P AP AVER AC É ES
nâtre , elles ont acquis leur complet développement et que leurs sucs possèdent toute leur énergie. Les têtes de Pavot ont donc une action variable , selon l’époque où on les récolte : on doit les employer avec prudence, surtout pour les enfants, chez lesquels elles ont provoqué de fréquents empoisonnements.
On prépare, avec les capsules du Pavot blanc, un extrait hydroalcoolique , qui formait la base du sirop diacode de l’ancien Codex ; actuellement le sirop diacode se fait avec l’extrait d’opium.
Le sirop de Pavot blanc est un léger calmant, que l’on administre pur ou incorporé dans des potions. Bien que doué de propriétés calmantes, l’extrait de Pavots ne renferme souvent pas un atome de morphine.
Pavot noir ou Pavot pourpre ( Pap . nigrum Lob., Pap. som nifeYum p. L.). Feuilles plus foncées; pétales rouge violacé, avec une tache noirâtre à la base ; capsules (voy. fig. 528) arrondies, dont la déhiscence s’effectue par de petites ouvertures dues à l’allongement des lames, qui unissent les trophospermes aux stigmates. Ces ouvertures sont placées au dessous du stigmate, dans l’espace intermédiaire aux cloisons. Les graines sont noirâtres , opaques.
Le Pavot noir est cultivé dans le nord de la France, en Belgique et en Allemagne, pour l’extraction de l’huile, que ses semences renferment abondamment. Cette huile , connue sous le nom d’HuiLE d’Œillette, est inodore, peu sapide, siccative, d’un jaune clair, soluble dans l’éther, peu soluble dans l’alcool froid, et d’une densité de 0,9249 ; elle se solidifie à — 18°. Les savons et les emplâtres préparés avec l’huile d’œillette sont mous , siccatifs , et rancissent facilement à l’air. Cette huile n’est point narcotique , et peut être employée dans l’alimentation. On la substitue fréquemment à l’huile d’olives.
Opium.
Le Pavot blanc est cultivé depuis un temps immémorial, en Orient, pour l’extraction d’un suc gommo-résineux concret , riche en alcaloïdes et appelé Opium.
L’opium est obtenu à l’aide d’incisions légères, faites à la capsule du Pavot un peu avant sa maturité. Le suc qui découle est récolté le lendemain, avec un racloir, et mis dans un vase suspendu à la ceinture de l’opérateur. En Perse , le suc est ensuite battu dans un mortier et mis en pains. En Asie-Mineure , le suc récolté n’est point battu au mortier. Quelques auteurs prétendent , en outre , que les capsules épuisées sont pilées pour en extraire le suc; celui-ci étant évaporé en consistance convenable , constituerait dit-on , le seul extrait qui vienne en France. Enfin, d’autres pensent que l’opium vrai
POLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERMÉES.
et l’extrait retiré des capsules sont mêlés et forment l’opium du commerce. Il est peu probable que tous les opiums aient subi cette falsification. On distingue plusieurs sortes d’opium :
Opium de Smyrne. Il est en pains déformés, aplatis, du poids de 200 à 500 grammes, à surface irrégulière, granuleuse, fissurée, couverte de fruits de Rumex , et offrant quelques restes de feuilles de Pavots. Ces pains, quand ils sont récents, sont un peu mous, peuvent être rompus facilement , et se montrent alors composés ut; petites larmes blondes ou fauves, transparentes, agglutinées. Ils ont une couleur brun clair noircissant à l’air, une odeur forte et vireuse, une saveur âcre et amère.
Cet opium renferme de 6 à 12 °/0 de Morphine unie à Y Acide Méconique. Étant desséché à l’air, il fournit, selon Guibourt, 56 % d’extrait aqueux purifié. Il vient de l’Anatolie.
Opium de Constantinople ou de Turquie. Il se présente sous forme de pains de deux grandeurs :
a) Les uns ( gros pains) carrés, un peu coniques et pesant de 250 à 300 grammes, ou bien aplatis, déformés et pesant de 150 à 200 grammes. Ils sont tous entourés d’une feuille de Pavot, et leur surface ne présente que quelques fruits de Rumex. Cet opium est formé de larmes agglutinées , plus foncées que celles de l’opium de Smyrne, et tantôt pures, tantôt mélangées de râclures des têtes de Pavot.
p) Les autres en pains aplatis , lenticulaires , du poids de 80 à 90 grammes, recouverts d’une feuille de Pavot, dont la nervure les divise en deux parties égales. Leur odeur est plus faible que celle des précédents.
L’opium de Constantinople est inférieur en qualité à l’opium de Smyrne; il contient de 5 à 10 % de morphine1 à l’état de sulfate. Il vient aussi de l’Anatolie.
Opium d’Égypte ou thébaïque. Il est en pains orbiculaires , aplatis, larges de 6 à 8 centim., couverts de débris de feuilles de Pavot ; sa cassure est nette et luisante , son odeur moins vireuse que celle des deux sortes précédentes, sa couleur hépatique permanente; il se ramollit à l’air et devient un peu poisseux.
Cet opium renferme de 3 à 7 °/0 de morphine.
Opium de Perse. Il est en bâtons cylindriques ou carrés, gros comme le doigt, longs de 10 à 15 centim., et enveloppés chacun dans du papier. Cet opium est cassant , hygrométrique , de couleur moins fon-
1 M. Dorvault admet que l’opium' de Constantinople renferme de 13 à 14 o/o de morphine, tandis que, selon le même auteur, l’opium de Smyrne n’en contient que 10 à 12 °/o. II est probable que ces chiffres sont erronés, puisque M. Dorvault dit un peu plus loin : ((Pour nous aussi, en pratique, l’opium de Smyrne est plus riche que celui de Constantinople» (L 'Officine , 7 e éd., p. 641).
PAPAVÉRACÉES.
cée que celle des autres sortes; il renferme jusqu’à 12 °/0 de morphine. Malgré sa richesse en alcaloïdes, il ne peut servir à la préparation de l’extrait d’opium. Il est, en effet, presque entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcool ; l’extrait qu’on en obtient par ces dissolvants s’élève parfois jusqu’à 92 % de l’opium employé , et constitue ainsi un médicament trop faible.
L’opium de Perse paraît venir par voie de Trébizonde.
Opium de l’Inde (de Patnci, de Garden - Patna , de Mahua et de Bénarès , selon sa provenance). Cet opium est tantôt enfermé dans des boîtes, tantôt en gros pains enveloppés de feuilles de Tabac ou de Pavot, ou de pétales de Pavot. Il est consommé par les Chinois, les Malais etc. On ne le trouve pas dans le commerce d’Europe ; il contient d’ailleurs de 3 à 5 et même 8 °/0 de morphine.
Opium indigène. Comme l’opium exotique est très-souvent falsifié, soit par les commerçants, soit par les producteurs eux-mêmes, et ne présente pas une richesse à peu près constante en alcaloïdes , plusieurs auteurs ont proposé de le remplacer par l’opium récolté dans nos contrées; c’est surtout à M. Aubergier, de Clermont, que l’on doit les recherches les plus importantes à ce sujet.
M. Aubergier a cultivé plusieurs espèces de Pavots, a analysé les opiums obtenus et est arrivé aux résultats suivants : le Pavot blanc à capsule déprimée a fourni un opium, dont la richesse en morphine varie entre 3,27 et 6,63 ; un Pavot pourpre a produit un opium, dont la morphine varie de 10,5 à 11,2; un Pavot blanc à graine noire a donné un opium de première récolte, qui contient 17,83 de morphine très-pure , et un opium de deuxième récolte , qui renferme 14,78 de morphine.
M. Aubergier pense avoir démontré, et l’Académie de médecine de Paris a adopté cette opinion , que le Pavot poupre fournit un opium assez régulièrement riche à 10/100 de morphine, si l’on recueille cet opium à la meme époque de maturité de la capsule. Il a donc proposé des formules, approuvées par un arrêté ministériel, pour la préparation de l’opium et de son extrait, au moyen du Pavot pourpre.
Reveil ne croit pas à la constance de composition de l’opium du Pavot pourpre; car, dit-il, quelle que soit leur origine, les opiums peuvent renfermer de 8 à 25 % de morphine. Il pense donc , avec Guibourf , que l’on doit employer, pour les préparations pharmaceutiques, de l’opium renfermant de 10 à 13/100 de morphine.
L’opium indigène ne se trouve pas encore dans Te commerce ; d’ailleurs la culture du Pavot , au point de vue de l’extraction de l’opium, est industriellement et économiquement impossible. Gomme le Pavot œillette (Pavot noir) fournit un opium pouvant renfermer jusqu’à 26/000 de morphine, il pourrait être exploité à la fois pour
188 PO L Y PÉTALES HYPOGYNES PLEUKOSPERMÉES.
son opium et pour ses graines. Get opium servirait à l’extraction de la morphine, le nouveau Codex exigeant de l’opium contenant, à l’état mou, 10/100 de morphine et, desséché à l’air, 11 à 12/100.
Il résulte des observations de M. Roux que les variétés de Pavot, quant à leur rendement en opium, doivent être classées dans l’ordre suivant: 1° Pavot de l’Inde, connu sous le nom de Cassa-cassa de la côte de Coromandel ; 2° Pavot œillette; 3°' Pavot œillette à capsules indéhiscentes; 4° Pavot à pétales rouges ; 5° Pavot blanc médicinal , à capsules indéhiscentes ; 6° Pavot lilas foncé , avec tache à la base des pétales; 7° Pavot violet. (Oberlin.)
Selon Guibourt , l’opium s’altère en vieillisant et devient moins riche en morphine. Aussi est-il indispensable de rechercher la quantité de morphine contenue dans un opium ; plusieurs procédés ont été proposés dans ce but.
L’opium renferme un grand nombre de principes :
Morphine , Narcotine , Narcéine , Thébaïne ou Paramorphine , Pseudomorphine y Porphyroxine , Papavérine% Méconine , Opianine , Acide méconique , eau, matières extractives et résineuses , un principe vireux volatil.
M. Magnes-Lahens a trouvé 7 à 8 °/0 de glucose dans tous les opiums ; il se peut que cette substance y ait été ajoutée frauduleusement; mais il ne faut pas oublier que le glucose existe naturellement dans la plupart des sucs végétaux.
L’eau, distillée sur l’opium, en entraîne le principe vireux; ce principe ne paraît lui donner aucune propriété sédative.
Les falsifications de l’opium sont fort nombreuses; on y trouve des pierres, du sable, du plomb, de la terre, de l’huile , des résines, des extraits etc. Souvent aussi on en enlève la morphine, et on lui rend son aspect primitif. Guibourt rapporte en avoir vu, dans lequel on avait ajouté une petite quantité d’huile , qui, bien divisée, donnait à la section toute l’apparence de l’opium de Smyrne. Une falsification de même ordre fut pratiquée en Angleterre : après avoir extrait la morphine de l’opium, on en refit des pains, qui furent expédiés en Chine ; mais , après essai , les Chinois rejetèrent cet opium, qui ne leur donnait pas les sensations ordinaires. Ce rejet d’un opium sans morphine , par les fumeurs d’opium , vient de ce que la morphine se volatilise en partie sous l’influence du feu.
En Asie-Mineure , on y introduit parfois beaucoup d’extrait de Glaucium, ou bien de petits raisins finement écrasés et du salep Ces deux dernières substances se reconnaissent assez bien. Quant à la soustraction de la morphine et à l’addition de divers extraits , le meilleur moyen de reconnaître ces fraudes consiste , en définitive , à doser la morphine.
PAPAVÉKACÉES.
Voici ie procédé indiqué par Guibourt :
L’opium est desséché à 100° et pulvérisé; puis on le met dans un flacon, avec trois à quatre fois son poids d’alcool; si l’on opère à chaud , on laisse le mélange se refroidir et reposer pendant au moins vingt -quatre heures dans le flacon. La teinture alcoolique étant bien éclaircie par le repos , on la décante avec une pipette, et l’on verse sur le résidu une dose moindre d’alcool ; on laisse déposer et on décante ; puis on remet une troisième dose d’alcool ; enfin on exprime le marc dans un linge , et on lave ce dernier avec une certaine quantité d’alcool.
Les liqueurs alcooliques sont réunies et traitées par un excès d’ammoniaque sensible à l’odorat. Cet excès s’évapore assez rapidement à l’air, et laisse précipiter la morphine , qu’il aurait pu dissoudre d’abord. Quand, après quelques jours de repos, la morphine est bien précipitée , on jette le tout sur un filtre et on lave d’abord avec un peu d’alcool à 50°, puis avec de l’alcool à 40°, enfin avec de l’éther. Gela fait, on détache du filtre les cristaux de morphine et on les pulvérise. Alors on soumet la morphine pulvérisée au traitement par l’éther, qui la débarrasse de la narcotine. Le résidu est traité par l’alcool à 90°, qui dissout la morphine et la débarrasse du méconate de chaux. Si le produit est très-peu coloré , il suffit d’évapo rer l’alcool et de recueillir la morphine ; si le produit est coloré , ce qui arrive quand on a traité des opiums vieillis dans les magasins , il faut faire cristalliser la morphine et ne compter que sur celle obtenue dans un état satisfaisant de pureté.
L’opium est considéré comme le sédatif par excellence du système nerveux ; on l’emploie sous toutes les formes pharmaceutiques : poudre, extrait, sirop, teinture; il fait la base des laudanums, des pilules de Cynoglosse etc.; réduit en bouillie avec de l’eau, il est employé en applications sur les plaies cancéreuses ou syphilitiques ; on l’unit souvent à la belladone, dont il modifie l’action. Dans la prescription de l’opium à l’intérieur, il faut ne pas oublier que son action dépend des principes qu’il renferme, et que ces principes peuvent être précipités ou du moins que leurs propriétés peuvent être modifiées par beaucoup de substances. M. Claude Bernard a montré que , parmi les alcaloïdes de l’opium , les uns sont surtout narcotiques , les autres surtout convulsivants ; tous sont toxiques.
Les alcaloïdes narcotiques sont, en ordre décroissant : la Narcéine, la Morphine , la Codéine ; dans l’ordre de l’action convulsivante , les six principes étudiés se rangent comme suit : Thébaïne, Papavérine, Narcotine, Codéine, Morphine, Narcéine; dans l’ordre toxique, ils se rangent ainsi : Thébaïne , Codéine , Papavérine , Narcéine , Morphine , Narcotine.
POLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERMÉES.
Les propriétés de la narcéine ont été étudiées par MM. Debout et Béhier; cet alcaloïde est plus calmant, plus narcotique que la codéine ;* le sommeil qu’il détermine est plus léger que celui que procure la morphine : il paraît moins fatiguer que la morphine , puisqu’il est moins convulsivant.
Voici les caractères principaux de ces alcaloïdes :
La Morphine (G34 H1 9 Az O6) cristallise en prismes incolores, transparents, ordinairement assez courts et appartenant au système rhombique ; elle est très-peu soluble dans l’eau froide , assez soluble dans l’alcool, presque insoluble dans l’éther, soluble dans un excès de potasse, colorée en bleu foncé par les sels ferriques, en rouge orangé par l’acide azotique; ses sels sont précipités par le tannin et par l’infusion de noix de galle.
La Codéine (G36 H21 Az Of) cristallise en prismes volumineux parfaitement réguliers ; sous l’influence de la chaleur, elle devient anhydre; si on la dissout alors dans l’éther anhydre, elle s’y dépose sous forme d’octaèdres à base rectangulaire , avec une troncature très-développée parallèlement à la base. Elle est soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et dans l’éther, insoluble dans la potasse concentrée, soluble dans l’ammoniaque. Elle ne rougit pas au contact de l’acide azotique , et le perchlorure de fer ne la bleuit pas. Dissoute dans un excès d’acide sulfurique et mise à digérer au bain de sable , la solution se fonce de plus en plus et donne au bout de quelque temps, avec le carbonate de soude, delà Codéine amorphe, qui se précipite. Ses sels sont presque tous cristallisables , trèsamers ; la potasse et l’infusion de noix de galle les précipitent immédiatement. Sous l’influence de l’ammoniaque, la codéine se sépare au bout de quelque temps, sous forme de petits cristaux transparents.
La Thébaïne ou Paramorphine (G38 H21 Az O6) cristallise de ses dissolutions dans l’alcool ou l’éther , sous forme de paillettes carrées, douées d’un éclat argentin. Elle est âcre , et styptique plutôt qu’amère , insoluble dans l’eau , très-soluble , surtout à chaud , dans l’alcool et dans l’éther, insoluble dans la potasse et l’ammoniaque , soluble dans la potasse faible. L’acide sulfurique concentré la colore en rouge foncé ; l’acide azotique concentré la dissout avec une coloration jaune , et dégage des vapeurs rutilantes. Ginq centigrammes de thébaïne, étant injectés dans la veine jugulaire d’un Ghien, ont déterminé des convulsions tétaniques , bientôt suivies de la mort de l’animal.
La Papavérine(G40 H21 Az O8) cristallise, dans l’alcool, en aiguilles groupées confusément, incolores, peu solubles à froid dans l’alcool et dans l’éther, plus solubles à chaud, insolubles dans l’eau; elle
PAPAVÉRACÉES. 191
bleuit à peine la teinture de tournesol , et est colorée en bleu foncé par l’acide sulfurique concentré.
La Narcotine (G46 H25 Az O14) cristallise en prismes droits à base rhombe, ou en aiguilles groupées en faisceaux , aplaties , incolores , transparentes et brillantes. Elle est insoluble dans l’eau froide , peu soluble dans l’alcool et dans l’éther, soluble dans les huiles grasses et volatiles, insoluble dans la potasse et dans l’ammoniaque; elle ne se colore pas sous l’influence de l’acide azotique, ni du perchlorure de fer, jaunit dans le chlore gazeux et se transforme en une matière amorphe. La narcotine est une base très-faible; ses sels sont précipités par les carbonates alcalins , même en présence de Vacide tar trique , ce qui les distingue des sels de morphine. Le sulfocyanure de potassium produit , dans les dissolutions contenant de la narcotine, un précipité rose foncé , soluble dans un excès de reactif.
La Narcéine (G46 H29 Az O18) cristallise en aiguilles soyeuses, allongées ; elle est très-peu soluble dans l’eau , soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther, soluble dans la potasse faible et dans l’ammoniaque. L’acide sulfurique concentré la dissout avec une couleur rouge intense , qui passe au vert si l’on chauffe ; l’iode forme avec elle un composé bleu foncé , détruit par l’eau bouillante et par les alcalis. Suivant Pelletier, l’acide chlorhydrique, étendu du tiers de son poids d’eau , la colore en bleu d’azur éclatant ; cette coloration paraît ne se produire que sur la narcéine impure.
La Méconine (G20 H10 O8) cristallise en prismes hexagonaux à sommet dièdre; elle est blanche, inodore, d’abord insipide, puis trèsâcre, soluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, les alcalis fixes. L’acide azotique concentré la dissout et se colore en jaune ; quand on la dissout dans l’acide sulfurique étendu de la moitié de son poids d’eau , la liqueur d’abord incolore devient, par l’évaporation, d’un vert foncé qui passe au rose par addition d’alcool et retourne au vert par évaporation de l’alcool.
L’Acide méconique (G14 H4 O14 -+- 6 aq.) cristallise en paillettes nacrées , douces au toucher, d’une saveur à la fois aigre et astringente, ou en prismes droits rhomboïdaux aciculaires ; il est peu soluble dans l’eau froide, soluble dans 4 p. d’eau bouillante, soluble dans l’alcool, peu soluble dans l’éther. Les sels de peroxyde de fer le colorent en rouge de sang, qui résiste à l’action du chlorure d’or; il se distingue ainsi des sulfocyanures alcalins, qui, étant colorés en rouge par les persels de fer, sont décolorés par le chlorure d’or.
NYIYIPHÆACÉES.
Plantes aquatiques herbacées , à rhizome vivace ; feuilles grandes, longuement pétiolées, entières ou denticulées ; fleurs (fig. 530) sou-
POLYPÉTALES HYPOGYNES PLEUROSPERM ÉES .
Fig. 530. — Fleur du Nymphœa alba.
vent très-grandes, solitaires, blanches, rouges, jaunes ou bleues, régulières, longuement pédonculées; calice à 4-6 sépales ; pétales
en nombre indéterminé ; étamines (fig. 531) trèsnombreuses , présentant toutes les transitions du pétale élargi au filet filiforme; ovaire uniloculaire, composé de plusieurs carpelles soudés par les bords, et divisé en un certain nombre de loges par des fausses cloisons placentifères; style court et gros ; stigmate pelté et rayonné ; ovules anatropes , attachés sur toute la surface des cloisons; fruit charnu, indéhiscent ; graines pourvues dhm périsperme double et enfouies dans une pulpe visqueuse.
Les Nymphéacées comprennent un petit nombre de genres. Quelques-unes, comme le Victoria regia Lindl. , de l’Amérique du Sud, atteignent des dimensions colossales. Le fruit de cette dernière
plante contient un grand nombre de semences farineuses, de la grosseur d’un pois, et servant de nourriture aux indigènes.
On a longtemps préconisé , comme anaphrodisiaques , les rhizomes et surtout les fleurs du Nymphéa ou Lis d’eau (Nymphœa alba L.) , plante à grandes et belles fleurs blanches, qui croît communément en Europe , dans les étangs et les eaux tranquilles. Cependant Pallas assure que les Tatares mangent son rhizome , qui est très-féculent. Ce rhizome contient beaucoup de tannin et doit avoir des propriétés plutôt irritantes que calmantes.
On lui substitue d’ordinaire le rhizome blanc du Nénuphar (Nm-
(*) A, B, C, D) Série des formes offertes par le filet et les anthères, depuis l’étamine normale D jusqu’au pétale presque dépourvu d’anthère A.
Transformation des étamines du Nymphœa alla (*).
RENONCU LACÉES. 193
phar lutea DG.), plante à fleurs jaunes, plus petites que celles du Nymphéa, et qui se trouve souvent à côté de lui.
Au voisinage des Nymphéacées , se placent les Nélombonées et les Cabombacées , familles formées chacune d’un ou deux genres. La première renferme une plante à fleurs rouges, le Nélombo ou Lotus (. Nelumbium speciosum Willd.), qui a joué un certain rôle dans les mythologies indienne et égyptienne. On mange encore ses fruits dans les pays où elle croît.
La famille des Sarracéniées , voisine des Nymphéacées , a pour type le genre Sarracenia L., dont trois espèces ont été récemment introduites dans la thérapeutique des Américains du Nord.
M. le docteur Porcher rapporte que les racines du Sarr. flava et du Sarr. variolaris sont usitées contre la dyspepsie, la migraine, la gastralgie etc. Ces racines sont amères et 'astringentes ; elles stimulent l’estomac , la circulation et un peu le cerveau.
Selon M. Morris , les racines (rhizomes) et les feuilles du S. pur purea L. sont un prophylactique et un remède curatif de la variole; plusieurs médecins des États-Unis ont confirmé les faits ci-dessus ; mais les essais tentés en France et en Angleterre n’ont pas donné de bons résultats.
Le rhizome du S. purpurea est long de 15 à 30 et même 50 centim. , gros comme une plume d’Oie, de couleur jaune rougeâtre ou rouge brun , garni d’anneaux circulaires irréguliers , offrant encore des débris de feuilles engainantes. Il présente , de distance en distance, des renflements inégalement espacés, ordinairement pourvus de racines rouges, grêles, plus ou moins longues. L’une de ses extrémités offre , en général , les restes de la tige aérienne , ou un bourgeon dont les feuilles ont été coupées près de leur base.
Coupé transversalement, il se montre formé d’une écorce et d’une moelle rosées, séparées par des faisceaux ligneux résistants et de couleur blanc jaunâtre.
En soumettant la poudre de S. purpurea à l’action de l’eau aiguisée par l’acide sulfurique , et traitant avec le sulfure de carbone la pâte ainsi obtenue, M. Stan. Martin y a trouvé un alcaloïde nouveau, dont l’étude n’est pas complète.
POLYPÉTALES HYPOGYNES A PLACENTATION AXILE,
PÉR1SPERMÉES.
RENONCULACÉES.
Plantes herbacées, rarement sous-frutescentes, ou arbustes le plus souvent sarmenteux; feuilles alternes, rarement opposées, pétio-
l'OLVPÉTALES HVPOGYNES AXOSPERMÉES.
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RENONCULACEES.
lées, simples et entières, ou lobées, découpées, parfois composées en apparence, sans stipules; fleurs hermaphrodites, rarement diclines, régulières ou non , solitaires , en grappes ou en panicules ; calice à 3-5 sépales libres , parfois pétaloïdes , à préfloraison imbriquée , rarement valvaire ou indupliquée; corolle à pétales libres, d’ordinaire en nombre égal à celui des sépales, onguiculés, de forme variable;, parfois nuis , à préfloraison imbriquée. Étamines très-nombreuses, hypogynes ; anthères terminales , extrorses , à déhiscence longitudinale ; ovaires tantôt peu nombreux et polyspermes , libres , rarement soudés, tantôt très-nombreux , libres, monospermes, indéhiscents; ovules anatropes. Le fruit est un akène ou un follicule, plus rarement une capsule ou une baie. Embryon homotrope , très-petit, situé à la base d’un périsperme souvent dur et corné.
Les Renonculacées sont des plantes âcres , renfermant tantôt un alcaloïde très-vénéneux , tantôt un principe volatil , camphoroïde , cristallisable, souvent extrêmement actif, qui disparaît par la cuisson et par la dessiccation. On les divise en cinq tribus assez naturelles:
1° Fruit monosperme indéhiscent :
A. Graine pendante ; corolle nulle ou à pétales plans ; calice à préfloraison :
a) valvaire ou indupliquée; feuilles opposées . . CLÉMATIDÉES.
h) imbriquée ; feuilles alternes ; fleurs souvent involucrées . . . AnÉMONÉES.
B. Graine dressée ; pétales souvent munis à leur base d’une fossette nue , ou recou
verte d’une petite écaille ; fleurs non involucrées RENONCULÉES.
2o Fruit poly sperme, déhiscent, rarement charnu ; corolle nulle ou à pétales :
A. irréguliers, semblables ou dissemblables; follicules libres ou plus ou moins
cohérents ; anthères extrorses HELLÉBORÉES.
B. plans , réguliers ; capsules déhiscentes ou charnues , souvent monospermes par
avortement ; anthères introrses PÆONIÉES.
Clématidées (fig. 532-533 h
Fig. 532. — Fleuf du Glematis recta L. Fig. 533. — Fruits du Clematis recta L.
196 POLPÉTALES H Y PO G YN ES AXOSPERMÉES.
Clématite des haies, Vigne blanche ( Clematis Vitalba L.). Plante sarmenteuse , à feuilles opposées, imparipinnées , à pétiole long, souvent roulé en vrille ; fteurs blanches, non involucrées , en cymes paniculées, axillaires et terminales ; périanthe simple à quatre divisions pétaloïdes, velues, caduques; étamines nombreuses, dressées ; akènes surmontés par une longue queue plumeuse.
Toutes les parties de cette plante sont âcres ; ses feuilles pilées et appliquées sur la peau y produisent des ulcères superficiels , dont les mendiants se servent, dit-on, pour exciter la pitié , d’où le nom à' Herbe aux gueux donné à la Clématite.
Les Clematis Flammula L. , Cl, recta L. , Cl, mauritiana Lam., Cl, crispa L. ont les mêmes propriétés que le Cl. Vitalba; ces propriétés disparaissent par la dessiccation, car Bouvier a vu, aux environs d’Aigues-Mortes, cultiver la Clématite odorante (CL Flammula L.), que l’on donnait sèche et par bottes aux bestiaux.
Anémonées (fig. 534).
Anémone des bois ( Anemone nemorosa L.). Plante à rhizome charnu, horizontal, terminé par 1-2 feuilles longuement pétiolées,
composées de 3 folioles plus ou moins divisées; fleur terminale, solitaire, blanche ou rosée , assez grande, dont le pédoncule porte 3 feuilles pétiolées et semblables à celles qui naissent du rhizome ; périanthe simples à 6 divisions ; fruits ovoïdes, comprimés, pubescents , surmontés par le style court et re courbé.
Cette plante est trèsâcre ; selon Bulliard , elle produit , chez les bestiaux, de l’hématurie, des convulsions et la mort.
Pulsatile ou Coquelourde (An. Pulsatilla L.). Souche grosse , épaisse, dure, noirâtre ;
Fig. 534. — Anemone Pulsatilla.
RENONCUIACÉES.
feuilles inférieures soyeuses, à limbe trois fois pinnatiséqué ; fleur terminale, solitaire, grande, violacée, portée sur un pédoncule velu ; feuilles involucrales soudées à leur base et à limbe très-divisé ; périanthe simple à 6 divisions marcescentes , velues extérieurement; étamines extérieures transformées en glandes pédicellées ; carpelles surmontés d’un style long, plumeux, peristant et accrescent.
Cette plante est, dit-on, plus âcre que la précédente; on la confond souvent avec l’Anémone des prés (An. pratensis L.), qui en diffère par des fleurs plus petites et plus foncées.
Heyer a découvert, dans l’Anémone des bois, la Pulsatille, et l’Anémone des prés, une substance vénéneuse, neutre, non azotée, Y Anémonine (C30 H12 O1'2), qui se dépose , au bout de quelques semaines, dans l’eau distillée sur les feuilles de ces plantes.
L’anémonine est blanche , inodore , cristallisable , peu soluble à froid dans l’eau , l’alcool et l’éther, soluble dans le chloroforme ; elle se ramollit à 150°, sans fondre, dégage de l’eau et des vapeurs âcres, et laisse un résidu jaune solide. Les alcalis la dissolvent , avec une couleur jaune, et la transforment en Acide Anémonique. M. Schwartz a trouvé dans l’eau distillée, en même temps que l’anémonine, un autre acide anémonique (C30 H14 O14) et une huile âcre, qui, à l’air, se transforme en anémonine et ensuite en acide anémonique.
Hépatique (An. Hepatica L. , Hepatica triloba DC.). Plante vivace à feuilles trilobées , se développant après les fleurs , qui sont bleues, violettes ou roses , rarement blanches; feuilles de l’involucre simples et ovales, entières, très-rapprochées du périanthe , simulant un calice.
L’Hépatique a été préconisée contre les obstructions du foie ; son eau distillée sert, dit-on, à enlever les taches de rousseur.
Les Adonis qui croissent en France (Ad. œstivalis L. , Ad. autumnalis L. , Ad. anomala Wallr.) ont une action vésicante.
En Sibérie, les Ad. vernalis L. et Ad. Apennina L. sont considérés comme abortifs. En Afrique, les feuilles de Y Ad. ccipensis L. et de Y Ad. gracilis Poir., sont employées comme vésicantes.
Hydrastis. On emploie , en Amérique , contre la dyspepsie et les affections scrofuleuses , la racine ( souche ) de Y Hydrastis canadensis L. Cette racine est assez grosse, noueuse, pourvue de radicelles, marquée d’anneaux incomplets, de couleur gris jaunâtre en dehors, et d’une saveur très-amère.
Coupée transversalement, elle se montre composée d’une écorce épaisse, jaune brunâtre, et d’une moelle à teinte généralement un peu moins foncée.
M. Parrish et M Durand en ont retiré un alcaloïde, YHydras -
POLYPÉTALES IIYPOGYNES AXOSPERMÉES.
Une (C44 H-4 Az O12) , que l’on considère comme analogue à la Bébêerine. On y a trouvé aussi de la Berbérine.
L’hydrastine est. en cristaux jaunes, brillants, insolubles dans l’eau , peu solubles dans l’éther et dans l’alcool froid , solubles dans le chloroforme et dans l’acool bouillant; l’acide azotique la colore en rouge foncé; à chaud et concentré, il la colore en rouge pourpre.
Renonculées (fig. 535).
Le genre Ranunculus L., type de cette tribu, présente les caractères suivants : calice à 5 sépales herbacés ou semi-pétaloïdes ; corolle à 5 (rarement* 7, 8, 9, 10, 15) pétales arrondis, portant une petite écaille à l’onglet ; étamines en nombre indéfini ; carpelles comprimés , secs , diposés en un capitule globuleux ou conique.
Toutes les plantes de ce genre sont âcres , caustiques , vésicantes , souvent vénéneuses ; leur principe actif est volatil. Les plus communes sont les suivantes : Renoncule des jardins (TL asiaticus L.) , Grande Douve (B. lingua L.), Petite Douve (R. Flammula L.), Bouton d’or (R. acris L.), Renoncule scélérate ( R . sceleratus L.), Renoncule bulbeuse ou Grenouillette ( R . bulbosus L.), Renoncule rampante ( R . repens L.) etc.
Selon M. Erdmann, le principe actif de la Renoncule scélérate est une huile âcre, qui se transforme, à la longue , en une masse blanche d’anémonine et décide anémonique. Cette plante , que l’on appelle encore Mort aux Vaches , Herbe de feu etc , est l’une des plus dangereuses du genre.
La Ficaire ( Ficaria ranunculoides Mœnch) est moins âcre que la plupart des Renoncules; ses feuilles peuvent être mangées cuites, comme les Épinards; mais sa racine est amère et assez active. Cette plante a été préconisée contre les scrofules, le scorbut etc. M. van Holsbeck en a vanté les racines, contre leshémorrhoïdes ; il les emploie tantôt seules, en infusion, décoction, fumigation etc., tantôt associées à la noix vomique et à l’opium. Elles contiennent de Y Acide Ficarique et de la Ficarine , matière qui ressemble beaucoup à la saponine.
Helléborées (fig. 536).
Cette tribu tire son nom du genre Helleborus L. , dont voici les caractères : calice à 5 sépales plans, herbacés et persistants, ou pétaloïdes et marcescents ; corolle à 5-12 pétales creux, pédicellés
Fig. 535. — Coupe médiane longitudinale d'une fleur de Banunculus repens.
RENON Cr LACÉ ES,
bilabiés ; 3-5 carpelles distincts; feuilles pédalées.
Ellébore noir ( H . ni-
ger L . fig. 537). Souche noirâtre , charnue , horizontale, terminée par un bouquet de feuilles longuement pétiolées , à 7-8 lobes profonds, lancéolés, glabres, dentés en scie supérieurement ; hampe longue de 15 centim. environ, portant 1-2 heurs blanc rosé,
Fig. 536. — Fleur d'une Helléborée : VEranthis liiemalis (*).
deux bractées rosées, ovales; 6-8 carpelles glabres, rapprochés, oblongs, comprimés. Cette plante fleurit en hiver, d’où son nom de Rose de Noël .
La souche re l’Ellébore, improprement appelée racine, est noire au dehors, blanche au dedans, un peu épaisse, courte, pourvue de nombreuses racines cylindriques et charnues. A l’état frais , cette souche (fig. 538) présente une écorce assez épaisse, entourée par lea débris du suber et de l’épiderme , qui lui forment une enveloppe brun noirâtre , à peu près amorphe. Les faisceaux ligneux sont régulièrement espacés, assez peu développés et coupés presque carrément à leurs deux extrémités, Ils sont composés d’une portion intérieure brune et
Fig. 537. — Helleborus niger.
(*) A. Fleur entière :i) son involucre ; ss) sépales; a) pétales. — B. Un pétale isolé (3/ 1).
POLYPÉTALES HYPOCYNES AXOSPERMÉES.
ligneuse et d’une portion extérieure essentiellement constituée par du tissu cribreux; la moelle est cylindrique et communique librement avec l’écorce par de larges rayons médullaires.
Les racines ont une écorce très-épaisse , noirâtre , séparée 2. du méditullium par une Kern scheide à cellules ovales-arrondies, irrégulières. Les faisceaux ligneux sont peu nombreux (4-5), très-espacés, sans forme définie, Fig. 538. — Coupe transversale de la souche disposés en cercle irrégulier aufraîche de VHelleborus niger. tour d’une moelle volumineuse ,
et composés de vaisseaux polyédriques ou arrondis, entremêlés de fibres jaunes à parois épaisses ; l’intervalle des faisceaux est occupé par des amas de tissu cribreux.
La souche de l’Ellébore noir a une saveur astringente , douceâtre, un peu âcre, amère, nauséabonde, fort désagréable. On la croit généralement purgative , même à l’état sec, lorsqu’elle a perdu le principe volatil qui lui donne son âcreté. Orfila la range parmi les poisons âcres ; Guibourt pense, d’après les expériences de M. Rayer, que la racine d’Ellébore noir, étant séchée , n’est presque pas purgative , et qu’il faut rapporter aux seules racines du Veratrum ni grum (Golchicacées) les propriétés attribuées à celles de l’Ellébore. Toutefois, à l’état frais, cette souche est extrêmement active.
On y a trouvé un glucoside nouveau , YHelléborine ou Éranthine.
Ellébore vert (H. viridis L.). Plante vivace à souche irrégulière, formée de plusieurs tronçons pourvus de nombreuses racines; feuilles inférieures palmatifides, pétiolées ; feuilles caulinaires sessiles, à 3-5 divisions plus ou moins profondes ; fleurs vertes , terminales , disposées en une sorte de panicule très-étalée.
La racine (souche) a une odeur forte, nauséabonde, et une saveur très-amère ; on la dit plus active que la précédente , et Ton croit y avoir trouvé 4/100 de vératrine. Elle se présente sous forme de tronçons d’un noir grisâtre, couverts de restes épineux de radicelles, offrant, comme celle du faux Ellébore noir, des anneaux circulaires moins distincts, et portant encore parfois quelques feuilles (1-2). Cette souche est droite, moins tortueuse que celle du faux Ellébore noir ; elle a plus de racines et moins de tiges. On la substitue à celle de l’Ellébore noir.
Sur une coupe transversale (fig. 539-540), on voit que ces faisceaux (*)
(*) fi) Faisceaux ligneux. — m) Moelle. — r) Racine.
RENONCULACÉES. 201
ligneux sont courts , rarement disposés en un cercle presque continu , plus souvent isolés ou réunis en amas de 2 , 3 , 4, mais séparés par des rayons médullaires très-larges. La moelle est donc tresdéveloppée proportionnellement au corps ligneux. Celui-ci est tou
Fig. 539. - Helleborus viridis {frais) (*). Fig. 540. - Hellelorus virîdis {sec) (*>
jours séparé de l’extérieur par une couche corticale épaisse , dont la portion interne , immédiatement adossée aux faisceaux, offre une couleur brunâtre, et semble formée par un tissu mucilagineux desséché ; la portion externe est blanchâtre et se distingue nettement de la partie interne. Parfois la zone brune interne disparaît plus ou moins et laisse à sa place une lacune continue ou interrompue.
Le bord externe de chaque faisceau se compose de cellules a parois minces, aplatieis tangentiellement et superposées par séries aux séries des fibres ligneuses. Entre ces cellules et celles du pai enchyme cortical, s’en montrent d’autres plus fines, disposées en sortes d’amas ovales ; ces dernières paraissent être des cellules grillagées. Leur ensemble constitue la zone sombre, dont nous avons parlé , et qui est juxtaposée à l’écorce.
Ellébore fétide ou Pied de Griffon (if. fœtidus L.). Plante d’odeur fétide , à feuilles d’un vert noirâtre, pédalées, serretées ; fleurs en cyme paniculée , à sépales verdâtres, bordés de pourpre.
Les feuilles de cet Ellébore sont réputées anthelmintiques , sa souche sert parfois à entretenir les sétons. Cette souche est pivotante , ligneuse , d’un gris noirâtre et munie d’un grand nombre de radicelles très-ramifiées.
On la substitue parfois , dit-on , à l’Ellébore noir ; elle s en distingue surtout par la structure de ses racines, dont les faisceaux sont très-nombreux , très-développés , surmontés d’autant d amas de tissu cribreux , et dont l’écorce est proportionnellement trèsmince.
Ellébore d’Orient (ü. orientalis Lamk. , H. officinalis Salisb.). Cette plante est , dit-on , l’Ellébore que les anciens tiraient d’Anticyre. Elle se distingue de l’Ellébore vert, par ses fleurs blanches
(*) Coupes transversales : ec) Écorce. — fl) Faisceaux ligneux. — m) Moelle, f) Racine.
‘202 POLY PÉTALES IIYPOGYNES AXOSPERMÉES.
nuancées de rose, et par les poils qui couvrent la face inférieure des ' feuilles radicales.
La racine d’Ellébore est peu usitée en France , où Ton emploie ■ indifféremment l’Ellébore noir et l’Ellébore vert. On lui substitue , | en général, une souche que Guibourt rapporte à tort à l’Ellébore fétide, et qui est fournie par l’Actée en épi ( Actœa spicata L.).
Cette fausse racine d’Ellébore se présente sous forme de souches noirâtres ou brunes en dehors , jaunâtres en dedans, tortueuses , très-dures, tantôt pourvues de racines, tantôt n’en offrant que des restes , qui ont l’aspect et la consistance d’épines. La surface des souches porte des stries circulaires plus ou moins marquées , et à leur partie supérieure se montrent d’ordinaire un certain nombre de tronçons de tiges creuses , tantôt proéminentes , < tantôt très-courtes et sous forme de cicatrices irrégulières, déprimées au centre.
Sur une coupe transversale (fig. 541), on voit que cette souche
possède une écorce noirâtre, assez mince, dure, comme cornée, reliée par des rayons médullaires, également noirs et cornés, à une moelle peu développée et de même couleur.
Les faisceaux ligneux sont jaunâtres , cunéiformes et proportionnellement trèsdéveloppés.
Fig. 54i. Faux Eiieboro noir reste, cette constitution offre quelle (*). .
ques exceptions, plus apparentes que réelles d’ailleurs. Ainsi, parfois l’écorce, la moelle et les rayons médullaires sont à peine plus colorés que les faisceaux ligneux. Dans les jeunes tiges, qui sont assez souvent aplaties , la moelle est très-grande, tandis que les faisceaux ligneux sont très-courts et n’occupent guère que les bords de la section. Ces jeunes tiges étant isolées de la souche-mère, ressemblent beaucoup à celles de VH. viridis. Elles s’en distinguent toutefois par la minceur relative de leur écorce.
Les racines , quand elles existent , sont noires , dures et pourvues de 4, 5, 6 côtes saillantes, séparées par autant de sillons longitudinaux. Coupées transversalement, elles présentent une écorce noire entourant 4,5,6 faisceaux ligneux, qui figurent une croix dont les branches s’élargissent de dedans en dehors. Ces faisceaux naissent d’une portion médiane irrégulièrement arrondie, tantôt centrale, tantôt excentrique et formée de fibres minces , polygonales , qui lui donnent l’aspect d’une moelle.
(*) Coupe transversale : ec ) Écorce. — fi) Faisceaux ligneux. — m) Moelle. — r) Racine.
RENONCULACEES.
L’écorce est recouverte par un épiderme à cellules peu épaisses , bombées en dehors et recouvrant un collenchyme à éléments bruns, irrégulièrement arrondis. Les cellules corticales propres contiennent de la fécule. Elles sont séparées du corps ligneux par une Kernscheide offrant une ou deux couches de cellules quadrilatères, allongées tangentiellement , inégales et à minces parois.
L’Ellébore d’hiver ( Eranthis hiemalis Salisb.), qui fleurit au premier printemps , paraît avoir les propriétés des Renoncules. "Vauquelin y a trouvé une huile extrêmement âcre.
Les plantes du genre Nigella L. ont, en général , des semences âcres et aromatiques , que l’on emploie comme épices dans beaucoup de pays. Les plus communes sont les suivantes :
Nigelle des champs (Ni g. arvensis L.) (fig. 542). Tige droite, glabre , à rameaux divariqués ; feuilles découpées en lanières très-
étroites; fleurs bleues, non involucrées, à 5 sépales étalés, 8 pétales rayés de brun, très-courts, bilobés ; 5 carpelles soudés inférieurement.
Le fruit est une capsule surmontée de 5 cornes latérales. Les semences sont d’un gris noirâtre , chagrinées , petites , triangulaires , un peu marginées , amincies en pointe ; leur odeur aromatique, analogue à celle du Carvi, les a fait appeler Poivrette et Toute-épice.
On leur préfère celles de la Nigelle cultivée ( Nigella sativa L.), aussi appelée Cumin noir. Ces dernières sont noires , triangulaires , amincies en pointe , rugueuses et plissées transversalement. Elles ont une odeur forte, agréable, tenant du Citron et de la Carotte. Une variété de cette espèce a les semences jaune grisâtre ( Var . citrina) et une odeur tenant du Poivre et du Sassafras. Cette espèce est cultivée en Égypte , où l’on en saupoudre les aliments.
La Nigelle de Damas (N. Damascena L.) diffère surtout de la précédente par son involucre floral, à feuilles divisées en lanières très-fines, d’où les noms de Patte d’araignée, de Cheveux de Vénus , donnés à cette plante. Ses semences sont noires, triangulaires, plus grosses que les précédentes , à faces bombées et non déprimées. Leur odeur rappelle un peu celle de la Fraise. On les dit carminatides , fortifiantes etc.
(*) A. Pistil entier. — B. Fruit mûr.
Fig. 542. — Nigella arvensis (*).
POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
g. Delphinium L. (fi g. 543-544).
Galice. coloré à 5 sépales inégaux, le supérieur éperonné; corolle irrégulière , à 4 pétales quelquefois soudés ; les deux supérieurs
d’un gris bleuâtre, pédonculées, à sépales verdâtres, velus extérieurement; pétales glabres, distincts, les inférieurs onguiculés, à limbe denticulé; fruit composé de 3 follicules courts, ventrus, cotonneux, contenant chacun 5 semences comprimées, trigones, d’un gris noirâtre, réticulées, grosses comme une Gesse.
Ces semences ont une odeur désagréable et une saveur très-âcre et très-amère ; elles renferment un alcaloïde (?) très-vénéneux, la Delphine. On ne les emploie guère que pulvérisées, contre la vermine, d’où le nom de Herbe ou Mort aux Poux , donné à la plante.
Ladelphine est une substance incristallisable , blanchâtre, pulvérulente, à peine soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et moins dans l’éther, fusible à 120°; d’odeur nulle, de saveur âcre, insupportable , très-persistante.
Administrée par le rectum, le tissu cellulaire ou les veines, elle produit la mort par asphyxie ; introduite dans l’estomac, elle cause de la salivation , des vomissements et de la diarrhée. M. van Praag a constaté, en outre, qu’elle paralyse les nerfs moteurs et sensitifs. Selon M. Turnbull , on peut la donner jusqu’à la dose de 3-4 grains par jour. On l’a préconisée contre le tic douloureux et les névralgies de la face.
Les semences du Pied d’ Alouette des champs (D. Consolida L.) et celles du Pied d’ Alouette des jardins (D. Ajacis L.) pa-
(*) A. Entière : ss ) calice pétaloïde; ipv) son éperon. — B. Éperon corollin ( êp ), avec les deux pétales dont il est le prolongement.
éperonnés ; étamines nombreuses ; 1-5 carpelles se transformant, à la maturité, en autant de follicules libres. Inflorescence en grappe simple ou rameuse.
Fig. 543-544. — Fleur du Delphinium Consolida , d’après P. Duchartre (*).
Staphisaigre (D.
Staphisacjria L. ) .
Tige dressée , peu rameuse, velue ; feuilles pétiolées, palmatilobées, à lobes incisés ; fleurs
RENONCTJLACÉES. 205
raissent avoir les mêmes propriétés que celles de là Staphisaigre, quoiqu’à un moindre degré.
g. Aconitum (fig. 545).
Cinq sépales pétaloïdes inégaux, le supérieur plus grand, en forme de casque ; 5 pétales : les 3 inférieurs très-courts ou avortés , les deux supérieurs en forme de capuchon , longuement pédicellés, inclus dans le sépale supérieur ; étamines très-nombreuses ; 3 à 5 follicules dressés , aigus ; feuilles palmatipartites.
Aconit Napel ( Ac . Napellus L.). Plante vivace à racine pivotante, napiforme, noirâtre; tige dressée , simple , glabre ; feuilles à 5-7 lobes laciniés ; fleurs bleues : sépales latéraux et inférieurs plans , poilus en dedans ; sépale supérieur en casque semi-circulaire , terminé par une pointe courte ; corolle à 2 pétales supérieurs, irréguliers, canaliculés, terminés par un petit capuchon obtus, recourbé, offrant audessus de son ouverture une petite languette roulée en dessus ; étamines à filets subulés et à anthères cordiformes ; 3 carpelles glabres.
L’Aconit Napel croît dans les lieux humides et couverts des montagnes d’Europe. Ses feuilles et surtout sa racine renferment un principe extrêmement vénéneux, YAconitine; mises sur la langue, elles y déterminent un sentiment d’ardeur et de douleur, qui s’étend au gosier et engourdit toutes ces parties. La plante perd beaucoup de son activité par la culture ; aussi est-il indispensable d’employer seulement celle que l’on récolte à l’état sauvage. On en prépare un extrait, une teinture, une alcoolature, un saccharure etc.; comme la racine est beaucoup plus active que les feuilles , il convient de s’en servir exclusivement, pour ces diverses préparations. Les préparations les plus efficaces doivent être : l’extrait évaporé au bainmarie, l’alcoolature et le saccharure. M. Hepp obtient, avec les racines, un extrait d’une extrême activité, et qui, administré à doses très-faibles, donne les meilleurs résultats dans les névralgies. (*)
(*) A) Entière. — B) Dépouillée de son calice: c ) les deux pétales supérieurs; — 1 e) étamines; — p) pistils.
Fig. ôM.V- Fleur de V Aconitum Napellus , d’après P. Duchartre (*).
206 POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
L’Aconit à grandes fleurs (A. Cammarumh .), plante à fleurs plus grandes , plus pâles et disposées en une grappe plus courte que dans l’Ac. Napel , paraît être l’Aconit dont Stôrck se servit pour ses ' expériences. Les Ac. variegatum L. , Ac. Storckianum Spr. , Ac. neomontanum Willd., Ac. paniculatum Lam. etc., ne sont que des variétés de l’Ac. Napel , comme le précédent.
L’Aconit féroce (Ac. ferox Wallich), qui croît dans l’Himalaya, ressemble beaucoup à l’Ac. Napel , mais paraît être beaucoup plus redoutable : un grain d’extrait alcoolique de cette plante , introduit dans la cavité péritonéale d’un Lapin , le tua en deux minutes ; deux, grains de cet extrait, injectés dans la jugulaire d’un fort Chien, le tuèrent en trois minutes. C’est le Bish ou Bickh des Hindous.
L’Aconit tue-Loup (Âc. Lycoctonum L.) croît dans les montagnes de la France ; ses feuilles sont pubescentes , ses fleurs d’un blanc jaunâtre, à casque conique, obtus, pubescent. M, Hubschmann y a signalé deux nouveaux alcaloïdes : Y Acolyctine et la Lycoctonine.
Sa racine sert, dit-on, à empoisonner les Loups.
L’Aconit Anthore ou salutifère (Ac. Anthora L.), plante des Alpes, à fleurs jaune pâle, avec un casque en forme de bonnet phrygien , est à peu près aussi vénéneux que les autres. On le croyait capable de servir de contrepoison aux Aconits et au Banunculus | Thora L.
Outre l’aconitine, les Aconits renferment de Y Acide Aconitique , qui paraît être le même que les acides Equisétique et Citr idique (G12 HG O12) ; on l’a trouvé aussi dans le Delphinum Consolida L.
L’Aconitine (C60 H47 Az O14) est en grains blancs ou en masse compacte , transparente et vitreuse; inodore, âcre et amère, peu soluble dans l’eau froide , soluble dans l’alcool , moins soluble dans l’éther ; elle fond à 80°, brunit à 120°, se dissout sans coloration dans l’acide azotique ; l’acide sulfurique la colore en jaune , puis en rouge violacé, et la teinture d’iode produit avec elle un précipité kermès. L’Aconitine dilate la pupille ; 1/50 de grain tue un Moineau en quelques minutes; 1/10 de grain le tue subitement, avec des convulsions tétaniques. Elle augmente la salivation et la sécrétion urinaire, détermine une sensation particulière dans les joues, la mâchoire supérieure et le front, ce qui paraît dû à une action spéciale sur le nerf trijumeau ; enfin, elle ralentit la respiration et tue par asphyxie, en paralysant les muscles volontaires.
Son action déprimante sur le système nerveux l’a fait recommander dans les maladies résultant d’une affection nerveuse cérébrale , dans les rhumatismes etc.
L’Ancolie (. Aquilegia vulgaris L.) a été employée comme diurétique, diaphorétique et antiscorbutique.
BENONCULACEES.
Pæoniées.
La Pivoine ( Pœonia officinialis L.) était jadis fort employée ; elle est maintenant inusitée. On trouve encore, dans les droguiers, la racine , les fleurs et les semences de Pivoine.
La racine est blanche, dure, fusiforme, farineuse, legerement astringente. On la vantait, ainsi que les fleurs, contre l’hydropisie , l’épilepsie, les convulsions etc.
Les fleurs sont grandes et rouges. .
Les semences sont de deux sortes, selon la variété de Pivoine qui les produit : celles de la Pivoine mâle (P. corallma Retz) sont d abord rouges, puis bleues, enfin noires, grosses comme des petits pois et globuleuses; celles de la Pivoine femelle sont plus petites, oblongues , noirâtres, luisantes. Les semences de la Pivoine male sont seules estimées ; on les dit émétiques et purgatives ; on en
faisait jadis des colliers contre les convulsions des enfants.
Actée en épi , Herbe de Saint-Christophe [ Actœa spxcata L.)- Plante à souche noirâtre, à tige haute de 3 à 8 décim. , 2-3 feui es grandes, glabres, luisantes, à limbe surdécomposé ; fleurs en grappe; périanthe double : 4 sépales caducs, 4 pétales étroits, blancs,
spatulés; baie noire, polysperme.
Cette plante est un purgatif violent; à haute dose , elle peut produire des accidents funestes ; sa poudre et son décocté tuent les Poux et guérissent la gale. Sa racine (voy. p. 202) a une saveur âcre et amère ; froissées entre les doigts , les feuilles exhalent une odeur désagréable ; les baies sont un poison violent.
On emploie depuis longtemps aux États-Unis, sous le nom A Actée à grappes, contre la toux, le rhumatisme, la chorée, 1 anasarque etc. , la racine de YAc. brachypetala DG. et celle de 1 Ac. racemosa L.
Cette racine, appelée par les Anglais Black-snake root, est noirâtre au dehors , blanche au dedans, recourbée , longue de plusieurs pouces , épaisse de 1/3 de pouce â 1 pouce , munie de nombreuses radicules ; de saveur herbacée , amère , astringente , un peu âcre , d’odeur désagréable. Son principe actif est soluble dans 1 eau bouillante. Selon le docteur HiWreth, de l’Ohio, elle ralentit la circulation et produit des vertiges , des troubles de la vision, des nausées, des vomissements, mais pas de symptômes narcotiques alarmants. Cette racine n’est pas employée en Europe ; elle mériterait d’être
essayée. ,
En Sibérie, on se sert d’une sorte d’ Actée, le Cimicifuga fœtida L.,
pour éloigner les Punaises.
Le docteur Woodhouse a proposé , comme un amer, la racine du
208 POLYPÉTÀLES HYPOGYNES A.XOSPERMÉES.
Zanthorhiza ( Xanthorhiza Marsh.) apii folia L’Hér. Cette racine est jaune intérieurement , un peu âcre , très-amère, légèrement odo- • rante.
En Angleterre et aux États-Unis on emploie, comme purgatifs, la poudre et l’extrait du rhizome du Podophyllum peltatum L. , que M. Endlicher place dans les Berbéridées.
Ces rhizomes se trouvent dans le commerce , en fragments épais d’un sixième de pouce environ, tantôt pleins, cylindriques ou aplatis, peu ou point ridés, tantôt lacuneux et pourvus de rides longitudinales; leur couleur est rouge brunâtre ou jaune brun foncé. Ils sont d’ordinaire renflés et aplatis en un de leurs points , qui présente sur l’un de ses côtés une cicatrice généralement arrondie et déprimée ; le côté opposé est garni de débris de radicelles. Dans toute cette partie, tant sur la face pourvue de racines que sur celle qui porte la cicatrice , se montrent des lignes circulaires assez nombreuses et rapprochées, indices de feuilles tombées.
Examinés sur une coupe transversale , les rhizomes pleins offrent une écorce blanche ou rosée , assez épaisse , séparée de la moelle, qui est blanche et grande , par une zone mince de faisceaux ligneux, distincts, mais serrés et gris jaunâtre : l’écorce et la moelle sont très-féculentes. Les fragments lacuneux sont jaunâtres intérieurement et pourvus de lacunes très-nombreuses, situées tant dans l’écorce que dans la moelle.
La racine de ce Podophyllum a une action comparable à celle du Jalap. On en extrait une résine, le Podophyllin , qui purge à la dose de 15 à 50 milligr. , et que , en raison de cette propriété, l’on a appelée Calomel végétal. Cette résine détermine une éruption pustuleuse sur les ailes du nez et sur les paupières.
M. Oberlin a trouvé , dans le podophyllin provenant de la maison Gehe et Cie de Dresde , deux résines (l’une soluble dans l’alcool seulement , l’autre soluble dans l’alcool et l’éther) et de la berbérine obtenue par digestion aqueuse : le soluté concentré est jaune , amer, et précipite par l’acide chlorhydrique en excès.
M. Oberlin a constaté aussi la présence de la berbérine dans le rhizome.
Le Podophyllum diphyllumL. (Jeffersonia binata Bartl.) est également purgatif.
ANONACÉES.
Végétaux ligneux, exotiques, à feuilles simples, alternes, sans stipules ; fleurs hermaphrodites : 3 sépales; 6 pétales bisériés, imbriqués; étamines nombreuses, extrorses; carpelles libres ou peu soudés, nombreux, uniloculaires, contenant un ovule dressé ou plusieurs ovules ascendants; fruit souvent charnu ou pulpeux;
MAGN0L1ACÉES.
•graines arillées; embryon petit , homotrope , placé dans un périsperme dur et ruminé.
Cette famille fournit des écorces stimulantes, des fleurs odorantes et des fruits à carpelles tantôt isolés, aromatiques et poivrés, tantôt soudés, savoureux et charnus. L’un des mieux connus, Poivre d’Éthiopie, est produit par YUnona Æthiopica Dun. Ce fruit, aussi nommé Poivre de Singe, est long de 3 à 5 centim., gros | comme une plume à écrire , toruleux, de couleur brune ; il renferme de 4 à 10 graines noirâtres, lisses, oblongues, arillées, disposées en série simple et entourées d’une pulpe desséchée. Le péricarpe et les graines ont une saveur âcre, chaude et poivrée.
Les fruits d’une espèce voisine (JJnona aromatica Dun.), qui croît à la Guyane, ont des propriétés analogues et sont aussi employés comme condiment. Les Xylopia frutescens Aubl. et Xyl. grandi - L flora A. Saint-Hil. servent aux mêmes usages au Brésil. Les fruits fournis par l’Anone écailleuse ou Cœur de Bœuf ( Anona squamosa L.), la Pomme cannelle ou Corossol (.4. muricata L.) etc., sont comestibles.
MAGNOUACÉES.
Plantes ligneuses à feuilles simples, entières, souvent coriaces et comme vernies, parfois très-grandes, caduques ou persistantes, pourvues de stipules ; fleurs hermaphrodites; carpelles uniloculaires, nombreux, disposés circulairement autour de l’axe ou formant une sorte de cône, et contenant chacun deux ou plusieurs ovules pendants , anatropes ; graines charnues extérieurement , à long funicule extensible , embryon homotrope , placé à la base d’un périsperme charnu et uni.
Cette famille est divisée en deux tribus : 1° Magnolièes : carpelles disposés en épis ou en cônes ; feuilles non ponctuées (G. Magnolia i L. , Liriodendron L. etc.); 2° Illiciées : carpelles disposés en un verticille simple; feuilles ponctuées (G. Drimys Forst. , Illicium L. etc.).
Tulipier ordinaire ( Liriodendron tulipifera L.). Grand arbre de l’Amérique du Nord , à feuilles quadrilobées , à fleurs d’un jaune verdâtre, grandes, tulipiformes, solitaires et terminales; fruits indéhiscents.
L’écorce de Tulipier est très-amère , un peu aromatique , jaunâtre, fibreuse, peu compacte, ne contient pas de tannin , ni d’acide gallique et renferme un principe neutre , non azoté , extrêmement amer , la Liriodendrine. Ce principe cristallise en paillettes incolores ou en aiguilles étoilées, fond à 83° et se sublime en partie sans altération; il existe surtout dans l’écorce de la racine. L’écorce de Tuli-
POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPEBMÉES.
pier est un fébrifuge estimé en Amérique ; on la donne en décôc-' tion ou en poudre à la dose de 4 à 6 grammes.
On désigne quelquefois en Amérique, sous le nom de Quinquina de Virginie, l’écorce amère et aromatique du Magnolier glauque (Magnolia glauca L.).
Badiane (. Illicium anisatum L., fig. 546). Arbre toujours vert de la Chine et du Japon, à fruit sec, étoilé, brun rougeâtre, composé
de 6 à 12 follicules comprimés, ligneux , monospermes , soudés par la base et disposés en un ver- I ) ticille simple ; la graine (fig. 546 a) est ovoïde, lisse , luisante , rougeâ- ^ tre ; elle contient une amande »
blanche, huileuse.
Ce fruit a une saveur aromatique, amère , un peu âcre, et une odeur d’Anis douce et suave , d’où son nom d ’Anis étoilé ; il est stimulant, stomachique, et fait la base de YAnisette de Bordeaux.
On peut substituer à l’anis étoilé les fruits de deux Illicium : YL Floridanum L. et YI. parviflorum Michx. ; leur odeur est plus faible.
Le bois de la Badiane est également aromatique.
Écorce de Winter.
On trouve sous ce nom, dans le commerce, des écorces trèsdistinctes les unes des autres et qui sont fournies par des arbres très-différents.
L’écorce de Winter vraie est fournie par le Drimys Winteri Forst., arbre qui croît dans les vallées exposées au soleil, des terres qui bordent le détroit de Magellan.
Cette écorce est épaisse de 3 à 4 millim. 5 recouverte d’une sorte de périderme très-mince , grisâtre ou gris brunâtre , et garnie de rides longitudinales, irrégulièrement anastomosées, coupées, de loin en loin, par d’autres rides transversales inégalement espacées. Sa face interne est rouge brun foncé , formée de faisceaux fibreux parallèles, juxtaposés et rugueux, ou disposés en une sorte de treillis à mailles inégales , allongées. Sa coupe transversale est dure, compacte, résineuse, brun foncé en dehors, brun rougeâtre plus pâle en dedans.
L'écorce de Winter a une odeur poivrée et une saveur aromatique très-piquante à la langue. Elle est extrêmement rare et forme un objet de curiosité pour les collectionneurs. Le Codex propose de lui substituer celle du Drimys granatensis L., qui est moins rare
Fig. 546. — Badiane .
MAGNIOLIACÉES . 211
que la précédente , mais qui ne nous semble pas exister non plus dans le commerce.
L’écorce du Drimys granatensis se présente sous forme de fragments roulés , gros comme le doigt , au moins , couverts d’un périderme rugueux et rougeâtre, ou presque lisse, et blanc grisâtre. Leur face interne est brune, rude, raboteuse. Cette écorce a une saveur excessivement piquante, et une odeur aromatique spéciale. Sa texture est peu compacte, fibro-celluleuse , avec prédominance du parenchyme. Les faisceaux libériens forment une série de lignes droites , qui se dirigent en divergeant de d’intérieur à l’extérieur, et qui, par leur couleur beaucoup plus claire , se distinguent aisément du parenchyme ambiant rougeâtre.
Écorce de Winter du commerce. Cette écorce est bien différente de la véritable et se rapproche de loin, par son aspect, de la Cannelle blanche.
Elle se présente en fragments plus ou moins volumineux , roulés ou cintrés , épais de 4 à 9 millim. La face extérieure , gris rose ou gris rougeâtre , offre parfois quelques restes d’un périderme blanchâtre, souvent bruni et facilement séparable. Elle porte un assez grand nombre de taches rouges , elliptiques ou circulaires , ordinairement déprimées , toujours disposées en séries spiralées et que l’on doit considérer comme la trace persistante de l’insertion des feuilles. La face interne est gris brunâtre ou noirâtre , lisse dans les écorces peu épaisses, pourvue, au contraire, dans les écorces très-épaisses, de sortes d’arêtes ou de côtes saillantes, de longueur variable, non continues. Ces faisceaux sont d’ailleurs toujours exactement juxtaposés à leurs congénères, de telle sorte que la face qui les présente ne montre pas les gerçures et l’aspect treillissé de l’écorce de Winter vraie.
Cette écorce a une odeur aromatique , forte , une saveur camphrée, un peu amère, âcre et brûlante. Étant coupée transversalement , elle se montre formée de deux couches distinctes : une extérieure ou péridermique , d’un blanc grisâtre, et dont l’épaisseur varie avec celle de l’écorce ; une intérieure ou libérienne, composée de faisceaux isolés, blanchâtres, visibles seulement à la loupe, inclus dans une gangue celluleuse, brune ou rougeâtre.
On trouve également dans le commerce , sous le nom (¥ Ecorce de Winter j des écorces de grandeur et d’épaisseur variables , à face externe rugueuse et non lisse, et garnie (?) de taches peu distinctes blanches ou grises , plutôt que rouges. Leur face libérienne est grise ou gris noirâtre, unie ou pourvue de quelques arêtes moins nombreuses que dans la sorte précédente. Leur cassure est fibreuse à l’intérieur, grenue à l’extérieur, et le périderme n’a pas la couleur
212 POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES. •
blanchâtre observée dans l’écorce de Winter ordinaire ; il est grté brun ou rougeâtre. Ces écorces ont une saveur amère, camphrée, un peu caryophyllée et une odeur assez forte.
L’écorce de Winter du commerce est d’origine inconnue. Selon M. Hanbury, une partie de cette écorce est fournie par un arbre de la famille de Ganellacées, le Cinnamodendron corticosum Miers, qui croît à la Jamaïque. On lui substitue d’ordinaire la Cannelle blanche , qui est aussi aromatique, et dont les caractères bien tranchés ne permettent pas qu’on puisse la confondre avec une autre écorce. «L’azotate de baryte précipite l’infusé d’écorce de Winter, qui a une couleur rouge brun , et non celui de la cannelle blanche, de couleur jaune paille ; le persulfate de fer donne un précipité noir avec celui-là , et rien avec celui-ci. » (Dorvault.)
Guibourt pense que l’écorce de Winter du commerce est l’écorce Caryocostine de Lémery; il rapporte au Dr. çhilensis DC. l’écorce que les Espagnols appellent Canelo , et l’écorce de Chachaca ou de Palo piquanté au Dr. mexicanaDC.
Au reste , les divers arbres de la tribu des Iliiciées ont des propriétés aromatiques et stimulantes ; on peut joindre à ceux que nous avons déjà nommés , le Dr. axillaris de la Nouvelle-Zélande et les Tasmania de l’Australie.
En traitant des Euphorbiacées, nous avons dit quelle obscurité règne au sujet de l’écorce de Malambo , que l’on attribue à un Croton ou à un Drimys. Quelques auteurs rapportent à tort cette écorce au Dr. granatensis. La description suivante de l’écorce de Malambo montrera combien cette opinion est peu fondée.
L’écorce de Malambo ( Mafias Bark ou Palo malras Guibourt) est en fragments plus ou moins longs, presque plats, épais d’environ 1 centim., de couleur gris brunâtre en dehors , plus pâle en dedans. Sa face externe est grossière et recouverte par places d’un périderme blanc, luisant et tuberculeux. Coupée transversalement, elle se montre composée d’une couche péridermique brunâtre , dense et compacte et d’une couché libérienne plus pâle,* très-épaisse, extrêmement fibreuse, mais à fibres serrées. Cette portion constitue un tissu comme ligneux, à, coupe transversale luisante et compacte. Sa saveur est piquante et très-amère , son odeur forte, analogue à celle de l’Acore vrai.
Guibourt a rapproché cette écorce de celle du Paratudo aromatique , en raison de l’analogie de leurs propriétés , et l’a placée dans la famille des Guttifères. Bonpland, qui la fit connaître le premier, supposa qu’elle devait être produite par un arbre voisin des Cuspa ria: tandis que Zea la rapportait à un Drimys.
BERBÉRIDÉES.
BERBÉRIDÉES.
Fig. 547.
Herbes vivaces ou arbrisseaux de l’Europe , de l’Asie et des zones boréale et australe de l’Amérique ; feuilles alternes, stipulées, souvent pennées, quelquefois épineuses (fig. 547); fleurs jaunes, rarement blanches , en grappes ; calice souvent pétaloïde , à 3- 4 sépales imbriqués, parfois 9 sépales disposés en 3 verticilles; corolle à pétales opposés aux sépales et en nombre égal ou double, à base souvent glanduleuse, parfois éperonnés ; étamines oppositipétales, en nombre égal à celui des pétales, rarement plus grand; anthères extrorses à déhiscence valvulaire (fig. 548); filets souvent irritables; un seul carpelle, polysperme, à stigmate souvent sessile et concave; fruit : baie , rarement capsule indéhiscente ; ovules anatropes sur un placenta pariétal, ou basilaire. Cette famille fournit peu de produits à la médecine.
Vinettier ou Épine-vinette (Berberis vulqaris L.) (fig. 549). Arbrisseau à feuilles ovales-oblongues, spinescentes, raides , profondément dentées ; fleurs petites, jaunes, en grappes pendantes ;
6 sépales, 6 pétales, .^6 étamines successivement opposés; ovaire presque cylindrique, à stigmate épais, discoïde, ombiliqué.
Les baies sont allongées, rouges, 1-3-spermes, de saveur aigrelette, agréable : on en fait un sirop et une confiture.
Les semences sont petites, longues, rougeâtres, inodores, de saveur astringente et comme vineuse; elles font partie du Diascordium.
La racine du Vinettier est employée dans la teinture en jaune; on en a extrait deux alcaloïdes cristalli sables : la Berbérine et YOxyacanthine.
Fragment d'une branche de V Épine-vinette d’après P. Duchartre (*).
rr.A
Fig. 548. — Anthère de V Épine- Vinette (**).
(*) a) Feuille transformée en une épine trifurquée. — b) Feuilles normales issues de l’aisselle de a, et pourvues de dents épineuses.
(**) A) Non ouverte. — B) Anthère à valvules étalées : — a) valvules; — fl) filet.
POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
La Berbérine (G40 H34 Az O8) est en aiguilles soyeuses ou en prismes groupés concentriquement, d’un jaune clair, inodores, de saveur amère , persistante , un peu aromatique; elle est soluble dans
l’eau et dans l’alcool bouillants ; peu soluble à froid dans l’eau et l’alcool , insoluble dans l’éther. Elle est décomposée par les acides sulfurique et azotique concentrés , soluble sans altération dans les acides végétaux , mais précipitée en brun jaunâtre par l’acide gallique. Le sulfate de Berbérine paraît devoir être placé à côté de la rhubarbe et du quinquina. On le prescrit, suivant les cas, à la dose de 1 décigr. à i et même 2 grammes.
L’Oxyacanthine est pulvérulente, blanche et jaunâtre , ou en fines aiguilles cristallines ; soluble dans l’alcool et l’éther; précipitée en flocons blancs par l’acide gallique. Ses sels sont incolores, amers, un peu astringents.
Suivant Reveil , on prépare en Allemagne , avec le Berberis Ly cium de Chine , un extrait de Lycium , qu’on emploie à la dose de 1 à 2 grammes , deux ou trois fois par jour, dans les fièvres intermittentes et dans les inflammations chroniques des yeux.
Dans l’Amérique du Nord, on emploie, selon M. Bentley, les rhizomes du Caulophyllum thalictroicles Michx, ( Leontice thalictroides L.), pour faciliter l’accouchement. Ce rhizome est long de plusieurs pouces , ramifié et ressemble assez à la Serpentaire ; coupé transversalement, il présente deux couches d’un hlanc jaunâtre , séparées par un tissu brun foncé.
En traitant par l’eau la teinture alcoolique de cette plante , il se précipite une matière résineuse, le Caulophyllin , qui paraît en
(*) A) Rameau chargé de fruits disposés en grappes, et fruit grossi, coupé longitu- , ; dinàlement. — B) Grappe florale isolée. — C) Fleur et organes reproducteurs plus grossis.
AMPELIDEES.
être le principe actif, et que l’on emploie à la dose de 1 à 5 centigrammes.
AIYIPÉLIDÉES.
Arbres et arbrisseaux sarmenteux , à feuilles alternes , stipulées , simples ou composées , ordinairement palmatinerves (fig. 550); in-
florescences en panicules ou en ombelles, toujours termi-
nales, souvent trans-
Fig. 550. — Rameau de Vigne (*).
formées en une vrille simple ou rameuse , oppositifoliée : dès l’apparition de la première inflorescence, la tige devient sympodique ; fleurs petites, régulières, verdâtres {fig. 551); calice à 4-5 dents très-courtes; 4-5 pétales tantôt libres, tantôt soudés soit par leur base, soit par leur sommet, et tombant alors d’une pièce; 4-5 étamines introrses, oppositipétales , souvent attachées à un disque annulaire quinquélobé; ovaire à 2 loges, contenant chacune 2 ovules anatropes, collatéraux, ascendants ( Vitées ) , ou à 3-6 loges monospermes ( Léées 1 ; style court, stigmate pelté ou capité; baie à 2, 3, 6 loges; graines à testa dur ; embryon court, situé à la base d’un périsperme cartilagineux. Cette famille comprend deux tribus : Vitées ( Vitis L. , Cissus L.); Léées ( Leea L.).
Vigne ( Vitis vinifera L.). Plante sarmenteuse , paraissant originaire des contrées qui s’étendent du Caucase à la mer d’Oman : Turquie d’Asie, Perse,
Inde '(?)); feuilles lobées, sinuées-dentées, nues ou cotonneuses; calice 5denté ; 5 pétales caducs , soudés par le
Fig. 551. — Bouton et fleur de Vigne , d’après P. Duchartre (**).
(*) t, t ) Fragment portant une feuille (/) et une vrille (v) oppositifoliée.
(**) A) Bouton encore fermé. — B) Fleur dont la corolle s’est détachée et surmonte encore les étamines, oppositipétales. — C) Corolle isolée , à pétales soudés par le sommet. — D) Fleur épanouie, montrant les lohes du disque à la base des étamines. — s) Calice ; c) Corolle.
216 POLYPÊTALES HŸPOGŸNES AXOSPERMÉES.
sommet et se détachant par la base ; 5 étamines oppositipétales , à filet subulé; anthères cordiformes , dorsifixes; pistil piriforme , à stigmate subsessile, bilobé, capitulé. Baie biloculaire à 1-4 graines.
Le fruit , connu sous le nom de Raisin , sert à préparer le Vin , dont la qualité varie avec le climat, Imposition, le terrain , la race de la Vigne ; par la distillation, on en retire un liquide appelé Alcool; sous Tinfluence de la fermentation acétique, le vin se transforme en Vinaigre. Nous reviendrons sur ces substances.
En Prusse , on prescrit souvent, d’après van den Corput, X extrait de bourgeons de Vigne , contre les fièvres intermittentes, les hémorrhagies actives et les diarrhées.
Raisins. Dans les contrées de la région méditerranéenne, on fait sécher les raisins , et l’on s’en sert comme aliment ou comme médicament.
On distingue, dans le commerce, plusieurs sortes de raisins secs:
Les raisins de Smyrne ou de Lamas , qui sont gros comme de petites prunes, allongés, aplatis, ridés et d’un jaune brunâtre;
Les raisins de Provence ou de Marseille , qui sont d’un jaune blond , un peu transparents, souvent effleuris , moins gros que les précédents , et pourvus d’une partie de leur râfle ;
Les raisins d'Espagne ou de Malaga , qui sont munis de leur râfle, violacés, glauques dans les anfractuosités, transparents et pourvus de deux semences ;
Les raisins de Corinthe , qui sont égrenés, d’un brun noirâtre, très-petits, ridés et privés de semences.
Les raisins secs sont réputés pectoraux.
Les raisins frais ont des propriétés variables, selon la qualité : les uns sont excitants , les autres béchiques , d’autres astringents ou toniques; certains sont laxatifs et même un peu purgatifs. C’est sans doute à cette propriété des raisins de la dernière catégorie qu’il faut rapporter les bons effets de cette médication usitée en Allemagne et en Suisse, et qu’on a appelée la cure aux Raisins.
Avant leur maturité, les raisins sont acerbes et verts ; leur suc, alors appelé Verjus , a été employé comme acidulé, diurétique et contre l’obésité.
Vin. Le vin est obtenu par la fermentation vineuse ou alcoolique du suc des raisins. Ces fruits mûrs, étant cueillis, sont foulés, et le Moût , qui s’en écoule, est laissé en contact avec le Marc , pendant quelques jours. La fermentation vineuse s’établit alors ; l’acide carbonique qui se dégage soulève le marc, en même temps qu’une écume épaisse , constituée par du ferment altéré et sans doute aussi par le mycélium des Champignons producteurs du ferment ou autres, dont les spores se trouvaient à la surface du fruit.
AMPÉLIDÉES.
Quand la fermentation diminue, la masse écumeuse s’affaisse; le liquide est alors soutiré dans des tonneaux, et porte déjà le nom de Vin. Dans quelques pays, on laisse le vin en contact avec le marc, pendant un temps assez long ; la fermentation s’achève alors complètement dans la cuve; mais d’ordinaire elle continue dans les tonneaux et , tandis que se forme de nouvel alcool , la Lie et une partie du Tartre se précipitent.
Suivant la couleur des raisins ou le mode de fabrication , le vin obtenu est rouge ou blanc. Les vins rouges doivent leur teinte à la matière colorante bleue des téguments du raisin; cette matière passe au rouge, sous l’influence du bitartrate de potasse et de l’acide acétique. Dans certaines parties du midi de la France, on exalte la couleur du vin rouge en ajoutant du plâtre à la vendange , pendant la fermentation, qui s’opère alors plus lentement, et le liquide enlève , aux pellicules , une quantité assez considérable de tannin , qui lui donne plus d’âpreté et plus d’astringence.
Les vins rouges contiennent , en quantité variable d’ailleurs , les matières suivantes : eau , alcool , glucose , matières albuminoïdes et extractives ? bitartrate de potasse , sels de chaux , de soude , de potasse etc. (chlorures j sulfates , phosphates etc.), matière colorante (Œnocyanine de Mulder), tannin , acides : malique , acétique, racémique, propionique , butyrique , lactique , citrique , succinique , isolés ou plus souvent combinés aux bases ; un principe êthéré (Éther œnanthique) , une huile essentielle particulière à chaque qualité (Bouquet), que M. Bertlielot a isolée au moyen de l’éther.
Les vins blancs ne diffèrent des vins rouges que par une moindre quantité de tannin et de matière colorante. On a divisé les vins blancs ou rouges en plusieurs catégories :
1° Les vins spiritueux , qui renferment beaucoup d’alcool et qui peuvent être subdivisés en : sucrés (Frontignan , Grenache , Alicante , Malvoisie etc.); secs (Madère, Xérès etc.).
2° Les vins âpres , qui contiennent moins d’alcool, mais sont essentiellement toniques et acquièrent, en vieillissant, une finesse de goût, un bouquet, qui placent plusieurs d’entre eux au nombre des vins les plus estimés (Bordeaux, Bourgogne, Rhône etc.).
3° Les vins acidulés , qui sont blancs, et dont quelques-uns sont très-estimés. Selon la manière dont ils ont été fabriqués, ces vins sont mousseux (Champagne) ou non mousseux (vin du Rhin) ; leur usage prolongé amène des embarras gastriques ; ils sont en général plus ou moins diurétiques.
La quantité d’alcool contenue dans le vin varie beaucoup , soit d’une qualité à l’autre, soit d’une année à l’autre. On attribue souvent à cette proportion d’alcool la propriété enivrante du vin , ce qui Cauvet. II. 13
est incontestable; mais d’autres principes entrent pour une large part dans cette action. Tels sont : les éthers: acétique, caprique caprylique, œnanthique* les alcools : butyrique et amylique; les aldéhydes, qu’on a trouvés dans certains vins vieux; les huiles essentielles, qui forment le bouquet etc. C’est ainsi que l’on voit les vins blancs de la Loire, à 8-10 % d’alcool, être plus capiteux que le Grave ou le Sauterne à 14 % d’alcool ; que plusieurs vins du Rhin sont extrêmement capiteux , bien que renfermant une proportion d’alcool peu en rapport avec leur action. Les vins qui cassent la tête , ou qui cassent les jambes , doivent leurs propriétés singulières à ces principes plus ou moins inconnus.
Au reste, la proportion d’alcool varie de 6 à 20 °/0, et parfois même au delà.
Voici, d’après Gay-Lussac, quelle est, en volumes, la quantité d’alcool pur contenue dans 100 p. de quelques vins :
Banyuls-sur-Mer . . .
Grenache
Madère très-vieux . . .
Malaga
Saint-George ....
Hermitage rouge . . .
Vin de poids du Midi.
Vin commun du Midi . .
Sauterne blanc ....
Bordeaux rouges . . .
Bordeaux blancs . . .
Bourgogne
Côte-Rôtie
Champagne
Rhin
Tokai
La valeur commerciale des vins ordinaires est, en général, déterminée d’après leur richesse en alcool , et l’on a proposé plusieurs moyens pour doser la quantité de cet alcool. Voici quelques-uns de ces procédés :
La densité d’un vin doit être d’autant plus faible que ce vin est plus riche en alcool; ce principe, vrai en réalité , si l’on opérait sur un liquide de composition constante, ne peut être appliqué avec exactitude aux vins, dont la composition varie avec la localité, l’année etc. Aussi les Œnomètres ou Pèse-vins ne peuvent-ils donner que des indications fautives ou du moins peu certaines. M. Tabarié avait tourné heureusement la difficulté, en prenant la densité du vin à essayer, chassant ensuite l’alcool par ébullition à l’air libre , rem-
AMPÉLIDÉES.
plaçant, par de l’eau pure, le liquide évaporé et pesant de nouveau. €e procédé n’a pas été adopté , et sans doute à tort.
L’alcool bouillant à 78° et l’eau à 100°, sous la pression barométrique de 76 centim. , un liquide^ alcoolique entrera en ébullition à une température d’autant plus rapprochée de 100°, que ce liquide renfermera moins d’alcool , et réciproquement. Gomme , d’ailleurs , les sels et autres matières du vin ne modifient pas sensiblement son point d’ébullition, il s’ensuit que l’on peut appliquer ce principe au dosage de l’alcool du vin. M. Gonaty a construit sur ces données un instrument, nommé Ébullioscope , qui consiste en un thermomètre à mercure , dont le 0 correspond au point d’ébullition de l’eau et le n° t,00 correspond à celui de l’ébullition de l’alcool. L’espace intermédiaire étant divisé expérimentalement en 100 parties, on comprend que, si l’ébullition d’un vin correspond au degré 15 de l’ ébullioscope, cela signifie que ce vin contient 15/100 d’alcool. Selon M. Bussy, ce procédé est exact à 1/100 près ; mais il exige beaucoup d’attention, le thermomètre ne restant stationnaire que pendant une minute, quand le vin entre en ébullition. Il faut d’ailleurs, avant l’opération, plonger l’instrument dans l’eau bouillante , et en mettre le 0 de l’échelle (qui est mobile) à l’extrémité de la colonne mercurielle.
L’eau, passant de 0° à 100°, se dilate de 0,0466 de son volume primitif; l’alcool, passant de 0° à 100°, se dilate de 0,4252; un mélange de ces deux liquides se dilatera d’autant plus qu’il contiendra plus d’alcool, et réciproquement. Le Dilcitomètre alcoométrique de Silbermann , fondé sur ce principe , doit donner des indications précises, s’il n’existe dans le liquide examiné aucune substance soluble pouvant modifier sa dilatation normale.
Un pharmacien militaire, M. Musculus , a proposé un instrument, nommé Capillarimètre , basé sur les principes suivants : 1° L’alcool et l’acide acétique ont la propriété d’abaisser considérablement la hauteur à laquelle s’élève l’eau dans les tubes capillaires, tandis que les matières sucrées, salines, extractives etc. ont, sur ce phénomène , une action nulle ou très-faible ; 2° chaque mélange d’eau et d’alcool, ou d’eau et d’acide acétique, atteint une hauteur déterminée, invariable , si le tube reste le même et si la température est la même; 3° à la même température, les hauteurs capillaires de ces mélanges restent dans un rapport constant avec celles de l’eau , quel que soit le diamètre des tubes capillaires. Le Capillarimètre sert à déterminer la richesse alcoolique des vins et dés liqueurs et la force de l’acide acétique. M. Musculus a calculé que, dans les vins secs de France , l’action de la matière extractive est en moyenne de 1/60 de la hauteur de la colonne d’eau ; il suffit donc d’ajouter cette quan-
POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
tité à la hauteur de la colonne vineuse , pour obtenir, avec une approximation suffisante , la richesse alcoolique d’un vin. Cet instrument paraît appelé à rendre des services réels, en raison de la facilité de son emploi.
De tous les procédés indiqués, îe meilleur sans contredit est le dosage de l’alcool par la distillation du vin. Selon la force présumée du vin, on distille jusqu’à obtention d’un tiers ou de la moitié du vin essayé ; puis on prend la température et le degré alcoométrique du liquide recueilli, et on en établit la richesse au moyen des tables de Gay-Lussac. On obtient celle du vin en divisant par 2 ou par 3 le degré observé. Si le liquide distillé pèse 24° à l’alcoomètre centésimal, le vin renferme 12/100 ou 8/100 d’alcool, selon que le liquide recueilli forme la moitié ou le tiers du vin à analyser.
Le vin est fréquemment adultéré; ainsi on y ajoute: de l’eau (mouillage) , et puis de l’alcool pour lui rendre sa force ; du cidre , du poiré ; des sels, de la litharge, du carbonate de chaux , de l’acide tartrique etc. On en fabrique de toutes pièces.
Le mouillage est reconnu par l’évaporation à siccité , un litre de vin naturel laissant un résidu de 20 à 22 grammes. Le dosage de l’alcool fournira aussi une bonne indication, car rarement le fraudeur n’aura point dépassé la limite ordinaire de la richesse alcoolique du vin non frelaté.
Le cidre, le poiré ne sont guère ajoutés qu’aux vins blancs; ils seront décelés par la saveur âpre qu’ils communiquent au vin; on les reconnaît surtout quand on chauffe, à 200°, dans un bain d’huile, le résidu de l’évaporation : il s’en dégage alors une odeur de poires ou de pommes légèrement torréfiées. Il suffirait d’ailleurs de doser le bitartrate de potasse du vin.
Le vin coloré artificiellement donne, avec le sous-acétate de plomb , un précipité vert grisâtre ou gris bleuâtre : ce précipité est bleu ou rouge avec du vin naturel. Sous l’influence d’une faible quantité de potasse ou d’ammoniaque , le vin naturel passe au vert bouteille, tandis que le vin coloré artificiellement devient bleu, violet ou rouge. Au reste, ces colorations artificielles sont assez rares; les marchands préférant employer les vins du Midi pour colorer les vins peu foncés , ce qui sans doute est une fraude , mais une fraude peu grave en définitive. Nous devons dire toutefois que, depuis quelques années, on emploie dans certaines parties de la France, comme matière colorante, une variété de Rose-Trémière (Althœa rosea L.), dont les pétales ont une couleur pourpre noirâtre.
Les vins aigris sont adoucis au moyen de la litharge ou du carbonate de chaux.
Le plomb est décelé quand on verse une solution concentrée de
AMPÉLIDÉES. 221
sulfhydrate de soude dans un tube de verre percé d’un trou capillaire, que l’on plonge dans le vin, en ayant soin que la colonne du réactif ne s’élève pas à la même hauteur que le vin. On voit aussitôt une couche noire et floconneuse de sulfure de plomb surnager le sulfhydrate de soude.
On peut simplement placer une plaque de liège au-dessus d’une solution de sulfhydrate de soude et, sur cette plaque, verser goutte à goutte le vin sophistiqué ; le mélange des liquides étant ainsi empêché, on voit bientôt se produire, entre les deux couches, une zone noire, due au sulfure de plomb.
L’acétate de chaux sera décelé par l’oxalate d’ammoniaque , qui donne alors un abondant précipité.
L’acidité du vin peut avoir été corrigée à l’aide du tartrate neutre de potasse; dans ce cas, on décolore le vin par du charbon ; on l’évapore en extrait, et l’on traite cet extrait par l’alcool à 85°, qui dissout l’acétate de potasse.
Les marchands fabriquent parfois du vin de Malaga ou autres, au moyen d’une addition de sucre, de mélasse ou de sucre de raisin ; cette fraude est facile à reconnaître par évaporation.
Nous avons déjà dit que, dans le midi de la France, on plâtre souvent le vin ; cette addition, qui transforme en sulfate une partie du biiartrate de potasse, est aisément décelée par le dosage des sulfates du vin et même par celui des sels de chaux.
Certains vins ne supportent le transport qu’à la condition d’être vinés. Le vinage a été considéré comme une fraude , et quelques auteurs ont même pensé que cette addition d’alcool présente des inconvénients au point de vue de la salubrité. Il se peut, en effet, que le vin récemment viné soit nuisible; mais, au bout d’un certain temps, le mélange devient plus intime, surtout si l’on a eu le soin de coller et de fouetter le vin.
Les vins sont sujets à quelques maladies : pousse , graisse , acide, astringence , amer, fleur etc.
Ij& pousse est arrêtée par le transvasement du vin dans un tonneau préalablement soufré. La graisse est déterminée par une substance azotée, la Glaïadine , qui est précipitée par addition de tannin. L’acide, s’il est dû à un excès d’acide tartrique , est combattu par du tartrate neutre de potasse. L’acescence ne peut être guérie que par une pratique frauduleuse , et mieux vaut abandonner un vin que le corriger dans ce cas. L 'astringence est due à un excès de tannin; elle est corrigée par le collage. L’amer des vins vieux disparaît par addition de vin nouveau de même qualité , quelquefois par addition d’alcool; mais toujours , alors , il faut laisser le mélange en repos pendant plusieurs mois. Les fleurs se produisent à la surface des vins
mal bouchés ; on les enlève en achevant de remplir le tonneau et lui imprimant un mouvement brusque. Parfois les vins tournent et deviennent bleus ; cela est dû à la fermentation putride des matières azotées du vin , dont le tartrate se transforme en carbonate; il suffit d’y ajouter de l’acide tartrique.
M. Pasteur attribue la plupart de ces maladies au développement de végétaux microscopiques de la nature des ferments, et conseille de soumettre , pendant une heure ou deux , les vins en bouteille à une température entre 60° et 100°. L’opinion de M. Pasteur pouvait être déduite des recherches de M. Herm. Hoffmann sur la fermentation; M. Herm. Hoffmann a démontré, en effet, que les phénomènes de ce genre sont dus à des Champignons, de l’ordre des Hyphomycètes surtout, provenant des poussières atmosphériques tombées à la surface du liquide , ou de spores adhérentes à la surface des fruits , rafles etc.
Alcool. L’alcool est retiré du vin par distillation. Le commerce le fournit sous deux titres: l’un, appelé Eau-de-vie , marque de 46 à 56 degrés à l’alcoomètre centésimal; l’autre, nommé Esprit de vin ou Trois-six , marque environ 85 degrés centésimaux. Ce dernier est généralement impur, et doit être redistillé pour servir aux usages pharmaceutiques. En recueillant , par distillation lente, les 2/5 de l’alcool employé , on obtient Y alcool rectifié , qui marque 89 à 90 degrés centésimaux. Cet alcool , redistillé sur 10 à 13 % de potasse caustique, donne un liquide marquant 95° ; on obtient Y alcool absolu ou à 100°, en faisant macérer l’alcool à 95° avec de la chaux vive pulvérisée (300 gr. par litre) ou avec de la baryte caustique (200 gr. par litre) et distillant au bain-marie.
L’alcool absolu a pour formule C4 H6 O2 ; il résulte du dédoublement du glucose, pendant la fermentation : C12 H12 O12 — 4 (CO2) + 2 (C* H<s O2).
L’alcool rectifié est un liquide incolore , très-fluide , plus léger et plus mobile que l’eau, très -inflammable , d’odeur agréable, sui generis y de saveur brûlante et d’une densité de 0,83 à 0,84. Quand on le mêle à l’eau , sa température s’élève et le volume du liquide obtenu est moindre que la somme des volumes des deux liquides primitifs.
L’alcool sert en pharmacie à la préparation des alcoolats , des alcoolatures, des alcoolés, de certains extraits et de quelques liqueurs. C’est un excitant diffusible , mais non un aliment , car il n’est ni détruit ni transformé dans l’économie; on l’a parfois employé à haute dose contre les accidents consécutifs à la morsure des Serpents venimeux. A très-haute dose ou concentré, son introduction dans l’économie détermine la mort; à dose faible, il amène l’ivresse. Son
AMPÉLIDÉES.
usage longtemps continué produit des lésions organiques graves , une sorte d’imbécillité et la faiblesse musculaire. A l’extérieur, il sert comme tonique et stimulant ; un mélange à parties égales d’alcool et de blancs d’œufs battus, fournit un moyen précieux contre les eschares produites par le décubitus.
Il est important de s’assurer du degré de l’alcool; plusieurs aréomètres ont été construits à cet effet; le plus commode est l’aréomètre centésimal de Gay-Lussac. Comme la densité de l’alcool varie avec la température , ce physicien a donné des tables à l’aide desquelles on peut, en prenant la température et le degré alcoométrique d’un alcc.ol , déterminer immédiatement la richesse réelle de cet alcool. L’alcool de Betterave , qui est souvent donné en place de l’alcool de vin , se reconnaît à la coloration rosée persistante que lui communique l’acide sulfurique.
L’eau-de-vie est obtenue par la distillation du vin. En France, la plus estimée vient de Cognac et de l’Armagnac. On la prépare le plus souvent avec de l’alcool étendu d’eau et coloré avec du caramel, du thé etc. ; parfois même on y ajoute des substances âcres, pour lui donner du montant. Cette fraude est d’autant plus condamnable , qu’elle sert principalement à déguiser la mauvaise qualité de la liqueur eihployée, qui est d’ordinaire de l’alcool de Grains ou de j Pommes de terre.
I L’alcool de grains renferme toujours une huile volatile (Alcool amylique ), qui lui donne une odeur et un goût particuliers et peutêtre des propriétés nuisibles. M. Gros, élève à l’École du service de santé militaire, a établi expérimentalement , dans sa thèse inaugurale, que l’alcool amylique possède, à dose égale, une action 10 à 15 fois plus marquée que celle de l’alcool vinique , et il a indiqué un moyen de constater sa présence dans ce dernier liquide. En faisant réagir l’acide oxalique sur de l’alcool amylique , on obtient l’éther oxalamylique à odeur de Punaise ; M. Cros a pu ainsi reconnaître la présence de . 3 centigr. d’alcool amylique dans 100 grammes d’alcool ordinaire.
L’alcool amylique a été employé, en médecine, par M. Wymann, sous le nom de Fusel-oil ; selon cet auteur , il modère la toux, diminue l’abondance des crachats , et il agit très-bien chez les enfants scrofuleux et débiles, dont il excite la nutrition. Il peut déterminer des nausées et même la fièvre. On le donne à la dose de 1/2 à 1 goutte aux enfants de 5 à 6 mois , et à celle de 5 à 6 gouttes aux adultes.
Vinaigre. Le vinaigre est blanc ou rouge, selon le vin employé; il résulte de l’acétification de l’alcool. Dans le commerce , le vinaigre de vin est souvent additionné de vinaigres artificiels, ou même
224 POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
constitué seulement par ces derniers , auxquels on a ajouté , pour leur donner plus de force, soit de Y Acide Pyroligneux, soit des acides minéraux (sulfurique, azotique, chlorhydrique), ou végétaux (tartrique, oxalique).
On obtient l’acide sulfurique, en évaporant le vinaigre, reprenant le résidu par l’alcool à 90° , filtrant et évaporant la liqueur alcoolique ; pour l’acide chlorhydrique, on distille, et le liquide obtenu est traité par l’azotate d’argent. On décèle l’acide azotique , en saturant par la potasse caustique, évaporant à siccité , ajoutant de la limaille de cuivre et de l’acide sulfurique : il se dégage alors des vapeurs rutilantes. La saveur fait reconnaître les substances âcres (poivre, piment, moutarde, pyrèthre) , surtout si l’on sature le vinaigre par du carbonate de potasse ou si l’on en examine le résidu après évaporation. Les vinaigres de céréales, de fécules, de cidre, de bière, de poiré donnent un résidu qui ne contient pas de bitartrate de potasse et qui s’élève, en général , au delà de 2 °/0.
Le vinaigre est souvent additionné d’eau ; cette fraude ne peut être décelée par l’aréomètre ; il faut recourir à la saturation par la potasse ou la soude : 100 p. de bon vinaigre saturent 6 à 8 p. de car- \ bonate de soude pur et sec (Chevallier) ou 10 p. de carbonate de potasse pur et sec (Soubeiran). La coloration artificielle du vinaigre sera décelée de la même manière que dans le vin.
Un bon vinaigre blanc doit être limpide , d’un jaune fauve , d’une densité de 1,018 à 1,020; d’une saveur acide franche, sans âcreté, ne rendant pas les dents rugueuses ; en se saturant, il prend une couleur Malaga et une odeur vineuse; il contient 0,0025 de bitartrate de potasse , ne contient ni dextrine , ni glucose , ni matière gommeuse. Le vinaigre ne doit renfermer aucun métal précipitable en | noir par un sulfure alcalin, ou en rouge brique par le cyanure ferrosopotassique.
Le Bitartrate de potasse ( Crème de tartre , Tartre brut ) se 4 dépose du vin, dans les tonneaux, en même temps que de la lie, de la matière colorante etc. Quand il est purifié, il cristallise en prismes obliques à base rhombe , blancs , d’une saveur acide assez marquée. Il sert à préparer tous les autres tartrates et l’acide tartrique.
IYIÉNISPERIVIÉES.
Plantes sarmenteuses , à feuilles simples, alternes , sans stipules ; fleurs dioïques * 6 sépales et 6 pétales bisériés, imbriqués; le plus souvent 6 étamines oppositipétales ; carpelles ordinairement peu nombreux (3) , uniloculaires, monospermes; ovule campulitrope à micropyle supère ; albumen peu développé ou nul ; embryon grand et courbe ; fruit, baie ou drupe.
MÉNISPERMÉES.
Les Ménispermées sont , en général , des plantes actives ; elles fournissent la racine de Colombo , la racine de Pareira-brava et la Coque du Levant.
La Racine de Colombo , ou plus simplement le Colombo , est en rouelles de 2 à 3 centim. de diamètre, épaisses de 2 à 4 millim., déprimées vers leur milieu, et offrant plusieurs dépressions concentriques. La surface de section de ces rouelles a une teinte généralement jaune verdâtre , plus prononcée vers la circonférence ; leur écorce est rugueuse , rarement unie, brune ou gris jaunâtre, et séparée du bois par un cercle plus foncé; leur cassure est jaune clair, et leur poudre gris verdâtre.
Cette racine a une saveur très -amère et une odeur faible, désagréable. Elle est fournie par le Cocculus palmatus DC. , plante originaire des côtes orientales de l’Afrique.
Le Colombo renferme beaucoup d’amidon, une abondante matière glutineuse, plusieurs sels, une matière neutre non azotée , la Colombine , qui paraît en être le principe actif, de la Berbérine etc.
La Colombine (C42 H22 O14) cristallise en prismes incolores, appartenant au système rhombique ; elle est très-amère , inodore, peu soluble à froid dans l’eau , dans l’alcool et dans l’éther ; ses solutions ne sont précipitées ni par la noix de galle , ni par les solutions métalliques. On l’a préconisée comme fébrifuge et contre la dyspepsie.
La racine de Colombo bleuit au contact de la teinture d’iode , ne colore pas l’éther, mais colore l’alcool en jaune verdâtre foncé ; son macéré aqueux est brun et sans action sur le tournesol , sur la gélatine et sur le sulfate de fer. C’est un tonique puissant , employé contre la diarrhée, l’atonie du tube digestif. On la prescrit en poudre, en extrait, en teinture, en infusion ou en macération, mais non en décoction.
Les racines du Cocc. peltatus , du Malabar, et cellês du Cocc. fia vescens des Moluques sont ses meilleurs succédanés.
Dans le commerce , on lui substitue parfois la racine de Bryone , que nous décrirons plus loin, et la racine du Frasera Walteri Michx. ( Frasera Carolinensis Gmel.) , plante de la famille des Gentianées , qui croît aux environs de Marietta (Ohio) , d’où son nom de Colombo de Marietta ou d'Amérique.
Cette racine est aussi en rouelles irrégulièrement déprimées , comme veloutées, ou en tronçons jaune fauve , de saveur peu amère et sucrée , d’une légère odeur de Gentiane. Son écorce est d’un gris fauve et souvent striée circulairement ; sa cassure est jaune orangé; sa poudre d’un jaune pâle , tirant sur le fauve. La teinture d’iode ne la bleuit pas ; elle colore l’éther en jaune , l’alcool en jaune fauve
et l’eau en jaune orangé. Son macéré aqueux rougit le tournesol , passe au vert noirâtre par le sulfate de fer , et est troublé par la colle de poisson, mais non par la noix de galle. Cette racine est moins fébrifuge et beaucoup moins tonique que la racine de Gentiane jaune.
Les plantes du genre Cocculus DC. sont généralement toniques. Les racines des C. platyphyllus Sl-Hil. et cinerascens Sl-Hil. , du Brésil, sont amères-toniques; celles du C. Bakis , de laSénégambie, sont employées par les nègres, comme diurétiques et fébrifuges; le C. crispus , des Moluques, fournit un suc glutineux et amer, usité dans l’Inde contre la fièvre intermittente, l’ictère et les Vers intestinaux. Les Indiens de l’Amérique du Sud emploient, comme vénéneux, le Coc. toxiferus Wedd., sous le nom de Pani.
Racine de Pareira-Brava. Elle paraît fournie par un certain nombre de plantes de la même famille : Cocculus platyphylla Aubl., C. rufescens Endl., Cissampelos glaberrima St. Hil. , Cis. ebracteata St. Hil., Cis. ovalifolia DC. ; mais on l’attribue assez généralement au Cis. Pareira L. , du Brésil , où sa racine est appelée
B u tu a.
La racine de Pareira-brava est ligneuse, très-fibreuse, tortueuse, brunâtre, parfois grosse comme le bras, formée de couches concentriques brunâtres, souvent faciles à séparer, et alors légère et presque ligneuse ; il faut la choisir compacte et pesante.
Sa tige, qu’on y trouve souvent mêlée, est grisâtre et pourvue d’un çanal médullaire excentrique *, trèsrapproché d’un enfoncement angulaire longitudinal.
Le Pareira-Brava est inodore, amer, avec un goût de Réglisse ; on l’a conseillé comme un diurétique puissant.
Il renferme 1/20 à 1/25 de son poids d’un alcaloïde encore peu connu , la Pélosine ou Cissampéline (C36 H21 Az O6) , insoluble dans l’eau , inodore , incristallisable , de saveur douce et amère , et qui est peut-être identique à la Berbérine.
Fig. 552. — Coupe transversale de la tige d'une liane de la famille des Mènispermèes , d’après Duchartre.
1 Cette disposition se montre dans la tige des lianes de cette famille, notamment dans celle des Cocculus et des Cissampelos. La figure ci-jointe (fig. 552) en donne un bon exemple.
RUTACEES.
Les Cis. Caapeba L. et Cis. mauritiana Dup.-Thouars fournissent une racine plus grêle , mais d’organisation et de propriétés semblables.
Coque du Levant. C’est un fruit inodore, arrondi, subréniforme , plus gros qu’un pois , formé d’un brou mince , gris noirâtre, rugueux, un peu âcre et amer, recouvrant une coque blanche, ligneuse, bivalve, à placenta central rétréci par en bas, élargi par le haut et incomplètement divisé en deux loges. L’intérieur de la coque est rempli par une semence blanche, creuse , dont l’embryon a des cotylédons foliacés, écartés, recourbés autour du placenta et inclus dans un périsperme ruminé.
La coque du Levant est fournie par Y Anamirta Cocculus Wight et Arnott ( Menispermum Cocculus L. , Cocc. suberosus DC.), arbuste originaire de l’Inde. Ce fruit renferme un alcaloïde (?) cristallisable, la Ménispermine (C18 H12 Az 0-) , qui existe surtout dans le péricarpe, et une substance cristalline très-vénéneuse , la Picrotoxine (C10 H6 O4), qui détermine des vertiges, des convulsions et même la mort.
Selon M. Glover, elle agit sur les tubercules quadrijumeaux et sur la moelle épinière, et parfois amène une remarquable élévation de la température.
La Picrotoxine cristallise en petits prismes quadrilatères, blancs et transparents ou en aiguilles groupées en étoiles ; elle est inaltérable à l’air, inodore , très-amère, peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l’alcool et dans l’éther, soluble dans les acides et dans les alcalis. L’acide sulfurique concentré la dissout, avec une couleur safran, et l’acide azotique la transforme en acide oxalique.
La coque du Levant est un poison narcotico-âcre , que l’on n’emploie pas en médecine. Son action stupéfiante a été utilisée contre les Poux et autres animaux; dans l’Inde, on s’en sert pour empoisonner les rivières. Cet usage a été malheureusement importé en France. On assure que la chair des Poissons devient alors vénéneuse , si on n’a pas le soin de les vider aussitôt qu’on les a pris.
RUTACÉES.
Plantes à feuilles opposées ou alternes , rarement simples , plus souvent tri- ou multifoliolées , ou pinnatifides au moins, en général criblées de ponctuations translucides ; fleurs parfois apétales et unisexuées, plus souvent complètes, hermaphrodites, régulières ou non, à verticilles 3-5-mères • étamines libres, en nombre défini, égal ou double, rarement triple de celui des verticilles extérieurs; ovaire libre, composé de 3-4-5 carpelles libres ou soudés, ordinai-
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rement entouré d’un disque à sa base ; embryon bomotrope et, eu général, périspermé. Le fruit est une baie, une drupe ou une capsule.
La famille des Rutacées est actuellement considérée comme une classe, et les tribus qu’elle comprenait constituent autant de familles distinctes. Nous étudierons les caractères de chacune d’elles, en y rapportant les genres et les espèces utiles qu’elles renferment.
ZANTHOXYLÉES.
Fleurs diclines ou polygames, parfois apétales, régulières, 3-4- 5-mères, isostémones ou diplostémones ; carpelles plus ou moins soudés , contenant chacun 2 ovules souvent anatropes ; styles ordinairement connés , -au moins dans le haut ; fruit drupacé , ou rarement samaroïde , ordinairement capsulaire , ou bien multiple et formé de plusieurs drupes ou capsules. Arbres, arbrisseaux ou arbustes à feuilles alternes, ou opposées , ponctuées, sans stipules. G. Ptelea L., Zanthoxylon Kunth , Toddalia Juss. etc.
L’écorce du Clavalier jaune ( Zcinthoxyliim clava-Herculis L.) ressemble assez bien à l’Angusture vraiç ; elle a une couleur jaune serin et teint la salive en jaune ; les fibres que présente sa face interne l’empêchent de casser net. Elle est fébrifuge et tinctoriale. On y a trouvé un principe amer cristallisable, la Zanthopicrite , identique à la Zanthoxyline , que l’on a extraite du Frêne épineux de l’Amérique (Z. fraxineum Willd.). Selon M. Bentley, ces deux principes ne sont autre chose que de la berbérine.
L’écorce du Frêne épineux est employée comme sudorifique, diurétique et contre les maux de dents. La racine du Z. nitidum Bunge est, dit-on, emménagogue et fébrifuge. On connaît dans le commerce, sous le nom de Poivre du Japon , les fruits du Z. piperitum (Fagara piperita L.).
Les feuilles de l’Orme à 3 feuilles ( Ptelea trifoliata L.)sont regardées comme détersives et vermifuges; en Amérique, ses capsules amères-aromatiques sont substituées au Houblon dans la fabrication de la bière : cette substitution offre des inconvénients.
Le Toddalia aculeata Pers., qui produit la racine de Jean Lopez , a toutes ses parties aromatiques , âcres et amères , et sert aux habitants de l’Archipel indien comme stomachique et fébrifuge.
L ' Esenbeckia febrifuga Mart. ( Evodia febrifuga St. Hil.) porte, au Brésil, le nom de Quina. Selon A. Saint-Hilaire, l’écorce et le bois de cet arbre sont amers et astringents ; on les substitue au quinquina dans ce pays.
SIMARUBEES.
SIMARUBEES.
Fleurs diclines ou polygames , 3-5-mères , isostémones ou diplostémones ; filets staminaux généralement pourvus d’une «écaille ;
2- 5 carpelles libres ou soudés en un ovaire profondément lobé; 1-5 loges généralement monospermes ; fruit : drupes ou capsules bivalves , rarement samares ; graines pendantes, généralement solitaires et apérispermées. Plantes ligneuses, inodores, à écorce souvent plus ou moins amère; feuilles alternes, généralement pennées non ponctuées , sans stipules (G. Quassia DG. , Simaruba Aubl. , Simaba St. Hil . , Ailantus Desf., Brucea Mill., Cneorum L.).
Bois de Quassia ou de Surinam. Ge bois est fourni par le Quassia amara L. (fig. 553), arbre de la Guyane, à feuilles portant , sur un pétiole ailé ,
3- 5 folioles sessiles , ovales-acuminées , entières , glabres ; fleurs hermaphrodites, 5-mères, diplostémones , en grappes ; 5 carpelles, à styles soudés par le haut. Le fruit est formé de 5 drupes ovoïdes, portées sur un disque et à semence pendante.
On emploie le bois de la tige et surtout celui des racines ; ce dernier est blanc, inodore, léger, épais de 2-5 centim., long de 5 à 10 décim., couvert d’une écorce mince, peu adhérente , unie, grisâtre , avec des taches noires ou brun terreux.
Le bois et l’écorce ont une saveur très-amère, due à un principe nommé Quassine ou Quassite (G20 H12 O6), qui cristallise en prismes blancs, opaques, inodores, inaltérables à l’air, fusibles à chaud , peu solubles dans l’eau , solubles
Fig. 553. — Quassia amara.
POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
dans l’alcool et dans l’éther. La solution aqueuse de quassine est précipitée en blanc par le tannin ; les acides sulfurique et azotique dissolvent la quassine sans se colorer.
Le Quassia est amer, tonique , fébrifuge ; on l’administre , sous toutes les formes, contre la diarrhée et la dyspepsie.
On lui substitue fréquemment aujourd’hui le bois d’un arbre connu, aux Antilles, sous les noms de Bitter ash , de Frêne amer et de Bois de Saint-Martin , que M. Gérardias rapporte à la famille des Simarubées.
Le Frêne amer ( Bittera febrifuga Bélanger) croît dans l’île Saint-Martin; son écorce est réputée fébrifuge; son bois est en bûches plus fortes que celles du Quassia, léger, blanc, veiné de jaune clair, avec une écorce peu épaisse , grise et fendillée. M. Gérardias y a trouvé une matière rétinoïde et un principe cristallisable en paillettes blanches, micacées, inodore, très-amer, fusible et se volatilisant avec des vapeurs blanches sous l’influence d’une température peu élevée. Ce principe , que M. Gérardias avait nommé Bittérine , paraît identique avec la quassine ; il est presque insoluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau chaude , soluble dans l’alcool froid, insoluble dans l’éther.
Le Bittera est réputé fébrifuge ; c’est un tonique amer, puissant.
Le Bois de Saint-Martin a les mêmes propriétés que celui du Quassia et peut lui être substitué.
On trouve dans le commerce, sous le nom de Quassia de la Jamaïque , le bois du Q. excelsa Swartz ( Picrasma excelsa Planch.). Ce bois est très amer, plus jaune et plus grossier que celui du Q. amara; son écorce est épaise d’environ 1 centim., dure, compacte , blanche et fibreuse , recouverte par un épiderme mince , noirâtre, muni de rides réticulées; la face interne de l’écorce offre des nervures proéminentes , un peu ailées , qui pénètrent dans le bois. M. Bouchardat le croit identique à celui du Bittera. Cette opinion est peut-être fondée, car, à la Jamaïque, d’après Wildenow, le Q. excelsa porte aussi le nom de Frêne amer.
Selon Guibourt, il ne paraît pas être inférieur au vrai Quassia, sous le rapport des propriétés médicinales.
On falsifie aussi le Quassia avec le bois du Bhus Metopium L., qui est résineux, grisâtre, piqueté de noir. Le macéré aqueux de ce Rhus noircit par le sulfate de fer, ce qui n’arrive pas avec le vrai Quassia.
Écorce de Simarouba. Elle est fournie par le Sim aruba gui a nensis A. Rich. (Sim. officinalis DG.), grand arbre de la Guyane, à feuilles composées imparipinnées, à folioles oblongues, obtuses, mucronées , à fleurs monoïques , 5-mères , diplostémones , en panicules; 5 carpelles distincts.
SIMARUBÉES.
L’écorce de la racine de cet arbre est en plaques longues d’environ 1 mètre, repliées ou roulées sur elles-mêmes, très-fibreuses, et à fibres aisément séparables dans leur longueur, mais très-résistantes transversalement. Elle est légère, d’un gris jaunâtre, trèsamère ; on y a trouvé une huile volatile , de la quassine , des acides malique et gallique etc. On l’emploie comme tonique et fébrifuge.
Semences de Cédron. Ces semences sont réputées fébrifuges et préconisées contre la morsure des Serpents venimeux. Elles sont produites par le Simaba Cedron Planch. , arbre de petite taille ,qui croît dans la Nouvelle-Grenade ; feuilles imparipinnées à folioles nombreuses acuminées ; fleurs hermaphrodites, 5-mères, diplostémones. Des 5 carpelles, il s’en développe un seul, qui est drupacé, ovale, monosperme. Sa semence est apérispermée, pourvue de cotylédons très-grands, charnus et blancs à l’état frais.
Dans le commerce, ces cotylédons sont isolés , longs de 3-5 centim., larges de 15-20 millim., elliptiques, un peu recourbés d’un côté, plati-convexes , d’un jaune foncé , souvent sale et noirâtre au dehors , et d’un jaune plus pâle en dedans, amylacés, avec une apparence grasse, très-amers. On y a signalé la présence d’un principe, que M. Lewry a nommé Cédrine. La Cédrine cristallise en aiguilles soyeuses, elle est neutre au papier de tournesol, assez soluble dans l’alcool et dans l’eau bouillante ; sa saveur est d’une amertume comparable à celle de la strychnine, mais plus persistante. En Amérique , le Cédron est réputé un spécifique contre l’hydrophobie , la morsure des Serpents, les Lèvres etc. En Europe, il a été employé, dit-on, avec succès contre la goutte et contre les fièvres intermittentes. Des propriétés merveilleuses attribuées à cette substance, la seule qui semble probable, c’est son efficacité antipériodique. Le Cédron paraît devoir se ranger a côté du Quassia.
Ailante glanduleuse ou faux Vernis du Japon ( Ailantus glandulosa Desf.). Son écorce a été préconisée comme téniafuge par'M. Hétet. Cette écorce est amère et hyposthénisante ; elle détermine un malaise général, un sentiment de faiblesse croissante, des éblouissements, une sueur froide et des nausées.
M. Payen y a trouvé une résine aromatique, des traces d’une huile essentielle à odeur forte et vireuse , une substance amère etc.
M. Hétet a préparé, avec l’Ailante, une poudre, des extraits aqueux et alcoolique , une résine , une huile essentielle et une oléorésine. Ces préparations n’exercent aucune influence fâcheuse sur la santé et amènent l’expulsion du Ténia.
L’écorce de la Brucée antidysentérique ( Brucea ayitidysenterica Mill.) est usitée , en Abyssinie , contre la dysenterie ; elle est très-amère ét détermine une grande soif
POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
Le Simarubct versicolor St. Hil. est amer, tonique, vermifuge et propre à combattre la morsure des Serpents ; selon Martius , l’écorce et les fruits de cet arbre sont très-âcres et déterminent des vertiges ; on les emploie en décoction contre les maladies serpigineuses et syphilitiques. Les Samadera de l’Inde possèdent une grande amertume et sont aussi actifs que les Simaruba. Enfin, le Brucea sumatranci Roxb. a les mêmes propriétés que le Br. antidysenterica. Les Simarubées croissent, en général, sous la zone torride ; le Cneorum tricoccum L. seul habite la zone méditerranéenne.