur désagréable à une évaporation continuelle de propylamine; cette base doit y être contenue à l’état de sel avec excès de base.

La Propylamine , Tritylamine etc. est un alcaloïde que l’on peut regarder comme de l’ammoniaque ordinaire combinée à un équivalent de propvlène (Az H3 -f- G6 H6 = G6 H9Az), ou comme de l’ammoniaque, dont un éq. d’hydrogène est remplacé par un équivalent du radical de l’alcool propvlique (G6 H7), d’où la formule : G6 H7)

H ' Az H \

La propylamine est un liquide incolore, volatil, d’une odeur forte, comme ammoniacale, et qui, diluée dans l’air, rappelle l’odeur de la saumure ; sa réaction est très-alcaliile ; comme l’ammoniaque , elle répand des vapeurs blanches à l’approche d’une tube mouillé avec l’acide chlorhydrique. Se s sels dégagent une odeur particulière de Poisson, quand on les chauffe ou qu’on les traite par de la potasse.

La propylamine a été* extraite d’un grand nombre de substances : le seigle ergoté et l’ergotine , la saumure de Harengs, les fleurs d’Aubépine, les fruits du Sorbier des Oiseaux etc.

Get alcaloïde agit comme caustique sur les muqueuses ; à l’intérieur et à la dose de i à 2 cuillerées à café dans un verre d’eau

distillée, il détermine quelques renvois, la diminution du pouls, une légère sensation de froid et la pâleur de la face. On a administré avec succès la propylamine, contre les affections rhumatismales et leurs métastases au péricarde , aux méninges, à la plèvre etc. Sa présence dans la Vulvaire devrait porter l’attention médicale sur cette plante, que l’on employait autrefois comme antispasmodique, dans l’hystérie, la chorée etc.

Après les Chénopodées , nous devrions faire l’histoire des Amarantacées , des Phytolaccées et des Nyctaginées ; mais ces familles sont peu importantes , et nous allons parler seulement des quelques plantes utiles qu’elles renferment.

APÉTALES HERMAPHRODITES PÉRISPERMÉES.

AMARANTACÊES.

Ces plantes sont douées de propriétés peu énergiques. .Certaines servent d’aliment; d’autres sont plus ou moins toniques et astringentes : tel paraît être le Celosia cristata L. Les racines des Gomphrena officinalis Mart., et G. macrocephala Saint-Hil. , qu’au Brésil on appelle Paratudo , sont stimulantes et employées comme une sorte de panacée.

PHYTOLACCÉES.

Les Phytolaccées renferment des principes âcres, irritants, drastiques; les feuilles et les baies du Phytolacca decandra L. et la racine du Phyt. drastica Pœpp. sont des purgatifs violents. Les racines du Petiveria alliacea L. , qui ont une odeur alliacée très-forte, sont employées au Brésil, sous le nom de Pipi , comme un sudorifique puissant, que l’on croit être un spécifique contre la paralysie.

Il est probable que l’action de ces racines ne s’exerce que contre les paralysies rhumatismales.

NYCTAGINÉES.

Les Nyctaginées se recommandent seulement par les racines des Mirabilis Jalapa L. (fig. 507-508), diehotoma L., longiflora L., qui sont purgatives, et que l’on substitue quelquefois au Jalap vrai.

Fig. 507-508. -- * leur du Mirabilis Jalapa, entière et coupée longitudinalement, d’après P. Duchartre (*).

La racine du Mirabilis longiflora est en tronçons cylindriques , longs de 5 à 10 centimètres, grisâtres, un peu plus pâles à l’inté-

(*) b , b) Involucre. — s) Périanthe simple et pétaloïde dans toute son étendue, sauf à la base (s’) , où il est renflé et à parois épaissies. — e) Étamines. — p) Pistil.

TABLEAU DES PÛLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERMÉES. 161

rieur ; les surfaces de section présentent des cercles concentriques serrés , proéminents , de couleur foncée ; la racine est compacte , pesante , dure , d’odeur un peu nauséabonde , de saveur douceâtre , légèrement âcre.

Les racines de la plupart des Bœrhaavia sont usitées en Amérique, comme émétiques , et, à dose plus élevée , comme purgatives. L’une d’elles surtout est appelée, au Pérou, Herba de la purgation .

POLYPÉTALES HYPOGYNES.

PLACENTATION CENTRALE ou PARIETALE

Placentation centrale (d’abord axile); embryon enroulé autour d’un endosperme farineux . .

T* oq

opposés a«x valves du fruit ; périsperme

cliarnu ; embryon droit. .

/pas de stipules ; étamines in- 1 définies

C A R YO PH Y ELÉÉS.

BJXACÉES.

des stipules 5 fleurs, . . .

isostémonées ; anthères introrses

. Yiolariees.

diplo - polystémonées ; anthères extrorses

farineux; embryon recourbé; fleurs polystémonées

alternes aux val-

mines

(libres, tétradynames ; fleurs régulières ; embryon apérispenné

idiadelphes, fleurs irréguliè- \ res^; embryon périspermé. .

1 irrégulières ; embryon amphitrope, périspermé; pas de stipules

DROSÉ RACÉES.

ClSTINÉES.

Crucifères.

Fumariacées.

Résédacées.

nombreuses :

fleurs . .

Capparidées.

régulières ; périsperme

nul; embryon amphitrope; des stipules

j simple, charnu ; fausses cloisons ( placentas ) n’atteignant pas le

centre du fruit . P APAVÉ RACÉES.

[double , l’exté rieur gros et farineux; fausses cloisons ( placentas) complètes et figurant un fruit pluri-

loculaire .... Nymphe acées.

POLYPÉTALES HYPOGYNES CYCLOSPERMÉES.

C A R Y 0 P H Y L L ÉES,

Plantes herbacées , rarement sous - frutescentes , à tige angu- f leuse ou cylindrique, souvent articulée ; feuilles opposées, sessiles ou pétiolées, simples, entières, sans stipules ; fleurs terminales , solitaires', ou disposées en cyme bipare ou unipare ; calice à 4 ou 5 sépales libres ou soudés ; corolle (fig. 509) à 4 ou 5 pétales libres, entiers ou plus ou moins divisés, à onglet court ou long; 5 ou 10 étamines en deux verticilles , dont les plus intérieures sont insérées à la base des pétales ; ovaire supère , souvent stipité , à 2-3-5 loges ; ovules campulitropes ; 2-3-5 styles surmontés par des stigmates papilleux. Le fruit est une capsule le plus souvent uniloculaire , dont la placentation devient centrale , par suite de la résorption des cloisons, et dont la déhiscence est ordinairement denticide ; embryon amphitrope , enroulé autour d’un périsperme farineux.

Cette famille fournit peu de médicaments utiles.

On employait jadis les Fig. 509. — Silène pendula , d’après Duchartre (*). pétales de 1 Œillet TOU-

ge ( Dianthus Cargo phyllus L.), dont on avait le soin d’enlever l’onglet, et qui servaient à préparer un sirop , une conserve et une eau distillée d’Œillet : excitant léger et aromatique.

On trouve fréquemment, mêlées au Blé, les semences de la Nielle des blés ( Lychnis Githago Scop.). Ces semences renferment un principe, que Schultze a appelé YAgr ostemmine, et que M. Malapert croit être la Sajjonine. On prétend que ces semences peuvent amener des accidents graves et même mortels , si elles sont en trop grande quantité dans le Blé que l’on réduit en farine.

La Saponaire officinale ( Saponaria offlcinalis L., fig., 510) fournit à la médecine et aux arts sa racine et ses sommités.

Cette plante croît spontanément en France , où elle atteint une hauteur de 60 à 80 centim. . feuilles ovées-lancéolées , glabres , trinerviéeSy fleurs rose pâle, en cymes corymbiformes , terminales; calice sans calicule , gamosépale , tubuleux , à 5 dents ; corolle à 5 pétales longuement onguiculés et appendiculés , à limbe cunéiforme,

(*) A. Flou/ entière. R) Pétale isolé : a) onglet; h) lame; c) appendices.

CARYOPHYLLÉES.

un peu échancré; 10 étamines saillantes; ovaire ovoïde, surmonté de deux styles; fruit : capsule uniloculaire , à déhiscence denticide.

Les différentes parties de cette plante donnent à l’eau la propriété de mousser, mais les racines en sont de beaucoup les parties les plus actives. On les trouve, dans le commerce sous deux formes : ou bien entières , ou bien coupées en fragments assez courts.

La Racine de Saponaire , qu’il faudrait plutôt appeler une souche, est longue, grosse comme un tuyau de plume, noueuse comme la tige, ridée, d’un gris rougeâtre à l’extérieur, jaune à l’intérieur; sa saveur, d’abord mucilagi neuse et douceâtre, devient bientôt âcre Fig.jUO. — Saponaire officinale , d’après Guibourt.

«à la gorge. On l’emploie, en médecine , comme dépurative, contre les maladies cutanées et même contre la syphilis constitutionnelle. La racine de Saponaire sert, dans l’industrie, au dégraissage des étoffes.

On emploie fréquemment, pour le même usage, dans l’é-conorpie domestique , les Sommités de Saponaire , que l’on trouve dans le commerce en paquets assez volumineux. Ce sommités sont quelquefois falsifiées avec celles de quelques plantes voisines et en particulier du Lychnis dioica L. ; ce dernier n’a pas les feuilles triner viées , et ses fleurs ne sont point réunies en touffes.

On substitue avec avantage à la racine de Saponaire , une racine connue sous le nom de Saponaire d’Orient , que l’on croit produite par le Gypsophylla Struthium L.

Cette racine est grosse comme le bras ou moins , longue de 15 à 50 centim., cylindrique, jaunâtre extérieurement , avec des lignes transversales blanches, dues à la rupture de l’épiderme ; l’écorce est blanchâtre ; le bois dur, compacte, jaunâtre, à structure rayonnée; la poudre est blanche, et fortement sternutatoire.

POLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERMÉÉS .

Cette racine, comme celle de la Saponaire officinale , ne renferme pas d’amidon colorable par l’iode. Le principe actif de la Saponaire paraît être la Saponifie , corps neutre découvert par M. Bussy dans la Saponaire d’Orient et qui existe aussi dans le marron d’Inde, dans l’écorce de Panama, fournie par une Rosacée , le Quillaja Saponcirîa Mol. , dans la racine d’une Polygalée du Pérou , le Yallioë (Monnina polystachia Ruiz et Pav.) etc.

La Saponine se dissout dans l’eau et dans l’alcool ; ses dissolutions permettent d’émulsionner dans l’eau les goudrons, résines, baumes etc. M. Lebœuf en a fait la base de son Coaltar saponinê , qui paraît être un désinfectant précieux , en même temps qu’un modificateur utile des plaies de mauvaise nature.

VIOLARIÉES.

Fig. 511. — Fleur du Viola tricolor, var. Alpeslris . d’après P. Duchartre (*).

Fig-. 512. — Organes reproducteurs du Viola tricolor , var. Alpes tris , d’après Duchartre (**).

Fig*. 513. — Fruit du Viola tricolor , var. Alpestris (***).

Herbes ou arbrisseaux à feuilles le plus souvent alternes , stipulées ; fleurs (fig. 511) irrégulières , parfois apétales , rarement régulières,axillaires, à pédoncules pourvus de deux bractées et souvent articulés; estivation imbriquée ; 5 sépales libres ou légèrement soudés à la base, à esti-

(*) A) Fleur entière. — B) Fleur sans corolle et vue de profil.

(**) A) Leur ensemble : e) étamines à lilet court, et dont l’antlière est surmontée par un appendice terminal (les deux anthères supérieures offrent, à leur base, un long appendice (a) du connectif) ; st ) stigmate. — B) Pistil mis à nu : ov) ovaire; st) stigmate.

(***) A) Fruit coupé transversalement, pour en montrer la placentation pariétale. B) Fruit représenté après sa déhiscence.

VlOLÂRlEES. 16b

vation imbriquée-convolutive ; 5 pétales libres ou un peu cohérents, égaux ou inégaux, l’inférieur prolongé à la base en un éperon (ce pétale inférieur est en réalité supérieur; il devient inférieur par suite du renversement de la fleur, dont le pédoncule s’est incurvé); 5 étamines à fdets très-courts , larges et prolongés un peu au-dessus des anthères , qui sont introrses et souvent conniventes en un cône, qui recouvre le pistil (fig. 512) ; les deux étamines placées au voisinage de l’éperon ont leur connectif glanduleux, ou plus souvent encore prolongé en un appendice qui pénètre dans l’éperon ; ovaire uniloculaire , ovoïde ou globuleux , surmonté par un style souvent recourbé ; stigmate parfois renflé , et présentant une fossette semicirculaire ; ovules nombreux , anatropes, disposés sur les parois en trois doubles rangées (fig. 513).

Le fruit est une capsule , dont la déhiscence peut être considérée comme loculicide, car elle s’ouvre en trois vaves portant chacune, sur son milieu, une double rangée de graines. L’embryon est homotrope, à cotylédons plans et à radicule cylindrique ; il est inclus dans un périsperme charnu.

M. Endlicher a partagé les Violariées en deux tribus ; Violées ou à fleurs irrégulières; Alsodinces ou à fleurs régulières. La première tribu renferme seule des plantes utiles , réparties dans les genres Viola L. et lonidium Vent.

Viola L. (voy. fig. 511 , 512, 513).

Calice à divisions prolongées en dessous de leur insertion ; 5 pétales inégaux , dont un éperonné ; anthères disposées en cône au centre de la fleur ; style terminé par un crochet ou par un disque oblique.

Violette odorante ( Viola odorata L. , fig. 514). Plante acaule , à souche souterraine , tortueuse , horizontale , cylindrique , irrégulière , pourvue de fibres déliées; feuilles cordiformes , obtuses , crénelées , à pétiole long et pubescent; de l’aisselle des feuilles inférieures naissent des stolons traçants et radicants, soiu vent pourvus de fleurs ; fleurs solitaires , à pédoncules longs et recourbés, odorantes, de couleur violette, rarement blanches ; corolle à éperon

POLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERMÉES.

obtus; stigmate nu et crochu ; capsule velue; pédoncules fructifères couchés et non incurvés.

Toutes les parties de cette plante, et surtout les racines, renferment un principe appelé Vioiine , dont l’action se rapproche de celle de l’Emétine 1 .

Les pétales de la Violette odorante servent à la préparation du sirop de Violettes , dont la couleur bleu violacé verdit sous l’influence des alcalis, et que l’on donne aux enfants, comme un léger émétique.

On emploie fréquemment aussi les Fleurs de Violette , en infusion, dans les catarrhes bronchiques. On se servait encore autrefois des Racines de Violette, comme succédané de l’ipécacuanha.

La racine de Violette est d’un blanc jaunâtre ; sa saveur est un peu amère, âcre et nauséabonde ; son odeur faible ; elle est maintenant à peu pès inusitée. On substitue communément, aux fleurs de la Violette odorante , celles de plusieurs autres espèces inodores et surtout celles de la Pensée sauvage.

Pensée sauvage ( Viola tricolor L.). Racine pivotante ; tige rameuse, anguleuse, dressée, haute de 15 à 30 centimètres ; feuilles plus ou moins pétiolées ; oblongues , crénelées ; stipules foliacées, pinnatipartites , à lobes latéraux linéaires-lancéolés, le terminal plus grand , oblong , entier ou divisé ; fleurs axillaires , longuement pédonculées, de couleur variable (jaune et blanc , violet et blanc jaunâtre etc.) ; les trois pétales inférieurs à onglet barbu ; éperon court et obtus ; style mince et coudé à la base, s’épaississant vers le sommet, 'terminé par un stigmate droit, globuleux, assez profondément excavé ; capsule un peu hexagone , globuleuse , glabre.

On distingue deux variétés de Viola tricolor: arvensis , hortensis , qui diffèrent par la grandeur et la coloration des pétales , mais auxquelles on attribue les memes propriétés.

La Pensée sauvage a une odeur faible, une saveur amère et mucilagineuse ; elle est réputée dépurative et antiscrofpleuse. On l’administre généralement, sous forme de sirop, ou sous forme d’une infusion, que Ton fait avec la plante entière ou avec les sommités. La racine est émétique, dit-on, à la dose de deux grammes.

Dans l’Amérique du Sud, on emploie, sons le nom d’IPÉCACUANHA blanc, les racines de plusieurs Ionidium ; telles sont celles du Poaya branca (Ion. [ Viola L. ] Ipecacuanha Vent.), du Poaya da praya [Ion. Poaya Saint-HiL), de Ylon. parviflorum Vent. (Viola emetica Humb.), de Ylon. brevicaule Mart. , celles du faux

1 La vioiine a été obtenue par M. Boullay, qui la regarde comme un principe alcalin, âcre, amer, vireux et même vénéneux.

* bixacées. 167

Xpécacuanha de Cayenne {Ion. Itoubou Vent.), la racine de Cuichunchilli , de Guayaquil {Ion. Marcutii Hamilton).

On emploie aussi, comme succédané de l’ipécacuanha, les racines de Y Ion. suffruticosum Rœmer et Schultes, de Y Ion. heterophyllum Vent., dans l’Inde ; et les Viola palmata L. , V. pedata L., dans l’Amérique du Nord. On attribue même, dans ces régions, au V. ovata de Nuttal la propriété de combattre les accidents produits par la morsure du Crotale. Enfin, les Brésiliens préconisent F Anchietea salutaris Saint-Hil. , sous le nom de Piriguara, contre les maladies de la peau.

La mieux connue de ces différentes racines est celle de Y Ion. Ipecacuanha. Elle est longue de 16 à 20 centimètres, un peu tortueuse, grosse comme une plume à écrire, quelquefois assez semblable à l’ipécacuanha ondulé, souvent bifurquée et terminée supérieurement par. un grand nombre de tiges; l’écorce est mince, d’un gris jaunâtre, avec des rides longitudinales ; le corps ligneux est épais, criblé de trous et à fibres disposées en paquets tordus. Cette racine a une odeur herbacée et nauséeuse, une saveur d’abord faible, puis amère et très-âcre ; elle est dépourvue d’amidon, et renferme, selon Pelletier, 5 °/0 de matière vomitive.

Ulonidium Ipecacuanha croît dans les terrains sablonneux des bords de la mer, au Brésil, à la Guyane et aux Antilles.

A la suite des Violariées se placent quelques familles peu importantes.

DROSÉRACÉES.

Ces plantes habitent les tourbières ; deux de leurs espèces : I)ro~ seca rotundifolia L. et long i folia L. , communes aux environs de Paris, ont été préconisées contre l’hydropisie et les maladies de poitrine. M. le docteur Curie les emploie, contre la phthisie, sous forme d’alcoolature , à la dose 20Nà 200 gouttes et plus. M. Curie croit avoir produit la phthisie chez des Chats, par l’administration, de ce remède , et il range ces plantes parmi les médicaments homœopathiques. Les recherches de M. Villemin , professeur au Val-de- Grâce, ont démontré que, chez les Carnassiers comme chez beaucoup d’autres Mammifères, la tuberculose (?) est due fréquemment, non à des tubercules vrais, mais à des kystes de Nématoïdes. L’observation de M. Curie aurait besoin d’une nouvelle sanction.

BIXACÉES.

Les Bixacées comprennent un petit groupe de végétaux ligneux, principalement originaires de l’Amérique méridionale. Les graines de l’un d’eux, le Rocouyer {Bixa Orellana L.), fournissent, par macération dans l’eau, une matière colorante rouge, appelée Rocou.

PU LY PÉTALES 11YPOGYNES PLËÜÎIOSPEUMEES/

Le Rocou paraît être de nature résineuse ; il est presque insoluble dans l’eau, soluble dansd’alcool, dans l’éther et dans les alcalis caustiques ; son odeur est forte et désagréable. Les Indiens s’en teignent le corps ; on l’a employé comme tonique et antidysentérique. Dans l’industrie, il sert à colorer la cire et le beurre.

CISTINÉE S,

Cette famille renferme des herbes , des sous-arbrisseaux et des arbrisseaux, à feuilles généralement opposées, simples, avec ou sans stipules ; fleurs le plus souvent terminales, régulières, rosacées :

5 sépales, dont deux extérieurs plus petits; 5 pétales caducs, chiffonnés, blancs, pourpres ou jaunes, parfois marqués d’une tache à leur base ; étamines libres, indéfinies ; ovaire uniloculaire, à 3 ou 5 placentas ; style et stigmate simples ; le fruit est une capsule à déhiscence loculicide ; graines nombreuses , à embryon courbé ou spiralé, placé dans un albumen farineux.

Le genre Cistus L., qui forme le type de cette famille, appartient surtout à la zone méditerranéenne ; il fournit un produit nommé Ladanum ou Labdanum^ que l’on trouve rarement â l’état de pureté dans le commerce.

Le Ladanum est d’un noir grisâtre , d’une odeur balsamique , très-suave ; il se ramollit entre les doigts et y adhère, fond à la chaleur, et se dissout presque entièrement dans l’alcool.

Dans lÿîle de Crète , on l’obtient en raclant, avec un couteau , des lanières de cuir, que l’on promène sur le Cistus creücus L. La résine est ensuite mise en pains, ou enfermée dans une vessie.

Selon Guibourt, on obtient un Ladanum également odorant, en faisant bouillir les sommités du Cistus Ictdaniferus L. Ce dernier végétal croît dans quelques parties du Midi de la France, particulièrement dans les Corbières, aux environs de Narbonne, où les paysans le regardent, avec raison, comme un tonicfue précieux, dans les plaies de mauvaise nature.

Le Labdanum se présente sous deux formes dans le commerce ; 1° en masses, ressemblant assez à celui que nous avons décrit plus haut; 2° en morceaux roulés en spirale ( Labdanum in tortis ), trèslourds, grisâtres, cassants, principalement composés de sable et de terre additionnés d’une quantité variable d’une résine, qui le plus souvent ne provient pas des Cistes.

Le ladanum était jadis employé en médecine , comme stimulant ; son impureté ordinaire l’a fait rejeter. On ne s’en sert guère qu’en parfumerie.

La plupart des Cistes sont ladanilères ; leurs feuilles sont poisseuses, odorantes, et il est regrettable que l’on n’ait pas cherché à

CRÜdlËERËS. m

remplacër le ladanum du commerce , par les produits résineux des Cistes du Midi de la France.

On récolte, en Espagne, sur le Cistus ladaniferus , une manne en grains blancs, qui est purgative et nommée Manna de Hasta.

TAMARISCINÉES.

Cette petite famille fournit peu de produits à la médecine. L’écorce du Tamarix gallica L. est amère et diurétique, et son bois sudorifique; selon Pallas, les feuilles du Tamarix g ermanica L. servent de thé en Sibérie. Le Tam. mannifera Ehr. produit, sous l’influence du Coccus manniparus Ehr., une sorte de manne, apappelée Tarfa par les Arabes.

CRUCIFÈRES

Les plantes de cette famille sont généralement des herbes annuelles ou vivaces , rarement des sous-arbrisseaux. Elles présentent les caractères suivants : feuilles alternes , simples , pinnatinerviées , entières ou diversement découpées , dentées , lobées , lyrées etc. ; fleurs régulières , blanches , jaunes ou violacées, en panicules ou en grappes d’abord corymbiformes , presque toujours privées de bractées ; calice à 4 sépales, distincts , ordinairement caducs, souvent dressés , deux latéraux inférieurs , fréquemment bossus à leur base ; corolle à 4 pétales onguiculés , alternes aux sépales ; 6 étamines introrses, libres, tétradynames, dont deux courtes, opposées aux divisions latérales du calice,

4 plus grandes réunies parpaireè, l’une antérieure , l’autre postérieure ; ovaire formé de deux carpelles soudés par leurs bords , et surmonté d’un style simple , que terminent généralement deux stigmates à lobes superposés aux placentas , qui sont pariétaux.

Le fruit est une Silique (fig. 515) , ou une Silicule ; il est tantôt déhiscent en deux valves longitudinales, tantôt indéhiscent , et alors nucamenteux ou lomentacé.

Ce fruit est généralement divisé en deu£ loges , par une cloison membraneuse , due au

(*) A. Silique fermée. — B. Silique ouverte : v} v) valves; cl) cloison fausse (Replum), montrant les graines attachées sur ses bords.

Fig. 515. — Silique du Brassica arvensis (*).

POLYPÊTALES HYPOGYNES PLËUROSPERMEES.

prolongement des trophospermes , et qui persiste après la chute des deux valves carpellaires. Cette cloison, que l’on a appelée Re plum , est une cloison fausse, car les graines adhèrent aux bords du cadre, qui la porte, et non en son milieu.

Dans les silicules, tantôt chaque carpelle est appliqué à plat sur la cloison : celle-ci est alors large, et le fruit est dit latisepté ; tantôt chaque carpelle est fortement caréné, ses deux moitiés sont presque complètement appliquées l’ une contre l’autre : la cloison interposée aux deux carpelles est alors étroite, et le fruit est dit angustisepté .

La forme du fruit , sa déhiscence ou son indéhiscence , la largeur ou l’étroitesse de la cloison , ont été invoquées par beaucoup de botanistes, comme base de la division des Crucifères en tribus.

Les graines sont horizontales ou pendantes , généralement nombreuses, et disposées sur deux rangées de chaque côté de la cloison , rarement solitaires dans chaque loge ; plus rarement encore le fruit est monosperme.

L’embryon est apérispermé et présente des formes diverses , sur lesquelles De Candolle s’est appuyé pour diviser les Crucifères en cinq tribus.

Tantôt la radicule est appliquée dans la commissure des cotylédons , que l’on dit alors accombanis : l’embryon est pleur orhizé (irXeu pov côté) 0 = .

Tantôt la radicule est appliquée sur le dos de l’un des cotylédons : ceux-ci sont alors dits incombants. Dans ce cas, les cotylédons peuvent être :

Plans ; l’embryon est notorhïzé (vwtoç dos) o !| ;

Repliés longitudinalement sur la radicule , qu’ils embrassent ; l’embryon est orthoplocé (ôpOoç droit, tïàexm j’entrelace) oÿ ;

Roulés en spirale ; l’embryon est Spirolobé o || |[ ;

Repliés deux fois sur eux-mêmes transversalement ; l’embryon est

DIPLÉCOLOBÉ O || || || |]

M. Eugène Fournier a proposé de diviser les Crucifères en trois sous-ordres, selon la forme des cotylédons, qui peuvent être : 1° ovales , obtus , entiers ; ce sont les Platylobces (Decaisne et Le Maout), comprenant les Notorliizées et les Pleurorhizées ; 2° ovalesorbiculaires , échancrés au sommet; ce sont les Orthoplocée* (DC) ; 3° enfin linéaires allongés; ce sont les Streptolobées (E. F), qui comprennent les Spirolobées et les Diplécolobées.

Si à ces caractères primordiaux de l’embryon, on ajoute ceux qui résultent de la forme* du fruit, on a tous les éléments d’une bonne classification.

Conformément à l’usage adopté dans les ouvrages élémentaires ? nous suivrons la divion proposée par de Candolle.

CRUCIFÈRES

Presque toutes les Crucifères possèdent un principe sulfuré , âcre et stimulant , auquel elles doivent leurs propriété antiscorbutiques. Ce principe disparaît par la cuisson ; il existe dans toute la plante , mais prédomine en général dans l’un de ses organes. Quelques Crucifères sont très actives et doivent être employées à l’intérieur avec précaution. Leur action est vive et instantanée ; aucune n’est vénéneuse. Elles renferment fréquemment un principe sucré etmucilagineux, qui augmente parla culture et auquel beaucoup de ces plantes doivent leurs propriétés alimentaires. Enfin leurs graines sont généralement oléagineuses, et plusieurs Crucifères sont cultivées à cause de l’huile grasse, que la pression extrait de leurs semences.

Pleurorhizées.

Cotylédons plans, radicule commissurale ; graines comprimées.

Cresson de fontaine (Nasturtium officinale R. Br., fig. 516) : racine vivace; tiges rameuses, radicalités, étalées, cylindriques,

Fig. 516. — Cresson cle fontaine . d’après Guibonrt.

glabres; feuilles alternes, succulentes, glabres, imparipinnées , à divisions inégales, ovales-arrondies, la terminade plus grande et presque cordiforme ; fleurs blanches , en grappes corymbiformes ? terminales; sépales ovales, concaves, dressés; pétales égaux, à limbe entier, arrondi, étalé; ovaire allongé, à style court, épais, à stigmate bilobé ; silique courte , horizontale , presque cylindrique , pourvue d’une pointe obtuse à son sommet.

Le Cresson croît dans les eaux vives et courantes; ses feuilles sont fraîches, piquantes, légèrement amères; on les mange avec ou sans

172 POLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERMÉES.

assaisonnement. C’est un bon antiscorbutique , que l’on administre directement ou sous forme de suc. J1 entre dans le sirop et le vin antiscorbutiques .

On confond souvent le Cresson vrai avec le Cresson amer ( Car damine amara L.), qui a une tige anguleuse, desfolioles anguleuses, et denticulées, des anthères d’un noir pourpre et non jaunes, un style aminci et un stigmate pointu. Au reste , cette plante a les mêmes propriétés que le Cresson officinal, quoiqu’elle soit plus amère.

On emploie aussi quelquefois aux mêmes usages le Raifort d’eau ( Nast . amphibium R. Br.) , dont les fleurs sont jaunes et dont les jeunes feuilles ont une saveur piquante et agréable.

La Cardamine des prés ou Cresson des prés ( Cardamine pratensis L.) remplace souvent le Cresson, surtout dans le Nord de l’Europe. Ses fleurs sont parfois prescrites comme antispasmodiques. Cochléaria officinal ou Herbe aux cuillers ( Cochlearia offi-

cinalis L. , fig. 517). Plante annuelle à feuilles radicales nombreuses , cordiformes , lisses , épaisses , un peu concaves , longuement pétiolées ; les caulinaires sessiles, biauriculées, anguleuses; les supérieures embrassantes ; fleurs blanches, en grappes terminales corymbiformes ; calice ouvert , à sépales obtus ; pétales étalés arrondis , obtus , entiers ; style court. Le fruit est une silicule arrondie , à valves renflées, contenant plusieurs graines rousses, chagrinées.

Le Cochléaria doit être cueilli au début de la floraison ; ses feuilles ont alors une saveur âcre et amère: elles donnent , par distillation, une huile volatile soufrée, plus dense que l’eau, et d’une grande énergie.

Cette plante est stimulante et antiscorbutique; ses feuilles entrent dans le sirop et le vin an tiscorbutiques.

Raifort sauvage ou Cran-

son ( Coch . Armoracia L.). Plante vivace à racine cylindrique ,

Fig. 517. — Cochléaria officinal , d’après Guibourt.

CRUCIFÈRES

blanche, charnue, longue de 30 à 70 centim., épaisse de 4 à 5 centim., âci»e et brûlante; feuilles radicales très-grandes , elliptiques , obtuses, longuement pétiolées , sinueuses, irrégulièrement dentées ; les caulinaires moins grandes, lancéolées, dentées; fleurs en grappes terminales, simulant une panicule; style court, filiforme , à stigmate presque discoïde; silicules ovoïdes, petites, à 2 loges -contenant chacune 5 ou 6 graines.

Le Raifort est cultivé pour sa. racine , que l’on emploie comme assaisonnement, ou pour remplacer le Gochléaria, qu’elle surpasse en activité.

Cette racine contient une huile sulfurée , volatile , plus dense que l’eau , épaisse , extrêmement âcre , d’une odeur insupportable , de couleur jaune clair, soluble dans l’alcool , peu soluble dans l’eau, et qui paraît se développer sous l’influence de l’eau , après la rupture des cellules qui en contiennent les éléments.

La racine de Raifort est un excitant très-puissant ; elle entre dans Y alcoolat de Gochléaria , et dans le sirop et le vin anti scorbutique s.

La Tourette glabre ( Turritis glabrci L.), petite plante des bois de la France, renferme un principe particulier, âcre, la Sulfosinapisine , que MM. O. Henry et Garot. ont découvert dans la Moutarde blanche.

Selon M. Williams, les graines de Ylberis amara L., données à la dose de 5 à 15 centigrammes, ont la propriété de modérer et de régulariser les battements du cœur ; d’après le même auteur , elles déterminent parfois des nausées , des vomissements et de la diarrhée.

Parmi les Crucifères pleurorhizées se rangent encore : la Giroflée des murailles ( Cheiranthus Cheiri L.); la Giroflée des jardins (Matthiola incana R. Br.); l’Aliverie de l’ïnde (Arabis Chinensis Rottl.), que l’on regarde comme" un bon stimulant; l’Herbe de Sainte-Barbe ( Barbarea vulgaris R. Br.), plante commune sur le bord des ruisseaux, à feuilles pinnatifides , lyrées , à fleurs jaunes et à siliques tétragones , surmontées par un long style persistant; ses feuilles sont légèrement âcres , d’une saveur assez analogue à celle du Cresson , et sont également employées comme antiscorbutiques ; les Dentaires (Dentaria pinnata Lam., digitata Lam. etc.), qui sont très-âcres et d’une saveur poivrée etc.

Notorhizées.

Cotylédons plans; radicule dorsale; graines ovoïdes, non bordées.

Erysimum officinal, Vélar, Herbe aux Chantres etc. (Sisymbrium officinale Scop.). Plante annuelle, à tige rameuse, pubescente , étalée ; feuilles inférieures pubescentes , presque lyrées ,

POLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERMÉES.

les supérieures hastées , irrégulièrement dentées ; fleurs jaunes . très-petites , en longues grappes effilées : sépales pubescents, demiouverts ; pétales entiers , spatulés ; anthères presque ovales ; pistil plus court que les étamines et à stigmate capitulé ; siliques pubescentes, dressées , appliquées contre la tige, anguleuses, insensiblement atténuées de la base au sommet, bivalves, à graines unisériées, globuleuses, brunes.

Les feuilles de cette plante sont un peu acerbes ; on les emploie en infusion, dans le catarrhe pulmonaire ; les feuilles et les sommités forment la base du sirop d’Erysimum composé , que Ton croyait propre à dissiper l’enrouement.

L’Herbe de Sainte-Sophie ( Sisymbrium Sophia L.) a joui

d’une grande réputation comme vulnéraire , d’où son nom de Sagesse des chirurgiens ; on la prescrivait aussi contre la diarrhée , le crachement de sang , la leuccorhée etc.

L’Alliaire officinale ( Alliaria officmalis DG.) a des feuilles acres et amères; ces feuilles , quand on les froisse entre les doigts , dégagent une odeur alliacée très- forte. Les graines possèdent la même odeur ; on dit qu’elles sont très-âcres, et qu’elles pourraient être employées en sinapismes.

Les graines de la Caméline ordinaire ( Camelina sativa DG.) fournissent une huile propre à l’éclairage.

M. Hamon a préconisé , contre les hémorrhagies passives et les métrorrhagies , la Bourse à pasteur ( Capsella bursa pastoris Mœnch) ; le principe actif de cette plante est volatil ; aussi convient-il de l’employer fraîche.

Le genre Lepidium L. fournit quelques plantes utiles ; telles sont : le Thlapsi officinal (Lep. campestre R. Br.), dont la semence est ovoïde , noirâtre , un peu terminée en pointe , et couverte d’aspérités fines, serrées, disposées en lignes parallèles ; cette semence est âcre ; elle entre dans la composition de la Thériaque ; la Passerage ( Lep . lati folium L.), dont les feuilles et les racines sont rubéfiantes, et qui constitue l’un de nos antiscorbutiques les plus actifs; le Cresson alénois ou Nasitort (Lep. sativum L.) , que l’on cultive dans les jardins , à cause de sa saveur chaude , piquante , agréable , et qui peut remplacer le Cresson de fontaine ; la Petite Passerage (Lep. Tberis L.), que l’on a crue lithontriptique ; le Nasitort sauvage (Lep. ruderale L.), regardé en Russie comme un puissant fébrifuge ; le Lep. oleraceum Forst., si utile aux marins qui voyagent dans les mers du Sud; le Lep. Piscidium Forst., que l’on emploie aux îles Sandwich, contre la syphilis et pour enivrer les Poissons.

Pastel des teinturiers, Guéde ou Vouède ( Isatis tinctoria L.): plante bisannuelle , rameuse, haute de 6 à 10 décimètres ; feuilles

CRUCIFÈRES

sessilês, embrassantes, hastées, lancéolées, aiguës, entières, glauques; fleurs jaunes en grappes réunies en une panicule ample; silicules oblongues , indéhiscentes, planes > pendantes, uniloculaires et monospermes, noircissant à leur maturité; graine allongée et pendante.

Les feuilles du Pastel fournissent , par la fermentation , une matière tinctoriale bleue , fort employée avant la connaissance de l’indigo. Cette matière se trouve, dans le commerce, en pains cylindriques, que l’on désigne sous le nom de Coques de Pastel .

Orthoplocées (fig. 518).

Cotylédons repliés en une gouttière , autour de ya radicule, qui est dorsale; graines souvent globuleuses.

g. Brassica L.

Graines sphériques, unisériées; valves de la silique uninerviées.

Navet (Br. Napus L.). Feuilles glabres, glauques : les radicales rudes , lyrées ; les caulinaires pinnatifides , crénelées ; les supérieures nrassica arvemis (*). eordées-lancéolées , amplexicaules; siliques très-écartées.

Le Navet comprend deux variétés :

Le Navet vrai (Br. Napus esculenta DC.), dont la racine est charnue , orbiculaire ou fusiforme, de saveur sucrée et piquante, et qui sert dans l’alimentation.

La Navette (Br. Napus oleifera DC.), cultivée comme fourrage et pour ses graines , dont on extrait YHuile de Navette. Ses fleurs sont petites, jaunes et à sépales étalés; ses graines sont plus petites que celles du Colza , globuleuses où un peu oblongues, luisantes, un peu chagrinées.

Rabiole ou Turnep (J5r, Bapa L.) : feuilles radicales dentées, lyrées , rudes , munies de poils courts , les caulinaires incisées , les supérieures lancéolées, amplexicaules , entières , glauques, lisses; fleurs jaune pâle, à sépales ouverts.

Cette plante sert plus spécialement à la nourriture des animaux , bien qu’elle communique au lait de Vache une saveur cruciférée assez désagréable.

Chou-Colza [Br. compestris L.) : feuilles inférieure; lyrées, sinueuses, glauques, à nervures de la face inférieure cili es de poils

Fig. 518.

(*) Coupe transversale de la silique, passant par une graine à cotylédons (et) incombants et pliés en une gouttière , qui embrasse la radicule (r).

POLYPÉTALES IiYPOGYNES PLEUROSPERMÉES.

rudes ; feuilles supérieures amplexicaules, cordées, glabres, entières; fleurs jaunes; siliques dressées, graines sphériques, brunes, ternes, non chagrinées. Cette espèce comprend deux variétés importantes : le Colza proprement dit ( B . camp. oleifera ), dont les graines fournissent Y Huile de Colza ; le Rutabaga ou Chou-Navet (Br. camp. Napo-Brassica ) , dont la racine se renfle près du collet et peut avoir jusqu’à 10 centimètres de diamètre ; peau jaunâtre extérieurement, épaisse et dure ; chair plus ferme que celle du Navet.

Chou (B. oleracea L.). Cette espèce fournit un grand nombre de variétés alimentaires :

1° Choux verts (var. acephala ) • feuilles étalées, à limbe plane (Chou cavalier) , ou ondulé (Chou frisé ou Chou crépu),

2° Choux bouillonnés (var. subcapitata et gemmifera) : feuilles réunies en tête lâche, et à limbe bouillonné (Chou de Milan), ou feuilles portant à leur aisselle des bourgeons globuleux (Chou de Bruxelles );

3° Choux pommés (var. capitata ) : feuilles en tête arrondie, rouge violacé (Chou rouge'), ouvertes, ou bien encore d’un blanc jaunâtre (Chou cabus). Cette dernière variété est cultivée, en Allemagne et en Alsace , pour la fabrication de la Choucroute (Sauer-

Kraut , Chou aigre) ;

4° Choux-fleurs (var. botrytis) : inflorescence devenant charnue et formant soit une tête mamelonnée ( Chou-fleur ), soit un axe à rameaux épais , mais allongés ( Brocolis );

5° Chou-Rave (var. rapifera) : tige renflée au - dessus du collet, en une tête plus ou moins grosse , succulente et alimentaire.

Moutarde noire ou Sénevé (Br. nigra Koch , fig.

519). Plante annuelle à tige dressée , cylindrique ; feuilles inférieures un peu épaisses , lyrées, pinnatifides , a lobe terminal très-grand; les supérieures aiguës, lancéolées, glabres ; fleurs petites , jaunes , en grappes terminales ; siliques glabres, tétragonales, terminées par une pointe courte , dressées et

CRUCIFÈRES

appliquées contre la tige; graines globuleuses, très-petites, trèsâcres, inodores, à surface chagrinée, rouge brunâtre, parfois couverte d’un enduit blanchâtre.

La poudre des graines de Moutarde ( farine de Moutarde) étant délayée avec de l’eau froide ou tiède , fournit , par distillation , une huile volatile (G8 H3 Az S-) extrêmement âcre, de couleur citrine et d’une odeur très-vive et pénétrante. Étendue sur la peau, cette huile produit la vésication; c’est à sa présence , dans les cataplasmes faits avec la farine de Moutarde ( Sinapismes ), que ceux-ci doivent leur action rubéfiante. La production de cette huile volatile résulte de la réaction de deux principes qui coexistent dans la Moutarde noire : la Myrosine et Y acide Myronique. Ce dernier est toujours combiné à la potasse, dans la Moutarde. La myrosine est un corps incristallisable, de nature albuminoïde , coagulable par l’action de la chaleur, des acides et de l’alcool, incapable alors de réagir sur le myronate de potasse, mais reprenant cette propriété sous l’influence d’une hydratation prolongée.

L’huile volatile ne se développe que sous l’influence de l’eau sur la semence écrasée ou pulvérisée. D’après ce que nous avons dit de la myrosine, il est évident que, dans la fabrication des pédiluves sinapisés ou des sinapismes, il faut se garder d’employer de l’eau trop chaude ou du vinaigre.

La Moutarde noire renferme, en outre, environ 28 0/0 d’une huile fixe , que l’on a proposé d’enlever par expression , afin de rendre la poudre plus active et de la conserver plus longtemps.

Il est préférable d’employer la Moutarde récemment pilée.

La Moutarde est également antiscorbutique et excitante.

La Moutarde noire est cultivée en Alsace , en Flandre et en Picardie ; la graine récoltée en Alsace est la plus grosse et la plus estimée.

On substitue parfois à la graine de Moutarde noire , celle de la Moutarde sauvage, Sauve ou Ravison(Sm. arvensis L.). Cette graine est sphérique, luisante, d’un brun noirâtre, de grosseur intermédiaire entre celles de la Moutarde noire et de la Moutarde blanche ; elle est à peu près inerte, comme celles du Colza et de la Navette, qui sont plus grosses qu’elle et que l’on mélange aussi frauduleusement à la Moutarde officinale : le Colza est sphérique, noir, terne , non chagriné , et possède un goût de Navet ; la Navette est un peu allongée, souvent ridée, moins chagrinée que la Moutarde officinale, et de saveur mordicante.

On falsifie la farine de Moutarde avec la poudre des tourteaux de Colza , de Navette, de Lin; les farines d’Orge, de Maïs, de Féveroles , de Sanve; avec des matières terreuses, parfois employées pour la

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rolorer (ocre jaune) ; enfin on la colore aussi avec la poudre de - Gurcuma .

La moindre énergie de la farine décèlera le mélange de farines inertes ; le Lin, les céréales seront assez facilement reconnaissables 1 au microscope ; la teinture d’iode , versée dans un décocté aqueux ] de farine, le colorera en bleu, s’il y existe des fécules; l’incinéra- 1 tion laissera un résidu beaucoup plus abondant de chaux , de silice , ] d’alumine , d’oxyde de fer etc. , si la farine a été additionnée de matières terreuses. Le Gurcuma sera décelé, en faisant bouillir là farine avec de l’eau ou de l’alcool , qui prendront une coloration jaune intense.

Moutarde blanche ( Sinapis albct L.). Tiges poilues; feuilles j pinnatiséquées, à segments oblongs, dentés, sinueux; sépales éta- ' lés ; siliques hérissées , tondeuses , étalées , terminées par un bée j allongé , ensiforme , à valves marquées de cinq nervures , dont les deux extérieures sont peu marquées.

La semence de Moutarde blanche est jaunâtre y elliptique, arrondie, lisse , plus grosse que celle de la Moutarde noire, de saveur piquante quand on l’écrase. Elle renferme beaucoup de mucilage, environ 30 °/0 d’une huile douce , fixe , et une substance sulfurée , | cristalline , la Sulfo sinapisme ou Sulfo-cyanhydrate cle sinapine (G34 H24 Az2 S2 O10), qui, sous l’influence de la myrosine, peut, selon MM. Boutron et Fremy, se transformer en un principe piquant, qui ne préexiste pas dans la Moutarde blanche.

M. Stephen Darby a trouvé dans l’huile grasse un acide particulier, l’acide Éruci que, qui est identique à l’acide Brassique, signalé par M. Websky, en 1853, dans l’huile de Colza.

La semence de Moutarde blanche fut proposée, par Cullen, comme un stimulant du tube digestif; il l’administrait entière. En France, M. Fouquier la préconisa dans les mêmes cas et, depuis cette époque, elle est exploitée par divers industriels , comme une panacée universelle.

La Moutarde rouge de Calcutta, que l’on a rapportée peut-être à tort au Sin. brassicata Roxb., est à peu près sans action, et ne doit pas être substituée à la Moutarde noire.

Roquette ( Eruca sativci Lamk.). Plante annuelle à tige velue; feuilles lyrées, presque glabres; pétales jaunâtres, veinés de pourpre ; siliques courtement pédonculées, rapprochées de la tige, courtes, épaisses, glabres , à bec comprimé, ensiforme; stigmate assez profondément fendu; semences globuleuses, bisériées ; valves delà silique trinerviées.

Cette plante a uner odeur forte et désagréable, une saveur âcre et piquante ; onia dit antiscorbutique. On l’emploie quelquefois comme

FÜMÀR1ÀCÉES. 179

assaisonnement en Espagne , en Suisse , dans Je midi de la France etc.

En Angleterre , on mange les pousses étiolées du Chou marin (Cr arabe maritima L.), qui croit sur les plages sablonneuses des mers d’Europe; les feuilles de cette plante sont réputées vulnéraires.

Moquin -Tandon a proposé le Doublerang des murailles (Diplot axis muralis DG.), comme antiscorbutique. Selon cet auteur , cette plante pourrait remplacer le Gocliléaria , le Raifort , le Cresson et le Ményanthe dans le sirop antiscorbutique.

Le genre Raphamis L. fournit à F alimentation plusieurs sortes de racines connues sous le nom commun de Radis et produites par le jR aph. sativus L. On distingue trois variétés principales de radis : le Radis ordinaire, qui est globuleux ou napiforme, charnu , tendre, à écorce blanche, rose ou rouge; la petite Rave, qui est cylindrique ou fusiforme , charnue et colorée comme le Radis ordinaire ; le Radis noir. (Raifort, gros Radis), qui est gros comme le poing , globuleux , rugueux et noirâtre extérieurement , à chair dure et excessivement piquante.

Les Spirolobées et les Diplé colobées renferment peu de plantes à propriétés spéciales; aucune n’est employée aujourd’hui.

FUMARIACÉES.

Plantes herbacées, annuelles ou vivaces, à suc amer non laiteux; feuilles alternes , profondément découpées , sans stipules ; fleurs

Fig. 520. — Famarici ojicinalis , d’après P. Duchartre (*).

irrégulières (fig. 520) , en grappes terminales ; calice à 2 sépales latéraux, caducs, très-petits, souvent dentés ;. corolle à 4 pétales

I (*) A. Fleur entière : b) bractée ; s) calice ; c, c’) corolle. — B. Sépale isolé. — C. Pétale externe supérieur. — E. Pétale externe inférieur. — D. L’un des pétales latéraux vu par sa face interne*

POLYPÉTALES I1YPOGYNES PLEUROSPERMÉES.

inégaux, connivents , dont 2 internes, latéraux, opposés, symétriques aux sépales : 2 externes : un supérieur (ou postérieur) éperonné , un inférieur (ou antérieur) , semblable au supérieur ou plan et canaliculé; 6 étamines soudées en deux faisceaux (fig. 521), l’un

antérieur, l’autre postérieur, composés chacun de 3 anthères : la médiane biloculaire , les latérales uniloculaires ; ovaire uniloculaire à stigmate bilobé; un ou plusieurs ovules campulitropes ; fruit sec, tantôt monosperme (fig. 522) et indéhiscent, tantôt siliquiforme (fig. 523) , bivalve et polysperme ; graines globuleuses, caronculées, à embryon très-petit , latéral , inclus dans un périsperme charnu.

Cette famille fournit peu de plantes utiles à la médecine ; plusieurs sont cultivées comme plantes d’ornement.

Fumeterre officinale ( Fumaria offtcinalis L.). Plante annuelle, rameuse, glauque ; feuilles bi-pinnatiséquées, à segments dilatés et incisés ; fleurs

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