‹ Nouveaux éléments d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 21 sur 74 · CACTÉES · texte numérisé non relu

CACTÉES

Plantes vivaces , souvent arborescentes , à tige charnue, diversiforme ; feuilles petites, épaisses, très-caduques, parfois milles, portées sur un renflement de la tige et présentant à leur aisselle une

282 POLYPÉTALES PÉRIGYNES PLEUROSPERMÉES.

cavité aréolaire , garnie d’aiguillons, de poils et de soies. Dans les Cactées aphylles, les coussinets sur lesquels naissent les feuilles produisent des aiguillons comparables à ceux qu’on observe à la base des feuilles du Groseillier à maquereau.

Les rameaux sont parfois aplatis (fig. 579), quoique toujours assez épais ; ils ont alors la forme d’expansions foliacées et constituent des

sortes de cladodes ; fleurs généralement solitaires ; calice polvsépale à* divisions imbriquées, pétaloïdes ; pétales nombreux , imbriqués , plurisériés ; étamines très-nombreuses ; ovaire infère , uniloculaire , polysperme , à placentation pariétale; style simple , terminé par trois ou un plus grand nombre de stigmates; baie ombiliquée, dont la partie charnue est fournie soit par les funicules, soit par le testa des graines , soit enfin par les parois de l’ovaire.

Quelques Cactées sont utilisées : YOpuntia Tuna Mill. et VO. cochinillifera MilL servent à nourrir la Cochenille ; en Algérie, en Corse, en Espagne, on mange les fruits de YOp. vulgaris Mill. Ces fruits constipent, mais leur action semble purement mécanique' et due à la présence des graines. Les Cactus Fig. 579. — Opuntia Düienii. fournissent abondamment une

sorte de gomme , que l’on a nommé Gomme de Nopal , et qui rappelle assez la gomme de Bassora. Cette gomme est insoluble dans l’eau et renferme constamment des cristaux d’oxalate de chaux.

Ici se place la famille des Moringées , que beaucoup d’auteurs mettent à la suite des Légumineuses.

MORINGÉES.

Moringa Juss.

Arbres inermes, originaires de l’Asie tropicale, et que l’on a introduits en Afrique et en Amérique; feuilles bi- tripinnées, avec

MORINGEES.

impaire , à folioles et stipules caduques ; fleurs hermaphrodites , régulières, en grappes paniculées; calice 5-partit, à lanières oblongues, sub-égales, à préfloraison imbriquée; 5 pétales périgynes , linéaires-oblongs , les deux postérieurs plus longs, ascendants, à préfloraison imbriquée ; 8-10 étamines insérées sur un disque cupuliforme , tapissant la base du calice ; filets d’abord libres , aplatis , puis connivents et soudés au-dessus de leur milieu en un tube ouvert en avant, enfin distincts vers leur sommet, les postérieurs plus longs , tantôt tous fertiles , tantôt alternativement fertiles et stériles (les stériles opposés aux divisions calicinales) ; anthères introrses, 1-loculaires , dorsifixes; ovaire pédicellé, 1-loculaire, portant 3 placentas pariétaux, nerviformes; ovules nombreux, anatropes, pendants; style terminal, épaissi au sommet; capsule siliquiforme , à 3- plusieurs angles , toruleuse , à déhiscence loculicide ; graines unisériées, ovoïdes-trigones , aptères ou ailées; embryon droit, apérispermé; cotylédons plan-convexes.

Endlicher avait fait de ce genre une famille, qu’il avait mise à la suite des Papilionacées ; Ach. Richard le plaça dans la tribu des Cassiées. M. Brongniart et après lui M. Duchartre le joignent, avec doute, à la classe des Légumineuses, à la suite des Mimosées. Toutefois le genre Moringa s’éloigne beaucoup des Légumineuses par ses caractères, et c’est avec raison que la plupart des botanistes aujourd’hui en font une famille, qu’ils mettent au voisinage des Passiflorées, dans le groupe des Polypétales périgynes à placentation pariétale.

Dans un mémoire intitulé : Remarques sur le genre Moringa ( Remarks on the genus Moringa ), M. Dalzell fait remarquer combien la capsule mûre et la graine des Moringa ressemblent au fruit et à la graine des Bignoniacées. C’est donc auprès de cette dernière famille qu’il faudrait peut-être placer les plantes du genre Moringa. MM. Decaisne et Le Maout trouvent que ces plantes se rapprochent beaucoup des Capparidées , par leur corolle polypétale périgyne , à préfloraison imbriquée , leurs étamines plus nombreuses que les pétales, leur ovaire stipité, uniloculaire, à placentation pariétale, leurs capsules siliquiformes , leur embryon apérispermé, leurs feuilles alternes, à stipules caduques; enfin par la saveur âcre de la racine, des feuilles et de l’écorce, qui s’observe dans les deux familles.

Le genre Moringa ne renferme guère qu’une espèce utile, le Ben aptère (. Mor . aptera Gærtner) , dont la semence fournit une huile qui ne rancit pas.

La semenge de Ben aptère , fig. 580) est d’un blanc verdâtre , ovoïde et pourvue de trois angles saillants, non ailés ; le test est assez dur et cassant.

POLYPÉTALES PÉR1GYNES PLEUROSPERMÉES .

Ce sont les noix de Ben blanches du commerce. Elles sont mélangées d’autres semences plus petites , moins estimées , que l’on appelle noix de Ben grises , et qui paraissent être celles que M. De-

caisne a décrites.

Le fruit de ces dernières , selon M.

Decaisne, ressemble à celui du Ben ailé ( Moringci pterygosperma Gærtn.) , et Guibourt en tire la conclusion assez naturelle qu’il existe deux espèces de Ben aptères.

La semence de Ben est amère et purgative ; on en extrait une huile douce et inodore , qui se sépare au bout de quelque temps en deux portions : l’une toujours fluide, l’autre épaisse et facilement congelable. Avant que, par la saponification incomplète de l’huile d’olives, on fût parvenu à fabriquer une oléine non oxygénable et sans action sur les métaux , les horlogers se servaient de l’huile de Ben fluide. On ne se sert de l’huile de Ben que pour extraire le principe odorant du Jasmin, des Tubéreuses

Fig. 580.

du Moringa Guibourt.

Fruit et semences aptera , d’après

et autres fleurs à odeur fugace ; encore , en raison de son excessive cherté, la remplace-t-on en général par l’huile d’olives.

CUCURB1TACÉES.

Gette famille a été mise par beaucoup d’auteurs dans la division des dicotylédones diclines, à côté des Euphorbiacées.

Plantes herbacées, annuelles ou vivaces, ou sous-arbrisseaux sarmenteux, à tiges rampantes ou grimpantes, généralement garnies de vrilles (voy. fig. 581); feuilles alternes, simples, plus ou moins lobées, souvent palmées, sans stipules; fleurs généralement unisexuées, monoïques, rarement dioïques ou hermaphrodites, disposées en une cyme plus ou moins axillaire ; fleurs mâles en fascicules ou en grappes : calice gamosépale, à 5 lobes imbriqués; corolle régulière à 5 pétales libres ou soudés : 3 étamines à anthères extrorses, généralement flexueuses (fig. 582), et contournées en S renversé (deux de ces anthères (A) sont biloculaires et considérées souvent comme formées chacune par 2 étamines soudées [soit 4 étamines] ; la 3e (B) est uniloculaire [soit 1 étamine] ; aussi la plupart des botanistes pensent-ils que les Gucurbitacées ont 5 étamines);

CUCURB1TACÉES.

ovaire remplacé par un nectaire glanduleux. Fleurs femelles (fig. 583) souvent solitaires , présentant parfois des rudiments d’étamines

Fig. 581. — Portion d'une tige fleurie de Melon , d’après P. Duchartre.

rarement pollinifères ; ovaire infère , ordinairement à 3 loges (fig. 584), subdivisées par l’introflexion des cloisons, qui portent les ovules vers la paroi opposée ; ovules nombreux, anatropes , pendants ou horizontaux , rarement solitaires ; 3 styles plus ou moins connés ; stigmates épais , lobés ou

Fig. 582. — Étamines du Bryonia Fig. 583. — Fleur femelle du Melon (**)..

dioica (*).

frangés ; péponide rarement uniloculaire et 1 -sperme ; graines nombreuses , comprimées, attachées aux trophosp jrmes , qui deviennent pariétaux; embryon huileux, apérispermé , droit.

On peut rapprocher de cette famille les Nhandirobées' : g. Fevillea L. , Zcmonia L. ; et les Bégoniacées : g. Bégonia PI. etc.

Fig.584. — Coupe transversale de l'ovaire du Melon.

(*) A) Anthère biloculaire. — B) Anthère uniloculaire : an) anthère;/) filet (4/1). A**) A) Entière. — B) Coupée longitudinalement.

POLYPÉTALES PÉRIGYNES PLEUROSPERMÉES.

Les Cucurbitacées renferment un certain nombre de plantes utilisées en médecine ou dans l’économie domestique.

Bryone , Couleuvrée , Navet du diable, Vigne blanche

(. Bryonia dioica L. , fig. 585). Racine pivotante, très -grosse, rameuse, charnue, blanche intérieurement ; tige sarmenteuse , herbacée ; feuilles alternes, à 5 lobes aigus et à poils rudes ; vrilles extraaxillaires , simples ; fleurs dioïques , d’un blanc verdâtre : les mâles en cymes, à 3-, 12 fleurs longue ment pédonculées et à corolle campanulée ; les femelles plus petites , au nombre de 4-5 , brièvement pédonculées, à ovaire Fig. 585. -- Bryonia dioica. infère , globuleux ,

surmonté d’un style

tripartit à divisions élargies , et terminées par un stigmate transversal. Le fruit est une baie globuleuse, rougeâtre, contenant 3-6 semences ovées.

La racine de Bryone fraîche a une odeur vireuse , nauséeuse et une saveur caustique ; son suc est rubéfiant et très-purgatif ; sèche, elle est blanche et coupée en rouelles d’un grand diamètre, marquées de stries concentriques ; son odeur est désagréable , sa saveur âcre et amère.

On l’a employée, comme purgatif, à la dose de 1 à 2 grammes, contre l’hydropisie, la manie etc.

Elle renferme une abondante fécule, que la fermentation ou les lavages débarrassent du principe âcre.

Le principe actif de la Bryone est la Bryonine (G94 H80 O38), glucoside âcre et corrosif, amorphe , brun rouge ou blanc rougeâtre, de saveur d’abord sucrée, puis amère et styptique.

La Bryonine est soluble dans l’eau et dans l’alcool, insoluble dans l’éther; l’acide sulfurique la colore en bleu, puis en vert. Elle purge à la dose de 1 à 2 centigr. , et devient un violent poison à la dose de 1 à 2 décigrammes.

CUGURBITACÉES.

Le docteur Curie a proposé la Bryone blanche (Br. alba L.), sous forme d’alcoolature , contre la diphthérite. Cette plante habite le nord de l’Europe ; elle est monoïque et sa racine est d’un jaune de Buis.

Concombre sauvage ou Concombre cTAne ( Momordica Elaterium L., Ecballium agreste Rich., fig. 586). Plante rampante, à tige rude^ épaisse, très-rameuse ; feuilles pétiolées, cordiformes, crénelées, épaisses, rudes, quelquefois un peu lobées ; fleurs monoïques , jaune pâle ; les mâles en grappes, les femelles solitaires; fruit ovoïde , oblong , penché, hérissé de poils rudes, vert , puis jaunâtre. A la maturité, la matière pulpeuse de ce fruit se désorganise et devient aqueuse.

Il se détache alors de son pédoncule , soit spontanément, soit au moindre contact, tandis que le péricarpe se contracte brusquement et projette violemment au dehors les graines ainsi que la pulpe. Fig- 586' ~ ***• Elalerium-

Le suc du fruit était jadis employé en extrait, sous le nom d’Ü?latérium , comme purgatif drastique. Cet extrait est très-amer et un peu âcre. On en connaît deux sortes bien différentes par leurs propriétés : 1° YElatérium anglais , qu’on obtient en décantant le suc des fruits, et séchant à une douce chaleur le résidu vert pâle qui s’est déposé ; cet extrait purge à la dose de 6 à 13 milligr. ; 2° YElatêrium de France , que l’on prépare par évaporation du suc; il est beaucoup moins actif que le premier.

Le suc du Concombre sauvage contient un principe neutre , YElatérine (C40 H28 O10), cristallisable en tables hexagonales, éclatantes, incolores. L’Elatérine est soluble dans l’alcool, insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’éther, soluble, sans altération, dans l’acide azotique, colorée en rouge par l’acide sulfurique; elle fond à 200°, et se décompose au-dessus de cette température , en donnant des vapeurs âcres. Elle détermine des vomissements violents, et agit comme purgative.

288 POLYPÈTALES PÉRIGYNES PLEUROSPERMÉES.

M. Rochet d’Héricourt a rapporté d’Abyssinie une racine, que Pon attribue à une Cucurbitacée , et qu’il vante contre la rage. Le Cucumis abyssinien a été administré par M. Renault à quatre Chiens enragés; la maladie n’a pas été arrêtée.

Cucumére ou Coloquinte ( Cucumis Colocynthis L., Citrullus Colocynthis Schrad.). Plante originaire de l’Orient et des îles de l’Archipel , à tige cylindrique , sarmenteuse , charnue , cassante , velue, à vrilles courtes; feuilles pubescentes, pétiolées, à 5 lobes dentés, le moyen plus grand; fleurs monoïques, solitaires, campanulées, jaune orangé; les mâles: 5 étamines triadelphes, à anthères linéaires , rapprochées en cône ; les femelles à 3 stigmates épais etbipartits; fruit gros comme une orange, globuleux, glabre, pourvu d’une écorce mince coriace , et rempli d’une pulpe blanche , spongieuse , contenant des graines roussâtres , nombreuses , ovales , comprimées.

Dans le commerce , ce fruit est dépouillé de son écorce , globuleux, léger, sec, spongieux, blanchâtre, doué d’une extrême amertume.

La Coloquinte (xoXoxi»v6îç, de xoihiot ventre, xivstv remuer) est un purgatif drastique très-violent. On l’administre sous forme de poudre, d’extrait, de teinture, etc. Elle doit ses propriétés à un glucoside ( Colocynthine : C56 H42 O23), très-amer, amorphe, jaune ou brunâtre, translucide, friable, à cassure conchoïde.

La colocynthine est soluble dans l’alcool et dans l’éther, un peu moins soluble dans l’eau, précipitée par le chlore, les acides, l’acétate de plomb et par divers sels.

En traitant la Coloquinte privée de ses semences, M. Faber en a retiré 15 °/0 d’une résine, qui agit comme drastique à la dose de 12 à 50 milligr.

On se sert parfois d’une légère infusion de Coloquinte, dont on mouille le bout du sein des nourrices , à l’époque du sevrage ; l’amertume excessive de l’infusion éloigne les enfants; il ne faut pas en abuser toutefois.

Plusieurs autres Cucurbitacées ont encore des propriétés purgatives. Telles sont : la Pomme merveille ( Momordica Balsamina L.), dont le fruit est très-vénéneux, selon Descourtilz ; le Momordica cylindrica L., dont le fruit est très-amer et purgatif; le Mom. pur g ans Mart., dont le fruit fournit un extrait employé au Brésil, à la dose de 3 grains, contre l’hydropisie; le Melothria pendula L. , dont les fruits sont gros comme des pois et prescrits, au Brésil, à la dose de ou 1 au plus : on les connaît sous le nom de Cerejas ; ceux du Nliandirobe ( Feviilea cordifolia L.), que Ton prend pour type de la famille des Nhandirobées, renferment 8-10 semences

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